Coucou, je reviens avec le nouveau chapitre, corrigé. Ici, on parlera de la première étape du plan de Morgause pour détruire Germanus et Morgane fait une apparition éclair ;)
Encore un grand merci à emichlo, Tralalaire et Kebeo pour leur review.
Et surtout un grand merci à Kebeo pour avoir corrigé ce chapitre, croyez-moi elle avait du boulot la pauvre xD
Bonne lecture.
Chapitre 3 : Belladone.
Redressant la capuche de sa cape, Morgause traverse les couloirs sombres sans la moindre difficulté. La jeune femme a toujours su passer inaperçue en cas de besoin. Elle sait comment ne pas se faire repérer.
Elle doit sortir en dehors du mur, cette nuit. Et elle connaît le passage qu'il y mènera sans que personne ne l'aperçoive. Là où passe le cour d'eau du village. Ce cour d'eau est séparé de l'extérieur par des barreaux d'une solidité implacable. Ou presque. Quel dommage que personne n'ai pensé à réparer ce barreau en particulier. Une fois celui-ci retiré, n'importe quelle personne de petite carrure peut passer. Quel arrogance ces romains, de croire qu'une femme ne pourrait pas les trahir.
Elle sort rapidement de la rédisence et Morgause se félicite intérieurement pour sa mémoire infaillible. Elle garde un souvenir parfait des moindres recoins de ce lieu. La jeune femme traverse les ruelles sombres et vide, resserrant sa main sur son poignard pour se rassurer -après tout, il n'est jamais prudent pour une femme de se promener seule dans certains endroits.
Elle arrive à l'est du Mur et cherche la brèche dans la grille qui laisse passer le cour d'eau. Morgause repère le barreau défaillant et tire de toute ses forces. Celui-ci se retire et elle sourit, satisfaite. Si facile. Elle se glisse dans l'ouverture avec tout autant d'aisance avant de refermer le passage. En fait, ce n'est pas étonnant que les romains n'aient jamais pensé à réparer cette brèche. Aucun homme ne pourrait passer et leur arrogance leur interdit de penser une seconde qu'une faible femme pourrait tenter de se glisser hors du mur de cette façon. Après tout, n'est-il pas reconnu par tous que les femmes ne possèdent aucune pensée propre ? Ne les marie-t-on pas pour que l'homme pense à leur place et prenne toutes les décisions ?
N'est-ce pas pour cela que Morgause a été mariée à Lot ? Cet homme insensible et sanguinaire ? Un monstre qu'on l'a forcé à épouser. Un monstre qui l'a torturée. Mais finalement, ne devrait-elle pas lui en être reconnaissante ? Lot l'a rendue plus forte. Morgause est plus forte que jamais et, d'un côté, elle le lui doit.
La sœur d'Arthur remercie le ciel que ce court d'eau donne sur la forêt. Elle sera à son rendez-vous plus rapidement.
Elle s'enfonce donc à travers les arbres, s'arrêtant à la clairière de son enfance. Elle et Morgane y ont passé beaucoup de temps enfants, ainsi qu'Arthur, qui les accompagnait. Elle sourit doucement à ce souvenir avant de sentir la présence de sa jumelle.
Morgause se tourne rapidement pour faire face à son double. Elle sourit comme jamais depuis bien longtemps et court la prendre dans ses bras.
Morgane la sert fort, se retenant de pleurer de soulagement.
-Tu m'as manquée, lui avoue-t-elle. J'avais peur que tu n'arrives pas entière au mur.
-Je vais bien, lui assure Morgause en se reculant, gardant les mains de sa sœur dans les siennes. Et toi ?
-Mieux maintenant que je suis sûre de ton état, sourit Morgane avant de redevenir sérieuse. Tu l'as vu ?
-Oh oui, grimace Morgause. Germanus n'a pas changé.
L'expression de Morgause, tendre et souriante jusqu'alors, se transforme. La haine prend place sur son visage, son corps se tend. Ses lèvres sont retroussées dans une expression dégoûtée, mauvaise. Morgane n'en est pas effrayée. Elle sait que la haine de sa sœur n'est pas dirigée vers elle mais envers leur ennemi commun.
-Je te l'ai apporté, lui susurre Morgane avec un sourire fier. Je ne doute pas que tu en feras bon usage.
Morgane sort une fiole rempli d'un liquide que Morgause reconnaît immédiatement. Cette dernière l'attrape tandis qu'un sourire prend place sur son visage. Elle fixe le contenu avec satisfaction.
