Harry s'écrasa sur le sol enneigé de la forêt de Dean en hurlant de douleur. Il roula sur quelques mètres, laissant une traînée sanglante derrière lui avant de s'immobiliser définitivement, la respiration erratique. Le froid glacial de la neige calma légèrement la brûlure qui irradiait de son bras et de son abdomen. Incapable de bouger, Harry reconnut immédiatement la sensation de son esprit s'engourdissant peu à peu et un rire mêlé de douleur secoua son corps. Il se sentit mourir et son cerveau anesthésié n'arriva même pas à réellement paniquer. Sa vision s'obscurcit, voilant la cime des arbres au-dessus de lui.

Les ténèbres le cueillirent et il se laissa sombrer.

Une respiration étranglée le secoua violemment et son corps s'arqua par réflexe, le projetant sur le côté, lui faisant l'effet d'un électrochoc. Harry hurla de douleur en tombant sur son bras blessé, tentant de péniblement de reprendre son souffle qui s'emballait dans sa poitrine. Il avait perdu connaissance une fraction de seconde et l'acceptation qu'il avait eu face à sa propre mort lui arracha un frisson qui n'avait rien à voir avec la neige qui fondait dans sa nuque.

En grognant et sifflant de douleur, Harry arracha sa bourse en peau de Moke et récupéra l'essence de dictame, luttant de toutes ses forces contre le brouillard flou qui assombrissait sa vue. Il déboucha le flacon en tremblant et hurla à nouveau quand il remonta sa veste et son t-shirt pour dégager sa blessure. L'éclair noir de Bellatrix l'avait transpercé de part en part. Les gestes rendus incohérents par la perte de sang et la douleur, Harry versa maladroitement le contenu du flacon, criant à s'en déchirer les cordes vocales en sentant les tissus se réparer brusquement. En ignorant ses larmes de douleur, il se débarrassa de la cape d'invisibilité en trébuchant violemment et versa la fin du flacon sur le trou ensanglanté dans son bras avant de s'écraser à nouveau dans la neige.

Il resta prostré contre le sol sans bouger pendant ce qui lui sembla être une éternité. La neige et la douleur qui fusait dans son ventre l'engourdissait à nouveau. Finalement, dans un effort surhumain, il roula sur le côté en gémissant pour se mettre à quatre pattes. Sa vision se brouilla quand il tenta de se mettre debout, aussi resta-t-il à genoux à trembler dans le froid, son bas blessé replié contre sa poitrine, s'obligeant à respirer profondément même si chaque inspiration envoyait des milliers de pointes de douleur autour de sa blessure. Quand il fut certain qu'il n'allait pas s'évanouir à nouveau, Harry se mit précautionneusement sur ses pieds, tremblant de tous ses membres. Récupérant sa bourse en peau de Moke, il avala d'une traite la potion de force, inspirant profondément en sentant son corps se réchauffer légèrement. En gémissant de douleur, il inspecta sa blessure à l'abdomen. L'essence de dictame avait beau avoir réparé les tissus abîmés, la blessure suintait encore un sang lourd et épais. Les vaisseaux sanguins autour d'elle restaient noirs et enflés et Harry gémit en étalant laborieusement du baume de Lewisis dessus.

Merlin qu'il avait mal.

Harry tourna sur lui-même et mit plusieurs secondes à trouver sa baguette, abandonnée non loin de lui dans la neige tâchée de sang. Il faillit s'évanouir à nouveau en se penchant pour la ramasser avec son bras valide et s'assit lentement par terre, manquant crier d'agonie à chaque geste un peu trop brusque. Les bandages qui s'enroulèrent autour de son ventre ne furent qu'une maigre consolation.

Ignorant les points noirs qui fusaient devant ses yeux, Harry déchira d'un coup de baguette hésitant sa manche pour dégager complètement sa blessure au bras, en tout aussi mauvais état que celle à son côté. Il appliqua de son mieux du baume de Lewisis dessus avant de la bander correctement en grimaçant.

Laissant son dos cogner doucement contre le tronc d'un arbre, Harry reprit son souffle, observant les tâches sombres qui parsemaient la neige devant lui. Il ne pouvait pas laisser de telles traces. Les mangemorts allaient le traquer de toutes leurs forces, il n'allait pas en plus leur laisser de son sang pour leur faciliter la tâche. En gémissant de douleur, Harry récupéra la cape d'invisibilité et un éclat de rire désabusé le secoua quand il se rendit compte que les sorts de Bellatrix étaient passés au travers d'elle comme si elle n'existait pas. La cape était telle qu'il l'avait toujours connu, sans aucune déchirure ou tâche de sang, comme si rien n'avait de prise sur elle.

Ça sera toujours ça de moins à expliquer à James, pensa Harry en levant sa baguette d'une main tremblante faisant naître une flamme violette à son extrémité.

