Harry, James et Sirius n'eurent pas réellement eu le temps de savourer leur victoire. Remus et Peter les avaient attendu dès la sortir des vestiaires et leur avaient tendu la Gazette du Sorcier sans un mot. Harry, qui en connaissait déjà le contenu observa son père et son parrain se figer en parcourant le papier du regard avant de blêmir.

Si James s'était précipité pour retrouver Lily – Harry était sûr que sa mère allait finir par péter un câble si tout le monde s'inquiétait continuellement pour elle –, Sirius lui était resté parfaitement silencieux. Pourtant, il avait suffi d'un regard échangé avec Remus pour que Harry comprenne que son parrain prenait conscience de l'ampleur de la folie dans laquelle sa famille plongeait depuis plusieurs mois. Et s'il avait cru ressembler beaucoup à Remus, Harry réalisa en un instant en voyant le regard coupable et hanté de son parrain qu'ils avaient bien plus en commun que ce qu'il pensait.

Aucune fête ne fut organisée ce soir-là dans la salle commune de Gryffondor. À la place, les maraudeurs et Harry organisèrent ce que Peter appela leur conseil de guerre. Ils furent vite rejoints par Lily qui avait rameuté les filles de son dortoir avec elle et Harry crut qu'il allait vomir en se rendant compte que la seule qui avait survécu à la première guerre était Emmeline et que même elle était morte pendant la seconde.

Ils avaient tous été d'accord pour dire qu'avec la prise de position et l'annonce de Voldemort, les nés-moldus à Poudlard étaient tous en danger. Le climat était déjà conflictuel, le journal avait fini d'embraser les esprits. Leur meilleure arme était de continuer à donner des cours de défense sans que les professeurs ne s'en aperçoivent. Le problème restait bien évidemment de trouver un endroit où ils pourraient pratiquer dans de bonnes conditions, la salle commune de Gryffondor n'étant qu'une solution temporaire.

– Et pourquoi on irait pas dans la Salle sur Demande ? demanda Sirius au bout d'un moment.

Le visage de James s'illumina comme si c'était Noël avant l'heure.

– Par Merlin, pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt ?!

Cette fois, Harry prit bien garde à paraître aussi surpris que les filles et laissa Remus leur expliquer rapidement où était située la Salle et comment y accéder alors qu'intérieurement, un étrange sentiment victorieux s'emparait de lui.

J'étais sûr qu'ils la connaissaient !

– Comment vous comptez vous y prendre pour que les profs ne remarquent rien ? demanda Alice, pragmatique. Un tel rassemblement attirera forcément l'attention.

Lily et Remus échangèrent un regard avant d'assurer qu'ils s'occuperaient de mettre les préfets des différentes maisons dans la confidence.

– Même les préfets de Serpentard ? riposta Dorcas en haussant un sourcil.

Remus fit les gros yeux alors que Marlène et Lily protestaient avec véhémence. À la grande surprise de tout le monde, ce fut James qui calma la discussion.

– Je pense, fit-il en coulant un regard en biais à Sirius assis à ses côtés, que les serpentards seront probablement les premiers touchés. Ce sont eux qui vont essuyer les premiers plâtres du recrutement de Voldemort.

Lily le regarda bouche-bée, certainement plus surprise que les autres d'entendre de tels mots dans la bouche de James. Elle avait passé des années à lui crier dessus en vain que s'en prendre aux serpentards ne faisait qu'accentuer le rapport de haine entre leurs deux maisons.

James hésita un instant avant d'achever d'une voix douce, sans oser regarder son meilleur ami dont le visage restait de marbre.

– Ils sont peut-être déjà en train d'y faire face.

Sirius ne laissa rien paraître à travers le masque d'indifférence qu'il avait construit grâce à des années de pratique au sein du Square Grimmaurd. Seul le tremblement de ses mains cachées sous la table laissa deviner sa détresse. Doucement, en prenant garde de ne pas attirer l'attention sur lui, Harry lui pressa l'avant-bras en un maigre signe de réconfort et Sirius lui adressa un bref sourire de remerciement.

Autour d'eux, alors qu'ils continuaient à parler comme si de rien n'était, Peter avait posé sa main sur celles de Sirius, Remus avait emmêlé ses jambes aux siennes sans un bruit et James avait posé une main rassurante sur sa cuisse.

Et Harry se demanda si, à part eux, les autres avaient compris que James ne faisait pas allusion à Rogue mais à Regulus.

.

Harry aurait dû le voir venir, il était rigoureusement impossible que les maraudeurs ne réagissent pas à l'article de la Gazette. Décrétant que l'école avait bien besoin d'une bonne dose de rire – ce que Harry approuva de tout cœur, il avait dit la même chose aux jumeaux Weasley après le tournoi des trois sorciers – ils s'étaient réunis dans leur dortoir pour préparer leur plan d'action autour de la carte du maraudeur et d'un paquet de choco-grenouilles. En pyjama, allongé à l'envers sur son lit, Harry les écoutait, la tête posée sur les paumes de ses mains, un sourire amusé sur les lèvres.

Le clocher de Poudlard sonna minuit. Les maraudeurs échangèrent un regard complice en se levant d'un bond.

– Minuit, l'heure du crime, professa Peter d'une voix étrangement grave.

– L'heure du maraudage, plutôt non ?

– C'est pareil, assura Peter.

Au moment où ils s'apprêtaient à sortir du dortoir, les maraudeurs se tournèrent vers Harry qui n'avait pas bougé de son lit.

