Bonsoir à tous, voici le nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira.
Merci à Momotte pour ta proposition d'aide, je t'ai envoyé un mp sur ton profil fanfiction pour que l'on s'organise, j'espère que tu le verras :)
Bonne lecture à tous.
Chapitre 7.
Un cri de rage à glacer le sang résonne dans la pièce alors que le contenu du bureau rejoint le sol. Une carafe se brise avec un encrier, faisant apparaître une flaque noire sur le sol.
-Morgause, reprend-toi, tente Mordred sans oser s'approcher.
-Comment veux-tu que je me reprenne ? hurle-t-elle, les traits déformés par la rage. Cette espèce d'homme immonde est en vie et en train de guérir ! On devait en être débarrassé d'un jour à l'autre !
-Nous avons sous-estimé ton frère, admet le jeune blond avec prudence.
-Comment se fait-il que je n'en sois informée que maintenant ?
-Arthur a fait venir un guérisseur durant la nuit il y a trois jours. Il n'a prévenu personne. Le guérisseur que j'avais soudoyé a été enfermé très discrètement, le temps de confirmé les soupçons d'empoisonnement.
-Que va-t-il lui arriver ? s'inquiète Morgause. Et s'il parlait ?
-Il sait que je maintiendrais sa famille hors du besoin aussi longtemps que je vivrai, assure Mordred. Il se taira pour eux et emportera ce secret dans sa tombe.
-Sa tombe ? s'horrifie Morgause.
Elle n'a jamais voulu ça. Sa haine est sans limite mais, Morgause a toujours fait preuve de beaucoup de compassion pour les autres. La jeune femme ne supporte pas l'injustice, le mensonge et la trahison. Savoir qu'un homme va mourir par sa faute, tout ça parce qu'il a voulu mettre sa famille à l'abri, la dérange fortement.
-On ne peut pas laisser faire ça, Mordred, panique la dame. Il n'a jamais été question de laisser qui que ce soit mourir.
Le jeune Seigneur l'assied de force sur son lit pour tenter de la calmer. Morgause n'avait visiblement pas réaliser les conséquences de son plan. Elle pensait réellement que personne ne verrait qu'il s'agissait d'un empoisonnement. Outre le fait de voir dépérir Germanus lentement, c'était l'illusion d'une maladie que Morgause cultivait. Mordred doit lui rappeler pourquoi elle a fait ça avant qu'elle ne fasse quelque chose de vraiment stupide.
-Si tu agis précipitamment, on risque de découvrir que tu es derrière cette tentative d'empoisonnement. Et c'est toi qui mourras. Et moi également, pour avoir été ton complice.
-Ils vont le torturer pour le faire parler ! Cet homme ne mérite pas d'être tourmenté des jours parce qu'il protège sa famille !
-Méritais-tu d'être torturé par Lot ? s'emporte Mordred. Ce que toi tu mérites, ce que nous méritons tous les deux, c'est de voir Germanus mourir !
-Je ne ferais rien d'inconsidéré, le rassure Morgause. Mais je ne resterai pas sans rien faire, non plus.
-Ce que tu es têtue, soupire fortement Mordred en s'éloignant.
Le jeune homme réfléchit un instant, regardant par la fenêtre. L'ombre d'une idée le traverse. Si ça peut apaiser son amie, ils peuvent au moins faire ça. Mordred aimerait régler toute cette histoire avant de rentrer en Orcanie. Outre le fait qu'il se fera couronner, il a quelques recherches à faire là-bas, pour confirmer certaines rumeurs. Une fois toute cette histoire terminée, quand Germanus sera enfin mort, Mordred emmènera la belle Morgause avec lui. Ils retourneront ensemble en Orcanie et il prendra soin d'elle jusqu'à sa mort. Plus jamais la jeune femme ne souffrira. Mais, il doit procéder par étape.
-Nous irons le voir dans sa cellule, annonce Mordred. Nous verrons si on peut l'en faire sortir d'une manière ou d'une autre. Ou au moins apaiser ses souffrances.