-Cet évêque va enfin payer pour ce qu'il a fait, jure-t-elle. Il mourra. Mais avant, il va souffrir comme jamais. Il comprendra enfin ce que nous avons dû endurer.
-Je te fais confiance, assure Morgane en lui rendant son sourire. Mais fais bien attention à toi, souffle-t-elle ensuite. Personne ne doit soupçonner ton implication dans l'histoire. Les conséquences...
-Ne t'inquiète pas tant, l'interrompt Morgause. Je ne me ferais pas prendre. Tu sais que je suis toujours prudente.
-Tu as déjà une idée pour lui faire avaler ceci ? demande Morgane avec intérêt.
-Plus ou moins, répond vaguement sa sœur en rangeant sa fiole. Je dois y aller mais sois sûre que je te contacterais bientôt.
-Ne tarde pas, ma sœur, supplie Morgane. Et ne commet pas d'imprudence.
Morgause lui sourit avant de la prendre dans ses bras. Elle lui fait de nouveau face et la contemple tendrement. Sa sœur. Sa jumelle. Son double.
Morgane est sa copie conforme en tout point. Ou presque. Morgane, elle, a su garder une innocence que Morgause a abandonnée il y a longtemps. Morgane croit au bonheur et à l'amour véritable alors que sa jumelle ne voit en cela que des fariboles sans intérêt. La seule personne que Morgause est certaine d'aimer est Morgane.
Morgause se détourne pour partir quand sa jumelle la retient.
-Et Arthur ? demande-t-elle avec hésitation. Comment va-t-il ?
-Bien, réplique Morgause après un silence. Il finira par revenir à la raison.
-J'en doute, ricane Morgane. J'ai bien peur qu'il ait été endoctriné par cet évêque stupide. La seule chose qui semble compter pour lui ce sont ses chevaliers.
Morgause se mord la lèvre, ne sachant que dire. Au fond, Morgane en sait plus qu'elle sur Arthur. La jeune femme le revoit après des années de séparation alors que sa sœur a vécu plusieurs années supplémentaires avec lui.
Alors, elle se contente d'un sourire rassurant. Que peut-elle faire d'autre ? Morgause n'est pas le genre de personne à proférer des promesses qu'elle n'est pas certaine de savoir tenir. Évidemment qu'elle fera son possible pour que Morgane revienne mais, elle n'est pas certaine d'y parvenir. Et, si elle veut la mort de l'évêque Germanus, elle ne souhaite aucun mal à son frère. S'il ne veut vraiment pas de Morgane au mur... elle fera ce qu'elle a prévu. La jeune femme disparaîtra avec sa sœur sans jamais revenir.
-Tout ira bien, assure Morgause. Quoi qu'il arrive, je resterai avec toi tant que je le peux.
Elles se sourient à nouveau mais, Morgause ne bouge pas, attendant l'autre question qui finit par arriver, comme prévu.
-Et lui, comment va-t-il ?
-Il a l'air d'aller bien, répond Morgause. Légèrement perturbé, un peu trop clairvoyant mais... il a l'air d'aller bien.
-Morgause, même s'il devine, promets-moi..., panique Morgane.
-Je ne lui ferais rien, ma sœur, rétorque la concernée. Jamais je ne te ferais du mal de cette façon.
Morgause ferme la porte de ses appartements en soupirant. Comme prévu, personne ne l'a surprise. Elle a réussi.
Serrant la fiole contre sa poitrine, la jeune femme retire sa cape boueuse. Elle ouvre ensuite le tiroir de sa commode et range le liquide avec un nouveau sourire satisfait. Tout va pour le mieux jusqu'à présent, Morgause n'a plus qu'à espérer qu'il en sera de même pour la suite.
La fatigue l'envahit et elle s'étire avant de s'allonger toute habillée sur son lit. Pour la première fois depuis bien longtemps, un sommeil réparateur l'envahit.
