Les cris de la foule résonnaient au-dessus de la tête des joueurs qui attendaient en rang sous les gradins en bois. Harry sentit l'excitation monter en flèche du creux de son estomac. Il allait jouer au Quidditch. Avec son père. C'était complètement irréel. Il s'obligea à s'échauffer les poignets, les épaules et jeta un coup d'œil à James à côté de lui, en première ligne.

– … Ça va ?

On dirait qu'il va vomir.

– Oui, oui, ça va merci, répondit James dans un souffle qui ne rassura pas du tout Harry. Ça va, toi ? Tu n'as pas l'air stressé. Tu vas quand même jouer sur un terrain que tu ne connais pas, sur un balai que tu ne connais pas…

Harry sourit intérieurement.

Ce n'est pas le balai qui fait le joueur. Quant au terrain…

– Tout va bien se passer, marmonna James pour lui-même. Tout va bien se passer. Tout va bien…

– Il est toujours comme ça ? demanda Harry en se penchant vers Sirius qui se trouvait juste derrière lui.

Son parrain tenait négligemment sa batte sur l'épaule, l'air pas plus dérangé que ça par les cris qui se faisaient entendre au-dessus d'eux. Après quatre cafés d'affilé, il était fidèle à lui-même, souriant avec désinvolture. À ses côtés, Mary pouffa de rire.

– Il a toujours été le plus stressé d'entre nous, confia Sirius à un Harry perplexe. Et ça a empiré quand il est devenu capitaine. Je me suis toujours demandé comment il tenait la pression, le pauvre chou.

Harry se retint à grandes peines de rire. Alors comme ça, son père était un grand stressé de la vie ?

– Attend, tu n'as pas encore vu le plus drôle, chuchota Mary à son oreille. Ça ne devrait plus tarder…

Avec le match à venir, la jeune fille avait fait de son mieux pour mettre de côté Voldemort et tout ce qu'il représentait. Après tout, ce n'était pas comme si elle allait arrêter ce fou furieux à elle seule dans la prochaine heure. Et même si son ventre se tordait d'angoisse à l'idée que sa meilleure amie puisse être en danger, elle refusait également d'arrêter de vivre juste parce qu'un taré avait décidé de prendre le pouvoir.

Un coup de sifflet retentit dans tout le stade et James se redressa brusquement. Lui qui avait le teint verdâtre deux minutes plus tôt faisait maintenant face à son équipe, le dos droit et l'air assuré et Harry haussa un sourcil surpris à son attention.

– Si on perd ce match, rugit James d'une voix forte, vous serez tous privés de sortie à Pré-au-Lard pour les deux prochains mois ! GRYFFONDOR, ON Y VA !

Il enfourcha son balai et d'un puissant coup de pied sur le sol s'élança vers le terrain sous les applaudissements de la foule. Harry s'empressa de le suivre alors que dans son dos résonnaient les éclats de rire de Sirius et Mary qui échangeaient un coup de batte complice.

– Pense un peu au commentateur qui va s'arracher les cheveux à essayer de vous différencier, James et toi durant tout le match ! lui glissa Sirius en volant à côté de lui.

Le fou rire de Harry fit écho à celui de son parrain. Il grimpa dans les airs en chandelle avant de tirer sur le manche de son balai de toutes ses forces.

Son visage se tordit en une petite moue. Les balais de l'école étaient loin de la finesse de maniabilité de l'Éclair de Feu.

Ce n'est pas un balai, c'est une branche. Si je veux réussir à manier cet engin, il va falloir y aller comme un bourrin.

À quelques mètres sous lui, les joueurs se positionnèrent en arc de cercle et les capitaines se serrèrent la main avec une mauvaise foi évidente. Pour s'être déjà fait écraser la sienne plusieurs fois dans cette même situation, Harry compatit avec James qui faisait une bonne tête de moins que le batteur de l'équipe adversaire.

