Chapitre 6.
Morgause se sent nauséeuse.
Elle tente se rappeler ce qu'elle fait ici mais, les hurlements du monstre la narguent. La jeune femme sent monter en elle une envie de tuer son tendre frère et ses idées tordues.
-Tu devrais rencontrer Vanora, c'est une femme incroyablement gentille et une présence féminine te fera du bien, a-t-il dit. Vous pourrez vous occuper des enfants ensembles.
Oui car, il est évident que toutes les femmes rêvent de procréer. Porter un enfant pendant neuf mois accompagné des nausées et l'impression d'avoir toujours trop mangé est évidement paradisiaque. Sans parler des douleurs de l'enfantement ou les pleurs incessants. Morgause ne s'est retenue de dire ce qu'elle pense qu'à cause des regards sur elle. Mordred s'est retenu avec difficulté de rire, regardant Morgause avec beaucoup d'ironie.
À peine la jeune dame a passé le pas de la porte de la petite maison, le chevalier Bors lui a mis un bébé tout rouge et gigotant dans les bras pour partir s'entraîner. Morgause, complètement sous le choc, est d'ailleurs toujours dans la même position. Les bras le plus éloignés d'elle possible avec, au bout, la chose qui provoque un vacarme sans nom.
Une femme brune aux cheveux bouclés et aux yeux noisettes arrivent dans la pièce en catastrophe. Avec son visage en cœur et ses yeux si expressif, elle dégage un charme indéniable. En voyant Morgause en mauvaise posture, la femme prend un air exaspéré.
-Bors ne se sent-il donc jamais gêné ? s'indigne-t-elle en reprenant l'enfant des mains inexpérimentées de la jeune femme. Veuillez l'excuser, c'est un rustre.
Morgause lui répond par un sourire tendu, pas encore complètement remise de son malaise.
-Vous êtes la sœur d'Arthur, c'est ça ? Dame..., tente la brune, ne se souvenant plus du prénom de la concernée.
-Morgause, l'aide la jeune dame avec un léger amusement. Juste Morgause, ajoute-t-elle.
-Vanora, sourit la mère de famille. Vous ressemblez réellement à votre sœur, s'étonne Vanora.
Morgause se contente de sourire, tombant dans le silence. Vanora le regarde avec intérêt et intercepte son malaise. La dame est peut-être timide. La compagne de Bord emmène Morgause avec elle au marché pour faire quelques courses. La sœur d'Arthur aide sans même qu'on lui demande et avec un naturel qui touche Vanora. Cette dernière a cru un instant que, peut-être, la jeune femme se sentait mal à l'aise à cause du statut peu élevé de la brune mais, il est clair à présent qu'elle est simplement timide.
Elles discutent un peu de sujet sans importance comme le ferait deux personnes qui se rencontrent pour la première fois. Sur le chemin du retour, elles partagent leur premier rire au dépend du chevalier Bors. Vanora est une force de la nature, elle possède un caractère affirmé qui étonne Morgause.
Arrivée chez Vanora, les deux jeunes femme profitent de la sieste du plus jeune enfant pour s'asseoir. La brune vieille au sommeil du jeune enfant et Morgause s'arrête un instant sur le ventre rond de la femme.
-Puis-je être indiscrète ? quémande Morgause avec hésitation.
-Demandez toujours, sourit Vanora avec douceur.
-Pourquoi vous infligez-vous encore ce tourment ? Vous ne semblez pas subir l'autorité d'un mari, vous êtes libre.
-L'accouchement est douloureux, c'est vrai mais, je n'échangerai mes enfants pour rien au monde.
-Oui, je n'en doute pas mais je ne parlais pas de l'enfantement en lui-même mais plutôt de ce qui y mène, admet Morgause en rougissant.
Vanora fronce les sourcils, cherchant à comprendre alors que la jeune dame fuit son regard, trop embarrassée. Finalement, la mère de famille comprend et est légèrement décontenancée. Morgause croit-elle réellement qu'il s'agit d'un supplice ?
-Votre mari n'était pas tendre, n'est-ce pas ? devine Vanora.
-Je suppose que c'est une manière d'énoncer la chose, se crispe Morgause. J'ai cependant entendu dire qu'il en allait ainsi pour nous toutes.
Vanora cherche ses mots. Comment expliquer à une jeune dame que partager le lit d'un homme correct apporte énormément de plaisir.
