Après avoir passé la dernière heure immobile devant un manoir morbide dont les occupants ne manqueraient pas de le tuer si jamais sa présence était remarquée, Harry accueillit l'apparition de la calèche avec un soupir de soulagement. Avec mille précautions, il s'accroupit sur le côté en dévisageant le point noir grossir lentement au bout de l'allée, priant pour que ses battements de cœur impatients passent inaperçus.
La calèche ralentit en s'approchant de l'entrée du manoir et Harry, qui ne s'attendait à rien en particulier, ne put retenir un sourire narquois devant les couleurs noir, vert et argent du véhicule et les armoiries ostentatoires plaquées sur les portières.
Pourquoi être original, aussi ? murmura sa conscience sur un ton moqueur.
La calèche s'arrêta devant le portail à un mètre de lui et Harry souffla doucement. Il avait réussi à cambrioler Gringotts avec un foutu gobelin sur le dos, il allait bien être capable de gérer un cambriolage de niveau un… Le portail s'ouvrit sans un bruit et Harry se glissa derrière la calèche sans retenir un sourire vainqueur quand il entra dans le parc du domaine des Malefoy.
Heureusement pour lui, la calèche roula au pas (Harry se demanda un instant si l'expression était justifiée dans le sens où le véhicule avançait littéralement tout seul) et il put rester à une distance raisonnable derrière elle sans se faire remarquer. Des dalles blanches avaient remplacé les gravillons, rendant sa progression infiniment plus facile. En revanche, deux grandes haies bordaient à présent l'allée, l'empêchant d'observer quoi que ce soit devant lui. Il faillit rentrer dans la calèche quand elle s'arrêta une nouvelle fois pour franchir un second portail avant de s'immobiliser définitivement devant les marches en marbre de l'entrée du manoir.
En retenant sa respiration, Harry se positionna juste à côté des immenses portes noires. Narcissa apparut sur le porche l'instant d'après pour accueillir ses invités qui sortaient de la calèche et Harry en profita pour se faufiler à l'intérieur du manoir sans un regard en arrière. Il traversa le hall le plus rapidement possible et se plaqua contre un renfoncement d'un mur, relâchant doucement sa respiration.
Il entendit les portes du manoir se refermer sur elles-mêmes dans un claquement sonore la seconde d'après. Sans oser bouger, Harry ne put qu'observer du coin de l'œil la silhouette de Narcissa guider trois autres personnes à travers le hall jusqu'à ce qu'il devina être un petit salon.
Jusqu'ici, tu as une chance insolente, murmura-t-il pour lui-même en fermant brièvement les yeux.
Il compta silencieusement jusqu'à trois avant de sortir de sa cachette. Quand il fut sûr que personne n'allait brusquement apparaître devant lui, il traversa le hall en rasant les murs. Si jamais quelqu'un surgissait sans qu'il ne s'en aperçoive, il aurait toujours moins de chance de se faire repérer s'il n'était pas obligé de s'écarter précipitamment du chemin.
En prenant bien garde de ne pas toucher quoi que ce soit, Harry se dirigea vers le double escalier en marbre blanc au fond de l'immense hall.
S'il était un blond peroxydé qui s'appelait Lucius Malefoy au service du pire mage noir de l'humanité et qu'il devait gardé chez lui un morceau d'âme de ce dit mage noir, il n'y avait pas dix mille endroits où il pouvait le cacher. Soit dans un endroit sécurisé comme Gringotts, soit chez lui. Et comme Harry envisageait forcément de (re)cambrioler le coffre-fort des Lestrange pour récupérer la coupe de Helga Poufsouffle, il voulait s'assurer en premier lieu qu'il ne devra pas également ouvrir le coffre des Malefoy.
Bordel, il espérait vraiment trouver le journal de Jedusor ici.
En s'obligeant à évoluer lentement malgré l'adrénaline qui pulsait dans ses veines, Harry monta l'escalier sans bruit, se remémorant de son mieux l'agencement du Square Grimmaurd. Le manoir possédait un salon et un petit salon, la cuisine, une salle de réception et un boudoir avec la tapisserie de la famille au rez-de-chaussée. Dans les étages se trouvaient plusieurs chambres et salles de bain, ainsi que la bibliothèque, le bureau d'Orion Black et le boudoir privé de Walburga Black. Sans compter le grenier sous les combles.
Donc.
Si Harry faisait le parallèle avec le manoir des Malefoy, il était vraiment peu probable que Lucius ait caché le journal autre part que dans son bureau. Et si le manoir ressemblait un tant soit peu à celui du Square Grimmaurd, alors il avait beaucoup de chance de trouver ce dernier à l'étage.