-Tu ferais ça ? s'étonne Morgause.
Mordred s'assied à côté d'elle sur le lit et, sans réfléchir, la prend dans ses bras.
-Je t'ai promis de prendre soin de toi, lui rappelle-t-il.
Morgause passe ses bras autour de son ami, mal à l'aise. Elle apprécie Mordred mais, les gestes d'affections ne sont pas naturels pour la jeune femme. Il n'y a qu'avec Morgane et, depuis peu, Arthur qu'elle se laisse aller à des instants de tendresse. Et Lancelot. Il y a trois jours. Depuis, elle n'a pas eu l'occasion de le voir. Sans doute l'évite-t-il autant qu'elle l'évite. Morgause ne sait pas exactement comment se comporter après cette incartade. Si s'en est une. Morgause ne sait plus vraiment quoi en penser. Une partie d'elle rêve de recommencer, voulant terriblement ressentir à nouveau cette chaleur dans son corps. Rien que d'y penser, son esprit s'échauffe et la jeune femme se fait l'effet d'une dévergondée. Que lui arrive-t-il ?
Mordred s'en va préparer leur expédition alors que Morgause se fait passer souffrante auprès de son frère pour le repas. Et cette fois, ce n'est pas pour éviter le chevalier Lancelot puisqu'il se charge de s'éloigner par lui-même. Morgause avoue être légèrement vexée même si elle fait de même. De toute façon, la jeune femme doit se concentrer sur des choses bien plus importantes, comme l'homme enfermé par sa faute. Aliénor n'est pas là pour lui changer les idées, Morgause ayant compris que sa servante désirait ardemment voir le chevalier de la dernière fois. Si Aliénor peut trouver le bonheur au mur, ce n'est pas Morgause qui l'en empêchera. La liberté de choisir à qui donner son cœur est une chose qui a bien trop manqué à la jeune dame pour en priver sa servante et amie.
Morgause se couche sur son lit, souhaitant se reposer quelques instants. Toute cette histoire la fatigue plus que de raison. Arriver à ses fins est bien plus compliqué que prévu. Et des perturbations viennent s'y mêler. Est-ce réellement le moment de se demander si être intime avec un homme peut être si différent de ce qu'elle a connu ? Morgause ne sait pas si elle est obsédé par le chevalier depuis trois jours ou si ce sont simplement les sensations qu'elle a éprouvées qui lui embrouille l'esprit. Après tout, un autre homme aurait pu faire naître ses émotions en l'embrassant de cette manière, n'est-ce pas ? Si la jeune femme a eu des réactions aussi fortes et si elle ne cesse d'y penser, c'est simplement car c'est nouveau pour elle. Un peu comme penser qu'on sera toujours forcer de manger du pain rassi pour ensuite découvrir le pain du boulanger.
Morgause peste en se rendant compte que, sans le vouloir, son esprit la pousse encore à penser à ce baiser. Elle ferme ses yeux avec force et fait le vide dans sa tête, forçant toutes pensées futiles à la quitter. Et elle sombre dans le sommeil.
Ils sont là, à la fixer avec interrogation. Morgause reconnaît certains chevaliers. La jeune femme baisse les yeux sur une amulette couverte de sang dans sa main blessée. Arthur la fixe avec douleur et culpabilité. Tout d'un coup, l'impression d'étouffer lui serre la poitrine. Morgause a la sensation d'être plongée dans un lac et de se noyer.
Elle ouvre la bouche avec incompréhension, portant sa main à sa gorge qui semble se remplir d'un liquide chaud. Tout d'un coup, un geyser lui sort de la bouche, la faisant tomber en avant. Morgause tente de reprendre sa respiration, sans succès. Elle a l'impression de mourir. Sentiment qui s'intensifie quand elle constate avec effroi que le liquide qui l'étouffe est du sang.