-Morgause, soupire Vanora en lui prenant la main d'un geste maternelle. Vous avez une vision déformée de ce que ça devrait être. Un homme bon ne fait pas souffrir sa femme quand il couche avec elle. Et la femme a le droit d'y prendre plaisir si c'est bien fait. Pour être tout à fait honnête, et j'espère que vous me pardonnerez pour cet aveu, je ne partage pas le lit de Bors uniquement pour lui donner des enfants. Si j'avais dû donner naissance à un enfant à chaque fois, il n'y aurait sûrement plus de place dans les rues pour les autres habitants, rit légèrement Vanora.
Morgause rougit encore brutalement, n'en revenant pas d'avoir une conversation de ce type. Et les réponses la laissent sans voix. Est-ce vrai ? Hormis Emma et Aliénor, Morgause n'a que peu côtoyé d'autres femmes. Il y a bien Morgane mais, elles n'ont jamais abordé le sujet. Sa jumelle pleurait le chevalier Tristan quand elles se sont retrouvées, après le mariage de Morgane avec le romain. Elles n'ont jamais parlé de... la chose. C'est donc la première fois qu'on lui laisse entendre que l'acte peut être agréable. Avec un homme bon.
Voyant qu'elle a donné matière à de grandes réflexions, Vanora reste silencieuse. Elle se demande comment cette jolie femme a pu être traitée pour penser que seul la souffrance s'associe au mariage et aux relations conjugales. Cela explique sans doute son malaise à l'idée de tenir un bébé. Son époux n'a sans doute éveillé aucun instinct maternelle chez sa femme.
Certains hommes ne devraient pas être en droit de se marier.
Morgause entre dans les quartiers de l'évêque avec son masque bien en place. Germanus est couché dans le lit, son chapelet à la main alors qu'Arthur le veille. Le serviteur de l'évêque s'affaire dans la pièce, rangeant ici et là. Il s'arrête en voyant la dame entrer et reste trop subjugué par la beauté de cette dernière pour s'incliner.
-Mon frère, salue Morgause alors que le concerné se lève en lui souriant avec douceur.
-Ma sœur, répond-t-il en savourant le mot.
-Comment va-t-il ? demande la jeune femme en regardant l'évêque.
-Il a eu une crise plus violente que les autres, souffle Arthur en prenant une mine plus grave. Ça a l'air de s'empirer. Il n'arrive même plus à s'alimenter.
Le commandant passe un bras autour des épaules de sœur, cherchant du réconfort. Morgause le lui accorde, l'encerclant de ses bras. L'agonie de Germanus la rempli de joie mais elle regrette que son frère en souffre. Arthur est malheureusement aveugle quant à la nature de cet être abjecte.
Arthur est tourmenté car il se sent impuissant. Il est également indécis sur ce qu'il doit penser. Il n'ose en parler à Morgause mais, cette nuit, c'est le nom de la mère de sa sœur qu'il a hurlé ainsi que celui de Morgause. Arthur ignore ce qui ronge son ami au point de le plonger dans la folie.
Le commandant reprend sa place sur la chaise en soupirant alors que Morgause passe un bras sur ses épaules.
-Je n'aime pas te voir si inquiet, admet-elle. Même enfant, quand je causais ton inquiétude, je me sentais toujours coupable.
-Tu étais une telle source de tourment, rigole légèrement Arthur. Tu passais ton temps à t'attirer des problèmes. Tu étais si différente de...
Le reste de sa phrase reste bloquée dans sa gorge. La déception l'empêche de parler, il se souvient encore trop bien du départ de son autre sœur, Morgane. Arthur se souvient parfaitement du silence de celle-ci quand il a exigé des explications. Il se souvient aussi de la souffrance de son ami.
Arthur se contente d'attraper la main de Morgause et de l'embrasser avant de se lever. Il plonge son regard dans le sien et y lit de la mélancolie et beaucoup de douceur. Elle met sa main sur visage.
-Un jour, quand ce sera le bon moment, nous aurons cette conversation, le prévient-elle. Je t'expliquerai tout et tu comprendras, assure Morgause. Tu lui pardonneras.
