Un craquement sonore retentit dans le jardin et James, Remus et Lily se retournèrent d'un coup, baguette à la main avant de les baisser face à Dumbledore et les cinq aurors qui l'accompagnaient. Les vitres et l'entrée de la maison avaient été réparées et Lily finissait de redresser d'un coup de baguette les cadres photos sur les murs du salon en ignorant obstinément les traces de sang qui restaient encore dans le couloir.

– Vous êtes vivants…

L'expression de soulagement intense qui éclaira le visage de Dumbledore à ce simple constat lui donna dix ans de moins.

– Manifestement, rétorqua James en se laissant tomber dans un fauteuil en se frottant les yeux.

Maintenant que la perspective du danger immédiat était passée, il retrouvait une attitude volontairement sarcastique. C'était plus simple d'essayer de rire que de laisser la pensée que Lily avait failli mourir envahir son esprit. Il était certain que s'il s'y attardait, il allait se mettre en boule et pleurer et il ne serait plus d'aucune utilité pour personne.

– … Je suppose que vous voulez savoir où est Sirius Black ? fit Dumbledore en s'asseyant à son tour alors que les aurors se postaient aux alentours de la maison.

Remus haussa un sourcil fasse à l'utilisation du nom complet.

– Plutôt, oui.

James lança un regard amusé au lycanthrope en se disant qu'il n'était pas le seul à fuir dans le sarcasme.

– Il a tué douze moldus en plein cœur de Londres.

– Impossible, répliqua James en récupérant Harry sur ses genoux, adressant à peine un regard à son ancien directeur.

– … Il a aussi tué votre ami, Peter, continua le vieux sorcier d'un ton prudent.

– Déjà plus probable, acquiesça Remus sur le ton de la conversation. Vous savez où il est actuellement ?

Dumbledore hocha lentement la tête, stupéfait du manque de réaction des trois adultes devant lui. Il claqua des doigts et le corps brisé et inconscient de Sirius apparut au-dessus de sa tête dans une bulle bleue irisée. James sentit son cœur rater un battement alors que Lily et Remus sautaient sur leurs pieds en criant.

– SIRIUS !

Par Merlin, Sirius !

– Relâchez-le !

– BORDEL, VOUS LUI AVEZ FAIT QUOI ?!

Harry se mit à pleurer quand James se leva à son tour, prêt à sauter à la gorge d'un Dumbledore abasourdi. Sa magie se mit à crépiter dangereusement au bout de sa baguette alors qu'il la pointait vers le vieux sorcier.

– Relâchez-le. Tout de suite.

Sa voix était grave et basse mais Dumbledore ne vit pas ou ne comprit pas la menace sous-jacente.

– Il a tué douze personnes ce soir, siffla-t-il d'une voix glaciale. Il a failli vous faire subir le même sort et…

– CE N'ÉTAIT PAS LUI NOTRE GARDIEN DU SECRET ! hurla Lily hors d'elle en menaçant le directeur de sa baguette. RELÂCHEZ-LE !

En d'autres circonstances, l'expression de pure surprise qui passa brièvement sur le visage de Dumbledore aurait fait hurler de rire James.

– … Pardon ?

– J'ai dit, relâchez-le.

À contre cœur, Dumbledore agita sa baguette et Sirius s'écrasa au sol alors que Lily, James et Remus se précipitaient sur lui.

– Tu peux… ? commença Remus à l'attention de Lily qui hocha la tête, auscultant Sirius à toute vitesse, refusant que le directeur s'approche de lui.

C'était sa responsabilité. Elle l'avait décidé quand elle avait été incapable de sauver Mary qui s'était interposée entre Dolohov et elle presque deux ans plus tôt. Elle avait décidé que ce n'était pas parce qu'elle était enceinte puis maman qu'elle ne pourrait plus se battre. Elle ne laisserait plus jamais personne mourir.

Sept sortilèges plus tard, Sirius hoqueta douloureusement et se redressa brusquement sous les regards infiniment soulagés des trois autres avant de se tenir le ventre en grimaçant.

– Vous n'y êtes pas allé de main morte, grinça-t-il en fusillant Dumbledore du regard qui, s'il était resté assis dans son fauteuil, menaçait toujours Sirius de sa baguette sans le quitter des yeux.

– Allez-vous enfin m'expliquer ce qu'il se passe ? demanda-t-il d'un ton égal malgré son regard glacé.

James haussa un sourcil, se plaçant peu subtilement entre lui et Sirius, mettant silencieusement au défi Dumbledore de dire quoi que ce soit.

Ainsi, voici donc à quoi ressemble le vieux Dumby quand il n'a pas le contrôle de la situation, pensa-t-il avec humeur. Très bien…

– Qu'est-ce qu'il s'est passé ? interrogea-t-il d'une voix douce sans rompre son lien visuel avec Dumbledore (eh, ils pouvaient être deux à jouer à ça) et Sirius inspira profondément alors que Remus passait ses bras autour de lui pour le soutenir.