Au coup de sifflet indiquant le début du match, Harry grimpa encore de quelques mètres et observa consciencieusement ce qui se passait sur le terrain. La seule chose qu'il avait à faire était de trouver le vif d'or et de l'attraper avant l'adversaire, en cela il était plutôt confiant sur ses capacités. Encore fallait-il le faire sans gêner ses propres coéquipiers et là, c'était plus difficile sachant qu'il n'avait jamais volé avec eux. En se mettant hors de trajectoire du souafle, il évitait au moins de ralentir les poursuiveurs. En revanche, il faisait une cible facile pour les batteurs de Serpentard.

En face de lui, l'attrapeur de Serpentard faisait la même chose et Harry l'observa à la dérobée.

Regulus Black.

Il était facile de deviner pourquoi lui pouvait se permettre de présenter une cible statique. Peu importe les circonstances, il était certain que Sirius ne lui enverrait jamais un cognard dessus et il savait également que James ne demanderait jamais à Mary de le viser à sa place. Harry connaissait suffisamment la jeune fille pour savoir qu'elle estimait trop Sirius pour prendre l'initiative seule. Regulus disposait donc d'une immunité qu'il était loin de posséder.

Harry évita un énième cognard en effectuant un tonneau au tout dernier moment. Il ignora le sifflement que fit la balle en le frôlant et se reconcentra sur le terrain. Mary surgit brusquement à ses côtés à un mètre de lui.

– La stratégie des serpentards repose essentiellement sur ton élimination du terrain, déclara-t-elle. Tu es à la fois une cible facile pour eux, en plus de représenter une menace. Donc…

Elle fit un rapide moulinet avec sa batte, l'air mauvais.

– Sirius va se charger des autres joueurs et moi je vais me charger de toi.

Harry hocha la tête, reconnaissant. Il se demanda brièvement si par « se charger des autres joueurs », Mary sous-entendait que Sirius allait à lui seul protéger les gryffondors ou attaquer les serpentards. Connaissant son parrain, les deux possibilités étaient à envisager.

Mary disparut de son champ de vision pour se positionner légèrement en retrait de manière à ne pas le gêner et Harry reporta son attention sur le déroulement du match, scrutant la moindre parcelle d'air du terrain à la recherche du vif d'or, faisant entièrement confiance à la jeune fille pour intercepter les cognards qui lui étaient destinés.

Maintenant qu'il avait une chose en moins à gérer, il avait une plus grande visibilité sur le terrain. D'un œil expert, il apprécia la complicité et la précision de son équipe. Il y avait le duo redoutable que formaient Mary et Sirius qui se renvoyaient les cognards d'un bout à l'autre du terrain, empêchant les batteurs de Serpentard de les récupérer. Emma qui paraissait minuscule du haut de son mètre cinquante mais qui gardait les buts comme personne. Les poursuiveurs qui enchaînaient les passes avec une agilité et audace hallucinantes…

Et enfin, James.

Médusé, Harry observa son père virevolter entre les joueurs, voler le souafle avec une facilité déconcertante, marquer, repartir, éviter un cognard avec l'air de ne pas y toucher…

Il est… vraiment doué. Il pourrait passer pro…

Le balai de Harry fit un brusque écart dans les airs alors qu'un hoquet étranglé s'échappait de ses lèvres à la pensée qui venait de lui traverser l'esprit. Peu importait ce que son père souhaitait faire, il n'en aura jamais le temps.

Il se cramponna de toutes ses forces à son balai, prostré sur le manche, la respiration haletante. Un frisson glacé remonta le long de sa colonne vertébrale alors qu'il fixait désespérément les nervures du bois, tentant par tous les moyens de repousser la crise de panique.

Ça va aller, murmura-t-il pour lui-même. Tu vas t'en occuper. C'est ce que tu as décidé, non ? Il a un avenir. Tu vas t'en assurer.

Quand il releva la tête, un éclair doré attira son attention, occultant tout le reste. Il se fustigea mentalement. Depuis combien de temps ne regardait-il pas le terrain ? Avec un soupir de soulagement, il aperçut du coin de l'œil la silhouette immobile de Regulus dans les airs à trente mètres du sol. Par miracle, il n'avait pas noté la présence du vif d'or.

Harry remonta de quelques mètres, scrutant à nouveau le terrain.

Il allait s'assurer d'offrir un avenir à James, à Lily, à Sirius, à Remus et à tous les autres.