Arthur pose son front sur celui de Morgause. Que Dieu lui pardonne, il sait que c'est mal mais, il ne peut s'empêcher de préférer Morgause à sa jumelle. Un lien particulier les a toujours uni. Enfants, ils ont été très fusionnels. Quand Morgause a dû partir avec sa mère, ce fut un réel déchirement. Arthur se demande d'ailleurs si il a été réellement en colère après Morgause un jour. Il doute de pouvoir garder rancune pour quoi que ce soit quand ça la concerne.
-Tu m'as manquée, lui avoue Arthur.
-Je ne m'en suis rendue compte qu'en arrivant ici mais, tu m'as manqué également Arthur, admet Morgause.
Cette dernière est toujours aussi troublée devant les gestes d'affection de son frère. Elle avait oublié qu'un homme pouvait être tendre. Faut-il qu'un homme soit son frère ou son père pour faire preuve de douceur à son égard ? Vanora a prétendu que les relations conjugales n'allaient pas de paires avec la douleur. Si tel est le cas, qu'a pu faire Morgause pour provoquer autant de haine chez son époux -qui avait lui-même demandé à l'épouser.
-Où est ta servante ? réalise Arthur. Elle ne te quitte jamais, d'habitude.
-Je lui ai accordé un jour de repos, annonce Morgause en souriant légèrement. Un de tes chevaliers lui feraient apparemment la cours, finit-elle en haussant un sourcils.
Arthur penche la tête sur le côté, cherchant de qui il peut bien s'agir mais, il est obligé d'admettre qu'il n'en a aucune idée.
Il laisse finalement sa sœur seule avec l'évêque Germanus et le serviteur de celui-ci. Arthur lui embrasse le front alors que sa sœur tient la main de leur ami. Quand le commandant quitte la pièce, Morgause lâche la main avec écœurement et admire son œuvre. Cet évêque a l'air mal en point. Avec un peu de chance il mourra bientôt. Et peut-être qu'alors, le cœur de Morgause sera enfin apaisé. D'avoir vengé sa mère, son village et elle-même.
Le serviteur sort un instant de la chambre et la jeune femme se penche à l'oreille du monstre.
-Que voyez-vous Mon seigneur ? Combien de vos victimes vous hantent en cet instant ? Vous mourrez entouré de ceux que vous avez lésé et justice sera faite. Quant à moi, je danserai sur votre tombe. Quel dommage que je ne puisse vous abandonné dans un bois et laisser les loups vous dévorer. Une tombe est bien plus que ce que vous méritez. Nous nous reverrons en enfer.
Germanus se mit alors à hurler, faisant légèrement sursauter Morgause.
-Laissez-moi, laissez-moi, crie-t-il avec désespoir.
Son serviteur entre en catastrophe et s'affaire pour calmer son maître. Morgause l'aide pour préserver les apparences. Quand Germanus cesse de sangloter pour s'endormir, le serviteur soupire et ne peut empêcher la lueur d'agacement dans son regard. Morgause la voit très clairement.
Quand elle décide finalement de quitter la pièce, elle s'arrête à la porte et regarde le serviteur.
-Quel est votre nom ? demande Morgause.
Le serviteur sursaute et regarde la dame avec effarement. On ne lui adresse jamais la parole, le remarquant à peine. Et cette jolie dame le voit, lui, le serviteur. Le cœur du jeune homme se réchauffe alors qu'il répond :
-Horton, madame.
-Horton, répète Morgause pensivement. Je pense que nous ferons un bout de chemin ensemble. J'espère que ce sera dans la même direction.
Sur ces paroles énigmatiques, Morgause sort. Elle a vu le serviteur dans ses rêves, la nuit. Elle ne sait pas pour quoi exactement mais, il finira par lui venir en aide.
Morgause déambule dans les couloirs pour rejoindre ses quartiers quand une ombre prend place devant elle. Surprise, elle relève les yeux pour reconnaître le chevalier Tristan qui la scrute. Morgause hausse un sourcil, attendant une explication.
-Vous êtes plutôt douée pour feindre avoir de l'affection pour cet évêque, finit par dire le chevalier.
-Je ne comprends pas, réplique Morgause.
-Germanus. Vous pouvez tromper votre frère mais, je sais que vous ne l'appréciez guère.
Morgause réussit à garder un visage neutre mais, intérieurement, elle se crispe.
-L'évêque Germanus est un ami de la famille, rétorque la jeune dame. Il l'était bien avant ma naissance et il a toujours pris soin des miens. Pourquoi est-ce que je ne l'apprécierais pas, chevalier ?
