Bonsoir à tous,
Je vous poste le nouveau chapitre en espérant qu'il vous plaira. N'hésitez pas à laisser un avis, même si j'aime voir mes lecteurs fantômes augmenter mais ce serait top d'avoir des avis constructifs ou juste savoir si vous aimez ;)
Bonne lecture.
Chapitre 8.
-Je suis désolé de devoir te laisser.
Morgause quitte des yeux sa main couverte d'un bandage et regarde Mordred. Ils sont tous les deux sur les remparts du mur et regardent le paysage. Quand Mordred a vu l'état de sa main, il a paru inquiet. Mais, quand il a appris que c'était le chevalier Lancelot qui l'avait aidée, sa mine est devenue plus sombre. Morgause lui a raconté ce qu'il s'est passé la veille avec une colère contenue, le regard accusateur à la mention du départ de son ami.
-Je n'en aurais pas pour longtemps, tente-t-il de la rassurer. Mais, je sais que tu t'en sortiras très bien. Ton frère prendra soin de toi. J'ai un devoir envers mon peuple et cela fait déjà deux mois que nous sommes ici. Sans parler du temps que je vais mettre pour rentrer.
Morgause baisse la tête en soupirant. Elle ne sait honnêtement pas quoi dire ou même penser.
-Quant à Germanus, poursuit Mordred sombrement, nous devrions mettre nos projets en pause pour le moment et tu vas devoir lui présenter des excuses.
-Des excuses ? s'insurge la jeune dame.
-Je sais. Mais si tu veux arriver à tes fins, tu as besoin d'être dans les bonnes grâces de cet homme pour éviter tout soupçon. Et l'altercation d'hier, ne joue pas en ta faveur.
-Il veut me marier, rappelle Morgause avec angoisse.
-Parle à ton frère pendant l'absence de l'évêque, gagne sa compassion. Si Arthur est de ton côté, tu n'épouseras personne.
-Non, j'ai besoin de plus que sa compassion pour qu'il cesse d'écouter Germanus. J'ai eu une entrevue avec Horton, son serviteur. Il est d'accord pour fouiner un peu.
-Comment as-tu fait pour le convaincre ? s'étonne Mordred.
-Il a un ego démesuré pour un serviteur. S'occuper des basses besognes de Germanus le rebute. Je ne lui ai pas dit ce que je cherchais exactement ni pourquoi. Il doit principalement me tenir informée des allers et venues de Germanus. Je lui ai promis que le moment venu, il aurait un poste à la hauteur de ses efforts.
Mordred acquiesce avant de sourire avec douceur en bousculant Morgause.
-Si nous chevauchions une dernière fois ensemble, aujourd'hui ? propose-t-il.
Et un léger sourire apparaît sur les lèvres de la dame pour la première fois depuis plusieurs jours. Morgause n'est plus montée à cheval depuis son arrivée. La jeune femme a été tellement obnubilée par le fait de voir le monstre mourir qu'elle n'a vécu que pour cela. En faire une obsession ne fera que la rendre malade. Même si c'est dur d'envisager un avenir en dehors de sa vengeance, elle doit essayer. Morgause est trop jeune pour pour cesser de vivre.
Alors qu'ils sont à l'écurie pour préparer leur monture, Arthur entre en rigolant. Le commandant est accompagné de ses chevaliers, comme souvent. Le cheval de Morgause se braque face à la nouvelle agitation, se mettant debout sur ses pattes arrières. Morgause calme l'animal en lui parlant avec douceur.
-Il n'a pas l'air docile, rigole Arthur, les yeux pétillants de malice.
-Elle ne l'est pas avec n'importe qui, admet Morgause sans cacher le double sens de sa phrase.
-Tu comptes monter ? s'enquit Arthur avec intérêt.
Arthur sait combien sa sœur aime chevaucher. Enfant, elle disparaissait souvent des journées entières, inquiétant son frère et son père. Morgause a toujours eu un désir de liberté plus fort que sa jumelle. Leur père a toujours été laxiste avec la jeune femme, lui permettant plus qu'à quiconque, ne la réprimandant que rarement. Quand Arthur la sermonnait de disparaître si longtemps, leur père riait doucement et prenait la défense de Morgause. Le commandant a eu peur que ce côté sauvage chez sa sœur ne lui porte préjudice lorsqu'elle viendrait à se marier.
Arthur voit la main de sa sœur et fronce les sourcils.
-Que t'est-il arrivé ?
-Un accident à force de réfléchir, sourit mystérieusement Morgause en reprenant sa main.
