Correctrice : Clina

Note : chapitre plus angst en soi qui aborde la culpabilité et le deuil, si on veut. Je préfère prévenir, même si ça reste léger.

Réponse au review :

Lucille : contente que tu aimes. C'est vrai qu'ils ont pris leur temps pour s'embrasser.

Clina: je te remercie pour ton commentaire, même si en général tu les donnes par courriel. Et non non tu n'as pas le droit de donner des détails sur ce que tu sais de l'histoire...


Cela fait un mois qu'ils vivent tous au refuge. Trente jours pour être précis, Minho les a comptés. Et quand quelques jours plutôt, Vince a demandé si faire une simple commémoration pour ce premier mois serait une bonne idée, ils ont tous dit oui. Ce sera quelque chose de simple. Vince a préparé un discours, pas trop long non plus. Puis Brenda lira les prénoms gravés sur la pierre qui ont été méticuleusement recopiés sur un papier. C'est une manière d'honorer ceux qui ne sont pas là, ceux tombés pour qu'eux survivent. Et après ce moment de recueillement, ils feront une célébration plus joyeuse pour fêter leur premier mois de liberté. Cela semble important. Et Newt pense que c'est une bonne idée. Enfin, il en était persuadé jusqu'à ce qu'il trouve Thomas, sous la tente, assis sur une chaise. Pourtant, son compagnon a été un des plus enthousiastes à l'idée de commémorer leur mort… Sauf que maintenant qu'on y est, il se rend compte qu'on va mentionner des êtres qui lui sont chers et qu'il n'a pas pu sauver. Au fond, la vie de Thomas, celle dont il se souvient, n'est qu'une succession de dangers et de morts. Cela Newt l'a compris. Lui, il arrive encore à trouver des souvenirs positifs des êtres qu'ils ont perdus, ceux de l'époque du Bloc. Parce que même si la vie là-bas était anxiogène, il y avait des moments de calme aussi. Ils ont majoritairement vécu entre eux, en paix… Il peut se souvenir d'Alby autrement que lors de sa mort. Il a quelques souvenirs amusants de Chuck, de Winston et des autres… Il n'en a pas de Teresa. Mais Thomas ? Lui, il n'a presque que leur mort en guise de souvenir. Alors le blond comprend que son compagnon craque.

Newt mordille sa lèvre inférieure. Depuis qu'ils sont ici Thomas agit comme le mec qui va bien. Peut-être n'a-t-il pas encore totalement réalisé ? Ou peut-être qu'il s'occupe l'esprit pour ne pas penser, un peu comme Newt, mais pour des raisons différentes. Et là, en sachant ce qui l'attend dans quelques minutes, il craque juste. Les larmes silencieuses roulent doucement sur ses joues. Il a les yeux rouges et l'air totalement défait. Et Newt a mal de le voir si brisé. Parce que c'est ce que Thomas est. Ce qu'ils sont tous. Certes des survivants, des combattants qui ont échappé au WICKED. Mais aussi des jeunes d'une vingtaine d'années, parfois moins, totalement brisés par les épreuves qu'on leur a imposées. Et qui ne connaissent de la vie que la mort, la guerre et l'injustice. Au fond, tous ici ont des souffrances cachées. Et parfois, elles deviennent visibles. Alors oui, Newt comprend la tristesse et la culpabilité de Thomas. Mais il a quand même l'impression de se prendre une claque en pleine figure en regardant à quel point son compagnon est détruit. Comment a-t-il pu louper ça ? Il a été tellement focalisé sur lui-même qu'il a zappé le mal-être de Thomas. Et là, debout, à regarder l'autre, il se dit que cette fois-ci c'est à lui de réconforter et consoler l'autre.

« Tommy... », il l'appelle doucement. Et Thomas relève la tête. Rapidement, le plus jeune frotte ses joues humides. « Est-ce que tu veux en parler ? », propose doucement Newt alors qu'il se prend d'autres vêtements. Il compte quand même changer de fringues avant d'aller rejoindre tout le groupe.