-Il vous a marié à Lot, résume Tristan. De plus, j'ai entendu la rumeur. Vous l'avez accusé d'avoir mis votre village à feu et à sang. Arthur a fait en sorte que l'évêque ne l'apprenne jamais et que cette rumeur ne se répande pas mais, j'ai de bonnes sources.
Morgause se souvient encore de ce jour-là. Quand elle a fait part de ses accusations à son frère, il a refusé de la croire. Le lendemain, Morgause partait en Orcanie pour se marier. La jeune femme n'en a pas voulu à son frère. Le poison de Germanus coule dans ses veines et sa sœur est là pour l'extraire.
-Je n'étais qu'une enfant apeurée, contre Morgause. Je ne voulais pas me marier et j'ai dit tout ce que je jugeais nécessaire pour pouvoir rester.
-Il y a une part d'ombre en vous. J'ai vu votre masque tomber l'espace d'un instant. Vous haïssez cet homme.
Morgause baisse la tête, semblant réfléchir. Quand elle la relève, le changement est saisissant et effrayant. Ses yeux vert sont aussi durs et froids que la glace et un sourire narquois arbore ses lèvres. Elle s'approche lentement et s'arrête près du chevalier. Bien plus près que ne l'exige les convenances.
-Et dîtes-moi, chevalier, que comptez-vous faire si vous avez raison ? En parler à mon frère peut-être ? Et qui croira-t-il ? Sa sœur douce et fragile ou l'homme que son autre sœur a éconduit ? Moi, je pense qu'il se dira simplement que son chevalier a gardé une telle rancune envers son ancien amour qu'il hait celle qui porte le même visage, susurre Morgause.
Une ombre passe sur le visage du chevaliers alors qu'il sert les poings. Il lui faut beaucoup d'énergie pour se rappeler que c'est une femme, en plus d'être la sœur d'Arthur. S'il la touche, son commandant n'appréciera sans doute pas beaucoup.
Le cri d'un oiseau les interromps. Un faucon arrive à toute vitesse et se place sur l'épaule du chevalier. L'animal darde un regard furieux aux éclat vert sur Morgause et cette dernière plisse les yeux. La jeune dame pince finalement les lèvres, décidant qu'elle s'occupera de ça plus tard.
-Je me moque de ce que vous comptez faire à cet être abjecte, reprend le chevalier. Il l'a sans doute mérité. Mais, par contre, si vous avez de mauvaises intentions envers votre frère...
Un éclat de rire le coupe et Tristan se retient de lever les yeux au ciel. Cette femme est terriblement agaçante.
-Faire du mal à Arthur ? se reprend Morgause. J'aime mon frère plus que tout au monde. Il est la personne la plus importante pour moi avec Morgane. Lui faire du mal reviendrait à me faire du mal à moi-même !
Morgause secoue la tête en regardant avec condescendance, comme s'il était un enfant naïf. Pourtant, Tristan à ce mauvais pré-sentiment que les choses vont mal tourner. Il ne doute cependant pas de l'amour de Morgause pour Arthur. C'est sans doute la seule chose dont il est sûr la concernant. Il incline donc la tête avant de reprendre son chemin.
Morgause le suit du regard en soulevant un sourcil dans le direction du faucon qui la jauge avec prudence. La jeune femme soupire avant de reprendre son chemin vers ses quartiers.
Une fois à l'intérieur, elle défait sa coiffure seule. Aliénor n'est pas là et ne reviendra que pour la nuit. Morgause s'arrête devant son reflet alors qu'elle pose les doigts dessus. Est-elle réellement si froide ? La conversation qu'elle a eu avec Vanora lui engourdit l'esprit, faisant naître des questions qu'elle aurait préféré ne jamais se poser.
Des coups frappés à sa porte se font entendre et Morgause va ouvrir, tombant avec surprise sur le chevalier Lancelot. Elle s'écarte pour le faire entrer et ferme la porte.
-Je peux vous aider ? demande Morgause.
-Votre frère voulait savoir si vous souhaitiez vous joindre à nous à la taverne, ce soir, explique Lancelot en admirant la jeune femme.
-La taverne ? s'étonne -t-elle.
-Vous ne savez pas ce qu'est une taverne ? la taquine le chevalier.
