La seule et unique fois que Harry avait vu la Salle sur Demande prendre des proportions ridiculement grandes, la moitié des élèves de Poudlard y avait élu domicile et la salle avait été envahie par des hamacs accrochés les uns au-dessus des autres sur plusieurs mètres de hauteur. Après cette vision, il pensait sincèrement devoir jouer un minimum la comédie pour paraître surpris en suivant les maraudeurs devant la tapisserie des trolls. Pourtant, quand James acheva son troisième aller-retour dans le couloir et que les portes en bronze s'ouvrirent en pivotant sans un bruit, un sourire éclatant pris place sur son visage sans qu'il ait besoin d'y penser.

La Salle sur Demande était juste immense. Et équipée. Au fur et à mesure qu'il évoluait dans la pièce, il découvrait des coussins, des filets, des mannequins avec des masques de fer, des miroirs, une bibliothèque garnie de livres de sortilèges… Le moins qu'il puisse dire, c'est que James avait été exhaustif dans sa demande.

Harry leva le nez pour découvrir un parcours du combattant accroché au plafond à dix mètres du sol et un rictus amusé étira son visage. Réflexion faite, James s'était peut-être un peu trop laissé emporter dans son enthousiasme.

La première séance fut chaotique. Au bout de la deuxième, la Salle leur fournit une alcôve à l'écart des zones d'entraînement contenant un assortiment de potions de guérison, ce qui fit beaucoup rire James et Sirius et un peu moins Lily. À la troisième séance, quelques sixièmes et septièmes années accompagnaient les poufsouffles jusqu'à la Salle sur Demande pour aider les maraudeurs, Harry, Lily, Mary et Dorcas à enseigner les sortilèges et Harry reconnut Edgar Bones qui lui adressa un bref signe de tête amical.

À la fin de la quatrième séance, le déroulement des cours de défense étaient devenus une mécanique parfaitement huilée, dont tous les rouages s'emboitaient avec une précision redoutable. Les maraudeurs ouvraient la Salle sur Demande deux fois par semaine. Pour ne pas attirer l'attention des professeurs avec un rassemblement suspect d'élèves, ils demandaient plusieurs sorties différentes à la salle où les attendaient des groupes de premières et deuxièmes années accompagnés par un préfet qui les couvrait en cas de problème. Une demi-heure avant le repas du soir, les maraudeurs évacuaient la salle au compte-goutte dans les différentes parties du château grâce à leur carte et personne, ni les professeurs ni Dumbledore, ne suspectèrent quoi que ce soit alors que, dans l'ombre, de plus en plus de personne les rejoignaient.

Du point de vue de Harry, c'était absolument jouissif.

Assis à l'écart sur une petite commode dont le contenu pouvait exploser à tout moment vu les fioles et les potions qui y étaient rangées, il observait Peter et Marlène disparaître avec un groupe de gryffondors, bientôt suivis par Alice et Dorcas qui accompagnaient quelques serdaigles. La salle se vidait petit à petit et les sourires qu'il voyait à présent sur les visages des plus jeunes n'avaient rien à voir avec les visages apeurés des premières années qui avaient assistés aux premiers cours.

– Quand on voit ça, on a un peu du mal à se dire que certains élèves sont prêt à rejoindre Voldemort, hein ? murmura soudainement Lily à côté de lui et Harry lui offrit un regard curieux.

Il se décala légèrement et Lily vint s'assoir à côté de lui avec un sourire triste.

– Quand je vois tout le monde s'entraider comme ça, je m'imagine qu'on va faire front, tous ensemble. Qu'on est uni, tu vois ?

Harry hocha la tête, incapable de dire un mot, la gorge chauffée à blanc. Comment pouvait-il dire à sa mère qu'elle, James et l'Ordre du Phénix seront seuls face aux mangemorts ? À ses côtés, Lily secoua la tête, son regard devenant froid.

– Il faut que je me fasse insulter au milieu des couloirs sans que personne ne réagisse pour que je me rende compte que personne, en effet, ne viendra jamais m'aider, lâcha-t-elle d'une voix acide. Que personne n'aura le courage de ses opinions. C'est pathétique.

Harry sentit son ventre se contracter douloureusement. Combien d'amis avaient affirmé le croire pour lui tourner le dos juste après ? Combien de fois Dean et Seamus l'avaient soutenu et combien de fois l'avaient-ils dénigré ? Il avait peur de compter.

Il passa un bras hésitant autour des épaules de Lily et s'obligea à sourire de son mieux.

– Je te promets, souffla-t-il d'une voix sourde, que je ne laisserai rien t'arriver.

Parce que je vais tuer Voldemort avant que la prophétie soit faite et qu'il ne décide de vous traquer pour m'atteindre.

Lily laissa échapper un petit rire nerveux mais ne se dégagea pas pour autant.