– Tu viens ? demanda simplement James avec un grand sourire et il fallut quelques secondes à Harry pour intégrer la question.

Un sourire timide prit place sur son visage. Jamais encore les maraudeurs ne lui avaient proposé de les accompagner pendant l'une de leurs sorties nocturnes.

– Je… Je peux ? répondit-il sans vraiment y croire, réellement ému de la confiance entière et sans concession qu'il lisait enfin dans leurs yeux.

Sirius explosa de rire et le déclic fut suffisant pour Harry pour qu'il se lève et enfile rapidement une paire de chaussures, l'adrénaline montant en flèche du creux de son estomac à l'idée d'aller faire les quatre cents coups dans tout le château.

– Allez, grouille-toi, lança son parrain avec un grand sourire. Ton baptême du maraudage n'attend que toi !

C'est ainsi que Harry se retrouva à courir en pyjama à travers Poudlard, ensorcelant les craies et les plumes dans les salles de classes, colorant les parchemins, échangeant quelques étiquettes des fioles du cours de potion – Sirius se proposa avec un sourire trop innocent pour être honnête pour cette dernière tâche mais heureusement pour tout le monde, ce fut Remus qui s'en chargea.

Puis, parce qu'il s'agissait tout de même des maraudeurs et qu'ils ne pouvaient pas se contenter de peinturlurer l'école en rose, ils taguèrent les murs de slogans moldus, dans un immense pied de nez général. L'idée venait de Remus et sa mère s'était fait un plaisir de lui écrire tous les slogans de mai 68 dont elle se souvenait, elle qui avait passé un moment en France pendant cette période. Ainsi, ils calligraphièrent sur les pierres du château des « Je décrète l'état de bonheur permanent », « Faites l'amour et recommencez » – celui-ci plut beaucoup à Sirius – ou encore le fameux « Sous les pavés, la plage ».

James insista pour décorer le château en ajoutant ci et là et absolument partout des guirlandes multicolores, si bien que l'école ressembla très vite à une fête d'anniversaire géante pour épileptiques. Les maraudeurs se rendirent compte avec horreur que James les avait en plus ensorcelées pour qu'elles se mettent à chanter des chansons à tue-tête dès que l'on passait dessous quand ils durent s'enfuir en courant pour échapper à Rusard.

Ce fut un miracle s'ils ne réveillèrent pas tout le château.

– Une chance que j'ai pensé à leur jeter un maléfice de glu perpétuelle, commenta James en tentant de reprendre son souffle après leur course poursuite avec le concierge. Il ne pourra pas les enlever dans la nuit.

Un fou rire nerveux secoua Remus.

– Tu es taré. Tu le sais ?

Ils s'étaient arrêté dans un couloir encore immaculé de la folie de James. Peter avait dû se transformer en rat pour qu'ils puissent tenir à cinq sous la cape.

– Vous croyez que ce type dort ? J'veux dire, on le croise toujours dans les couloirs la nuit, ça lui arrive de dormir, vous pensez ? demanda Sirius très sérieusement.

– Non. Non, bien sûr que non.

– En fait, il n'est pas un cracmol mais un vampire. On nous ment depuis tout ce temps.

– … James, tais-toi.

Ils rentrèrent dans leur dortoir deux heures avant l'aube et Harry s'endormit, secoué par des fous rires silencieux.

Le réveil trois heures plus tard fut compliqué.

– M. Potter ! lança le professeur McGonagall d'une voie autoritaire en cours de métamorphose et Harry releva brusquement la tête par réflexe, trop fatigué pour faire attention. Si vous voulez dormir, soyez assez aimable pour ne pas le faire pendant ma classe.

Derrière elle, les craies écrivaient toujours au tableau dans une belle couleur rose criarde et Harry était sûr qu'elle ne les avait pas désensorcelées intentionnellement.

James adressa un signe de tête à sa directrice de maison et fit un effort pour se redresser légèrement alors que Harry se mordait la lèvre en se traitant de tous les noms.

Luttant pour ne pas s'endormir, James se pencha vers lui et Harry se crispa légèrement quand son père souffla avec un large sourire à l'idée de faire une connerie :

– Combien de temps on peut échanger nos identités avant que les profs ne s'en rendent compte d'après toi ?


Quelques petites précisions pour expliquer le parti pris de ce chapitre :

Pour moi, la guerre s'est jouée en deux temps. Dans le premier, Voldemort recrutait dans les sphères privées de la haute aristocratie des sang-purs mais restait inconnu du grand public. Et même s'il est dit dans les livres que les Black n'étaient pas ses partisans les plus actifs mais représentaient un soutien financier important, on peut imaginer que Sirius s'est en partie enfui de chez lui pour éviter de suivre Voldemort. Ceci explique que les maraudeurs connaissent Voldemort (Harry le leur demande, rappelez-vous, dans les premiers chapitres).

Dans le deuxième temps, et c'est à présent le cas, il a rassemblé assez de suiveurs pour se dévoiler au grand jour et commencer à recruter plus massivement. Et c'est là que l'enfer au sein de la maison Serpentard commence réellement. Il me semblait important de préciser un peu le propos. Après tout, on pense trop souvent à tort que Serpentard n'est remplie que d'aristocrates prétentieux accueillant Voldemort et ses idées à bras ouverts :)

En ce qui concerne les slogans, il n'y a pas eu en Angleterre un « mai 68 » aussi poussé qu'en France. Mais bon, j'ai adoré faire le parallèle entre les deux situations :)


Réponse aux guests :

Sandy : Heeey ! Merci beaucoup ! La suite arrive rien que pour toi )