-Bien sûr que si, soupire la dame en levant les yeux au ciel. Je n'ai cependant jamais eu l'occasion de m'y rendre. Lot ne me laissait pas vraiment quitter le château et... avant cela vous n'êtes pas sans savoir que je vivais avec ma mère et que j'étais beaucoup trop jeune.
Lancelot sent son cœur se serrer. Elle n'a pas eu un mariage heureux, loin de là. La souffrance transparaît sur chacun de ses traits à chaque fois qu'elle parle de Lot.
-Et bien, c'est l'occasion d'essayer, sourit le chevalier avec enthousiasme.
-Je ne sais pas si je serais vraiment à l'aise, avoue Morgause en baissant la tête. Je n'ai pas l'habitude d'être entourée de beaucoup de monde. Et j'avoue que je suis assez fatiguée, ce soir.
Lancelot acquiesce, légèrement déçu mais compréhensif. Il va partir quand il voit l'éclat de mélancolie traverser les yeux de la belle dame.
-Vous allez bien ? hésite-t-il. Vous semblez troublée.
-Oui, sourit-elle. Juste une discussion avec la compagne du chevalier Bors qui me trotte en tête.
-Vanora ? Qu'a-t-elle bien pu vous dire pour vous rendre aussi triste ?
-Nous avons parlés des... relations entre homme et femme, hésite Morgause, l'envie de se confier se mêlant à l'embarras. J'ai toujours cru que les rapports entre l'homme et la femme se basaient sur la domination et l'obéissance. Je ne savais pas que des femmes comme elle existait.
-Vanora n'est pas exactement obéissante en effet, rigole légèrement Lancelot. C'est ce qui vous tracasse ?
-Elle m'a également démenti sur... la douleur du devoir conjugal, rapporte Morgause en rougissant. Elle a dit qu'un homme bon ne faisait pas mal, au contraire.
Lancelot fronce les sourcils un court instant avant un éclair de lucidité le traverse. La colère lui fait serrer les poings.
-Était-il si cruel ? s'enquit Lancelot.
-Je crois qu'il me détestait, frissonne Morgause.
-Il était stupide dans ce cas, affirme le chevalier et Morgause lui sourit faiblement.
Alors que le silence s'installe, Morgause s'éloigne près de la fenêtre et Lancelot le prend comme une invitation à prendre congé car il se dirige vers la porte.
-Est-ce que vous êtes un homme bon ? l'arrête Morgause.
-Je peux vous assurer que je n'ai jamais blesser une femme, affirme Lancelot après un moment de réflexion.
-Que ressent-on ? Avec un homme bon.
Lancelot ne sait que répondre, réfléchissant à comment lui expliquer. C'est une question très compliquée. Lui-même n'est pas une femme, son point de vue sur la question n'est donc pas très précis. C'est ce qu'il va lui expliquer quand elle se détourne et balbutie avec embarras :
-Je suis désolée, je me suis égarée, jamais je n'aurais dû...
C'est sans doute le désespoir de la dame qui le pousse à agir. Ou ses cheveux libres de leur mouvement qui lui caressent le visage. Ou ses yeux si tristes et perdus. Ou peut-être a-t-il vu une occasion de faire ce don il rêve depuis qu'il l'a vue. Toujours est-il qu'il a traversé la pièce avec une vitesse ahurissante. Il prend le visage de Morgause dans ses mains et plaque ses lèvres contre les siennes. Et il croit mourir. Il perçoit aisément l'innocence de la jeune femme en la matière. Elle se laisse aller comme si elle n'avait jamais été touchée de cette manière, devenant docile pour la première fois. La dame a abandonné son masque, celui qui la rend inacessible et elle ressemble enfin à la jeune femme de vingt-ans qu'elle est censé être.
Morgause se fige en fermant les yeux. Les sourcils froncés et les yeux fermés, elle tente d'analyser la situation. Il l'embrasse. Jamais aucun homme ne l'a fait. Lot se contentait de la pousser ou la frapper avant de s'affairer tel une bête, lui infligeant le plus de douleur possible. Le contact est surprenant. Les lèvres du chevalier sont douces et bien qu'il soit passionné, il reste étonnamment doux. Alors la jeune femme se laisse aller et savoure l'instant. Les sensations lui coupent le souffle. Une brûlure agréable refait son apparition dans le bas de son ventre, la poussant à serrer les cuisses. Les larmes lui montent aux yeux sous la vague d'émotion qui la fracasse littéralement. C'est donc vrai ? Que tout n'est pas que douleur ?