– Ça aussi, ça me fait peur, avoua-t-elle. Que mes amis se mettent en danger pour moi et…

Elle ne finit pas sa phrase, mais Harry n'en eut pas besoin pour intégrer le sous-entendu. Il devait vivre chaque jour avec le poids de ses morts sur la conscience et celle de sa mère pesait bien lourd dans la balance. Il serra un peu plus fort Lily dans ses bras et se promit qu'elle ne vivrait jamais la même chose que lui.

Finalement, la jeune fille se dégagea doucement et lui offrit un sourire courageux.

– Tu sais qu'après ça, Mary va juste me sauter dessus pour savoir s'il se passe quelque chose entre nous ? fit-elle avec un air amusé dans une piètre tentative pour changer de sujet pour quelque chose de plus joyeux et banal que la guerre qui grondait à l'intérieur des murs de Poudlard.

– … Elle devrait plus s'occuper de Remus que de moi, répliqua Harry en devinant la demande implicite de la jeune fille. Mais si ça peut te rassurer, James veut sans doute ma mort, maintenant.

Lily explosa de rire et Harry ne fit pas de commentaires sur le fait qu'il paraissait un peu plus forcé que nécessaire. Il comprenait. Merlin, bien sûr qu'il comprenait. Lui avait eu six ans pour se faire à l'idée que Voldemort ne cesserait jamais de le traquer. Lily commençait tout juste à concevoir l'enfer qui menaçait de s'abattre sur elle, sur les nés-moldus et sur tous ceux qui tenteront de s'opposer aux mangemorts.

Il s'obligea à inspirer profondément pour ne pas se laisser gagner par une rage qui enflait de plus en plus en lui. Du coin de l'œil, il observa Sirius discuter un instant avec le seul préfet de Serpentard qu'ils avaient mis dans la confidence. Les septièmes années exerçaient une telle pression sur les plus jeunes qu'il devait amener et chercher lui-même ses deux condisciples qui avaient demandé à assister aux cours dans le plus grand secret, afin de ne pas éveiller les soupçons de sa maison. Harry se demandait toujours avec angoisse ce qu'il leur arriverait s'ils étaient découverts.

Les trois serpentards disparurent sans un bruit et Remus leva les yeux de la carte du maraudeur. Ils n'étaient plus que cinq dans la salle à présent.

– Les filles, c'est à vous.

Il dévisagea un instant Harry et Lily assis sur la commode avant de sourire d'un air amusé.

– Vous savez que vous êtes assis sur une mine, vous deux ?

Harry ricana légèrement quand James cria depuis le fond de la Salle sur Demande :

– Une quoi ?

Lily et Mary s'éclipsèrent rapidement dans un des couloirs abandonnés du sixième étage et il ne resta plus que James, Sirius, Remus et Harry dans la Salle sur Demande.

– Oh bon sang, j'ai la dalle, marmonna Sirius alors qu'il poussait les lourdes portes en bronze pour se retrouver dans un placard à balai au premier étage.

Remus marmonna un rapide « Méfait accompli » et ils sortirent du placard pour se diriger vers les escaliers.

Ils débarquèrent dans le hall désert et Harry s'arrêta brusquement, baguette à la main. Les maraudeurs le regardèrent comme s'il était devenu fou alors que Harry sentait son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine.

– Est-ce que vous pensiez sincèrement pouvoir m'avoir par surprise ? lança-t-il d'une voix narquoise en scrutant les alentours, cherchant le moindre signe qui pourrait lui indiquer où se trouvait la menace et combien ils étaient.

Un rire mielleux résonna dans le hall et Harry sentit un poids s'enfoncer dans son estomac.

Lucius Malefoy apparut de derrière un pilier, dans toute son élégance aristocratique, un sourire froid plaqué sur le visage.

– On peut dire que tu es difficile à surprendre, en effet. Bonsoir, Dubois.

D'autres silhouettes apparurent à ses côtés alors que Malefoy avançait lentement vers eux d'un air nonchalant. Harry les reconnut immédiatement.

Malefoy, Macnair, Avery, Yaxley, Travers. Toute la jolie brochette de mangemorts.

– Qu'est-ce que vous voulez ? grogna Sirius en les toisant avec une hargne qu'il ne chercha pas à cacher.

Du coin de l'œil, Harry vit son père, Sirius et Remus se positionner à ses côtés, baguettes dégainées.

Très bien, pensa-t-il en sentant une haine familière bouillonner au fond de son ventre. S'il leur arrive quoi que ce soit, je les tue. Tant pis si ça fait tâche dans le château.

Lucius l'ignora superbement et se tourna vers Harry, un sourire hautain sur les lèvres.

– Nous voudrions te parler, Dubois. Dis à tes… amis de nous laisser.

Harry haussa un sourcil. Il devina plus qu'il ne vit James se raidir à ses côtés.

– Je n'ai rien à vous dire, déclara-il calmement. Dégagez le passage.