Harry grimaça un sourire satisfait. Il avait l'impression de se retrouver à nouveau devant le Sphinx en quatrième année où il avait été presque surpris de réussir à trouver la solution de son énigme. Peut-être qu'il avait un peu trop tendance à se reposer sur Hermione quand il s'agissait d'avoir une réflexion logique. Ou alors, c'était la potion qui parlait.
Une porte claqua dans le couloir quand il arriva en haut de l'escalier et Harry se figea instantanément en découvrant Lucius Malefoy sortir d'une pièce et se diriger droit vers lui, remettant rapidement sa robe en place. Il fallut tout son sang-froid à Harry pour ne pas se décaler brusquement sur le côté. En retenant sa respiration, la main crispée sur le manche de sa baguette, il se plaqua le plus lentement possible contre le mur. Lucius descendit l'escalier d'un pas tranquille, passant à moins d'un mètre de lui sans le remarquer.
Oh putain, oh putain, oh putain.
Harry resta sans bouger pendant plusieurs minutes, figé en tentant de calmer ses battements de cœur affolés. Quand il osa à nouveau se déplacer, il se dirigea sans hésiter vers la porte derrière laquelle Lucius était apparu.
Alohomora, pensa-t-il en pointant sa baguette vers la poignée qui ne bougea pas d'un pouce.
Harry grogna. Lucius avait probablement mis un mot de passe pour ouvrir la porte de son bureau et Harry n'avait pas la moindre idée de comment faire pour le trouver. Il pensa à Sirius. Sirius aurait ri et se serait planté devant la porte en essayant toutes les phrases typiquement clichées qu'il lui seraient passées par la tête. Et en y réfléchissant à deux fois… Ce n'était pas totalement dénué de sens. Lucius Malefoy était une caricature de sang-pur aristocrate orgueilleux. Harry détailla le blason argenté et vert plaqué contre la porte.
Sanctimonia Vincet Semper, essaya-t-il sans vraiment y croire.
La porte s'ouvrit sans un bruit et Harry cligna des yeux, réellement surpris, avant de se donner une claque mentale pour rester planté sans bouger. Il poussa la porte du bout de la baguette à travers sa cape et se glissa à travers l'ouverture avant de la refermer prestement derrière lui.
Le bureau de Lucius Malefoy était à l'image de ce que Harry avait pu apercevoir du reste de la maison. Grand, froid, hautain. Bon sang, Harry eut soudainement un peu pitié de Drago qui avait grandi (ou allait grandir) dans cette ambiance.
Il pensa à Sirius, aussi, qui avait connu la même chose et ressentit une admiration sans borne pour son parrain qui malgré son éducation de parfait sang-pur n'avait jamais adhéré à leur point de vue. Comment un gamin de dix ans qui n'avait jamais rien connu d'autre avait pu envoyer ses parents et toute sa famille sur les roses ?
Harry secoua la tête, remettant ses idées en place. En sachant pertinemment qu'il n'arriverait pas à trouver l'Horcruxe avec un simple sort d'attraction, Harry se racla la gorge avant de siffler doucement :
– Montre-toi.
Rien ne bougea dans le bureau. Harry tourna lentement sur lui-même avant de recommencer, sans plus de succès.
Et merde.
– Où es-tu ? Montre-toi.
Il essaya plusieurs fois, avant de devoir se rendre à l'évidence au bout d'un quart d'heure à essayer d'appeler l'Horcruxe. Le journal de Jedusor n'était pas là.
Harry soupira, frustré au possible.
Évidemment, ça ne pouvait pas être simple, hein, railla sa conscience avec dédain. C'est un échec de la mission.
La pensée de rentrer bredouille à Poudlard le fit grincer des dents. Il s'obligea à inspirer profondément en pensant à Ron et Hermione. Il avait mis plus d'un an à traquer et détruire les Horcruxes de Voldemort, d'abord avec Dumbledore, puis avec ses meilleurs amis. Ça aurait été improbable de réussir à en trouver un du premier coup. Du moins, il essaya de s'en persuader.
Harry sentit un profond sentiment de fatigue l'envahir. Le journal de Jedusor pouvait se trouver à Gringotts, même s'il imaginait plus Lucius imbu de lui-même le garder chez lui, ou n'importe où ailleurs, même s'il en doutait. Si ça se trouvait, Voldemort n'avait peut-être même pas encore créé cet Horcruxe mais comme Harry ne partageait plus de lien avec lui, il n'avait aucun moyen de s'en assurer.
Il grimaça. Est-ce qu'il venait de regretter de ne plus posséder un morceau d'âme de Voldemort ?
Harry pointa à nouveau sa baguette vers la porte du bureau. Cette fois, elle s'ouvrit sans un bruit et Harry sortit rapidement dans le couloir après un coup d'œil circulaire. Avant de sentir un poids s'enfoncer dans son estomac quand il reconnut la voix narquoise qui résonna soudainement dans le hall.