Mais avant, il avait un match à gagner.

.

Harry repéra à nouveau le vif d'or au bout d'une vingtaine de minutes de jeu une bonne seconde avant Regulus. Son sang ne fit qu'un tour et il s'élança à sa poursuite, le serpentard sur les talons.

Son balai est infiniment meilleur que le mien. Je ne le battrais pas sur la vitesse, il va falloir anticiper…

Il se coucha sur le manche de son balai sans lâcher la petite sphère dorée des yeux. Autour de lui, il entendait siffler les cognards qui le prenaient à nouveau pour cible. Il devina plus qu'il ne vit Mary les renvoyer sur Sirius qui élimina un des batteurs sans états d'âme.

Regulus le rattrapa au moment où le vif d'or se précipitait au beau milieu des joueurs. Paniqué, Harry eut à peine le temps de penser qu'il n'allait jamais pouvoir négocier les virages en tête d'épingle pour suivre la balle que ses coéquipiers réagirent au quart de tour et lui dégagèrent la place en une fraction de seconde.

James marqua un septième but en affichant un sourire vainqueur alors que Harry talonnait Regulus, à présent devant lui.

Le temps sembla ralentir. Avec une précision éclatante, alors que le serpentard tendait la main en avant pour attraper la balle, Harry vit les ailes dorées s'incliner légèrement et envoya sans hésiter son poids vers l'avant de toutes ses forces. Il plongea vers le sol en même temps que le vif d'or, reprenant une maigre avance.

Les yeux écarquillés, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine alors que le sang qui pulsait à ses oreilles faisait un vacarme monstrueux, Harry se pencha un peu plus sur le manche de son balai, évitant de basculer dans le vide à la seule force des bras. Le sol se rapprochait à toute vitesse mais le vif d'or continuait sa course.

Regulus se raidit à côté de lui. Quelques mètres au-dessus d'eux, James cria son nom, paniqué.

Regulus freina brutalement, abandonnant la poursuite. Harry sourit. Ses pieds sautèrent sur le manche, envoyant tout son poids en arrière.

Il redressa son balai à cinquante centimètres du sol et remonta vers le ciel en tournoyant à toute vitesse sans cesser de rire sous le coup de l'adrénaline.

Dans son poing tendu en avant brillait la petite balle dorée.

– DUBOIS A ATTRAPÉ LE VIF D'OR ! cria le commentateur d'une voix surexcitée. APRÈS UNE MANŒUVRE COMPLÈTEMENT FOLLE, IL A ATTRAPÉ LE VIF D'OR ! GRYFFONDOR GAGNE !

Avec un large sourire, Harry se laissa glisser au sol alors que ses équipiers le rejoignaient en criant.

– IL EST COMPLÈTEMENT DINGUE ! IL EST COMPLÈTEMENT DINGUE ! beugla James en s'accrochant à son cou. JE L'ADORE ! Il EST FOU !

Harry grimaça un sourire amusé, songeant que ses tympans venaient de mourir pour la bonne cause avant de voir son parrain s'approcher de lui, un grand sourire ravi plaqué sur le visage.

Merlin, comment fait-il pour avoir la classe, même après un match de Quidditch ? C'est franchement pas juste.

Sirius lui envoya une grande tape dans le dos, mort de rire.

– Ton sosie a légèrement paniqué quand il t'a vu foncer vers le sol comme ça mais franchement…

Ses yeux étincelèrent de malice quand il sourit à Harry.

– … C'était brillant !


Bonjooour !

Qui a reconnu la même manœuvre que pendant le premier match de Quidditch de Harry ? :) Désolée, je n'ai pas pu m'en empêcher… Ceci dit, j'espère avoir réussi le challenge qu'est le fait de décrire tout un match sans que cela ne paraisse trop rébarbatif. Dans un monde idéal, j'aimerais pouvoir dire que je vous ai fait entrevoir le même émerveillement que lorsque l'on regarde le premier film de la série… À vous de me dire ce que vous en avez pensé !

Btw, Regulus fait enfin son apparition, héhé !

Sur ce, je vous dis à la semaine prochaine pour revenir dans le vif du sujet (Voldemooort),

Aech.