« Non, ça va… c'est juste… » Mais Thomas ne finit pas sa phrase. Il ne sait pas quoi dire, ni comment expliquer les choses. Il n'a pas forcément trop envie d'en parler non plus sachant que sa voix va se briser. Et ses yeux se posent sur Newt qui se déshabille pour enfiler un tee-shirt propre et un autre pantalon. En d'autres temps, il aurait souri et dévoré des yeux le corps mince à la peau pâle, qu'il rêve de caresser pour en connaître la texture et les formes. Mais pas ce soir, il se sent juste perdu, triste et brisé. « Je vais bien. »

« On peut rester ici si tu veux. » Newt n'est pas dupe. Il sait ce qui ronge Thomas. Et même s'il pourrait y aller sans lui, il est hors de question qu'il abandonne son compagnon à son deuil difficile. Une fois les vêtements enfilés, il se tourne pour faire face à Thomas et il lui offre un sourire tendre.

« Non, je veux… », le brun soupire difficilement. « Je leur dois ça Newt. Je dois être là, pour eux… Je n'ai pas su quand ils … Alors ce soir, je dois… » C'est confus. Pourtant Newt comprend l'idée et il acquiesce doucement.

Et le silence s'installe. De nouvelles larmes cascadent silencieusement sur les joues de Thomas. Newt se sent un peu perdu. Il veut l'aider mais il ne sait pas trop comment. Les mots ne sont pas évidents à trouver parce qu'il souffre du même deuil que son compagnon. Pourtant, laisser pleurer comme cela Thomas est insupportable. Alors Newt abandonne sa réserve et sa timidité habituelle. Il se laisse porter par l'instinct. Et pour une fois, il ne réfléchit pas à ce qu'il fait. En quelques pas, il comble l'espace entre lui et Thomas qui est toujours assis sur sa chaise. Et le blond pose ses mains sur les épaules du brun pour le repousser un peu plus au fond de son siège. Puis sans gêne, il s'installe à califourchon sur les jambes de Thomas, ses bras passant autour de son cou. L'ancien Coureur papillonne des yeux mais ses mains viennent se poser presque aussitôt sur les hanches fines de l'autre. Newt ramène une main pour essuyer doucement les joues humides de son vis-à-vis un instant. Puis il se penche et il dépose chastement ses lèvres sur celles de Thomas. Instinctivement, les mains du plus jeune bougent sur le corps de son aîné. Une d'elles trouve sa place dans le bas du dos de Newt, appuyant pour le serrer un peu plus près et l'autre remonte jusqu'à sa nuque pour s'y agripper. Le baiser est simple, juste un contact doux et tendre. Et les lèvres de Thomas ont le goût salé des larmes. Newt y met délicatement fin. Les yeux fermés, il appuie son front contre celui de Thomas.

« Je t'aime tellement. » murmure Thomas, son souffle venant caresser les lèvres entrouvertes de Newt.

« Je t'aime aussi. », susurre doucement Newt en réponse. « Maintenant et pour toujours. » Il n'a aucune notion de romantisme. D'ailleurs Thomas non plus. Mais cela semble être la chose à dire. Et il le ressent comme cela. Cequ'il a comme sentiments pour Thomas, il le sait, ne mourra jamais. Il ignore d'où lui vient cette certitude.

« Pour toujours. », répète Thomas avant de lui voler un rapide baiser et d'appuyer encore plus son front contre celui de Newt. Son étreinte se fait plus étroite et possessive comme s'il redoutait que Newt s'envole d'un seul coup, qu'on lui arrache aussi le blond.

« Pour toujours. Quoiqu'il puisse arriver, je serai là avec toi. », ajoute Newt en passant ses bras autour de la nuque de Thomas. Il frotte lentement et tendrement son nez contre celui de l'autre Blocard. Et Thomas a un faible sourire.

« Je ne te savais pas si entreprenant et dominateur. », murmure doucement l'autre, oubliant un moment sa peine immense. Il est vrai que c'est toujours Thomas qui initie le moindre contact physique ou la moindre déclaration entre eux. « Mais j'aime bien. », ajoute Thomas avant de venir embrasser à nouveau les lèvres de Newt.