Morgause voit son frère accourir et la prendre dans sa bras. Morgause a juste le temps de voir le bas d'une robe bleu foncée, signe d'une deuxième présence féminine avant de sombrer dans l'inconscience.
Morgause se réveille en sursaut, le front en sueur. Voilà que ça recommence. Morgause ne comprend pas ce que rêve signifie mais il la hante depuis des mois. Depuis qu'elle sait qu'elle reviendra au mur. La jeune femme n'a plus fait ce rêve après être arrivée au mur, cependant. Mais voilà que depuis trois jours, ils reviennent et les images sont bien plus nettes.
Des coups à la porte font sursauter Morgause. Se rappelant que Mordred devait venir la chercher, Morgause n'est nullement surprise en le trouvant derrière la porte. Il lui fait signe de ne pas parler et de le suivre. Morgause enfile sa cape, couvrant ses cheveux et camouflant son visage avant de suivre son ami. La nuit est tombée et il y a peu de garde dans les couloirs. La jeune femme fait suffisamment confiance à son ami pour savoir que les croiser n'est pas un problème. Ils sortent dans les rues, se dirigeants vers le lieu où est retenu le guérisseur avec prudence.
Arrivé à la prison, Mordred échange quelques mots ainsi qu'un sac de pièce avec le garde qui acquiesce sans jamais la regarder. Sûrement un ordre explicite de Mordred. Il veille toujours à sa protection. On les laisse donc entrer et le garde leur montre la cellule du guérisseur.
-Vous n'avez pas beaucoup de temps, les prévient-il. La relève arrive d'un moment à l'autre.
Morgause n'écoute pas plus et tente d'ouvrir la porte de la cellule, sans succès. Elle se tourne alors vers interrogation vers Mordred.
-Je n'ai pas pu obtenir plus cela, lui souffle discrètement son ami. Cet homme a besoin d'argent mais, il n'est suicidaire.
-Il n'y a pas d'espoir pour moi Mon Seigneur, souffle une voix avec difficulté. J'ai accepté cette mission en connaissance de cause.
Morgause le voix s'approcher et l'horreur l'étreint. Cet homme a un certain âge à en juger par ses cheveux gris et les rides sur son visage. Ce dernier est couvert de saletés et d'hématomes. Un œil est fermé, du sang s'en échappant. Le guérisseur a du mal à marcher et il lui manque au moins deux doigts à la main droite.
-Nous devons vous sortir d'ici, vous ne méritez pas de mourir à cause de moi, assène Morgause en chuchotant.
-Ma Dame, la salue le vieil homme avec déférence. Ce serait un honneur de perdre la vie pour vous.
Morgause reste sans voix. Cet homme a perdu l'esprit ?
Comprenant que la jeune femme est perdue face à sa réaction, le guérisseur s'explique.
-J'étais là, lors de l'attaque du village il y a six ans, avoue-t-il. J'ai pu m'enfuir grâce à vous et sauver mon fils. Plus tard, j'ai entendu parler de vos accusations concernant l'évêque. Ce monstre a prétendu que nous avions barrés la route aux hommes qui venaient vous chercher, que nous avions attaqués. Notre village était le plus pacifique de tous.
-Je me souviens de vous, se rappelle Morgause. Votre femme était une bonne amie de ma mère et vous avez soigné ma sœur, une fois.
Morgause ne l'a pas reconnu tout de suite à cause de l'état de son visage mais, maintenant, elle le reconnaît clairement.
-Si ma mort peut amener celle de ce monstre, je partirais comblé, assure le guérisseur.
-Ils vont vous torturer pour vous faire parler, rappelle la jeune femme.
-Je ne peux vous sortir d'ici mais, je peux vous donnez un choix, intervient Mordred sans oser regarder son amie.
Il sort une fiole de sa poche et la jeune femme voit le vieil homme la prendre avant de réaliser que c'est un poison mortel. Morgause regarde Mordred avec effarement.