Aliénor rentre dans la chambre de sa maîtresse en tâchant de faire le moins de bruit possible. Cette dernière peu encore se reposer une bonne heure, le temps nécessaire à la servante de préparer la tenue du jour et de réveiller Dame Morgause. Parfois, elle est réveillée quand Aliénor apparaît, un regard hanté par ses cauchemars, se rongeant les ongles et marmonnant même quelque fois. Si ce genre de comportement en aurait effrayé beaucoup, Aliénor est restée auprès d'elle à chaque fois, la ramenant lentement à la réalité. Il n'y a jamais eu ni explication ni remerciement mais, le soulagement qu'Aliénor aperçoit lorsqu'elle trouve sa maîtresse à la suite d'un cauchemar est suffisant. Pauvre Morgause. Pauvre enfant livrée en pâture à un monstre insensible et sanguinaire. Qui ne serait pas traumatisé après toutes ses années à supporter les coups, les critiques, les punitions.
Alors non, Aliénor n'a jamais déserté, faisant parfois plus que son statut ne le recommande. Plus qu'un servante, elle a été un soutien permanent, une amie. Morgause a toujours pu se reposer sur elle et de son côté, sa maîtresse a toujours fait preuve d'une compréhension rare à son égard. Aucun des accidents survenus -verre renversé, vase brisé, robe brûlée- n'a été puni ou même dénoncé. Morgause connaissant Lot, elle a toujours tu les maladresses de sa servante, prenant parfois la faute sur elle.
Alors, quand Aliénor aperçoit la cape boueuse au sol et sa maîtresse -toujours habillée- endormie par-dessus ses couvertures, elle sait qu'elle le gardera pour elle. Sa maîtresse est sortie en pleine nuit, elle le sait et ne fait qu'espérer que tout s'est bien passé. Aliénor se doute que les intentions de Dame Morgause ne sont pas louables, elle l'a su dés que cette dernière lui a annoncé leur voyage. Pourtant, elle sait que, peu importe ce qu'il adviendra, sa place restera auprès de sa maîtresse.
Tout en haut du mur, Morgause regarde l'horizon, réfléchissant. Elle a donné rendez-vous à Mordred et, si celui-ci a bien travaillé, son plan pourra être mis en œuvre dés ce soir.
-Tu sembles bien songeuse, ma douce amie.
Au son de la voix moqueuse de celui qu'elle attendait, Morgause sourit et se tourne pour lui faire face.
-Tu sais que je ne pense qu'à toi, répond-t-elle en papillonnant exagérément des yeux.
Mordred éclate de rire, renversant la tête en arrière et attirant quelques regards sur eux. Morgause lève les yeux ciel. Quand il est question de discrétion, Mordred est une vraie calamité. Elle attrape donc son bras et l'attire plus loin.
-Éloignons-nous avant que tous les soldats ainsi que les paysans ne deviennent suspects, enjoint-elle tout en continuant à marcher.
Ils se promènent tous les deux, souriant aux passants tout en faisant mine d'être en pleine discussion jusqu'à arriver au marché. Morgause s'arrête devant un présentoir d'étoffe divers sous le regard sceptique de son ami.
-Et ici, c'est plus prudent ? raille-t-il.
La jeune femme lui adresse un regard mauvais qui en ferait reculer plus d'un mais Mordred se contente d'un sourire joyeux. Morgause secoue alors la tête en soupirant. Irrécupérable !
-Regarde-les, explique-t-elle en montrant la foule du menton. Qui nous prêtera suffisamment attention pour entendre notre conversation ?
Mordred regarde alors autour de lui et doit reconnaître qu'elle a raison. Quand bien même les fixe-t-on du coin de l'œil, il faudrait être proche pour entendre ce qu'ils se disent – lui-même doit se pencher pour comprendre Morgause. Il hausse alors les épaules, s'avouant vaincu.
-De plus, j'ai besoin de nouvelles robes, ajoute-t-elle avec un sourire en coin avant de reprendre son sérieux. Alors ?
-J'ai réussi, annonce-t-il fièrement. Donne-moi la fiole et elle remplacera dés ce soir le médicament de notre cher ami.
Morgause sourit, satisfaite.
-Donc, il est bien malade ? s'enquit-elle.
-Le pauvre homme souffre de rhumatisme d'après ce que j'ai entendu, répond Mordred avec une mine faussement compatissante.
-Il n'y a que ce genre d'ordure qui vit assez longtemps pour contracter cette maladie, siffle la jeune femme avec haine alors que sa main se referme sur une étoffe.
Mordred voit ses jointures blanchir et place une main douce sur celle tenant le tissu.
-Une chose est certaine, il ne vivra pas plus longtemps, lui murmure-t-il alors qu'elle se détend. J'ai trouvé quelqu'un pour lui donner la fiole. D'ailleurs, que contient-elle, du poison ?
