– On doit prévenir McGonagall, déclara Harry en entrant dans la Grande Salle.

– Que des mangemorts ont réussi à entrer dans le château ? Ça pourrait être une bonne idée, oui, répliqua James d'une voix sarcastique.

Il n'avait suffi que d'une minute pour que les maraudeurs reprennent leurs esprits. À présent, Harry pouvait presque voir leur cerveau travailler à plein régime pour savoir quoi faire et comment agir. Pendant un instant, il revit Hermione dans la forêt de Dean en train de placer les barrières magiques autour de leur tente, parce que lui était trop choqué par la vision de Ron en sang pour faire quoi que ce soit et il frissonna.

Il secoua la tête.

Concentre-toi, se morigéna-t-il. C'est pas le moment de se perdre dans des souvenirs.

Ils s'assirent à la table des gryffondors, à l'écart des autres. Remus sortit immédiatement un bout de parchemin et une plume de son sac et griffonna rapidement « Vous avez des mangemorts sur le palier ». Un coup de baguette plus tard, la note s'enflammait doucement pour ne laisser qu'un petit tas de cendres sur la table.

À l'autre bout de la Grande Salle, McGonagall leva brusquement la tête dans leur direction, un morceau froissé de parchemin en main. Une seconde plus tard, elle disparaissait dans la salle derrière la table des professeurs et Harry s'autorisa à soupirer de soulagement.

– Comment Malefoy et sa clique ont réussi à entrer à Poudlard ? chuchota Remus, attirant l'attention sur lui.

Le visage de James qui semblait s'être calmé momentanément se tordit en une grimace rageuse. Sirius n'avait pas menti en disant que son père détestait la magie noire et tout ce qui s'y rapprochait de toutes les fibres de son être.

– Il y a forcément quelqu'un qui les a fait entrer, répondit Sirius sur un ton acide. Quelqu'un qui… Merde.

Ses yeux s'écarquillèrent brusquement alors que toutes les couleurs quittaient son visage.

– Merde, répéta-t-il paniqué, on est trop con ! Si quelqu'un les a fait entrer, il peut les faire sortir ! Remus…

Remus sortait déjà la carte du maraudeur de son sac en se traitant de tous les noms et Harry sentit un poids s'enfoncer tout au fond de son ventre. Le souffle coupé, il se pencha sur la carte que Sirius étalait sur la table. Il leur fallu deux secondes pour repérer l'étiquette portant le nom de McGonagall qui se précipitait dans le hall, à présent désert.

James jura bruyamment. Livide, Harry s'obligea à inspirer profondément pour ne pas se laisser emporter par le monde qui tournait de plus en plus vite autour de lui.

Quel con, quel con, quel con, scanda sa conscience affolée.

Du coin de l'œil, il aperçut James ranger à toute vitesse la carte alors que McGonagall apparaissait à nouveau dans la Grande Salle. Son regard de chat scanna rapidement les élèves assis avant de repérer les maraudeurs et de se diriger à grands pas vers eux.

– M. Lupin, fit-elle d'une voix blanche. Un mot dans mon bureau, je vous prie.

Remus hocha la tête et se dépêcha de la suivre. Harry le suivit du regard alors qu'il quittait la Grande Salle, les pensées se bousculant violemment dans son esprit.

Qui aurait pu servir d'intermédiaire et permettre aux mangemorts d'entrer dans le château ? Plus probablement un élève qu'un professeur. Un septième ou sixième année, certainement. Et il n'avait rien vu venir…

Le cœur de Harry rata un battement quand il reconnut la silhouette noire qui se faufilait à l'intérieur de la Grande Salle, passant devant McGonagall et Remus en leur lançant un regard mauvais.

Rogue ?

.

Dire que Harry s'attendait à des représailles de la part des mangemorts était un euphémisme. Il était sur le qui-vive depuis l'altercation, sursautant au moindre bousculement dans les couloirs, la baguette toujours à portée de main. Son humeur s'était dégradée et commençait à peser sur les maraudeurs mais il s'en fichait. Maintenant qu'il savait qu'il y avait un partisan de Voldemort assez épris de ses idées pour faire entrer des mangemorts à l'intérieur de Poudlard pour recruter en personnes, il avait bien trop peur de ce qu'il pourrait arriver à James, Sirius et Remus qui avaient clairement montré leur soutien en se battant à ses côtés.

Le drame survint deux jours plus tard en plein milieu de la Grande Salle quand une énorme vipère apparut dans un nuage de fumée verte à la table des gryffondors.

– Oh putain, murmura Marlène aux côtés de Harry en voyant le reptile se dresser en sifflant au milieu des plats.

