Ce furent les éclats de rire, les claquements de portes et l'incessant brouhaha des voix qui finirent par réveiller Harry alors que Poudlard était pris d'assaut par le flot d'élèves rentrant de vacances. Le château silencieux depuis deux semaines reprenait soudainement vie avec l'arrivée du Poudlard Express. Dans un grognement sourd, Harry porta une main tremblante à son côté. La brusque douleur aiguë qui le transperça de part en part lui arracha un gémissement plaintif alors qu'un voile noir s'abattait sur ses yeux, le renvoyant dans un état semi-comateux à trembler au milieu des couvertures, le corps trempé de sueur.

Un poids s'abattit sur la porte du dortoir sans qu'il n'en ai réellement conscience.

– Aow, grogna la voix de James. Pourquoi le dortoir est fermé ?

Un soupir. Puis la voix de Remus s'éleva derrière la porte :

Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

Un léger « clic » résonna dans l'escalier de la tour de Gryffondor alors que le penne crissait dans la serrure et que la porte pivotait sur ses gongs. Les maraudeurs pénétrèrent dans la pièce en riant avant de s'arrêter net.

– Wow, la vache…

– C'est quoi cette odeur ?

– Ça pue. Qu'est-ce que…

– Harry ?

Remus écarta légèrement les rideaux du lit à baldaquins et laissa échapper un cri d'horreur. Les autres furent sur lui en un instant.

Putain, Harry, t'as quoi ?!

– Harry ?

Harry voulut dire quelque chose, mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge. À moitié conscient, il sentit qu'on le tournait sur le côté et qu'on remontait son t-shirt. Une nouvelle série de cris et de jurons se firent entendre alors qu'il se laissait faire comme une poupée de chiffon, incapable du moindre mouvement. Une toue étranglée le secoua, lui arrachant une nouvelle plainte douloureuse.

– Il est brûlant de fièvre. James, ma valise…

Ah, pensa Harry en papillonnant des yeux, luttant pour ne pas s'évanouir à nouveau. Ça expliquait pourquoi il avait l'impression que son cerveau se noyait dans du coton.

Un éclair lumineux attira son regard et Remus siffla de colère.

– Sirius, qu'est-ce que tu fous ?

– Tes potions suffiront pas, Lunard, crois-moi.

– Il est hors de question que tu lances un sort alors que tu décuves encore de la veille !

Harry entendit à peine Peter murmurer rapidement « T'as failli vomir dans le train » alors que ses yeux se fermaient malgré lui, sombrant dans l'inconscience à nouveau.

– Le prend pas mal, Lunard, mais je reste le seul de nous quatre à s'y connaitre en magie noire.

Un juron se fit entendre. Puis, Sirius marmonna quelque chose que Harry ne comprit pas et une douce chaleur se répandit dans son ventre. Il s'évanouit avec un soupir de soulagement.

.

Harry se réveilla à nouveau au son des chuchotements. Il cligna plusieurs fois des yeux en grognant, s'attirant l'attention des quatre maraudeurs assis confortablement sur les lits de James et Peter. Le dortoir était éclairé uniquement par des flammes violettes qui dansaient dans un pot à confiture posé sur le sol entre eux.

– Oh, Harry ! sourit James en sautant de son lit. Comment tu te sens ?

– Il est quelle heure ? marmonna Harry sans répondre à sa question, se levant péniblement sur ses coudes.

Il haussa un sourcil en remarquant l'absence caractéristique de douleur qui accompagna son geste.

– Oh, murmura-t-il, surpris.

– Oh, comme tu dis, répliqua Sirius sur un ton sarcastique. Il est… Six heure dix-sept. Cool.

Harry dévisagea les maraudeurs, les yeux écarquillés, avant de se laisser retomber sur son lit en soupirant.

– Merde.

Les maraudeurs s'approchèrent de lui et il rouvrit un œil maussade. Est-ce qu'il avait réellement dormi deux nuits d'affilés sans s'en rendre compte ? Dumbledore allait le tuer quand il sortira du dortoir.

– Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.

– Eh bien, commença James avec une petite moue. On t'a trouvé en train de délirer joyeusement quand on est rentré. Remus t'as soigné comme la gentille infirmière qu'il est avec son stock de potions bizarres pour après les pleines lunes et Sirius a réussi à… Hmm, je suis pas bien sûr, canaliser toute la magie noire de ta blessure ?

Il hocha brièvement la tête alors que Harry regardait son parrain bouche-bée.

– De tes deux blessures, en fait, reprit James avec une nonchalance que lui seul pouvait afficher après une telle révélation. Après ça, on a voulu rester debout pour pouvoir te surveiller et… Merlin, t'as dit qu'il était quelle heure ?

– Six heure dix-huit, répondit Peter en souriant, clairement amusé.

James posa une main sur sa bouche de manière théâtrale.

– Déjà ? fit-il d'une voix aiguë. Diantre. Pas vu le temps passé. Bref, ce qui nous ramène à ma première question. Comment tu te sens ?

Harry dévisagea lentement les visages détendus et souriants des maraudeurs. Comme si trouver leur colocataire à moitié mort dans son lit au retour des vacances était tout à fait normal et ne méritait pas de paniquer en appelant Dumbledore ou Mme Pomfresh. Harry sentit un élan de d'affection le traverser à cette pensée.

C'est mignon, acquiesça sa conscience à peine narquoise, mais c'est aussi stupide, insensé, complètement fou… La liste est longue.

– En réalité, ça va, répondit honnêtement Harry en leur offrant un sourire ému. Merci, vraiment.

– J'ai toujours dit que Lunard devrait faire carrière à St Mangouste ! approuva Sirius avec un air de gamin satisfait avant de recevoir le coussin de Remus sur la tête.

Ce dernier s'assit précautionneusement sur le matelas à côté de Harry et chercha un instant son regard, mal-à-l'aise.

– Il t'est arrivé quoi, au juste ? demanda-t-il d'un ton hésitant et sa question amena un silence nerveux dans le dortoir.

Harry ferma les yeux, pas certain de ce qu'il pouvait et voulait avouer. Il prit une profonde inspiration, sa main se perdant brièvement sur le bandage qui enserrait son abdomen et ouvrit les yeux.

– … J'ai peut-être ou peut-être pas essayé de cambrioler le manoir des Malefoy.

Un ange passa dans le dortoir avant que James explose bruyamment de rire alors que Peter et Remus poussaient une exclamation horrifiée.

– Tu as fait QUOI ?!

– Oh merde, ricana James en essuyant une larme au coin de son œil. Oh merde. Wow. On peut savoir pourquoi ?

Harry se mordit la lèvre et ancra son regard dans celui de son père.

– Je peux vous inventer un mensonge plausible, déclara-t-il doucement en penchant la tête sur le côté. Ou vous pouvez aussi accepter le fait que je ne peux vraiment pas vous dire pourquoi.

James haussa un sourcil alors que Sirius croisait ses bras sur sa poitrine.

– Ça a quelque chose à voir avec le fait que Dumbledore dirige un groupe de rebelles contre Voldemort ?

Harry sentit son cœur se serrer dans sa poitrine alors que Remus lançait un regard incertain à Sirius. Ce dernier ne quitta pas Harry des yeux.

Et moi qui me demandait quand le sujet allait arriver sur le tapis… souffla la petite voix dans sa tête.

– … Non, lâcha finalement Harry. Non, Dumbledore n'a rien à voir avec moi. Il… Il ne doit d'ailleurs pas être très content, actuellement.

– Ah. Ça explique pourquoi il nous a sauté dessus à notre arrivée en nous demandant où tu étais passé, commenta James sur le ton de la conversation en hochant la tête.

Harry fixa son père et son parrain sans trop y croire. Il n'aurait jamais cru qu'eux deux en particulier abandonneraient le sujet aussi facilement sans explications. Quand il surprit les regards en coin discrets des maraudeurs entre eux, il se dit que non, finalement le sujet était loin d'être oublié.