– Peter… Je… Je l'ai coincé dans une ruelle au moment où il a commencé à hurler que je vous avais trahis, expliqua Sirius d'une voix hachée en se laissant aller dans l'étreinte de Remus.

Lily pressa une main rassurante sur son épaule et il baissa les yeux.

– Il a fait exploser la moitié de la rue et les gens qui étaient dedans accessoirement, avant de se trancher un doigt et de fuir par les égouts… Les aurors sont arrivés, puis (il eut un geste vague en direction de Dumbledore dont le visage était toujours plissé par la méfiance) et j'ai… explosé de rire. Ça a pas aidé mon cas, étonnement. J'ai même pas eu le temps de dire quoi que ce soit et maintenant Peter est évanoui dans la nature.

– Le sale enfoiré, jura James et Lily se demanda un instant s'il parlait de Peter ou de Dumbledore.

Elle-même n'était pas spécialement certaine de ses sentiments à l'égard du vieux sorcier.

– Quand est-ce… Quand est-ce qu'il est devenu comme ça ? Un assassin ? Quand est-ce qu'on est devenu aussi aveugle pour ne pas s'en rendre compte ? murmura Sirius en fixant James et la culpabilité qu'il lut dans son regard lui fit l'effet d'un coup de poing dans le ventre.

– Je sais pas, répondit tristement Remus en le serrant un peu plus fort dans ses bras. Je sais pas…

Il inspira l'odeur de Sirius à s'en étouffer, comme si ce dernier risquait de disparaître à tout moment. L'espace d'un instant, les images de James et Lily assassinés chez eux, de Sirius en train de rire au milieu d'une rue en ruines, de Peter en train de se changer en rat, la main en sang, défilèrent devant ses yeux et son cœur se serra douloureusement. Il aurait voulu pouvoir affirmer qu'il n'aurait jamais abandonné Sirius, quoi qu'il arrive, mais au fond de lui, il savait que ce n'était pas le cas. Il avait cru mourir en arrivant devant la maison éventrée des Potter en songeant qu'ils savaient enfin qui était le traître, et que c'était Sirius.

Bon sang, il l'avait vraiment cru.

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– Dans quel compartiment est-il ? Patmol, tu le vois ? Je ne le vois paaaaas !

– Il est avec un rouquin ! Je confirme et je répète, il est avec un rouquin ! cria Sirius en courant le long des wagons du Poudlard Express, un sourire extatique plaqué sur le visage, ignorant avec brio les regards railleurs des dizaines de parents présents sur le quai braqués sur lui.

Sirius Black ne connaissait pas le sens du mot « embarrassé ». Ni celui du mot « embarrassant ».

– Un rouquin ? Chériiie ! s'écria alors James en se tournant vers son épouse qui discutait tranquillement avec Remus, légèrement à l'écart. Faudra penser à inviter la famille Weasley un de ces quatre !

La jeune femme haussa un sourcil devant le comportement puéril de son mari, se demandant par quel miracle la famille en question pourrait ne pas avoir entendu James hurler.

– Je peux savoir pourquoi ? demanda-t-elle néanmoins avec une expression amusée.

James laissa un sourire éclatant prendre place sur son visage.

– Parce que nos fils vont devenir meilleurs amis !

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Une horde d'enfants de tout âge dépassa Lily en courant pour pénétrer dans la cuisine du Terrier et elle sourit devant le spectacle. Les couleurs chaudes et l'ambiance chaleureuse de la maison n'étaient pas sans lui rappeler la tour de Gryffondor, même si elle se doutait que la comparaison était involontaire de la part des Weasley.

– C'est vraiment gentil de nous avoir invité à manger, Mme Weasley, sourit Lily en récupérant une pile d'assiettes qu'elle s'empressa de distribuer sur la table.

Molly lui adressa un signe de la main, la menaçant gentiment avec une louche.

– C'est avec plaisir, voyons ! Et appelle-moi Molly ! fit-elle en riant légèrement. Et puis, ça faisait tellement longtemps que Ron nous parlait de Harry… Les enfants, lavez-vous les mains avant de passer à table.

– Oui, lavez-vous les mains, répétèrent en cœur les jumeaux Weasley en s'asseyant sans s'approcher du lavabo, ce qui leur valut une tape sur la tête de la part de leur mère.

– C'est d'autant plus gentil qu'on s'est un peu ajouté à l'invitation, répliqua Remus en commençant à servir les enfants alors que James et Sirius s'asseyaient à leur tour en riant, une bière au beurre à la main.

– En même temps Lunard, on vit quasiment chez les Potter, ricana Sirius en évitant un bout de pain de Fred qui visait Percy. On n'allait pas resté seul chez eux !

– Patmol, déclara dignement Remus en ébouriffant les cheveux de Harry au passage, tu es peut-être un rustre qui ne connaît pas la moindre notion de politesse, mais ce n'est pas mon cas. Dis merci à Molly.

