Voici le nouveau chapitre,

Bonne lecture.

Chapitre 5

Morgause laisse son corps douloureux se détendre dans l'eau chaude alors qu'Aliénor et une autre servante l'aide à se rincer les cheveux. Sa peau est un mélange de blanc crémeux, de bleu, de noir et de mauve. Ses poignets portent encore la trace des chaînes du cachot. Et les traces de morsure de rat parsèment son corps à divers endroits.

Lot l'a sortie des cachots la vieille et malgré son état pitoyable, elle a dû honorer son devoir conjugal sitôt le départ du médecin. Ce qui a amené d'autres hématomes à son corps déjà brisé.

-Est-ce réellement censé se passer ainsi ? demande-t-elle aux jeunes servantes, le regard vide. Les hommes sont-ils toujours aussi violent ? Même pour... l'acte ? achève-t-elle, légèrement mal à l'aise.

Aliénor est bien trop jeune pour lui répondre. Dame Morgause est la première qu'elle sert, elle est d'ailleurs un peu plus jeune que sa maîtresse. La seconde servante, en revanche, est plus âgée que les deux jeunes filles et bien qu'elle n'ait pas d'époux, sa mère lui a un peu expliqué. De plus, Lot lui portait grand intérêt avant que Dame Morgause n'arrive au château.

-Je ne peux vous répondre avec certitude Ma Dame, hésite-t-elle cependant.

-Parle, l'encourage sa maîtresse.

-Et bien, je sais ce qu'en a dit ma mère, explique la servante. Elle m'a dit que partager la couche d'un homme était un devoir qui ne nécessitait aucunement le plaisir. Notre devoir d'épouse est de satisfaire notre seigneur et maître. De plus, l'acte sert à enfanter ce qui est notre devoir le plus sacré envers Dieu.

-Pourtant, il a l'air d'aimer ça, souffle Morgause en pâlissant. Plus j'ai mal, plus à l'air d'aimer ça. Je me suis prise à exagérer mes gémissements de douleur pour que cela s'arrête plus rapidement, avoue Morgause, honteuse.

-Votre mère ne vous a jamais expliqué comment cela se passait, s'enquit la servante avec tristesse.

Morgause secoue la tête, plus déprimée que jamais. Ainsi donc, c'est le fardeau de toutes les femmes que de subir les assauts de ses porcs lubriques. Alors que ces infâmes créatures prennent du plaisir dans un acte qui humilie et fait souffrir leurs épouses. La descendance mérite-t-elle réellement de supporter ça ? Pourtant, sa mère n'avait jamais semblé malheureuse de son mariage, au contraire. Peut-être s'était-elle fait une raison ? Ou peut-être a-t-elle trouvé la paix après avoir enfanté. Il faudrait donc à Morgause donner un enfant à Lot pour sortir de ce cauchemar ? Est-il seulement possible qu'elle porte un enfant dans son ventre avec ce que son époux lui fait subir ?

-Je peux vous aider à rendre les rapports moins long, ajoute la servante.

Elle s'appelait Emma. Un jour, Lot s'en prit violemment à son épouse devant la servante. Emma protégea sa maîtresse en faisant rempart de son corps. Lot la fit tuer pour cet affront, forçant son épouse à regarder. Morgause ne chercha jamais à la remplacer, restant avec Aliénor comme seule servante personnelle. Et la jeune Dame fit en sorte de prendre toute les punitions à la place de sa servante après ce jour-là.


Aliénor sort de ses souvenirs en terminant de coiffer sa maîtresse pour l'occasion. L'évêque Germanus a organisé un souper en l'honneur du retour de Morgause au mur. Auprès des siens, a-t-il dit. Quand l'évêque a demandé à la jeune Morgause qui elle souhaitait inviter, cette dernière est restée sans voix.

Outre son frère et Mordred, elle ne connaît personne ici. Elle a bien parlé à quelques chevaliers mais, ce n'est pas comme s'ils avaient liés des amitiés. De plus, il n'y a pas de noble Dame au mur d'Hadrien. Si tel avait été le cas, les convenances auraient exigés qu'elle les invite. Mais comme il n'y en a pas, Morgause est épargnée. La jeune femme n'a aucune notion de courtoisie avec des personnes de son rang. Lot l'a maintenue loin de tout et tout le monde ces dernières années. Et les années d'avant, Morgause vivait en terre picte avec sa mère et sa sœur. Ce que Germanus considère presque comme une vie de sauvage.