Il pouvait sentir la fièvre enflammer ses veines, rendant ses gestes incertains et pendant un instant, il eut peur de mettre le feu à toute la forêt. En trébuchant à chaque pas, Harry incendia la neige sur un rayon de plusieurs mètres, prenant bien garde de ne laisser aucune de trace de son passage. Puis, il enfila la cape et ferma les yeux, une sueur glacée mouillant à présent son visage. Un frisson le secoua de part en part et il transplana.

Il heurta violemment les pavés de Pré-au-Lard et s'évanouit contre le mur d'une maison.

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Harry faillit louper le retour des calèches pour Poudlard. Il était resté assis par terre contre la maison à grelotter dans le froid, incapable d'alterner deux pensées cohérentes alors que la fièvre, la douleur et la neige glaciale le paralysaient peu à peu.

Sans qu'il ne s'en rende compte, le soleil commença à disparaître à l'horizon et la vision le secoua suffisamment pour qu'il se remette debout en grimaçant. Il enleva la cape d'invisibilité, la cachant sous sa veste avant de commencer à marcher laborieusement vers l'entrée de Pré-au-Lard. Heureusement pour lui, les rues étaient presque désertes et il traversa le village sans rencontrer personne. Il s'effondra dans une calèche vide en grognant, fermant les yeux de soulagement quand les sombrals se mirent en route.

Ce ne fut que quand le château fut en vue que Harry se rendit compte qu'il était couvert de sang.

Ses yeux s'écarquillèrent et il s'empressa de nettoyer sa veste et son jean à coups de baguette nerveux, gémissant de douleur à chaque geste, chaque soubresaut de la calèche.

Quand les sombrals s'arrêtèrent dans la cour du château, Harry se demanda sincèrement s'il allait réussir à monter jusqu'au septième étage pour rejoindre la tour de Gryffondor sans s'évanouir en chemin. Il croisa le regard du professeur McGonagall en montant les marches jusqu'au château et son visage se crispa d'inquiétude.

– Tout va bien, M. Dubois ? demanda-t-elle précipitamment en se dirigeant vers lui.

Harry laissa échapper un hoquet de douleur. Il lui adressa un sourire qu'il voulut rassurant, remerciant l'obscurité ambiante qui cachait son teint blafard.

– Oui, merci, s'entendit-il murmurer. Juste fatigué. Je crois que j'ai attrapé froid.

Il ne lui laissa pas le temps de répliquer et se dépêcha de disparaître dans le hall. Il traversa le vestibule et ignora le grand escalier pour se diriger sans hésitation vers un tableau représentant Godric Gryffondor. Le portrait le regarda approcher en levant un sourcil interrogateur dans sa direction.

– Vous avez très mauvaise mine, déclara-t-il solennellement alors que Harry poussait le tableau sur le côté en sifflant de douleur.

– Je sais, souffla-t-il en se glissant à travers l'ouverture avant de remettre le tableau en place.

Des points noirs dansèrent à nouveau devant ses yeux alors qu'il se plaçait sur une dalle fendue en deux. Il tapota l'envers du tableau et la dalle vibra doucement sous ses yeux avant de s'élever lentement dans les airs jusqu'au septième étage. Harry soupira de soulagement à l'idée d'éviter les escaliers. Quelques minutes plus tard, il sortait du passage secret en poussant le deuxième tableau de Gryffondor sur le côté. En remarquant la toile vide, Harry se dit que Godric devait être resté au rez-de-chaussée.

Il dut attendre encore quelques instants que l'escalier arrive pour entrer dans la salle commune de Gryffondor. La chaleur et l'odeur de chocolat chaud qui régnaient dans la pièce déserte le fit soupirer d'aise et pour la première fois depuis plusieurs heures, Harry se sentit enfin en sécurité. Il grimpa lentement les escaliers jusqu'à son dortoir, ferma la porte à clé derrière lui et s'effondra dans son lit, se demandant s'il pourrait réellement cacher son état aux maraudeurs qui rentraient de vacances le lendemain.

Il s'évanouit au moment où son corps toucha le matelas. Inconscient, il fut incapable de répondre quand, un quart d'heure plus tard, Dumbledore toquait à la porte de son dortoir.


Bonjour à tous !

Hem, joyeux second confinement ai-je envie de dire. (Je plaisante)

Un petit aparté sur ce chapitre, les deux tableaux de Godric Gryffondor cachent bien un passage secret entre le rez-de-chaussée et le septième étage du grand escalier. Quelqu'un a eu pitié de tous ses pauvres gryffondors qui devaient se taper les escaliers plusieurs fois par jour ! En revanche, la dalle qui fait office d'ascenseur vient de moi. Je ne pouvais pas laisser Harry saigner à mort en essayant de rejoindre son dortoir…

J'ai tellement (tellement !) hâte d'entendre vos avis et spéculations sur la suite de ce chapitre !

Je vous dis à vendredi prochain,

Aech.