-En quelque sorte, sourit narquoisement Morgause. Un poison lent et douloureux qui le rendra complètement fou. Dans peu de temps, il prétendra que le diable lui-même vient le hanter et encore d'autres absurdités. Bientôt, il perdra la tête ainsi que la confiance de tous et il sera à terre. Il finira par supplier qu'on le tue et je me ferais une joie d'exaucer son souhait.
Mordred repousse la peur qui menace de l'envahir. Oui, Morgause est inquiétante et quelque part, elle a elle-même perdu un peu de sa santé mentale mais, qui peut le lui reprocher ? De plus, sa haine n'est dirigé que vers celui qui a ruiné sa vie et son désir de vengeance est légitime.
-Quel poison possède de telles propriétés ? demande-t-il en fronçant les sourcils.
-La belladone, mon ami, lui apprend-t-elle. Cette plante est une merveille pour une mort lente et douloureuse. Excusez-moi, appelle-t-elle ensuite la marchande.
Une vieille femme s'avance vers eux avec difficulté. Son visage est émacié et très ridé, sa peau semble grise, ses cheveux, d'un blanc sale, sont fins et cassants et il est évident que sa santé laisse à désirer. Pourtant, elle regarde Morgause avec bienveillance et son sourire est accueillant. La jeune femme ressent une sympathie presque oubliée pour cette vieille femme.
-Oui, mon enfant, je peux vous aider ? demande cette dernière.
-Vous ne l'auriez pas dans une autre couleur ? interroge Morgause en montrant la soie jaune qu'elle tient en main. Le tissus est magnifique mais, j'avoue que le jaune n'est pas du tout ma couleur, plaisante-t-elle.
-Non certainement pas, acquiesce la vieille femme toujours en souriant. Mais, le blanc...
La marchande se penche, toujours difficilement et Morgause se retient de se pencher à son tour pour l'aider. Quand elle se redresse, elle tient une étoffe de soie blanche, la plus belle que Morgause ait jamais vu. La jeune femme la prend, hypnotisée. L'étoffe est d'un blanc pure et elle semble briller de mille feux.
-Mettez ceci par-dessus, conseille la vieille femme en montrant une étoffe transparente brodée de fil d'or sur le côté. Vous aurez l'air d'une reine !
-Je les prends tous les deux, annone Morgause. Mettez-moi ce que vous considérez nécessaire pour en faire une robe. Faites-les livrer à la demeure de l'évêque Germanus.
La marchande obéit et Morgause sourit avant de retirer la moitié de ses pièces de sa sacoche. Elle les donne ensuite à la vieille marchande qui reste un instant sans voix.
-C'est beaucoup trop, refuse-t-elle.
-Je paye également les conseils, sourit Morgause. De plus, je tiens à ce que ces tissus soient livrés le plus tôt possible pour que ma servante y travaille.
Morgause se détourne sans un mot de plus et s'éloigne, Mordred la suivant, songeur. Ce dernier apprécie ces moments où, mettant la haine qui la ronge de côté, sa bonté refait surface. Elle prétend payer les conseils et la livraison mais, elle a donné assez à cette femme pour nourrir sa famille pendant un mois entier au moins. Évidemment, la jeune femme ne l'avouera jamais parce qu'elle veut rester dure et froide. Mordred la trouve hilarante parfois, a essayé de cacher le reste d'humanité qu'il reste en elle. Et c'est pire quand elle en fait trop. La voir jouer les filles innocentes et dociles devant l'évêque menace à chaque fois de lui déclencher un fou rire. Et c'est une actrice comme il n'en a jamais vu, s'il ne la connaissait pas, il pourrait y croire lui aussi.
Il la regarde avancer et un sourire tendre effleure ses lèvres. Quand son père a ramener cette pauvre enfant apeurée pour la condamner à se marier, il la prise en pitié. En toute sincérité, il ne la voyait pas survivre plus d'un mois ou deux. Mordred s'est tellement trompé. Morgause a fait preuve d'une capacité d'adaptation impressionnante. Fasciné, Mordred l'a finalement bien observée au détour d'un couloir alors qu'elle avait le regard perdu à l'horizon.