Mais la jeune femme s'est crispée intérieurement et regarde discrètement le chevalier Lancelot du coin de l'œil. Ce dernier ne l'a pas quittée du regard et lui fait un signe négatif de la tête à sa question silencieuse. Il n'a rien dit. Morgause se détend et le remercie du regard.
-Cela dérangerait si je vous accompagnais ? demande Arthur.
-Et bien, il y aurait au moins un défi à relever, sous-entend la jeune femme avec moquerie.
-Comment cela ? se froisse Mordred. Je suis très bon cavalier !
-Tu ne m'as pas battue une seule fois en six ans, rappelle Morgause. C'est quelque peu ennuyeux.
Mordred s'éloigne avec sa monture en grommelant un « Stupide femme » sous le regard amusé de Morgause.
-Tu ne le ménages pas, rit Arthur.
-Il est de mon devoir en tant que belle-mère de lui enseigner la modestie.
Lancelot tousse pour cacher son rire. Entendre Morgause remettre Mordred au rang de beau-fils lui fait bien plus plaisir qu'il ne le faudrait. Le chevalier a accepté son attirance pour la jeune femme. Mais, il a également compris qu'elle joue un rôle, le plus souvent. Il voudrait la courtiser mais, il n'est pas sûre de savoir quel genre de femme il tentera de séduire précisément. Elle n'est pas venue totalement en paix, de cela, Lancelot en est certain. Le chevalier a perçu son antipathie pour Germanus comme un poison mortel. Et la jeune femme a tellement pris garde à paraître affectueuse envers lui que ça ne peut être un hasard. De plus, son débordement concorde avec la découverte de tentative d'empoisonnement.
-Je vous accompagne, annonce Tristan, à la surprise générale.
Morgause se retient de lever les yeux au ciel. Elle sait pertinemment pourquoi ce chevalier veut venir. Il veut surveiller qu'elle ne tente pas de tuer Arthur. C'est ridicule.
-Je me joins à vous également, annonce Lancelot en se dirigeant déjà vers sa monture.
Arthur semble décontenancé de voir ses chevaliers vouloir les accompagner alors qu'ils auraient pu en profiter pour prendre une journée de repos. Cependant, il ne dit rien, heureux de passer du temps avec sa sœur en dehors des murs de la forteresse. Morgause s'arrête sur le plus jeune des chevaliers et sourit.
-Chevalier Owein, c'est bien cela ? l'interroge-t-elle.
-Oui Dame Morgause, répond le concerné en se tenant droit.
Le jeune homme sait combien Aliénor aime sa maîtresse si bien qu'elle mourrait pour elle. La jeune servante lui a raconté combien Dame Morgause avait pris soin d'elle, subissant les remontrances et les corrections à la place d'Aliénor face à son marri fou. Owein tient donc à faire bonne impression.
-Aliénor a sa journée, réplique Morgause avec malice. Et vu que votre commandant est pris, je suis sûre qu'il ne verra aucun inconvénient à ce que vous alliez la rejoindre, finit-elle en haussant un sourcil.
Le jeune chevalier rougit jusqu'à la racine de ses cheveux brun alors que tous les regards se tournent vers lui.
-Tu te serais enfin trouvé une femme ! s'exclame Bors en tapant fortement le dos du pauvre garçon.
Les autres rient discrètement alors que Owein les met au défi de dire quoi que ce soit. Arthur le sauve en lui donnant la permission de prendre sa journée et il file à vive allure. Les autres chevaliers partent également, laissant les autres préparer leur monture. Une fois en selle, Morgause n'attend personne et file telle une flèche.
-Il faut toujours qu'elle se vante, soupire Mordred en la suivant juste après.
-Elle tient cela de notre père, déclare Arthur à ses chevaliers alors qu'ils démarrent.
Morgause a fait halte pour attendre son frère, une lueur de défi dans le regard. Ils entament une course vers la forêt et la jeune femme galope autant pour gagner que pour fuir. Fuir ses souvenirs, l'évêque, ses tracas. Le vent lui fouette le visage, les cheveux, lui apportant un sentiment de liberté salvateur, aussi éphémère soit-il. La jeune dame est surprise quand, étonnamment, on la dépasse. Surprise d'autant plus grande que ce n'est pas son frère mais le chevalier Lancelot. Morgause est tellement étonnée qu'il parvient avant elle à l'orée de la forêt, un rictus provocateur au bord des lèvres. Morgause s'arrête face à lui et se contente de l'observer en pinçant les lèvres. Elle n'a pas pour habitude de perdre.
-Morgause battue par le chevalier, esclaffe Mordred en arrivant, suivi d'Arthur et Tristan.