Les bancs raclèrent bruyamment contre la pierre du sol alors que les élèves s'éloignaient de la table en criant de panique.

La vipère s'arrêta au niveau de Peter qui poussa un cri effrayé. Il tenta de s'écarter au moment où le serpent se tendit brusquement, claquant ses mâchoires à deux centimètres de sa tête. Peter s'effondra par terre en tremblant.

– Ne faites pas de gestes brusques, siffla Sirius attirant ainsi l'attention du serpent.

Incapable du moindre geste qui ne précipiterait pas la vipère sur son parrain, Harry vit avec horreur le reptile s'approcher de Sirius qui s'obligea à ne pas bouger. Du coin de l'œil, il aperçut Remus dans le dos du serpent qui sortait lentement sa baguette et McGonagall qui approchait silencieusement à la manière d'un chat à l'affût. Plus un bruit ne résonnaient dans la grande salle.

Harry prit une profonde inspiration et ouvrit la bouche en sifflant.

Il fut coupé dans son élan par une voix gutturale qui se répercuta contre les murs de pierres.

Pas lui.

Harry écarquilla les yeux alors que la vipère s'arrêta brusquement.

Pas lui. Laisse-le. Va rejoindre ton maître, laisse-le.

C'est Remus qui se reprit le premier.

Finite Incantatem ! cracha-t-il le visage déformé par la colère et la vipère explosa dans un nuage de fumée.

Un soupir de soulagement parcourut la grande salle et les élèves commencèrent à se rapprocher peu à peu. Harry vit McGonagall arriver à grands pas, sa longue robe claquant contre ses jambes et Remus fendre l'air de sa baguette d'un geste rageur.

Avec un regard d'excuse pour les maraudeurs, il sortit en courant de la Grande Salle, le cœur battant à cent à l'heure.

Un fourche-langue, murmura sa conscience, interloquée. Il y a un putain de fourche-langue dans le château et…

Il s'arrêta brusquement en voyant l'élève qui tentait de s'éloigner discrètement en direction des cachots.

C'est une blague ?

L'instant d'après, il plaquait Regulus Black contre le mur du couloir.

– Qui c'était ? demanda Harry d'un air rageur. Qui a fait ça ?!

– Je ne vois pas de quoi tu parles, répliqua Regulus alors que l'angoisse se peignait nettement sur ses traits malgré des années d'entraînement à maintenir une expression d'indifférence distinguée. Lâche-moi, Dubois.

– Ne me prend pas pour un con. Je te repose ma question, qui a fait ça ?

Harry finit sa phrase sur un sifflement rauque et Regulus le regarda, horrifié. Il l'avait parfaitement compris. Harry ricana méchamment.

T'es pas le seul fourche-langue du château, navré. Qui est au courant pour toi ?

Personne, murmura le Serpentard en baissant la tête, l'air soudainement très fatigué.

– … Ça restera le cas si tu me dis qui a fait un truc pareil, assura Harry le regard dur.

Regulus hésita un instant avant de soupirer, vaincu.

Rogue, avoua-t-il du bout des lèvres et Harry dut faire appel à tout son sang froid pour ne pas vomir de dégoût alors que la bile remontait en flèche du creux de son estomac. Enfin, je ne sais pas qui a lancé le sort, mais je sais que Rogue a reçu des… directives après ce qu'il s'est passé il y a deux jours.

– … Il est trop intelligent pour prendre part directement, devina lentement Harry en frissonnant.

Rogue, t'es vraiment un connard fini ! grinça-t-il pour lui-même.

Il fixa Regulus qui fuyait obstinément son regard, scrutant les alentours de peur que quelqu'un les surprenne.

C'est pas ton cas ? fit-il en fronçant les sourcils, peinant à comprendre le comportement du serpentard.

Regulus inspira profondément, abandonnant ses dernières barrières.

Il s'en ai pris à Sirius, dit-il simplement, ancrant pour la première fois son regard gris dans celui de Harry qui cligna brusquement des yeux comme s'il venait de recevoir une gifle.

Il le relâcha doucement, la poitrine comprimée par la tristesse.

Ne lui dit pas, réclama Regulus en serrant les dents. Tu as eu ce que tu voulais, laisse-moi, Dubois.

Il se dégagea brutalement et disparut dans les escaliers menant aux cachots sous le regard triste de Harry qui soupira profondément.

– Je crois que je suis désolé pour toi, Regulus Black, souffla-t-il doucement. Je comprends mieux pourquoi tu as trahi Voldemort. Et… Je suis vraiment désolé.

Le cœur lourd, il prit la direction de la tour de Gryffondor.

.