Morgause a donc convié son frère et lui a dit que les chevaliers sarmates qu'il considère comme ses amis étaient également les bienvenus. Germanus n'appréciera sans doute pas beaucoup et là est tout l'intérêt et la beauté de la chose.

L'évêque n'est d'ailleurs pas sorti de ses quartiers depuis la première dose de belladone. D'après les commérages, le vieil homme ne parvient plus à dormir ni a se nourrir. Voilà qui remonte le moral de Morgause. Elle est cependant étonnée qu'il ait confirmé sa présence ce soir. Il ne doit pas être si malade que cela, malheureusement.

Morgause se concentre sur sa toilette, regardant l'œuvre d'Aliénor. Elle porte la robe faite avec le tissus qu'elle a acheté, quelques jours plus tôt. Faites de soie blanche, la robe est complété par un voile brodé de fil doré sur les bras et la poitrine. Ses boucles noires ont été rassemblées du côté gauche et sont orné d'un bijoux en or qui lui tombe sur le front. Sa servante a, une fois de plus, fait un travail remarquable.

-Merci Aliénor, lui sourit-elle sincèrement. Tu as des doigts magiques.

-Vous êtes déjà si belle Dame Morgause, confie la jeune fille. Il n'est pas vraiment difficile de s'occuper de votre toilette.

Le sourire de Morgause devient amère. Oui, il paraît qu'elle est belle. Pour être honnête, elle aurait préféré être quelconque, voire repoussante. Lot ne l'aurait peut-être pas voulue comme épouse. Ni aucun homme d'ailleurs. Le mariage est une prison de torture pour les femmes.

Morgause se lève pour rejoindre son cavalier près de la porte de la salle à manger. Quand elle arrive, Mordred est de nouveau avec les chevaliers, s'exprimant avec de grand mouvement laissant deviner un récit de bataille. Quand il aperçoit Morgause, il se fige le bras droit en l'air et la main gauche sur l'épaule de Bors. Les autres chevaliers suivent son regard et restent sans voix. Lancelot jurerait que son cœur s'est arrêté quelques secondes avant d'entamer une course folle.

Morgause arrive enfin à leur niveau et s'applique dans une gracieuse révérence.

-Dame Morgause, finit par articuler Mordred. Tu es... présentable. Je suis soulagé de voir que je n'aurai pas honte de t'avoir à mon bras, reprend-t-il.

Les chevaliers sont abasourdi devant la remarque, se demandant si cet homme est aveugle. Morgause lève les yeux au ciel.

-Tu n'es décidément qu'un incapable vaurien, soupire-t-elle. J'ai finalement changé d'avis, je ne te veux plus pour cavalier, décide-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine.

-Et qui d'autre supportera ton sale caractère, ma chère amie, rit ouvertement Mordred.

Morgause pince les lèvres, légèrement vexée. Décidée à le faire taire, Morgause se dirige vers le seul chevalier avec qui elle a eu un semblant de conversation.

-Sir Lancelot, pensez-vous pouvoir supporter l'affreuse mégère que je suis le temps d'un repas ? interroge-t-elle le chevalier qui semble avoir perdu la parole. Je sais que je ne suis que présentable mais, vous pourrez compter sur moi pour ne jamais manquer de vin, enchaîne-t-elle avec humour.

Mordred a soudain l'impression qu'on lui met un coup dans la poitrine, lui coupant le souffle. Lancelot croit rêver devant les yeux taquin de la dame qui hante ses pensées depuis le premier jour. Il n'aura sans doute jamais la bénédiction d'Arthur pour lui faire la cours mais, il ne s'agit que d'un dîner et c'est la dame elle-même qui lui demande. Il ne peut refuser. Alors il lui prend la main et l'embrasse.

-Vous me faites un honneur, Dame Morgause, assure Lancelot. Et vous êtes resplendissante, comme à votre habitude.

-Pauvre Lancelot, intervient Mordred. Vous allez devoir supporter ses enfantillages incessant durant tout le repas.

-Seigneur Mordred, vous ne seriez pas jaloux par hasard ? réplique Morgause, piquée au vif.

-Moi, jaloux ? se vexe Mordred. Je ne vois pas de quoi je pourrais être jaloux !

-Que je préfère sa compagnie à la tienne.

Les yeux des chevaliers présents passent de l'un à l'autre, ne sachant pas exactement s'il s'agit d'une dispute ou de leurs taquineries habituelles. Mordred, sentant sa fierté en prendre un coup, pince les lèvres alors que Morgause continue de le regarder, une lueur moqueuse dans ses beaux yeux vert.