-Vous pouvez au moins choisir la manière dont vous souhaitez mourir, l'informe Mordred avec compassion. Il vous suffira de lancer la fiole par votre fenêtre après l'avoir bue. J'ai pris le moins douloureux possible.
-Vous êtes bon, Mon Seigneur, remercie l'homme. Mon fils n'aurait pas à assister à mon exécution si je fais ça.
Morgause va ouvrir la bouche pour protester, leur demander d'arrêter cette plaisanterie et de chercher une réelle solution quand le garde arrive, annonçant la fin de l'entretien. Mordred pousse la jeune femme vers la sortie quand la voix du guérisseur retend à nouveau.
-J'espère que le monde sera débarrassé de cet être écœurant, le peuple picte vénérerait quiconque y parvient.
Sur ces paroles, Mordred tire une Morgause amorphe vers ses quartiers. Ils pénètrent à l'intérieur pour faire face à une Aliénor soulagée. Soulagement qui fait place à l'inquiétude quand sa maîtresse se tourne et gifle Mordred de toutes ses forces. La tête de ce dernier part sur le côté alors qu'il fait un pas en arrière sous la puissance du coup. Cette femme a un force disproportionné par rapport à sa carrure.
-Tu le savais, accuse Morgause avec une rage contenue. Il n'a jamais été question de le sortir de là !
Morgause relève la main, prête à frapper une nouvelle fois sous le regard inquiet de sa servante. Mais, Mordred intercepte sa main et tire pour mettre la jeune femme dos à lui, passant ses bras autour d'elle pour l'empêcher de frapper à nouveau.
-Je le savais, admet-il. Et lui aussi le savait. Le jour où il a accepté d'échanger les fioles, il savait qu'il risquait de mourir. Enormia, Morgause !
La jeune femme relâche ses muscles. Il s'agit du crime ultime pour les romains. Une offense à Dieu lui-même. Parce qu'il a attaqué un messager de Dieu. Germanus.
-Ils ne l'auraient jamais laissés partir, le guérisseur aurait à peine traversé trois rues avant d'être pris, continue Mordred sans la lâcher. Au moins, je lui ai donné le choix entre une mort lente et une mort qu'il aura choisie. Je suis navrée de savoir que tu le connaissais, finit-il avec regret.
-Lâche-moi, ordonne Morgause avec plus de calme.
Mordred obéit lentement, pour parer à toutes éventualités. Quand il l'a lâchée, Morgause se retourne et lui lance un coup de pied puissant dans le tibia. La victime étouffe un cri avant de se pencher sur sa pauvre jambe. Il entend néanmoins cette peste de servante tousser pour cacher son rire.
-Maintiens-moi à nouveau de force et je t'arrache les yeux, siffle la jeune femme, le regard mauvais. Maintenant, sors d'ici !
Mordred jette un œil à la servante qui vient d'être témoin de la conversation et il analyse la situation. Morgause suit son raisonnement et elle se met entre eux.
-N'y pense même pas ! J'ai une confiance aveugle en elle.
Mordred soupire en levant les yeux au ciel et sors de la pièce en claquant la porte. Et il rejoint ses quartiers légèrement contrarié, sans voir le chevalier Lancelot qui l'a vu sortir des quartiers de Morgause. Le chevalier a également vu la belle trace rouge sur la joue du blond et se met à espérer que c'est la main de Morgause qui a heurté sa joue.
La nuit a été agitée pour Morgause ainsi que pour Aliénor. La jeune dame s'est réveillée de nombreuse fois, hantée par des cauchemars sanglants et sa servante a pris garde d'être là à chaque réveil. Elles n'ont toutes les deux que peu dormi. C'est pourquoi, quand on lui annonce que Germanus a demandé à la voir, Morgause songe d'abord à refuser. La jeune femme n'est pas d'humeur pour les faux semblants. Néanmoins, Morgause sait que son absence n'aidera pas à en finir avec le monstre. Elle doit continuer sa comédie, rester proche de lui. Alors, après s'être apprêtée, la jeune femme se dirige vers la salle de réunion.