Et ils restent comme cela sans bouger pendant de longues minutes. Les yeux fermés, Newt se concentre sur la respiration de Thomas. Elle se répercute en lui, alors que régulièrement son souffle chaud vient caresser ses lèvres. Il apprécie l'instant et il se sent plutôt calme. Il a l'impression d'avoir calé ses battements de cœur et sa respiration sur ceux de Thomas. Le silence règne sous la tente. Et seules les mains du brun bougent légèrement, caressant l'arrière de la nuque de Newt avec le pouce. Finalement, le blond ramène ses doigts dans la chevelure de son compagnon. Et il joue avec les mèches de Thomas, un peu trop longues maintenant. Il devrait les couper un peu. La pensée éphémère fait vaguement sourire Newt. Cela dit, il aime bien enrouler les mèches autour de ses doigts. Il ne l'avait jamais fait avant. Par contre, Thomas laisse souvent ses doigts se perdre dans les cheveux blonds de Newt. Et c'est une bien agréable sensation qui fait ronronner le blond de satisfaction. Il se demande si ses caresses sur le cuir chevelu de Thomas l'apaisent aussi un peu.

« On va devoir y aller. Ils vont nous attendre. », murmure lentement Newt avec un soupir. Et Thomas relâche son étreinte.

« Vas-y. Je te rejoins vite. J'ai besoin… d'une ou deux minutes, seul. », réplique le brun en soupirant.

Newt regarde Thomas un instant droit dans les yeux. Il se détache un petit peu pour hocher de la tête. Il se penche en avant pour embrasser brièvement les lèvres de son compagnon. Puis, le blond quitte sa place et il recule. Il observe encore un moment l'ancien Coureur. Avec un soupir, Newt se détourne et quitte la tente. Il peut voir que presque tout le monde s'est rassemblé en face de la pierre commémorative. Lui n'y a inscrit aucun nom. En réalité, le temps qu'il sorte de son coma, les prénoms de tous les Blocards y avaient été gravés. Et il ne connaît pas vraiment d'autres personnes alors… Et il a plutôt évité de s'y confronter pour le moment. Quelque part au fond de lui, il sait qu'un jour il faudra bien aller lire les prénoms, vérifier s'ils y sont tous gravés, même ceux des plus anciens Blocards disparus il y a bien longtemps… Mais pour le moment, il n'en a pas la force. Il culpabilise pour ce qu'il a fait à Thomas et aux autres. Newt inspire profondément. Et il s'avance pour rejoindre les autres. Du regard, il cherche ses amis. Il repère assez vite les autres Blocards. Et il se dirige vers eux tout en mordillant sa lèvre inférieure.

L'ancien Second se positionne entre Fry et Minho. Les autres Blocards sont silencieux. Ils fixent tous la pierre commémorative. Newt croise les bras sur son torse. Vince est en face de la pierre et il commence son discours. Après quelques minutes, le blond lance un regard par-dessus son épaule pour regarder du côté des tentes. Thomas n'est toujours pas sorti. Et il soupire à nouveau. Il reporte son regard sur le feu qui brûle en face de tout le groupe. Derrière la pierre, l'étendue bleutée s'étend poursuivant son mouvement incessant de va-et-vient. Les yeux de Newt ne se fixent sur rien. Il observe un peu le feu puis la mer tout en mordillant ses lèvres. Il n'écoute pas vraiment le discours de Vince. Il se doute ce qu'il contient : souvenirs, encouragements, mots réconfortants. Il doit rappeler ce par quoi ils sont tous passés pour être ici. Newt a un pincement au cœur. Il ne se sent pas le droit de vivre ici en paix. Quand il relève les yeux, il croise le regard de Minho. Ce dernier a un froncement de sourcils. Newt hausse des épaules et secoue légèrement la tête. Il a compris la question muette de son meilleur ami. Où est Thomas ? Newt retient un soupir. Et il relève la tête vers la pierre quand Vince se tait.

Newt voit Brenda s'avancer avec un papier à la main. Un instant, il se demande combien de fois ils ont vérifié pour être certain de n'oublier aucun nom. Et il se mord un peu plus fort la lèvre inférieure. Fry, à côté de lui, observe le sol sableux avec attention. Il ne faut pas être télépathe pour savoir qu'ils ont tous une pensée pour les Blocards disparus. Newt ferme les yeux un instant. Il ne veut pas pleurer ici, devant tout le monde. Et en même temps il refuse de bouger, de s'éloigner. Il n'est même pas sûr d'être apte à marcher. Et quelque part la présence de ses amis autour de lui le réconforte. Thomas a raison : il n'est pas seul. Et il peut leur faire confiance. D'ailleurs en parlant de l'ancien Coureur, il devrait être là avec eux. Mais peut-être qu'au final c'est trop compliqué et douloureux pour lui. Peut-être qu'il préfère rester seul un moment. Ce besoin de solitude, Newt peut le comprendre. Après tout, il s'est isolé de presque tout le monde pendant une semaine après être arrivé ici. Le blond ferme les yeux, il inspire et expire profondément ramenant un semblant de calme en lui. Lentement, il redresse la tête pour observer la pierre et en face, Brenda qui prend son souffle pour commencer à déclamer le prénom de chaque disparu.