La porte s'ouvre et ils s'écartent l'un de l'autre d'un bond. Morgause se détourne alors qu'une larme lui échappe. Elle porte la main à ses lèvres, encore sous le choc. Lancelot tente de reprendre contenance devant le regard sidéré et très gênée de la servante Aliénor. Inspirant profondément, Lancelot fait un signe de tête tendu à la servante avant de sortir de la pièce, fermant la porte.
Il marche pour retourner à sa chambre, ne pensant qu'aux lèvres de la douce Morgause. Elle n'a jamais eu l'air aussi accessible que ce soir. Le chevalier l'a toujours vue si fière, parfois froide. Elle a laissé tomber son masque pour la première fois ce soir et Lancelot a été touché en plein cœur. Arthur le tuerait sans doute si il savait. Ou peut-être pas. Tout ce que le jeune homme sait, c'est qu'il meurt d'envie de recommencer mais, que ce n'est peut-être pas sa meilleure idée.
Le chevalier est arrêté dans ses pensées par Arthur. Ce dernier se trouve devant la porte de l'évêque et parle avec un vieil homme. Le commandant passe une main sur son visage, visiblement agité.
-Arthur, l'interpelle Lancelot. Que se passe-t-il ?
-J'ai fait venir un autre guérisseur pour avoir un deuxième avis sur l'état de Germanus, explique Arthur.
-Et qu'a-t-il dit ?
-On a échangé son ancien remède avec de la belladone, annonce le commandant. On a tenté de l'empoisonner !
-Enora !
La concernée sursaute et se tourne pour faire à un Tristan très énervé. Comme souvent.
-Sors d'ici ! ordonne-t-il.
-Je te demande pardon ? siffle la blonde, ulcérée. Pour qui tu...
-Vous devriez l'écouter, intervient Morgause. Qui sait quand la folie va de nouveau prendre le dessus sur moi.
Elle a fini sa phrase avec ironie et Enora se demande un instant si elle n'est pas suicidaire. Personne ne parle à Tristan de cette manière. Ce dernier grogne et agrippe le poignet de la blonde pour la tirer hors de la pièce. Une fois suffisamment éloignée, Enora freine leur course et reprend son poignet.
-C'est quoi ton problème ? s'énerve-t-elle. On ne faisait que parler.
-Ne te mêle pas de leur histoire Enora !
-Qu'a-t-il pu se passer de si grave pour que tu réagisses comme ça ? Pourquoi tu ne veux pas que je sache ?
-Ta vision d'Arthur risque de changer, lui assure Tristan. Et ton sens de la justice va se battre avec ton affection pour lui. J'essaie de t'éviter de faire face à ta conscience.
-Il n'a pas pu faire quelque chose de si grave, rit Enora avec angoisse. C'est Arthur !
-Je l'aurais tué, Enora, claque Tristan en secouant la tête. À la place de Morgause, j'aurais tué Arthur depuis longtemps.
Enora blanchit. Il est sérieux. Mais Enora refuse de croire qu'il n'y a rien à faire pour eux. Morgause décrit un amour fraternel sans limite. Comment ont-ils pu en arriver à se haïr. Même si c'est plutôt Morgause qui semble détester son frère.
-C'est une histoire très compliquée, ajoute Tristan. Le mal a été fait il y a trop longtemps pour arranger ça.
-Laisse-moi essayer, supplie la blonde. Si la mort de Lancelot pouvait au moins les rapprocher un peu ?
-La seule raison pour laquelle Arthur est encore en vie c'est parce que Lancelot l'était aussi. Aujourd'hui plus rien ne la retient !
-Et pourtant, Morgause n'a rien tenté pour l'instant.
Le chevalier soupire, sentant la défaite. Encore.
-Bien, cède Tristan en fermant les yeux. J'aurais essayé.
Bonsoir les gens, j'espère que vous avez aimé,
N'hésitez pas à laisser une trace de votre passage ;)
Au cas ou, je cherche une beta. Que ce soit pour l'orthographe et la grammaire ou pour un avis sur la trame de l'histoire, les détails, la cohérence,... :)
Bisous,
Rose.