Le garde lui ouvre la porte sans poser de question et Germanus se lève en souriant grandement. Ce cafard semble heureux de la voir, lui donnant la nausée.
-Vous avez l'air épuisée, mon enfant, s'inquiète-t-il devant les cernes de Morgause.
-Je me faisais du soucis pour vous, rebondit la jeune femme en souriant doucement.
-C'est fini maintenant, la rassure l'évêque. Prenez place, ma chère, j'ai à vous parler.
Morgause obéit, se demandant ce qu'il a de si important à lui dire. Et déçue qu'il soit de nouveau apte à parler.
-Mordred part dans quelques jours pour l'Orcanie comme vous devez vous en douter, commence l'évêque alors que la jeune femme se crispe.
À vrai dire, Morgause n'y a pas pensé beaucoup. La jeune femme pensait être débarrassée de cet évêque bien avant le départ de son ami et elle n'a jamais pensé à ce qu'il adviendrait ensuite. Morgause réalise seulement maintenant qu'elle devra arriver à ses fins par elle-même, sans le soutien sans faille de Mordred.
-De plus, on requiert mon aide auprès d'un seigneur au sud du mur, continue-t-il. Je devrai m'absenter pendant un long moment.
-Vous partez ? sursaute Morgause.
-Ne vous inquiétez pas, je reviendrai au mur dés que j'en aurais l'occasion, assure le cafard. J'aimerai être présent pour l'annonce d'un événement que j'espère rapide, ajoute-t-il taquin.
Un frisson de dégoût parcours le corps de Morgause mais, elle tente de garder son calme et attend, telle une jeune fille docile, que le monstre ait fini son discours.
-Votre frère aura pour mission de prendre soin de vous et de vous chaperonner.
Morgause se fige, ayant peur de comprendre. Avant que la belladone ne le cloue au lit, Germanus a parlé de mariage. Mais, il n'oserait pas, n'est-ce pas ? Après tout ce qu'elle a subi entre les mains de Lot, Germanus ne pousserait pas l'affront jusqu'à la donner à une autre bête sauvage, pas vrai ?
-Méléagant arrive prochainement au mur et, il est presque prêt à prêter allégeance au Pape, annonce Germanus sans voir la panique gagner la jeune femme. Il cherche justement une épouse chrétienne et, il a entendu parler de votre beauté. Ce serait un heureux mariage.
Pour qui ? A-t-elle envie de hurler. Morgause se retient tant bien que mal de le tuer sur le champ. La dague à sa cheville la démange.
-Mon Seigneur, je ne pensais pas me remarier, entame Morgause avec prudence. J'ai déjà eu un époux et j'espérais pouvoir en rester là.
-Ma chère Morgause, la coupe Germanus en lui prenant la main avec compassion. Je sais qu'il est terriblement difficile de faire son deuil. Prendre un autre époux pourrait vous aider à vous remettre. Vous êtes tellement jeune et vous n'avez pas encore d'enfants. Ce mariage serait un bienfait pour tous...
-Vous ne comprenez pas, intervient Morgause en se relevant. Le deuil n'a rien à faire dans mon désir. Mon mariage m'a appris qu'être une épouse n'était pas en mesure de me rendre heureuse et je ne ressens aucunement le besoin d'enfanter.
-Morgause, la reprend l'évêque avec un air sévère. Vous êtes une femme et Dieu attend de vous une descendance. De plus, ce mariage pourrait être bénéfique pour l'Église. Méléagant est puissant, il a beaucoup à vous apporter.
-Il a beaucoup à vous apporter à vous, plutôt, s'énerve la jeune femme, sentant la rage lui comprimer la poitrine.
-Morgause, vous vous égarez ! La gronde Germanus. Je vous porte une grande affection mais, il se serait bon pour nous deux que vous n'en abusiez pas !