Cette dernière rigola doucement en voyant Sirius obéir sans discuter et incliner légèrement la tête dans sa direction. Elle avait eu une légère appréhension en invitant le couple et leur fils chez elle, mais quand elle entendait Ron parler avec enthousiaste de son meilleur ami, elle n'avait pas eu le cœur de le lui refuser. Elle se fit une note mentale d'inviter les parents Granger prochainement, tout en se demandant ce qui allait bien pouvoir résulter d'une telle rencontre.

– Dis-moi, Molly, demanda Sirius en ignorant le drôle de regard que les jumeaux lui lançaient, tu es de la famille de Gideon et Fabian ?

– C'était mes deux petits frères, sourit-elle en hochant la tête, tentant de garder un ton léger malgré son pincement au cœur. Les derniers de la fratrie.

Évoquer ses frères lui laissait toujours un goût amère dans la bouche. Ils étaient morts tellement jeunes… Pourtant, devant les regards compréhensifs que lui adressèrent les quatre adultes à table, pour la première fois, elle se sentit heureuse qu'on lui parle d'eux. Et même si elle n'en savait théoriquement rien, elle était certaine qu'ils avaient combattu ensembles contre Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Elle sourit courageusement. Peut-être que les gens ne mouraient réellement que lorsqu'il n'y avait plus personne pour se rappeler d'eux.

– Aaaah, les jumeaux Prewett, fit James tout sourire. Ils nous avaient montré le passage secret pour accéder aux cuisines de Poudlard lors de notre première année… De grands hommes !

– Je ne te le fais pas dire, Cornedrue, approuva Sirius en explosant de rire et Molly sentit son cœur s'alléger à l'évocation des bêtises de ses frères.

– … On peut accéder aux cuisines de Poudlard ? demanda Harry très intéressé alors qu'à ses côtés, les jumeaux chuchotaient à voix basse en jetant des regards en coin aux trois maraudeurs.

– Ne compte pas sur nous pour te dire où elles sont ! annonça sévèrement Lily devant l'expression joyeuse de son fils.

– Ta mère a raison, c'est à toi de découvrir le château ! Quoi ? glapit-il alors que Lily lui envoyait son coude dans les côtes.

– J'avais plus pensé lui dire que se balader dans les cuisines était interdit mais passons…

Un fracas à l'entrée du Terrier coupa James dans une envolée lyrique sur l'émancipation et les aventures que tout jeune adolescent se devait de vivre alors qu'un tonitruant « Bonjour les Weasley ! » résonnait dans la cuisine.

– Je vous présente mon mari, plaisanta Molly alors qu'Arthur attrapait un tabouret et s'asseyait près des garçons. Il est tout à fait probable qu'il ne se rende compte de votre présence que dans cinq minutes.

D'un coup de baguette, elle fit glisser l'assiette d'Arthur sur la table et enleva la chaise vide à côté d'elle sous le regard amusé de Lily qui se dit qu'elle n'était pas la seule à avoir un mari tête en l'air.

– … Toute la nuit ! s'exclama Arthur. Neuf perquisitions ! Infernal ! Et… Par Merlin, Harry Potter ?

Remus grimaça légèrement. Si depuis le début Molly évitait avec talent les regards en coin en direction des adultes – les maraudeurs et Lily étant célèbres pour avoir tué Voldemort – et en direction de Harry – le Garçon qui avait survécu à l'attaque du Lord – ce n'était manifestement pas le cas d'Arthur qui venait de mettre les pieds dans le plat avec une bonne humeur joviale.

– Dis-moi, Harry, continua Arthur Weasley sans remarquer le malaise de son interlocuteur qui se passerait bien d'une telle notoriété. Toi qui connais tous des moldus, à quoi sert un canard en caoutchouc exactement ?

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Au moment de quitter le Terrier, les jumeaux Weasley se penchèrent par-dessus la rambarde de l'escalier qui disparaissait dans les combles.

– M'sieur Potter, M'sieur Black, M'sieur Lupin ! crièrent-ils en cœur avec un sourire malicieux et James, Sirius et Remus levèrent la tête vers les étages, une expression surprise sur le visage. Nous vous jurons solennellement que nos intentions sont mauvaises !

Les maraudeurs restèrent interdits une seconde. Puis James et Sirius explosèrent bruyamment de rire. Remus tenta de cacher son fou rire derrière un toussotement poli alors que Molly réprimandait ses garçons en criant.

– De quoi ils parlent ? s'étonna Harry et James essuya une larme de rire au coin de son œil.

Il n'eut pas le temps de répondre que la voix excédée de Percy résonna à travers la maison :

– Non Ron, je ne sais pas où est passé Croûtard ! C'est juste la quatrième fois que tu me le demandes !


Si vous saviez à quel point la scène chez les Weasley a été géniale à écrire ! Avec les jumeaux qui sursautent aux surnoms des maraudeurs et qui sont obligés de rester tranquillement assis à table parce qu'ils ne peuvent décemment pas avouer devant leur mère qu'ils passent la moitié de leurs nuits à se balader dans tout Poudlard pour leurs méfaits x) Un plaisir !

Je vous dis à vendredi pour la suite !

Aech.