-Retourne donc te... brosser les cheveux ou vaquer à tes occupations ordinaires ! s'emporte-t-il avant de se détourner.

Il rentre dans la salle à manger, seul et se dit qu'il en est heureux. Oui, Morgause n'est qu'une petite peste et, qui voudrait passer la soirée avec une chipie pareille ?

La concernée grimace peu gracieusement au dos de son ami avant de lever au ciel. Remarquant le regard de nombreux chevaliers sur elle, pour la plupart moqueur, la jeune dame s'éclaircit la gorge et se redresse.

-Je pense qu'il est temps d'aller nous installer, la sauve Lancelot en lui tendant son bras.

Morgause lui sourit avant de le suivre. La bonne humeur de la jeune Morgause se glace quand elle aperçoit l'évêque Germanus en bout de table. Ce vieil homme se croit décidément plus haut que quiconque pour s'asseoir à la place la plus importante de la table. Sa colère est cependant apaisée par le teint blafard de son ennemi ainsi que par le bleu sous ses yeux, témoin de ses nuits difficiles.

Quand Germanus les voit arriver, il tique en voyant sa précieuse Morgause au bras d'un vulgaire chevalier Sarmate. Il se lève cependant en tendant les mains à la dame, un sourire chaleureux aux lèvres.

-Belle et douce Morgause, votre beauté est décidément à un cadeau de Dieu, s'exclame-t-il alors qu'elle lui prend les mains en souriant.

-Vous êtes trop bon, répond simplement Morgause en prenant sur elle pour ne pas reprendre ses mains d'un geste brusque.

-Prenons place, sourit difficilement l'évêque.

Morgause s'installe à la place la plus proche de Germanus qui peine à s'asseoir seul. Lancelot grimace d'être si près de cet être malsain, ce qui 'n'échappe guère à sa cavalière. Arthur se trouve en face de sa sœur, le chevalier Tristan à ses côtés. Ce dernier se laisse choir avec bien peu de manière sur sa chaise. Germanus regarde le spectacle des chevaliers, qui s'installent tous en traînant les chaises, avec une grimace agacée. Morgause sourit légèrement, satisfaite.

Alors que les serviteurs servent le vin et le repas, l'évêque tourne toute son attention vers Morgause.

-Mon enfant, vous m'avez terriblement manquée, lui dit-il et sa sincérité fait trembler Morgause de dégoût. Même votre frère n'avait plus de vos nouvelles. Pourquoi avoir cessé d'écrire ? finit-il en la regardant comme une enfant désobéissante.

Morgause pâlit brutalement à l'évocation de sa correspondance passée. La bile au bord des lèvres. Mordred se fige également, se demandant s'il doit intervenir. Cet être insensible ne sait rien des tourments de la jeune femme et il n'y comprendrait rien. Germanus s'est contenté de l'armée de Lot en échange de la vie de Morgause.

Arthur remarque également la pâleur de sa sœur et fronce les sourcils. Que se cache-t-il derrière ses lettres sans réponses ?

-Mon mari appréciait peu que je perde mon temps dans des choses futiles, répond simplement Morgause, tendue.

-Je vois, acquiesce Germanus.

Car, pour lui, il s'agit d'une raison suffisante. Si son époux avait décrété qu'elle ne devait plus écrire alors ainsi soit-il. Elle lui appartenait après tout.

-Je n'ai jamais eu l'occasion de m'entretenir longuement avec lui. Il devait être un grand homme.

-J'imagine, répond Morgause en essayant de se contenir.

-Était-ce un bon mari ? questionne Germanus.

Mordred qui venait de prendre une gorgé de vin, s'étouffe avec et se met à tousser bruyamment alors que Morgause est aussi livide qu'une morte. La haine et le souffrance se dispute en elle. Sa main s'est resserré inconsciemment sur son couteau. Elle se voit trancher la gorge de l'évêque et le regarder s'étouffer avec son propre sang. Ses gargouillis de souffrance seraient une douce mélodie aux oreilles de Morgause. Elle se demande si son sang serait rouge comme n'importe quel homme ou s'il serait aussi noir que son âme. L'envie de vérifier est tellement tentante.

Les regards sur elle, dans l'attente d'une réponse, la ramène à la réalité. Ce n'est pas le bon moment. Alors la jeune dame force ses doigts à se décrisper du couteau.

-Il était... intransigeant, finit-elle par répondre.

Elle ne voit pas ce qu'elle aurait pu dire d'autre. Il est hors de question d'avouer quel démon il était. Mais dire qu'il était un bon mari dépasse les capacité de Morgause à jouer la comédie.