– Où est-ce que tu étais passé ? demanda James en entrant dans leur dortoir. Ne me dis pas que tu t'es enfui ici ?

Harry leva les yeux au ciel depuis son lit.

– Je suis allé régler… Un problème de conscience.

– Ça a l'air triste à mourir, déclama Sirius d'un air dramatique en se laissant tomber sur son lit.

– Comment tu vas ? demanda Harry légèrement inquiet.

– Ah ! Tu le saurais si tu m'avais accompagné à l'infirmerie, répliqua son parrain avec un grand sourire. Mcgo a absolument voulu que j'y aille, on se demande bien pourquoi. Je suis sûr qu'elle en pince secrètement pour moi.

– Sirius, tu es le premier à dire que tu n'as pas besoin d'une nounou, marmonna Remus en lui lançant son oreiller à la figure.

Avec toute la maturité dont il était capable, Sirius lui tira la langue en réponse et s'allongea sur son lit en coinçant l'oreiller sous son menton.

– C'était… C'était chaud quand même, reprit Remus après un silence. Vous avez une idée de qui a fait ça ?

– Les serpentards, répondit immédiatement James en grinçant des dents. Et je vais leur faire bouffer leur baguette.

– Malefoy, annonça en même temps Harry. Ou plutôt le pantin qui obéit à ses ordres.

S'agissant de n'importe qui d'autre, il aurait dit la vérité aux maraudeurs sans hésiter, mais connaissant leur passif avec Rogue, il était hors de question de le vendre même s'il en mourait d'envie.

James et lui reçurent trois paires de regards sceptiques.

– Est-ce qu'au moins un d'entre vous à des preuves de ce qu'il avance ? demanda Remus en soupirant.

– Oui.

– On n'a pas besoin de preuves ! s'exclama James, outré. C'est évident que c'est… Attend, tu as dit quoi, Harry ?

– C'était des… représailles pour la dernière fois, acheva-t-il sur un ton coupable sans oser les regarder.

Un silence accueillit sa tirade. Finalement, James laissa un sourire de caïman prendre place sur son visage.

– Intéressant, affirma-t-il en ricanant. Il va falloir faire plus qu'un simple foutu serpent pour nous faire peur.

Harry ferma brièvement les yeux devant le sourire moqueur de Sirius. Il aurait dû le savoir, que son père et son parrain rigoleraient face à la perspective du danger. Son ventre se tordit d'angoisse. Ça ne leur avait pas spécialement réussi.

– … Il y a un truc qui me chiffonne, marmonna Peter en triturant sa couette et Harry reporta son attention sur lui. On est d'accord qu'on a tous entendu une voix étrange à un moment ?

Sirius hocha la tête, l'air sombre.

– Ouais. C'était du fourche-langue, je crois. Ça devait être le gars aux ordres de Malefoy qui commandait le serpent.

Harry écarquilla les yeux avant d'exploser d'un rire jaune.

Si tu savais, Sirius…

– … Tu m'expliques ce que j'ai dit de drôle ? rétorqua son parrain en fronçant les sourcils.

– Y en a-t-il un parmi vous qui est fourche-langue, à tout hasard ? fit Harry en secouant la tête, interloqué.

– Merlin, non, grommela James. Heureusement.

Harry hocha la tête à son attention.

– Et ça se voit, figurez-vous, répliqua-t-il en laissant un sourire narquois s'afficher sur son visage. Parce que Sirius, le gars qui parlait fourche-langue a arrêté le serpent. Il lui a demandé de te laisser tranquille. Et pour votre information, c'est aussi lui qui m'a avoué que c'était Malefoy le coupable.

Les maraudeurs le regardèrent d'un air ébahi, comprenant immédiatement ce que Harry leur dévoilait à demi-mots. Pendant un instant, il crut déceler un bref mouvement de recul de la part de Peter et il retint de toutes ses forces un rire moqueur.

Finalement, James perça le silence oppressant du dortoir en se laissant tomber sur son lit, les bras en croix.

– …Baaaaah. On n'est plus à un monstre près dans ce dortoir, lâcha-t-il d'un air dramatique alors que Remus explosait de rire.


Bonjour à tous ! Ce chapitre est arrivé un peu plus tôt que prévu, mais demain je suis aux abonnés absents doooonc le voici ! J'avais cette idée de discussion en fourchelangue entre Harry et Regulus depuis très longtemps, je suis ravie d'avoir enfin pu l'écrire. Regulus vit dans l'ombre de son frère, le faire parler fourchelangue était pour moi une façon de le faire se distinguer de Sirius. Qu'en avez-vous pensé ? :)

À la semaine prochaine,
Aech.