Ses cheveux étaient d'un noir brillant et ondulaient le long de son dos. Elle était un peu plus petite à l'époque mais elle ne faisait cependant pas plus d'une tête de moins que lui. Sa robe convenant à une dame cachait son corps mais ses épaules montraient sa peau nacrée, pure. Son visage... il n'en avait jamais vu de tel auparavant. Sans parler de ses yeux. Si verts, si froids, si douloureux. La regarder faisait presque mal. L'expression de la jeune fille qu'elle était paraissait torturée alors qu'elle serrait une missive entre ses doigts à s'en faire pâlir ses mains délicates.
Il n'avait pas osé la déranger, restant juste en plein milieu du couloir à la regarder comme s'il venait de voir un ange. Et elle l'était à cette époque même si une partie de cette innocence semblait perdue. Puis, Morgause a du sentir sa présence car elle s'est tournée vers lui. D'abord surprise de la voir, elle lui a ensuite souri doucement avant de se détourner. Mordred s'est approché et est simplement demeuré à ses côtés sans un mot jusqu'à que la servant de Morgause arrive pour rappeler ses obligations à sa maîtresse. Cette dernière a ouvert la bouche pour la première fois, lui souhaitant une bonne journée avant de suivre Aliénor.
Ils ont souvent recommencés depuis lors. Au début, pas un mot n'était échangé si ce n'est le bonjour ou l'au revoir d'usage. Ils restaient simplement là, en silence. Un silence relaxant que Morgause semblait apprécier. Pourtant, Mordred aurait aimé l'entendre parler à nouveau. Sa voix était clair, douce et avait cette résonance nostalgique allant de paire à son visage.
Finalement, un jour, il l'a retrouvée de nouveau avec une missive, le visage torturé, les yeux rouges sans pour autant qu'un larme ait été versée -l'a-t-il jamais vu pleurer de toute façon ?- et quand elle lui a souri, elle était crispée. Mordred lui a pris la main -leur premier contact- et attendu qu'elle parle. Morgause lui a alors raconté qu'elle avait une sœur, un jumelle et qu'on les avait séparées. Elle lui a expliqué combien elle lui manquait, combien elle se sentait vide, combien elle avait mal sans elle. La jeune fille lui a raconté leur histoire, elle a dit combien Morgane était fragile et à quel point la savoir loin sans être là pour la protéger lui pesait encore plus que ce mariage.
Mordred a écouté, savourant le son de sa voix alors que la déchirure de sa « belle-mère » lui faisait mal. Il a vu et soupçonné les violences de son père envers Morgause et jamais il ne l'a vu baisser les bras ou se laisser abattre. Pourtant, quand elle parlait de sa sœur, le jeune homme avait l'impression que Morgause allait s'effondrer. Alors il s'est promis de ramener cette Morgane ici pour la soulager...
Il a vu l'évolution de Morgause. Évolution causée par son fou de père. Évidemment, il n'y a pas eu que lui. Mais la haine qu'elle ressentait déjà s'est amplifiée et a pris le pas sur le reste. Et Mordred y a assisté impuissant mais toujours présent pour elle, quoiqu'il arrive. Morgause a un don pour s'attirer la loyauté de ceux qui l'entoure. Mordred a vu les soldats de son propre père avoir plus de fidélité envers elle qu'envers lui. Lorsqu'ils voyaient qu'elle avait désobéit à un ordre, jamais l'un d'eux ne l'a dénoncé. Lorsque Lot l'a giflée dans un couloir, Mordred -qui avait déjà du mal à se contenir lui-même- a vu un garde faire un pas en avant, le regard meurtrier avant de se reprendre en crispant la mâchoire alors qu'aucun n'ont jamais réagit face la violence de leur maître jusque là.
Revenant au présent, il sourit avant d'accélérer et de se placer devant Morgause qui hausse un sourcil, intriguée. Mordred lui tend la main.
-J'ai entendu que l'évêque Germanus organisait un grand repas pour votre retour, s'explique-t-il. Me ferez-vous l'honneur d'être ma cavalière ?
Morgause sourit avec espièglerie, amusée.
-Et bien, j'ai eu de meilleures propositions mais... je suppose que les liens de la famille passe avant tout, se moque-t-elle et Mordred hausse un sourcils à son tour.
-Vu sous cet angle ne devrais-tu pas y aller avec ton frère ? fait-il remarquer en pinçant les lèvres pour ne pas rire face à l'expression épouvanté de son amie.
-Ciel, épargne-moi ça ! s'exclame-t-elle attirant quelques regards indiscrets. Il a beau être mon frère et j'ai beau lui porter de l'affection, Arthur est d'un ennui mortel ! Je préfère encore y aller avec mon beau-fils !