Et Newt sursaute quand deux bras s'enroulent autour de sa taille. Et il n'a pas besoin de se retourner pour deviner qu'il s'agit de Thomas. De toute manière, personne d'autre n'a ce genre de gestes intimes et affectifs avec lui. Ce qui le surprend, c'est que l'ancien Coureur ose le faire face aux autres. En général, ils ne se câlinent que quand ils sont seuls. Il y a une certaine forme de pudeur et de timidité qui entoure ce genre de gestes chez Newt. Quelque part, si Thomas lui avait demandé, le blond aurait répondu que ce qu'ils partagent ne regarde pas les autres. Mais ils n'ont jamais eu cette conversation. Parce que Thomas n'a jamais agi de manière affectueuse en face des autres. Pourtant là, même si ses joues chauffent un peu et qu'il lance des regards aux autres Blocards, Newt ne se libère pas de la prisede Thomas. Parce qu'il sent le corps de son compagnon trembler contre le sien. Et le brun dépose son front sur l'épaule de Newt. Ils ont la même taille, cela facilite ce genre de gestes. Puis, le Second a un frisson quand les larmes tièdes de Thomas roulent sur la peau mise à découvert de son cou et son épaule. Lentement, il décroise les bras et il vient poser une main sur celles de Thomas croisées sur son ventre. L'ancien Coureur cède à l'invitation et il entrelace leurs doigts.

Et la voix de Brenda résonne au-dessus de leur tête à tous. Par ordre alphabétique, ce qui a dû lui prendre du temps à réaliser, elle énumère les prénoms de leurs disparus. Newt se tend un peu quand elle prononce celui d'Alby. À côté de lui, il sent Frypan trembler à son tour et un simple coup d'œil lui apprend que son ami fixe le sol, les larmes aux yeux. La prise sur sa taille se resserre et si c'est possible, Thomas se colle un peu plus à lui. Et quand Brenda prononce le prénom de Ben, c'est à Minho et Gally que Newt lance un regard. Il mord douloureusement sa lèvre inférieure mais aucun son ne lui échappe. La seule chose qu'il constate dans le trouble de son esprit, c'est la larme qui glisse silencieusement sur sa joue. Minho finit par poser une main sur l'épaule de Thomas et il cherche le regard de Newt. Un simple sourire triste et un vague hochement de la tête suffisent pour se comprendre et se réconforter. Gally, lui, semble plus qu'intéressé par le sol sableux. Cependant les autres peuvent constater qu'il se tend au prénom de Chuck. Les larmes de Thomas se font plus nombreuses, bien que toujours silencieuses. Et la pression sur ses doigts devient presque trop forte, douloureuse. Pourtant Newt ne dit rien et ne fait rien. Il n'a aucune confiance en sa voix en cet instant… Et Brenda continue de prononcer les prénoms, certains connus, d'autres inconnus. Mais le blond sait que chaque prénom représente un deuil pour quelqu'un du groupe. Et vaguement, il redoute le moment où leur amie prononcera celui de Teresa. Parce que même sans avoir été lire sur la pierre commémorative, il est certain que Thomas l'y a inscrit.

Et cela ne manque pas. Quand la brune déclame le prénom de celle qui a été autant une alliée qu'une traîtresse pour eux, Thomas sanglote un peu plus fort dans son cou. Et sa prise devient douloureuse. Newt se dit que si Thomas serre encore un peu plus, il va lui briser un os. Mais il ne se plaint pas. Teresa représente beaucoup pour l'ancien Coureur. Il l'aime toujours. Et cela rien ne pourra le changer. Newt ignore juste quel genre d'amour les a unis. En tout cas, sa perte reste douloureuse. Et il ne peut retenir une autre larme quand la jeune femme prononce le prénom de Winston. Gally fronce des sourcils. Mais Newt sent les autres Blocards se tendre, tout comme lui. Et il revoit aisément le moment où Winston les a suppliés de lui donner l'arme, de le laisser partir. C'est Newt qui avait cédé à la demande. Parce que de toute manière leur ami était condamné. Parce qu'il allait devenir un Fondu. Et quelque part en lui, le blond comprenait que Wiston ne veuille pas devenir ça. Cela dit, l'ancien Blocard avait eu plus de courage que Newt. Il ferme les yeux et un lourd et triste soupir lui échappe. Cependant il refile à Fry un léger coup de coude amical. Quand l'autre le regarde, il lui offre un vague sourire et un hochement de tête. Et puis, la voix de Brenda s'éteint. Et le silence revient pendant quelques longues minutes. Finalement, Vince convie tout le monde à manger et à fêter leur liberté.