-Comme tout homme de sa stature, acquiesce pensivement Germanus avant de se tourner vers Mordred. J'ai été navré d'apprendre l'accident de chasse de votre père.

-Mon père n'a jamais su quand s'arrêter, répond Mordred, un sous-entendu sinistre dans la voix.

Si Germanus ne l'entend pas, certains des chevaliers ne sont pas passés à côté.

-J'imagine que reprendre le domaine n'a pas été aisé mais, je suis sûre que le seigneur Lot vous a magnifiquement formé. Cependant, je sais que l'ambition de votre père s'étendait au-delà du domaine, il souhaitait diriger de l'Orcanie. Je sais qu'il attendait l'accord du Pape et je devais lui donner une réponse quand j'ai appris qu'il était mort, explique Germanus d'un air concerné.

-Il a eu l'accord du Pape pour que l'Orcanie soit placé sous son autorité ? s'étonne Mordred alors qu'il échange un regard inquiet avec son amie.

-J'aurais souhaité vous l'annoncer autrement, approuve Germanus. Le Pape lui avait envoyé le décret pour le couronner. Votre père était apte à soumettre ce peuple, je n'en ai jamais douté et son aide précieuse à l'Église méritait récompense.

-Qu'en est-il aujourd'hui ?

-Et bien, votre père étant décédé, vous héritez de la couronne, évidemment, s'exclame Germanus comme s'il annonçait une merveilleuse nouvelle.

Mordred sera roi. La nouvelle n'est pas mauvaise en soi mais, ce qu'elle engendre est une ombre pour le futur. Morgause se sent nauséeuse.

-J'imagine que vous ne comptez pas vous éterniser au mur, de toute façon, sourit l'évêque, espiègle. Je suis seulement navré que cette nouvelle n'arrive que maintenant, vous auriez fait une reine sublime ma chère Morgause. Mais je ne doute pas que votre prochain mariage vous placera à un rang aussi élevé. Le roi Méléagant vient justement au mur dans très peu de temps et il est très curieux à propos de votre beauté.

La concernée se tourne vers Mordred avec effroi et ce dernier s'apprête à parler quand Germanus se redresse d'un coup.

-Partez, crie-t-il en regardant dans le vide.

Un léger sourire orne les lèvres de Morgause avant qu'elle n'affiche une mine inquiète en se redressant.

-Que se passe-t-il ? l'interroge-t-elle.

-Vous les voyez ?

Morgause suit le regard de l'évêque pour tomber sur la porte fermé.

-Il n'y a rien, Mon Seigneur, lui apprend Morgause avec une satisfaction morbide qu'elle camoufle.

Germanus la regarde alors dans les yeux, cherchant un point d'ancrage. Morgause hésite à le lâcher et le laisser s'écrouler sous l'évidence de sa folie. Mais, ce n'est pas encore dans son intérêt. Germanus blêmit avant de tousser pour se reprendre en se rendant compte que tous les regards sont sur lui.

-Je pense qu'il vaut mieux que j'aille me reposer, décide-t-il.

Son serviteur vient prendre la relève et ils quittent tous deux la pièce alors que Morgause s'assied. Elle ne peut retenir son sourire de plaisir sadique étirer ses lèvres. Il ne vivra pas assez longuement pour lui faire épouser qui que ce soit.

Tristan intercepte son sourire et malgré son air impassible, une curiosité inattendue l'envahit. Lancelot le voit également et fronce les sourcils. Elle avait l'air compatissante il y a quelques instants et là, elle semble aussi froide que la glace.

-Je vais retrouver Vanora, bougonne le chevalier Bors alors que Morgause redresse le visage avec curiosité.

-Laisse-la accoucher avant de lui en faire un sixième, rit Lancelot avec espièglerie

-Six ? bégaye Morgause, attirant les regards.

Un air horrifié se peint sur le visage de la dame. Cet homme est monstrueux. Comment peut-il forcer son épouse à subir ses assauts alors qu'elle lui a déjà donné cinq enfants ? Et de plus, il la touche alors qu'elle est enceinte ? Morgause qui pensait que la grossesse signifiait la paix.

-Ils sont plutôt productifs, ricane Kay. Et dire que tu ne l'as toujours pas épouser.

Morgause est encore plus perdue et elle n'écoute pas la suite. Ne prêtant plus attention au départ du chevalier. Comment une femme peut accepter les assauts lubriques et douloureux des hommes sans être soumises par le mariage. Il faudrait que Morgause rencontre cette femme.

-Lot était-il si dur avec toi ?