Mordred prend un air faussement vexé.
-Ravi d'apprendre que je ne suis pas aussi ennuyeux que ton cher frère, marmonne-t-il.
-Détrompe-toi, tu l'es, sourit la jeune femme avec moquerie. Mais je pourrais t'embêter toute la soirée ce qui me la rendra supportable.
Mordred fait la moue. Charmant. Pourquoi lui a-t-il proposé ? Le rire cristallin de Morgause retend et le jeune homme comprend que c'est exactement pour ça qu'il lui a demandé et que c'est pour ça qu'il accepte ses moqueries sans se vexer.
Morgause se regarde dans son miroir alors qu'Aliénor brosse ses cheveux pour la nuit. Morgause sourit légèrement en repensant à la tête de Mordred quand il a eu la fiole en main. Il a été deux doigts de la laissé tomber, la regardant avec dégoût et crainte. La jeune femme a souri et l'a rassuré. Tant que la fiole reste fermée, il ne court aucun danger. Bien qu'il n'ait pas eu l'air convaincu, il a bougonné et est reparti avec le poison.
Morgause ne connaît pas le nom de la personne par qui la fiole passera mais, elle faut confiance à Mordred. Il ne l'a jamais déçue.
Aliénor repose le peigne et se place en face de sa maîtresse.
-Vous avez besoin d'autre chose, ma dame ? demande-t-elle.
-Non Aliénor, tu peux y aller, sourit Morgause.
La concernée s'incline avant de s'en aller, fermant la porte avec douceur derrière elle. Morgause se sent oppressée quelques instant face à la solitude mais, habituée à ce genre de sensation, elle reprend vite le dessus et se lève pour rejoindre son lit. La jeune femme éteint la chandelle et se couche.
N'arrivant pas à dormir, Morgause se tourne dans tous les sens avant de finalement se calmer. Ses muscles se détendent, sa respiration se calme. Mais, alors qu'elle se sent glisser vers le sommeil, un hurlement inhumain se fait entendre.
Morgause se redresse en sursaut, la sourcils froncés. Puis, elle reconnaît la voix et un sourire mauvais prend place sur son visage. Elle se relève et sort de sa chambre alors que la résidence s'anime. La jeune femme descend d'un étage et se place devant les quartiers d'Arthur d'où proviennent les cris -parce que cet évêque se croit tout permis et prend le lit de son frère ! Elle y trouve celui-ci accompagnée des chevaliers. Si son frère semble bien réveillé, ses chevaliers semblent plutôt avoir envie d'aller se recoucher aussi vite que possible.
-Arthur, l'appelle Morgause d'une voix inquiète. Que se passe-t-il ?
Arthur la calme en posant ses mains sur ses épaules.
-Nous ne savons pas encore, lui apprend-t-il. Mais le guérisseur est déjà auprès de lui et il semble que l'évêque Germanus se soit calmé.
-Il a crié si fort, fait remarquer Morgause. A-t-il été attaqué ?
-Non, il n'y avait personne, la contredit son frère.
-Il n'a pas intérêt à nous avoir réveillé pour un cauchemar, grogne Owein, assis par terre, la tête dans les mains.
-S'il a peur du noir, on peut toujours lui laisser une chandelle allumé au pauvre petit, ricane Kay.
C'est la première fois que Morgause l'entend parler et elle pince les lèvres pour retenir son sourire. Arthur n'est pas de cet avis car il jette un regard noir au chevalier qui grimace en se détournant comme un enfant pris en faute. La jeune femme comprend pourquoi la plupart des chevaliers sont si avares de paroles s'ils reçoivent tous cet accueil.
Deux hommes sortent et Morgause reconnaît le serviteur de l'évêque. Celui-ci est pâle et semble avoir aperçu un revenant alors que le guérisseur a l'air grave.
-Alors ? interroge Arthur.
-Et bien, je n'en suis pas certain, avoue le guérisseur. Il n'y a aucun signe de fièvre ou d'une quelconque maladie et cependant...
Il s'arrête là, se frottant l'arrière de la tête et Arthur, impatient, le presse d'une voix autoritaire.
-Il semble avoir été victime d'hallucination, finit par dire le guérisseur.
-Un mauvais rêve ? intervient Morgause, l'air soucieuse.
-Et bien non, balbutie-t-il. Il était bel et bien réveillé quand il a vu... ce qu'il a vu.