Autour d'eux, les autres se mettent en mouvement. Mais Thomas ne libère pas Newt de sa prise. Les Blocards restent aussi immobiles, perdus dans leurs pensées. Finalement, Gally émerge et il lance un regard aux autres avant de leur faire signe de rejoindre le feu et le groupe. Fry soupire et accepte vaguement de la tête. Et Minho retire sa main de l'épaule de Thomas. Comme s'il n'attendait que cela, que ses amis se dirigent vers les autres, l'ancien Coureur desserre sa prise sur la taille de Newt. Il dépose vaguement un baiser humide de larmes sur le cou offert avant de reculer. Le blond se tourne vers Thomas avec l'intention de dire quelque chose. Un peu plus loin, Minho s'est arrêté et les observe sourcils froncés. Il les attend, inquiet pour le plus jeune du groupe. Pourtant Thomas ne laisse pas le temps à Newt de dire ou faire quoique ce soit, qu'il agrippe sa main et l'attire à l'opposé à sa suite. D'abord surpris, le Second se contente de suivre Thomas. Ils marchent un moment le long de la plage. Puis Thomas s'arrête et il libère la main de Newt. Ils sont seuls. Mais pas tellement loin du camp, vu que le blond entend la musique, les chants et les conversations joyeuses. Par contre, il devine que Thomas ne veut pas s'amuser, encore trop chamboulé par la cérémonie et son deuil.

Et ils restent silencieux de longues minutes sans bouger. Finalement, fatigué par sa journée de travail et par toute la tension nerveuse et la tristesse qui l'habitent, Newt se laisse tomber assis sur le sable tiède. Il replie ses genoux contre sa poitrine pour y appuyer ses avant-bras. Le regard tourné vers la mer, il observe la danse incessante et rassurante des vagues. Finalement, Thomas sort de nouveau de sa léthargie. Newt le sent et l'entend bouger près de lui. Il ne sait pas quoi dire, ni même quoi faire pour apaiser Thomas. Et il n'a aucune confiance en sa voix pour oser parler. Le plus jeune finit par s'asseoir sur le sable, prenant à nouveau Newt au dépourvu en se glissant derrière lui. Les jambes de Thomas viennent encadrer ses hanches et le blond se tend un peu. Le plus jeune pose un instant son menton sur l'épaule du blond, cherchant une position confortable. Finalement, il dépose sa main sur le torse de Newt et le force à basculer un peu en arrière, la tête appuyée contre son épaule. Et Thomas enfonce son nez dans les mèches blondes pour humer son odeur. À nouveau, leurs mains se trouvent et leurs doigts s'entrelacent délicatement. Et le Second observe le ciel étoilé et la pleine lune.

« Tu crois que les étoiles ont des noms ? », il murmure doucement. C'est une question stupide mais il n'a rien trouvé d'autre à dire.

« Peut-être. », murmure Thomas qui frotte tendrement son nez contre le cou de Newt. « Je n'en sais rien. Mais on peut leur en donner si tu veux. »

Et le silence revient. Newt ne sait pas trop quoi dire. Il n'a pas la force, ni le courage de parler de ceux qu'ils ont perdu. Et il a l'impression qu'une autre conversation serait déplacée. Après quelques minutes, il sent une présence près d'eux. Newt tourne la tête pour voir Minho tomber sans aucune grâce sur le sable à leur droite. Il fronce les sourcils. Ils sont rapidement rejoints par Fry qui s'installe de biais face à eux, histoire de voir les autres. Un léger sourire triste orne les lèvres du blond. Thomas lui a toujours le nez dans son cou et la prise sur sa taille empêche Newt de se redresser. Clairement, l'ancien Coureur ne le lâchera pas. Et quelque part, Thomas doit s'en contreficher de ce que les autres peuvent penser de leur proximité, de leur câlin. Cela dit, au vu de l'état émotionnel de Thomas, Newt n'a aucune envie de le repousser. Il trouve aussi un certain réconfort dans cette étreinte. Et de toute évidence, ils ne mettent pas mal à l'aise leurs amis. Du coin de l'œil, le Second remarque que Gally les rejoint.

