Dumbledore avait réellement l'intention de le surveiller de près, Harry le savait. Après leur dernière conversation, il était clair que la confiance que lui accordait le vieux sorcier était toute relative et il s'était attendu à ce que ses mouvements soient restreints d'une manière ou d'une autre pendant les vacances, quand les professeurs ne pouvaient plus garder un œil sur lui sept heures par jour pendant les de cours.

Il n'avait pas imaginé, en revanche, qu'il ne serait même plus capable d'évoluer dans le château sans sentir sur lui le regard électrique du directeur surveillant ses moindres faits et gestes. Dumbledore le conviait dans son bureau pour discuter de progrès inexistants sur comment le renvoyer à son époque de manière aléatoire, parfois plusieurs fois par jour, et Harry prenait conscience avec aigreur qu'il ne lui était même plus autorisé d'avoir un quelconque temps libre quand Dumbledore était susceptible de surgir derrière lui à tout moment.

Il sentait une colère sourde gronder au fond de son estomac alors que le sentiment d'impuissance enflait continuellement en lui. Il ne savait pas comment Dumbledore arrivait constamment à le trouver, peu importe l'endroit où il se trouvait dans le château, mais il avait vite fait de cacher tout ce qui avait un trait avec sa recherche des horcruxes dans sa bourse en peau de Moke qui ne quittait pas son cou.

Harry était coincé, il le savait. Et il sentait la fièvre de l'agitation prendre doucement ses droits au fur et à mesure que les jours passaient sans qu'il ne puisse faire quoi que ce soit. Il allait devenir fou à rester enfermé à Poudlard.

Le miracle survint, cependant, une semaine et demi après Noël, quand McGonagall surgit dans la salle commune de Gryffondor pour savoir qui, parmi les élèves qui restaient pendant les vacances, souhaitaient passer le réveillon à Pré-au-Lard. Le sang de Harry ne fit qu'un tour et il s'inscrivit rapidement sur la liste. Il retint de toutes ses forces un sourire victorieux. Seuls les troisièmes années étaient dans l'obligation de fournir un accord de leurs parents pour leurs premières visites de Pré-au-Lard. Dumbledore n'avait aucun moyen de lui interdire de passer la journée hors du château et, avec la cape d'invisibilité, il n'avait aucun moyen de vérifier où il se trouvait réellement.

Il détesta presque le sentiment d'espoir qui étreignit sa poitrine alors McGonagall sortait de la salle commune. Ce fut pourtant ce sentiment qui lui permit de continuer à garder un visage dénué d'émotions face à Dumbledore qui le convoqua dans son bureau sans discontinuer après ça.

La veille du Réveillon arriva sans qu'il n'ait eu le temps de commencer le moindre préparatif pour l'expédition qu'il envisageait de faire au manoir des Malefoy et Harry eut toutes les peines du monde à cacher le tremblement de colère de ses mains dû à l'inaction alors qu'il perdait patience face au comportement du vieux sorcier. Il quitta le bureau de Dumbledore à presque minuit cette nuit-là, après des heures de discussions philosophiques profondément creuses sur le continuum espace-temps et sur la raison pour laquelle Dumbledore n'avait pas encore été capable de renvoyer Harry à sa propre époque et qu'il le conjurait de rester tranquille à Poudlard le temps qu'il trouve une solution.

Des conneries, avait murmuré narquoisement sa conscience alors qu'il hochait la tête, un peu raide.

Il était parvenu à cette conclusion des mois plus tôt, il était impossible que Dumbledore ne l'ait pas déjà compris lui aussi. La magie de l'Arche couplée à celle de la Salle sur Demande l'avait envoyé en 1976, en réponse à sa demande de ne plus voir toutes ces putains de morts qu'il avait causé. Il avait atterri à un moment de l'histoire où il pouvait tout changer. Sauver tout le monde. Ne plus voir personne mourir pour lui. Il ne pourrait pas rentrer chez lui tant qu'il n'aurait pas accompli cela. Parce que c'était de cette manière que la magie de la Salle sur Demande fonctionnait. Alors, tant pis pour les principes moraux de Dumbledore, mais il refusait d'être à nouveau l'oiseau en cage qui n'obéissait qu'à lui-seul. Ce n'était pas comme s'il avait un autre choix, de toutes manières.

La porte de la Salle sur Demande s'ouvrit sans un bruit quand il prit appui sur les battants en bronze, un étrange sentiment de plénitude au creux du ventre alors qu'il pénétrait dans la pièce sombre.

Lumos, murmura-t-il doucement.

La lumière irradia du bout de sa baguette, illuminant les tables et les étagères poussiéreuses qui s'étalaient sous ses yeux. Dans la pénombre, il discerna des centaines de fioles de toutes les tailles alignées sur les étagères, des chaudrons empilés en immense colonnes aux quatre coins de la pièce, des livres rangés dans plusieurs armoires et d'autres laissés ouverts sur les tables à côté de préparations inachevées. Il avait l'impression de se trouver dans ce qui pourrait ressembler au bureau de Rogue si ce dernier était laissé à l'abandon.

Harry parcourut les étagères avidement, déchiffrant péniblement les étiquettes rendues illisibles sous la couche de poussière qui recouvrait les fioles. Il n'avait jamais été très doué en potions, mais au bout d'un an à se battre contre les mangemorts avec Ron et Hermione, il connaissait par cœur celles que Hermione gardait continuellement dans son sac.

Il faillit passer devant l'essence de dictame sans le voir. Au final, il récupéra une solution de force, une potion d'aiguise-méninge, du baume de Lewisis, de l'essence de dictame et un antidote aux poisons courants. Harry ne s'attendait pas spécialement à se faire empoisonner, mais Dumbledore ne lui avait laissé aucun moyen de préparer son excursion et il allait quand même infiltrer le manoir des Malefoy le jour du Nouvel An. Qui savait combien de mangemorts seraient présent et à quoi il allait devoir faire face.