– Honnêtement Lucius, après ton fiasco à Poudlard, je suis réellement surprise que le Seigneur des Ténèbres te fasse l'honneur de sa compagnie, ricana Bellatrix Lestrange en laissant son lourd manteau noir tomber sur les dalles de l'entrée.
Les jambes tremblantes, Harry s'approcha de la rambarde de l'escalier pour voir un jeune Dobby apparaître dans un craquement sonore et se charger du manteau de Bellatrix avant de disparaître tout aussi rapidement.
Merlin, Merlin, Merlin, putaaain !
– Le Seigneur des Ténèbres a toute confiance en moi, répliqua Lucius d'un ton froid, restant stoïque alors que Bellatrix tournait autour de lui en ricanant ouvertement.
Et Harry paniqua.
Voldemort va venir ici ? Voldemort est en train de venir ?!
Il attendit en tremblant – de rage, de peur ou les deux, il ne savait pas réellement – que Lucius et Bellatrix disparaissent derrière la porte du salon avant de se ruer dans l'escalier. Il dirigea sa baguette vers l'entrée du manoir, priant de toutes ses forces pour que les portes s'ouvrent sans bruit. Son cœur rata un battement quand le brusque éclat métallique que firent les lourdes portes noires en pivotant sur elles-mêmes résonna bruyamment dans le hall.
Le sang de Harry ne fit qu'un tour. Il entendit à peine les cris et les brusques raclements des fauteuils alors qu'on se levait dans la pièce d'à côté. Il se mit à courir, de toutes ses forces vers le portail.
Un premier sort lui frôla la tête alors que le rire hystérique de Bellatrix éclatait derrière lui, bien trop près.
– Vous avez laissé un espion entrer dans le manoir ! éructa Lucius alors que Harry atteignait le premier portail qui s'ouvrit sur un mouvement de baguette de sa part.
Il n'eut même pas le temps de remercier Dame Chance qu'il se jeta sur le côté pour éviter un éclair vert. Il roula sur les dalles, priant pour ne pas perdre la cape d'invisibilité et para un deuxième sortilège. Il stupéfixia un convive en visant Bellatrix, bondit sur ses pieds et se remit à courir.
Un éclair brûlant lui déchira le côté et il s'effondra au sol en hurlant de douleur à quelques centimètres du deuxième portail. Un deuxième transperça presque immédiatement son bras, lui faisant presque lâcher sa baguette. Des larmes de souffrances roulèrent sur ses joues alors que sa respiration devenait erratique. Dans un brouillard flou, Harry vit Bellatrix s'approcher en riant doucement et ses yeux s'écarquillèrent lentement.
Il se leva dans un effort surhumain, une main plaquée sur son abdomen, refusant de penser à son sang qu'il sentait s'échapper de la blessure à gros bouillons. Bellatrix avait arrêté de courir, se délectant des gémissements de douleurs qu'il n'essaya même pas de cacher. Vacillant sur ses pieds, Harry se tourna vers le portail, profitant du fait qu'il soit toujours invisible sous la cape et l'ouvrit d'un coup de baguette désespéré.
Bellatrix hurla de rage en comprenant qu'il allait lui échapper. Un déluge de sortilèges s'abattit sur Harry qui eut toutes les peines du monde à déployer un sortilège du bouclier, l'esprit noyé dans une douleur sans nom. Il trébucha à l'extérieur du domaine des Malefoy et sentit le sol se rapprocher à toute vitesse alors que Bellatrix se jetait à l'aveugle sur lui, ses ongles frôlant la cape d'invisibilité.
Harry transplana avant même de toucher l'allée gravillonnée.
Eh bien, mes aïeux ! Je suis désolée de poster si tard, mais voici enfin ce trentième chapitre ! Vous vous en doutiez, ça ne pouvait pas bien se passer. Comme le disait Ancolympe dans une de ses reviews, Harry prenait un peu trop la confiance !
Quelques petites précisions avant que vous ne me jetiez des pierres pour vous laisser sur cette fin de chapitre : la remarque sur le cambriolage de Gringotts avec un gobelin sur le dos vient de ma partenaire de crime, Mr or Mrs. Est-ce que je lui ai complètement volé sa phrase ? oui. Je m'en veux ? si peu x)
Pour ce qui est des descriptions du manoir des Malefoy et du Square Grimmaurd, j'ai sincèrement fait au feeling en tentant de me rappeler de l'Ordre du Phénix :)
« Sanctimonia Vincet Semper » est bien la devise des Malefoy et signifie quelque chose du genre « La pureté vaincra toujours ». Elle est inscrite sur les bannières et le blason des Malefoy.
Sur ce, (je vais me cacher dans un bunker) je vous dis à la semaine prochaine,
Aech.