Lucius leva légèrement le menton sans se départir de son sourire.

Tu te prends déjà pour le petit chef de ta sale bande de mangemorts, hein, Malefoy ?

– … Je ne vais pas t'apprendre qui m'envoie, n'est-ce pas Dubois ? susurra Lucius avec délectation en le jaugeant de haut en bas. Un nouvel élève qui arrive dont ne sait où, brillant de surcroît… Tu allais forcément attirer son attention…

– Dégage, le coupa brutalement James.

Il s'avança vers les mangemorts le visage glaciale, une lueur dangereuse au fond des yeux.

Dégage, Malefoy, ou je te jure que…

Il ne finit pas sa phrase. Harry explosa de rire au milieu du hall. Un rire hystérique qui le plia en deux sous les regards abasourdis des maraudeurs et des mangemorts.

– Voldemort t'envoie me parler ? hoqueta-t-il en reprenant son souffle. C'est une blague ? Il veut me parler… Merlin, c'est hilarant…

– COMMENT OSES-TU PRONONCER SON NOM ? rugit Yaxley et Harry ricana d'un air dur.

– Ferme-la, asséna Lucius en plissant des yeux et l'autre recula d'un pas en serrant les dents.

Il se tourna vers Harry qui haussa un sourcil provocateur.

Vous êtes pitoyables. Vous n'êtes que des bébés mangemorts.

– … Tu joues un jeu dangereux, Dubois.

Sa voix se changea en un murmure menaçant, profondément étudié.

– Peut-être devrions-nous nous occuper de tes amis pour que tu comprennes à quel point ton comportement est stupide… ?

– Peut-être qu'on devrait vous casser la gueule, cracha Sirius en pointant sa baguette directement sur lui. Vous n'êtes qu'une bande de lâches, de connards assassins, et jamais…

Le sort lui frôla la tête.

James et lui répliquèrent instantanément et Harry ne put s'empêcher d'apprécier leurs réflexes. Un déluge de sortilèges s'abattit entre les deux groupes et Lucius explosa d'un rire froid.

– Oh, Black, fit-il en parant le sort de Remus. Tu clames haut et fort n'avoir rien à voir avec nous alors que toute ta famille sert notre cause. Savais-tu que ta cousine est la meilleure rabatteuse du Seigneur des Ténèbres ? Elle viendra pour vous comme elle est venue pour ton…

– Oh, pitié, marmonna Harry alors que Sirius pâlissait à côté de lui.

Il se coula entre les deux groupes en esquivant avec souplesse le sort de Travers. Sa baguette fendit l'air devant lui. Il ne se donna pas la peine de formuler les sortilèges à haute voix. Dans un déchainement de violence pure, il s'avança et attaqua impitoyablement les mangemorts qui s'effondrèrent les uns après les autres, les yeux démesurément écarquillés, un air de rage indicible plaqué sur le visage.

Lucius blêmit violemment quand il comprit qu'il ne restait plus que lui. L'instant d'après, sa baguette tomba en résonnant bruyamment dans le soudain silence sur les dalles du hall et Harry le plaquait férocement contre un mur.

– Tu vas aller porter un message à Voldemort de ma part, susurra Harry à son oreille en appuyant le bout de sa baguette contre son cou.

La peau grésilla légèrement et Lucius eut le bon goût de paraître terrifié.

– Tu vas lui dire que je viendrais bientôt pour sa tête.

Harry sentit le regard des trois maraudeurs lui transpercer la nuque alors qu'ils se regroupaient derrière lui. Il augmenta la pression sur sa baguette et Lucius laissa échapper un gémissement de douleur.

– Et tu vas dire à Bellatrix que si elle ose se présenter devant moi, je la tue.

Il envoya son poing dans l'estomac du mangemort qui se plia en deux sous la douleur et s'écrasa au sol en gémissant. Harry s'éloigna sans un regard pour lui, enjambant les corps à terre avec détachement. Les maraudeurs lui emboîtèrent le pas en silence.

– … On aurait dit que tu avais fait ça toute ta vie, marmonna Sirius au bout d'un moment. Qui t'as appris à te battre ?

Toi. Juste avant de mourir.

– …Je vous ai dit que j'ai échappé, allez, six ou sept fois à Voldemort. J'ai appris sur le tas.

James et Remus restèrent silencieux, l'air secoué. Sirius n'osa pas regarder Harry quand il demanda du bout des lèvres :

– Qu'est-ce… Qu'est-ce que Bellatrix t'a fait ?

Harry arrêta de marcher et se tourna vers son parrain. Il ancra son regard dans le sien, mortellement sérieux.

– Elle a tué la dernière famille qu'il me restait.


Bonjour à tous !

Comme d'habitude, le chapitre m'a complètement échappé et chacun n'y fait qu'à sa tête. Ceci dit, je savoure d'avance vos réactions sur cette petite fin !

À la semaine prochaine,

Aech.