Il ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose – un remerciement, une promesse d'explication, n'importe quoi pour casser le silence pesant qui s'était installé autour d'eux – avant de se faire couper par la platine de Remus qui se mit brusquement en marche. Les notes de Sister Morphine des Rolling Stones résonnèrent à travers le dortoir et Harry jeta un coup d'œil à sa montre. Six heure trente.

Et merde.

En face de lui, Sirius s'étira comme un chat en baillant bruyamment alors que James secouait Peter par l'épaule pour être certain qu'il ne s'endorme pas sur place. Remus se contenta de hausser un sourcil et de déclarer d'une voix morne :

– Il va me falloir un café.

.

– Vous saviez, commença James le nez plongé dans la Gazette du Sorcier alors qu'ils sortaient du cours de Soin aux créatures magiques et remontaient l'allée du parc en direction du château, qu'apparemment Lucius Malefoy a débarqué hier au Ministère en proférant des insanités sur Dumbledore ?

– Huh, fit Peter en fronçant les sourcils. Pourquoi ?

– Aucune idée, mais ça pourrait avoir quelque chose à voir avec un certain cambriolage qui a mal tourné, hum ?

Le sourire de James se fit mutin alors qu'il passait un bras autour des épaules de Harry pendant que Sirius chuchotait un « Il connait le mot insanité ? » à Remus qui explosa de rire.

Harry grimaça un sourire nerveux en coulant un regard embarrassé vers son père. Les maraudeurs l'avaient laissé relativement tranquille pendant la journée, sans chercher à en savoir plus sur sa petite escapade deux jours plus tôt mais il était certain qu'ils remettraient le sujet sur le tapis au moment où il s'y attendra le moins. Et honnêtement, il ne pouvait vraiment pas leur en vouloir.

– Lucius a pas mal de pouvoir au sein du Ministère, déclara Sirius alors qu'ils dépassaient un groupe de premières années qui s'amusaient à s'approcher le plus près possible du saule cogneur malgré l'interdiction de Dumbledore (Remus garda le regard obstinément tourné vers l'horizon). S'il croit que Dumbledore est derrière l'attaque de son manoir, je ne suis pas spécialement surpris qu'il tente de monter le Ministère contre lui.

Ah, tiens, j'y avais pas pensé, marmonna Harry pour lui-même.

– Et il compte faire quoi ? répliqua Remus d'une voix clairement amusée. Prendre d'assaut Poudlard pour confronter son directeur sur quelque chose dont il n'a rien à voir avec ?

Bah, Dumbledore se démerdera bien…

– Ça risque d'être amusant au moins, enchaîna joyeusement James en montant les marches en bois deux par deux.

Ils pénétrèrent dans la cour extérieure du château au moment où la température chuta brutalement. Les plantes fanèrent instantanément alors qu'un givre glacial recouvrait rapidement les dalles de pierres.

– Que… commença Peter en se ratatinant sur lui-même alors que Harry se retournait brusquement vers l'allée qu'ils venaient d'emprunter en brandissant sa baguette d'un geste vif, les yeux écarquillés et le cœur battant à tout rompre.

Un nuage de vapeur se forma au gré de sa respiration et il sentit un poids s'enfoncer au fond de son estomac.

C'est pas vrai, c'est pas vrai, c'est pas vrai.

L'instant d'après, un groupe de sorciers apparaissait au bout de l'allée et Sirius jura lourdement en reconnaissant la silhouette blonde qui marchait aux côtés du ministre de la magie, ainsi que l'escorte qui les accompagnait.

– Tu disais quoi, Rems, à propos de Malefoy déjà ? grinça-t-il, le visage figé d'horreur.

– Par Merlin, qu'est-ce que c'est que ça ? souffla Remus d'une voix blanche, sortant Harry de sa torpeur.

– Allez-vous-en, articula-t-il d'une voix sourde à l'intention des maraudeurs. Tout de suite.