« Comme je suis quand même le plus aimable des Tocards, je vous ai au moins ramené de quoi boire. », déclare l'ancien maton de Bâtisseur en se laissant tomber à gauche de Newt. Il refile des bouteilles à Fry, Minho et Newt.

« Toi ? Aimable ? », répète Minho avec une voix taquine. « Faut le dire vite pour y croire… »

« Ah ouais ? Et t'as ramené quoi avec toi ? Rien que je sache… », réplique Gally avec un sourire amusé. « Donc je suis un super ami prévenant et sympathique… Qui ne vient jamais les mains vides. »

« Sérieux les mecs, vous n'allez pas commencer… », Fry a une voix désespérée.

Et un instant, Newt a l'impression d'être de retour au Bloc, avec tous les Blocards lors de leur feu de camp pour accueillir les nouveaux chaque mois. À l'époque, malgré le contexte, ils arrivaient à s'unir et à s'amuser tous ensemble. Et souvent Gally et Minho se chamaillaient pour un détail sans importance. Ils formaient un groupe d'amis, une famille à leur manière. Et Newt a un léger sourire qui se transforme en rire quand il croise le regard désespérément dramatique de Fry en face de lui. C'est le moment que choisit Thomas pour émerger de son cou et relâcher légèrement sa prise sur sa taille. Newt bouge un peu pour s'installer plus confortablement. Et au regard de Minho, il devine que Thomas sourit amusé lui aussi. Thomas qui n'a pas la chance d'avoir autant de souvenirs des Blocards. Thomas qui a vécu moins d'une semaine au Bloc et qui a passé sa vie à se battre contre le WICKED pour voir ses amis mourir. C'est presque étonnant qu'il ait tenu aussi longtemps sans s'effondrer. Et peut-être que ce moment à part, juste entre Blocards est tout ce qu'il lui faut. Enfin, ils en ont besoin aussi. Ils n'ont pas eu l'occasion de se retrouver vraiment qu'entre eux depuis qu'ils sont ici. En fait, la dernière fois qu'ils ont été vraiment entre Blocards, c'est au Bloc. Et Thomas attrape la bouteille que Newt a en main pour la porter à ses lèvres. Il en boit une gorgée avant de tousser sous la brûlure de l'alcool.

« Putain, c'est toujours aussi infect. », tousse-t-il en appuyant son front contre l'épaule de Newt qui reprend son bien. « Comment vous faites pour boire ça ? »

« Tu es juste une petite nature, Tommy. », commente Newt avant de prendre une gorgée. Les trois autres rigolent ouvertement de la déconvenue de Thomas.

« En fait, à force, on s'y habitue je crois… », déclare Fry avant de boire une gorgée de sa propre bouteille, imité par Minho.

« À vous écouter, on dirait que j'essaie de vous empoissonner avec un truc imbuvable… », Gally se la joue faussement dramatique et vexé pour le coup. Et après un échange de regards, ils rient tous de bon cœur, même Thomas qui tient toujours Newt enlacé contre lui, menton appuyé sur son épaule. Quelque part c'est bien agréable de se retrouver entre Blocards pour déconner un peu.

« Combien… », Thomas murmure presque avec un froncement de sourcils. Il n'a jamais demandé avant malgré le fait que la question l'ait hanté plus d'une fois. Mais ils n'ont jamais vraiment eu un moment de pause, où ils ne devaient penser à rien. « ... De Blocards ? » Les quatre autres font silence. Le savent-ils seulement ?

« Quand tu es arrivé… On était une quarantaine à vivre au Bloc. », répond posément Newt. Et Thomas n'est même pas étonné qu'il soit celui qui ait la réponse. Les trois autres restent silencieux. « Je dirais qu'au total en trois ans… il y a eu une cinquantaine de Blocards envoyé dans le labyrinthe… On s'est réveillé à une petite dizaine la première fois puis un tous les mois pendant trois ans, ça doit faire une petite cinquantaine. »

« Et on n'est plus que cinq. », remarque platement Fry. « Vous ne vous êtes jamais demandés si au final ça en valait la peine ? Je veux dire qu'on sorte du labyrinthe ? Au vu du nombre des nôtres qui y sont restés… » Il y a de la tristesse dans la voix de Frypan. Et Newt devine qu'ils ont tous la même pensée. Chuck, Winston, Teresa seraient encore en vie s'ils étaient restés au Bloc.