Morgause s'apprête à ouvrir la bouche quand la porte s'ouvre sur Arthur et les chevaliers Sarmates. Le commandant perçoit rapidement la pâleur de sa sœur ainsi que ses poings fermés. Il voit également les sourcils froncés de l'évêque Germanus.
-Arthur, se détend le cafard. Qu'est-ce qui vous amène ?
-Je devais interroger le guérisseur, ce matin, explique le commandant. Mais je l'ai retrouvé mort dans sa cellule.
Morgause n'entend pas la suite. Elle doit sortir de là ou elle perdra le peu de raison qui lui reste. La jeune dame lance un regard meurtrier à l'évêque avant de se détourner pour rejoindre la porte à grandes enjambées, oubliant toutes convenances.
-J'espère que vous reprendrez vos esprits, Morgause, assène le cafard. Et que vous comprendrez où est votre devoir !
Morgause s'arrête contre la porte, tentant de se contrôler. Arthur fronce les sourcils, inquiet, sans oser parler. Ils entendent tous les ongles de Morgause griffer le bois de la porte alors qu'elle referme sa main pour serrer le poing. Elle se tourne lentement vers Germanus, un regard de haine pure sur son visage. La jeune dame douce et docile a laissé place à une femme haineuse. Une lueur de folie est perceptible si on s'attarde sur ses yeux. Son frère s'apprête à parler pour demander une explication mais sa sœur intervient et sa phrase le glace.
-Allez en enfer, souffle Morgause avec mépris et Germanus recule d'un pas comme si elle l'avait giflé.
Et Morgause sort de la pièce pour rejoindre ses quartiers. Là où elle pourra laisser libre cours à sa rage et sa douleur. Il est mort. Morgause l'a tué, indirectement.
Aliénor se dirige vers les quartiers de sa maîtresse le soir même pour préparer la dame à dormir. La servante est épuisée après la nuit agitée de Dame Morgause. Quelque chose tourmente cette dernière et Aliénor se sent impuissante.
Ce qu'elle voit en entrant dans les quartiers de sa maîtresse prouve à Aliénor que la journée se termine bien mal. La servante fait demi-tour sans réfléchir à la recherche du Seigneur Mordred, le seul à pouvoir gérer la situation. Elle croise le chemin de Sir Owein et Sir Lancelot. Le premier l'arrête en voyant son air inquiet.
-Aliénor, il y a un problème ? s'inquiète le chevalier Owein.
Lancelot hausse un sourcil devant leur proximité, comprenant où son ami passe ses journées depuis quelques jours. Mais la réponse de la servante l'empêche de les taquiner.
-J'ai besoin du Seigneur Mordred, souffle la servante avec inquiétude. Dame Morgause ne va pas bien.
-Qu'a-t-elle ? intervient Lancelot sans réfléchir.
Aliénor hésite un instant. Les crises de sa maîtresse sont assez forte et elle ignore si le chevalier sera apte à gérer la dame. De plus, cette dernière pourrait très mal prendre qu'un étranger assiste à son mal être. Mais Aliénor se souvient de ce qu'elle a vu, il y a de cela trois jours. Lancelot a pu approcher sa maîtresse comme personne auparavant. Et de toute façon, Aliénor ne sait pas du tout où se trouve le Seigneur Mordred.
-Suivez-moi, ordonne-t-elle avant de regarder Owein avec un air désolé.
-Je comprends, assure-t-il. Nous nous verrons demain.
Aliénor acquiesce avec reconnaissance avant d'entraîner le chevalier Lancelot derrière elle. Arrivée devant les quartiers de sa maîtresse, la servante s'arrête et fait face au jeune homme.
-Vous ne devrez parler de cela à personne, insiste-t-elle. Et si vous n'y arrivez pas, qu'elle semble sur le point de se faire vraiment mal, allez chercher le Seigneur Mordred.