– Entièrement d'accord et tu viens avec nous, répliqua James en baissant la baguette qu'il avait levée par réflexe en voyant l'eau de la fontaine geler en quelques secondes.

Il attrapa le bras de Harry qui se dégagea d'un coup d'épaule sans lâcher des yeux la procession qui remontait lentement l'allée.

Fais ce que je te dis, James !

Les détraqueurs tournèrent brusquement leur regard mort vers eux et Harry ferma les yeux de désespoir en sentant une vague de froid lui serrer les entrailles. Il se tourna vers les maraudeurs, paniqué.

– C'est moi qui les attire, foutez le camp ! siffla-t-il en les poussant vers le château.

– Quoi ? murmura faiblement James, une expression perdue sur le visage.

Dans un sifflement rauque, les détraqueurs se ruèrent vers eux, ignorant les cris horrifiés des sorciers alors qu'ils échappaient à leur contrôle.

– FOUTEZ LE CAMP ! hurla Harry en brandissant sa baguette. EXPECTO PATRONUM !

Un brouillard argenté s'échappa de sa baguette, repoussant in extremis un premier détraqueur. Une torpeur glacée l'envahie alors que son estomac se tordait brutalement. À côté de lui, Sirius poussa un hurlement de douleur avant de s'effondrer à genoux sur le sol.

Dans un coin de son esprit qui n'était pas occupé à paniquer ou à maudire Malefoy, Harry ne fut même pas réellement surpris que son parrain soit aussi sensible que lui aux détraqueurs.

– SIRIUS !

James fut sur lui en une fraction de seconde. Remus tenta de réaliser un patronus en imitant Harry mais seul un mince filet blanc s'échappa de l'extrémité de sa baguette.

Lily ! Prend Harry et va-t'en ! C'est lui !

Harry se mit à trembler alors que la voix de son père résonnait dans sa tête. Les détraqueurs revinrent à la charge et il put presque entendre leur rire sinistre. Leur cape claqua dans les airs et Remus laissa échapper une plainte sourde avant de vaciller sur ses jambes. Du coin de l'œil, Harry distingua Sirius toujours prostré par terre, James le protégeant de son mieux dans un effort dérisoire.

Va-t'en ! Cours ! Je vais le retenir...

Sa respiration se bloqua dans sa gorge. Ses jambes se dérobèrent sous son poids. La tête en feu, sa main se crispa sur sa baguette par réflexe quand les détraqueurs les encerclèrent impitoyablement. Il se releva dans un effort surhumain.

Pas encore mort. Il… est pas encore… mort. Il est là. Il est là…

– EXPECTO PATRONUM ! hurla Harry avec fureur et un cerf argenté s'échappa de sa baguette tendue en avant dans un cri de joie.

Une vague de chaleur se répandit dans ses membres alors que le cerf chargeait les détraqueurs, son galop résonnant comme une douce musique dans la cour. Dans un râle de colère, les détraqueurs disparurent dans le ciel et Harry tomba à nouveau à genoux, pantelant. Devant lui, le cerf se tenait fièrement campé sur ses jambes.

– Cornedrue… ?

Harry se retourna d'un coup. James avait une main tendue vers la silhouette argentée qui disparaissait lentement. Il fixa Harry, les yeux écarquillés, soutenant un Sirius pâle comme la mort et Harry comprit immédiatement aux regards des maraudeurs qu'ils avaient tous reconnu son patronus.

Il n'arriva pas à soutenir l'accusation à peine voilée qu'il lut dans leur regard alors que James demandait faiblement :

Qui es-tu ?


Bonsoir !

Hinhinhin, dites-moi, dites-moi, dites-moi… que pensez-vous de tout ça ?

À la semaine prochaine… !

Aech.


Réponse aux reviews :

Guest : Hey ! Merci pour ta review ! Hum, oui, ça commence à chauffer légèrement pour Harry x) J'ai presque envie de te dire que je ne suis pas si sadique que ça, mais en fait... C'est bien plus amusant pour moi de ne rien dire, héhé ! À une prochaine !