« Et tu crois qu'ils nous auraient laissés tous vivre en paix là-bas ? », questionne Minho en grimaçant avant d'avaler une gorgée d'alcool.

« Je ne sais pas… Mais ils sont morts parce qu'on est parti, parce qu'on a voulu se rebeller contre le WICKED… Alors je me demande, si c'était pour n'être plus que cinq, si ça en valait la peine… », explique Fry en détournant le regard. C'est bien la première fois qu'ils parlent tous ensemble ouvertement des autres Blocards, de leurs amis morts.

« Si on commence à penser comme cela… Alors leur mort n'aura servi à rien d'autre qu'à satisfaire le besoin scientifique du WICKED. », murmure Newt avec un soupir. « On a tous fait un choix, librement… C'est bien la seule fois d'ailleurs où on a vraiment décidé par nous-mêmes… Si on enlève ça aux autres… Si on leur enlève le fait d'être mort en étant libre et en combattant pour l'être… Il nous restera quoi comme souvenir d'eux ? »

« Bah de toute façon, c'était s'échapper et combattre ou sortir et devenir une pompe à sérum… », Minho grimace en soupirant lourdement. « Je ne sais pas si un jour on a eu le choix… Enfin là, maintenant, on l'a. Et on peut encore faire en sorte qu'ils ne soient pas morts pour rien. Aucun d'entre eux ne méritait ça… »

« Si on abdique, le WICKED gagne. », murmure lentement Gally avant d'avaler une gorgée de sa propre bouteille.

Et Thomas tend la main pour récupérer la bouteille avec laquelle Newt joue pour avaler une autre gorgée. Il se contente de grimacer cette fois-ci. Au fond de lui, il sait que les autres ont raison. Ils ont fait ce qu'ils jugeaient juste et nécessaire. Et personne n'a été contraint de suivre, de le suivre dans ses idées de vengeance. Ils ont été libres. Et ils ont librement décidé de ce qui était bon pour eux. Même si cela leur a coûté la vie. Même si Teresa les a trahis parce qu'elle pensait qu'aider le WICKED lui permettrait de sauver plus de monde. Au final, elle a trouvé un traitement. Et cela a sauvé la vie de Newt. Alors ils garderont une blessure en eux à vie. Thomas en est certain. Ce n'est pas un deuil évident à faire d'autant plus qu'ils sont tous morts presque sous leurs yeux et de manière assez violente.

« On doit vivre pour que leur sacrifice ne soit pas inutile… », murmure-t-il lentement. Il peut sentir Newt acquiescer de la tête et il voit les trois autres approuver aussi. Il ignore si cela est rassurant ou non. Mais c'est avec cette idée-là qu'ils réussiront à surmonter le deuil et à vivre ici.

Le silence revient alors que les Blocards observent le sable. Sauf Newt qui a les yeux rivés sur la mer et son mouvement incessant. Lentement, le blond se laisse glisser un peu plus sur le sol pour s'appuyer plus fermement contre le torse de Thomas. Et il boit une nouvelle gorgée de la boisson spéciale de Gally. Il sait que s'ils en avalent tous suffisamment ils seront bourrés. Et peut-être qu'alors pendant un moment, ils pourront rire et s'amuser, être des mecs de vingt ans tout simplement. Il aimerait savoir vivre normalement, comme on leur demande de faire. Mais c'est impossible d'oublier le Bloc, le Labyrinthe, le WICKED, la Terre Brûlée, les Blocards, Teresa, les Fondus, les morts. Et Newt cherche vraiment quelque chose de positif dans le merdier qu'est sa vie depuis un moment. S'il devait se raccrocher à quelque chose ce serait aux mecs qui l'entourent maintenant. Minho, qui lui a sauvé la vie deux fois en quelque sorte et qui a toujours été là. Gally, malgré sa grande gueule et son sale caractère, qui reste quand même un mec fiable et sympathique quand on le connaît. Fry, qui garde sa bonne humeur et son enthousiasme, qui semble être le moins courageux quand ils font des plans mais qui suit fidèlement ses amis. Et Thomas, têtu, impulsif, qui a perturbé leur monde mais les a aussi libérés. Thomas, avec qui il partage quelque chose de fort qu'il n'aurait peut-être pas eu dans d'autres circonstances.