-Qu'a-t-il vu ? souffle Arthur, indécis.
-Ce n'était pas très clair mais, il parlait d'une femme et de conséquences. Ensuite, il a... il a parlé de créature.
Un silence de plomb règne dans le couloir. Certains ont l'air sceptique, d'autre intrigué et d'autre semble sur le point de s'endormir. Seul Morgause et Arthur réagissent. Ce dernier a l'air inquiet et ses sourcils sont froncés comme jamais. Morgause écarquille les yeux et place une main devant sa bouche, feignant à la perfection un air choqué et soucieux.
-Tout ce que nous pouvons faire pour le moment, c'est le laisser se reposer, réplique le guérisseur en haussant les épaules avec fatalité. Ces derniers jours ont été fatiguant pour lui, il est peut-être simplement surmené.
Arthur se détend imperceptiblement ou presque. Morgause le voit faire et sourit intérieurement. Il doit être soulagé qu'il y ait une chance pour que l'évêque ne soit pas fou. S'il savait, le pauvre...
-Bien, acquiesce-t-il. Merci d'être intervenu si vite.
-Oh, je n'ai fait que mon devoir, vous savez, répond le guérisseur. Je vais donc vous laisser.
Alors qu'il passe à côté d'elle, Morgause le voit la fixer intensément, hochant légèrement la tête. La jeune femme le suit des yeux, tournant la tête pour le regarder s'éloigner. Ce regard, c'est comme si elle devait comprendre ce qu'il signifie sans que ce ne soit le cas.
-Morgause ?
La concernée se tourne vers son frère avec un regard interrogateur.
-Lancelot va te ramener jusqu'à tes appartements, lui annonce-t-il. Et n'aie crainte, je suis sûr que ça s'arrangera.
Oh, j'espère bien que les maux de notre évêque s'éternise mon frère bien aimé, pense-t-elle en lui souriant légèrement.
Lancelot ouvre alors la marche et elle le suit, légèrement en retrait, dans ses pensées. Une fois arrivée jusqu'à sa porte, la chevalier se tourne vers elle.
-Merci de m'avoir raccompagnée, chevalier, lui dit-elle.
-Rien ne pourrait me faire plus plaisir, ma dame, sourit le concerné, charmeur.
Morgause retient un sourire.
-Bonne nuit, réplique-t-elle simplement.
Elle va se détourner quand il l'interpelle.
-Si vous avez besoin de quoique ce soit, n'hésitez pas, assure Lancelot. Je ne suis pas loin.
Cette fois, Morgause lui sourit avec sincérité. Elle l'apprécie vraiment, peut importe le peu de conversation qu'ils ont eu. Le chevalier Lancelot semble si... vrai. Loin de ces hypocrites qui lui sourient parce qu'ils le doivent.
-Je ne l'oublierai pas, répond-t-elle avant de prendre sa main dans la sienne et de la presser.
Morgause le relâche ensuite et entre dans ses appartements, le cœur battant à la chamade sans qu'elle n'en comprenne la raison exact.
Peut-être est-ce le fait que Germanus a hurlé encore plus fort qu'elle ne l'espérait. Peut-être est-ce la méfiance face à ce guérisseur qui l'a fixée comme s'il connaissait tous ses secrets. Ou peut-être est-ce cette main qu'elle a serré si brièvement.
Le chevalier Lancelot a quelque chose de particulier en lui sans qu'elle ne sache déterminer de quoi il s'agit avec précision. Morgause sait juste qu'elle se sent à l'aise avec lui et qu'il l'intrigue beaucoup. Elle le sentiment étrange qu'il mérite peut-être d'être connu. Un comble pour elle qui de nature si méfiante. Les personnes en qui la jeune femme a confiance sont peu nombreuses ont travaillées dures sans jamais la décevoir.
Se couchant dans son lit, elle ferme les yeux alors que le regard du guérisseur lui revient en mémoire. Elle devra en parler à Mordred.
J'aime beaucoup l'idée de Morgause en tout cas xD Pauvre évêque, il ne se rend pas compte de ce qu'il a laissé entrer chez lui mdr
Alors, selon vous, comment va se passer la suite ? Jusqu'où Morgause réussira à aller et que prévoit-elle pour la suite ? Et ce guérisseur, en sait-il plus que ce qu'il laisse paraître ?
Laissez-moi une review pour me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre ;)
Bisous.