Il essayait de ne pas penser à l'adrénaline qu'il sentait fuser à travers ses veines. Il savait qu'il aurait dû être terrifié par ce qu'il s'apprêtait à faire, ou au moins penser un minimum aux conséquences, mais la perspective d'agir, enfin, prenait le pas sur tout le reste. Il n'avait même pas un semblant de plan. Dumbledore avait fait en sorte qu'il ne puisse rien préparer pendant les vacances, mais dommage, Harry n'en avait plus rien à faire. Et peut-être que c'était cela, tout compte fait, qui lui faisait peur.

Mais, après tout, il avait survécu à Voldemort pendant la moitié de sa scolarité sans foutu plan.

Harry termina par inspecter les tables qui croulaient sous les ingrédients à moitiés décrépis et finit par trouver un bézoard entièrement ratatiné. Vu son état, il pourrait tout aussi bien être lui responsable de sa mort s'il venait à en avoir besoin mais Harry l'emporta sans hésiter.

.

Le lendemain le trouva tout aussi fatigué que la veille et il était absolument certain que Dumbledore l'avait gardé avec lui jusqu'à tard le soir pour le dissuader de tenter quoi que ce soit à Pré-au-Lard. Même s'il ne pouvait pas savoir que Harry prévoyait réellement quelque chose, il était trop prudent pour ne pas l'envisager.

Après un dernier signe de tête poli en direction de McGonagall, Harry monta dans une calèche et avala d'une traite la potion d'aiguise-méninge. L'effet était très différent du Felix-Felicis mais Harry sentit immédiatement une vague d'assurance le submerger. Il sourit de contentement en rangeant la fiole vide dans sa bourse en peau de Moke, ignorant royalement la petite voix dans sa tête qui lui listait pour la quinzième fois dans un ordre différent tout ce qui pourrait mal tourner pendant cette journée.

En arrivant à Pré-au-Lard, Harry s'isola dans une ruelle vide et déploya la cape d'invisibilité de James sur lui avec un sérieux sentiment de nostalgie. Puis, en inspirant profondément, il transplana. D'abord à l'autre bout du village, juste pour être certain de savoir encore le faire sans se désartibuler. Puis à quelques centaines de mètres de l'entrée du Manoir des Malefoy.

Il s'accroupit immédiatement au sol dans l'attente d'un déchaînement de sortilèges, le cœur battant à tout rompre. Au bout de cinq minutes sans réaction en provenance du manoir, Harry se releva doucement. À première vue, il n'avait heurté aucune barrière magique et son arrivée était passée inaperçue. Il se félicita mentalement de n'avoir pas essayé de transplaner dans le parc.

Restait à savoir comment entrer sans se faire voir.

Après un rapide coup d'œil circulaire, Harry décida de quitter l'herbe humide sur laquelle il était accroupi pour marcher avec précaution sur l'allée qui menait aux grilles du domaine. Chaque pas était un petit exercice d'équilibre en soi pour ne pas faire crisser les graviers blancs sous ses pieds, mais au moins, il ne risquait pas de se faire repérer depuis le manoir en laissant des traces de pas en aplatissant l'herbe sur son passage.

Au bout de ce qui lui sembla être une éternité, il atteignit enfin l'entrée du manoir. Prenant garde de ne pas trop s'approcher de l'énorme portail, Harry observa lentement les lourds vantaux noirs lourdement décorés. Le tout suintait la magie à lui hérisser les poils sur les bras.

Il s'éloigna légèrement pour dévisager la grille, noire également, qui enserrait tout le domaine. Aucune chance de passer par là aussi. Il soupira, maudissant Dumbledore de ne pas lui avoir laissé le temps de se préparer correctement, tout en sachant qu'il était de toutes façons incapable de préparer un plan digne de ce nom. Ça avait toujours été le boulot de Hermione.

… Bon sang, comment était-il censé entrer ?

La réponse vint à lui lorsqu'une délicieuse odeur de dinde lui chatouilla les narines. Les invités. Les Malefoy donnaient forcément une réception le jour du Réveillon. Il suffisait qu'il attende l'arrivée des calèches et qu'il en profite pour se glisser à travers le portail derrière elles.

Harry soupira presque de soulagement en fermant les yeux, rejetant légèrement la tête en arrière. Le plus dur était presque fait. Il était devant le manoir des Malefoy, il avait un moyen d'entrer et Dumbledore n'avait aucun moyen de savoir où il se trouvait. Il ne savait pas encore exactement comment ressortir du manoir, en revanche, mais avec un peu de chance, le portail empêchait uniquement les gens d'entrer, pas de sortir.

Et si le journal de Jedusor se trouvait réellement à l'intérieur du manoir, alors Harry le ramènerait à Poudlard, le cacherait dans la Salle sur Demande et disparaîtrait aux yeux du monde pour chercher les autres horcruxes.

Il inspira profondément.

Expira.

Il pouvait le faire.

Cinquante minutes plus tard, les bruits de la première calèche résonnèrent contre le gravier.


Bonsoir à tous !

Ce chapitre est long par rapport à d'habitude et a été une vraie plaie à écrire ! Il y a des jours où tout semble couler de source, et d'autres où chaque mot est compliqué. Je me réjouis d'avance pour le chapitre de la semaine prochaine, en revanche ! J'ai prévu deux trois petites choses qui vont m'éclater à écrire… Je ne vous en dis pas plus, j'attends vos spéculations !

À la semaine prochaine,

Aech.