« Alors les amoureux, de quoi vous parliez avant qu'on débarque ? », questionne Minho taquin en observant Newt et Thomas. Le blond lui renvoie un regard noir au surnom qu'il leur a donné. Mais cela n'a pour effet que de faire ricaner Gally et sourire encore plus bêtement l'ancien Maton de Coureur. « D'ailleurs, depuis quand vous êtes … amoureux ? »

« Depuis très longtemps… », répond Fry en prenant une autre gorgée de sa bouteille. « Tu n'as même pas idée… » Minho rigole un peu à la fausse tête de désespéré que tire l'ancien cuisinier du Bloc. C'est vrai qu'il s'est retrouvé seul avec Thomas et Newt pendant des mois. Il a eu le temps d'analyser leur comportement, de remarquer l'évolution de leur relation… Même s'il n'a jamais rien dit, au fond ce sont leurs affaires, pas les siennes.

« Newt se demandait si les étoiles ont des noms. », répond laconiquement Thomas, niant la partie sur le fait qu'il est amoureux du blond. Après tout, c'est un fait. Il n'y a rien à ajouter à cela. « Je proposais de les baptiser. », ajoute-t-il avant de reprendre la bouteille avec laquelle Newt joue nerveusement. « Si vous avez des idées… » Puis il boit une gorgée. Et Fry a raison, à force d'en boire, on s'habitue au goût et à la brûlure dans la gorge.

« Pff ça en fait des noms à trouver. », remarque Fry en observant le ciel nocturne.

« On peut leur refiler les prénoms des Blocards… », propose Minho, partisan de la simplicité pour le moment. « On n'aura pas assez de prénoms, mais bon c'est un début nope ? »

« Je parie ce que vous voulez, que demain, on sera incapable de retrouver quelle étoile a quel prénom… », Gally rit un peu avant d'avaler une autre gorgée de sa bouteille. « Y en a tellement qu'on n'arrivera jamais à les reconnaître… »

« Pas faux. », réplique Fry. « Bon, j'espère quand même qu'ils nous garderont un peu de bouffe au camp… » Il fait la moue. Et les autres se contentent de rire.

Newt tourne un instant la tête pour observer Thomas qui a toujours les yeux rouges, mais qui semble beaucoup plus détendu. Thomas lui lance un regard et lui offre un léger sourire. Avant de s'intéresser de nouveau à la conversation des autres. Elle est simple et presque stupide comparée à toutes celles qu'ils ont pu avoir depuis presque un an. C'est presque comme un retour au Bloc. Et Newt se dit, pour la première fois depuis qu'il s'est réveillé ici, qu'il est chanceux et heureux d'être en vie. Parce qu'il n'aurait jamais pu partager cela si Thomas s'était pas aussi entêté à le sauver. Peut-être qu'il est temps d'avancer, d'arrêter pour lui de s'enfermer dans son mal-être. D'autant plus qu'il sait que Thomas va mal. Et que ce dernier doit sûrement dissimuler cela au quotidien parce qu'il veut d'abord prendre de soin de Newt. Et le blond pense que lui aussi peut prendre soin de Thomas. Qu'ils peuvent surmonter cela à deux, ensemble avec les autres Blocards. Ils peuvent le faire, il en est certain.


Fin du chapitre 6.

Non, ce n'est pas encore fini. Vous me croyez si je vous dis qu'à l'origine l'histoire devait faire 3 ou 4 chapitres ? Je me suis un peu emballée…

Quelqu'un a envie de voir ce que donne un Thomas jaloux ?

Sinon, je sais que le chapitre fait un peu moins Newtmas que les autres mais j'avais besoin d'écrire un moment entre Blocards où ils pansent leurs plaies ensemble… Je pense qu'ils en ont besoin. Puis ça permet aussi de développer une facette de Thomas qu'on ne voit pas vraiment dans l'histoire vu que c'est un POV Newt.

Par contre le prochain chapitre sera un POV Thomas…

Voilà comme toujours, le formulaire de réclamation est en dessous. J'apprécie toujours autant de converser avec vous que ce soit des films, des romans et de la fanfiction.

Merci d'avoir lu 3