Lancelot fronce les sourcils, cette servante a fini par l'inquiéter assez fortement. Il ne prend pas la peine de répondre et ouvre la porte. L'endroit semble dévasté. Des vases jonchent le sol qui se trouve trempé. Les chaises sont renversées, les coussins ont été éventrés. Lancelot entend un reniflement discret venant du côté du lit et le chevalier le contourne pour trouver Morgause.
Elle est décoiffé et essoufflée, preuve qu'elle s'est arrêtée il y a peu. Ce qui inquiète le chevalier est la trace de sang sur sa joue. Il analyse rapidement son corps et découvre la blessure à sa main. La jeune femme tient ferment un morceau de vase brisé et semble s'être profondément entaillée à la paume. Ses yeux verts son vide d'émotions et regardent dans le vide. Lancelot s'assied avec délicatesse en face d'elle et attend, surveillant sa main du coin de l'œil. Morgause finit par lui jeter un regard vide, sans parler au départ. Elle reprend son souffle péniblement.
-Pourquoi avoir tout détruit ? interroge Lancelot.
Morgause regarde légèrement autour d'elle, reprenant peu à peu contact avec la réalité.
-J'avais besoin que l'extérieur reflète l'intérieur, répond la jeune femme d'une voix atone. La seule différence c'est que cette pièce finira par retrouver son état d'origine alors que mon esprit..., enchaîne-t-elle avec sourire mesquin. Lui, il sera éparpillé à jamais.
Lancelot réfléchit à un moyen de lui faire lâcher le morceau de vase mais, cette phrase énigmatique l'empêche de se concentrer. Où est passée la femme forte ? La femme fière intouchable ?
-La plupart du temps, j'arrive à ne ressentir que de la froideur face au monde extérieur, reprend Morgause à la surprise de Lancelot. Mais parfois, des brides d'émotions refont surfaces et les ensevelir devient compliqués.
-Pourquoi vouloir faire cela ?
-Si je laisse tout sortir, je serais confrontée à la personne que je suis devenue, dit Morgause en plongeant un regard inquiet dans le sien. J'ai une part d'ombre à l'intérieur de ma tête qui se débat pour sortir.
-Que vous a dit Germanus ? s'inquiète Lancelot.
Un rire froid résonne dans la pièce. Pour la première fois, Morgause fait peur au chevalier. Elle semble avoir perdu l'esprit.
-Il pense pouvoir me marier, raconte la jeune dame, hilare. Il ne sait pas de quoi je suis capable pour y échapper.
Lancelot entrevoit cependant très bien ce qu'elle pourrait faire. Le chevalier prend son courage à deux mains et prend délicatement la paume blessée de la jeune femme. Elle le laisse faire en l'examinant. Il prend le morceau de verre et, à sa grande surprise, Morgause desserre le poing pour le laisser faire. Le chevalier regarde la blessure avec soin et est soulagé de voir qu'il n'y aura aucune séquelle permanente.
-Cela fait-il fort mal ? s'enquit le chevalier.
Morgause semble vraiment réfléchir à la question, comme si elle avait un sens profond qu'il n'avait pas perçu. Et quand la dame répond, le chevalier sait qu'elle ne parle pas uniquement de sa main.
-Je ne sens rien, assure-t-elle.
-Je vais chercher de quoi la soigner et ensuite, je ferai en sorte que vos quartiers soient remis en état.
Il se lève quand elle le retient par la main, elle regarde leurs mains jointent avec concentration.
-Suis-je si difficile à aimer ? demande Morgause.
Lancelot n'est pas certain qu'elle parle à quelqu'un en particulier. Elle semble se poser la question à elle-même. Pourtant, le chevalier y réfléchit sérieusement. Ce soir, Morgause a semblé avoir complètement perdu l'esprit et, cependant,...
-Vous ne m'avez jamais semblé si facile à aimer qu'en ce moment, affirme Lancelot, le cœur chamboulé.
Voilà pour ce chapitre,
Germanus parviendra-t-il à la remarier. Cafard, ça lui va bien je trouve xD
N'hésitez pas à laisser un avis ;)
Bisous,
Rose