Morgause relève les yeux pour les plonger dans ceux, identiques, de son frère. Celui-ci a observé sa sœur tout le long du repas et elle a semblé très réticente à parler de son époux défunt. Comme si elle craignait de trop en dire. La seule chose qui est ressortie clairement, c'est son angoisse. La jeune femme hésite d'ailleurs à répondre, se mordant la lèvre. Le regard bienveillant de son frère la transperce, enveloppant son cœur à moitié mort dans une chaleur rassurante. Alors, elle répond sincèrement.

-C'était un monstre.

La tristesse et la culpabilité qu'elle aperçoit dans le regard d'Arthur l'étonne mais, prise d'une lassitude sans nom, elle se lève.

-Je vais aller me coucher, annonce-t-elle.

-Je vais vous raccompagner, se hâte Lancelot sous les regards médusés. Je serais un bien piètre cavalier si je vous abandonnais maintenant, se justifie-t-il.

Mordred lui lance un regard méfiant alors que Morgause lui sourit. Elle place sa main sur le bras du chevalier et ils quittent la pièce alors qu'un silence s'installe dans la pièce. Arthur regarde dans sa coupe de vin, perdu dans ses pensées avant de lever les yeux vers Mordred qui fixe toujours la porte.

-Vous ne la contredisez pas ? s'étonne Arthur.

-Sur le fait que mon père était un monstre ? demande Mordred. Mon père m'a toujours bien traité et il semblait fier de moi. Il me respectait. Mais les femmes... Vous voulez savoir pourquoi votre sœur a cessé de vous écrire ? Mon père ne lui a jamais interdit de le faire mais, quand Morgause écrivait à vous ou votre sœur, il la punissait. Si bien qu'elle a préféré brûler tout ce qui lui servait à tenir une correspondance. Parchemins, encre, plumes. Elle ne les a plus jamais admis dans sa chambre.

Arthur n'a jamais été aussi tendu. Ce récit lui tord les entrailles. Mordred boit du vin pour reprendre contenance.

-Vous me demandez si mon père était un monstre ? Je vous réponds que votre sœur aurait été plus chanceuse de tomber de son cheval et d'en mourir que d'arriver en Orcanie pour épouser Lot, finit-il, plus dur que la pierre.

Morgause écoute le chevalier Lancelot lui raconter des anecdotes coquasses au sujet de son frère, riant souvent. Lancelot est un homme avec beaucoup d'humour et particulièrement charmant. Morgause se prend à apprécier sa compagnie et ne regrette aucunement qu'il l'ait raccompagner. Quand ils arrivent devant les quartiers de Morgause, ils s'arrêtent et la jeune femme lui sourit avec sincérité.

-Vous êtes un conteur plutôt doué, je dois l'admettre, le complimente-t-elle alors qu'il bombe le torse de fierté.

-Je suis ravi d'avoir pu vous faire rire un peu, vous êtes souvent trop sérieuse.

Le sourire de Morgause se fait mélancolique car le chevalier a sans doute raison. Son innocente et sa naïveté ont été détruite il y a bien longtemps. Rire est devenu difficile et les raisons de le faire était plutôt rare.

-Merci de m'avoir ramené, sir Lancelot. Votre compagnie a été très agréable.

-La vôtre a illuminé ma soirée, sourit Lancelot d'un air charmeur.

Morgause secoue la tête en souriant alors que le chevalier se penche pour lui embrassé la main sans jamais la lâcher du regard. Elle sent quelque chose se resserrer agréablement dans son ventre et se sent quelque peu mal à l'aise face à cette sensation inconnue.


Enora regarde Morgause avec curiosité alors que cette dernière semble perdue dans ses pensées.

-Je ne comprends pas, soupire Enora, attirant l'attention de Morgause. Comment Germanus a pu s'en sortir ? Ça avait l'air en bonne voix.

Enora est réellement déçue. Ce crétin est bel et bien vivant. Morgause n'a pas réussi à le tuer. Bon sang, plus Enora en apprend sur ce que Lot a infligé à Morgause, plus elle trouve que cette femme mérite bien de l'étriper de ses mains. Et si Arthur a su tout ça, comment a-t-il fait pour continuer à apprécier cet évêque de malheur ?

Morgause pince les lèvres, prise d'agacement.

-Cet évêque a changé de médecin, crache Morgause, ses traits passant de la douceur au souvenir de Lancelot, à la haine la plus pure.

Cette femme est effrayante, pense Enora.


Et voilà, n'hésitez pas à laisser un petit mot ^^

Bisous, Roselia.