-On recommence, exige Morgause sans lâcher Lancelot du regard.
Mordred regarde la scène avec un pincement au cœur. Durant toutes ces années, Morgause n'a eu que peu de contact avec le monde extérieur. Son entourage se composait principalement de Lot, Mordred et Aliénor. Lot ne laissait personne approcher son épouse, il aimait qu'elle soit le plus isolée possible. Par ailleurs, s'il avait su que Morgause et lui était un tant soit peu proche, Mordred ne sait ce qu'il aurait pu advenir de lui. Fils ou non. Le blond a donc toujours eu l'habitude que l'affection ou l'intérêt de la jeune femme lui soit consacrer la plupart du temps. Mordred a eu conscience qu'Arthur étant son frère, il était normal qu'ils soient proches. Mais la voir accorder autant d'intérêt au chevalier le dérange outre mesure. Mordred se targue depuis toujours de ne pas être comme son père. Pourtant, ce sombre sentiment de possessivité abusive le rapproche bien plus de Lot qu'il ne le voudrait.
Morgause et Lancelot repartent en chemin inverse au galop sous le regard indulgent du commandant.
-J'avais oublié sa détermination, avoue le frère de Morgause.
-Elle risque de recommencer jusqu'à ce qu'elle parvienne à un résultat qui lui convienne, grimace Mordred.
-Vous avez vécu de longues années avec elle, réalise Arthur. Se séparer doit être difficile pour vous deux.
-Nous avons tous deux des responsabilités. Je me serais bien passé des nouveaux devoirs que l'on m'incombent, cependant, je l'avoue.
-Votre père serait fier de vous, pourtant, s'étonne Arthur.
-Je crois qu'il y a une chose que vous n'avez pas vraiment comprise, sourit sombrement Mordred. En ce qui me concerne, l'avis de mon père a cessé d'avoir de l'importance le jour où je l'ai soupçonné de se réjouir de la mort de ma mère. Et mon père lui-même ne m'a inspiré que du dégoût le jour où votre sœur est arrivée au château. Il n'a pas attendu que le soleil se couche avant de savourer ses cris de douleur.
Arthur se tend, sentant une colère jusque là inconnue le traverser. Il a compris que sa sœur n'avait pas vécu un mariage heureux mais, bêtement, il a cru que Mordred avait exagéré le soir du dîner. Plus l'homme parle, plus le commandant craint d'en apprendre d'avantage. L'ignorance ne lui a jamais paru si douce.
-Je suis heureux qu'elle s'ouvre un peu, continue Mordred. Mon père l'a tellement coupée du monde. Quand Morgane a dû fuir, j'ai cru qu'elle ne se relèverait pas.
-Morgane ? murmure Arthur alors que Tristan, jusqu'ici en retrait, se crispe complètement. J'ignorais qu'elles s'étaient revues.
-Oh, répond Mordred en fronçant les sourcils, mal à l'aise. Et bien, son mariage l'a amenée en Orcanie. Morgane a épousé le conseiller de mon père. Quand Lot a vu que Morgause lui échappait peu à peu, il a fait en sorte de récupérer Morgause sous sa coupe de manière drastique.
-Qu'entendez-vous par là ? s'inquiète Arthur.
Mordred hésite. Il n'est pas sûr que Morgause apprécie que ce soit lui qui révèle cela à son frère. Mais le blond peut faire une dernière faveur à la belle dame avant de partir. Si il peut montrer à Arthur les blessures de sa sœur, peut-être sera-t-il plus enclin à refuser qu'elle se marie à nouveau contre sa volonté.
-Je n'ai aucune preuve, admet Mordred. Seulement mes certitudes, partagées par Morgause. Morgane a été empoisonnée, peu après son arrivée alors qu'elle tentait de convaincre Morgause de fuir le château. Elle serait morte sans sa sœur. D'ailleurs, mon père a cru à sa mort jusqu'à la fin. Morgause l'a sauvée et l'a envoyée vivre chez les pictes, à l'abri de mon père et sa folie. Morgause a abandonné toutes idées de fugues ou de liberté après ce jour-là. Je crois même, et j'espère que vous me pardonnerez ces mots, qu'elle réfléchissait sérieusement à mettre fin à son existence.
Arthur frémit. Voilà l'explication, voilà pourquoi Morgane a agi de la sorte. Elle a voulu rejoindre Morgause. Sans doute savait-elle ce que vivait sa jumelle aux mains de son époux et a-t-elle souhaité l'aider. Arthur ne sait que penser. Morgause a préféré se confier à sa sœur plutôt qu'à Arthur. Mais, est-ce vraiment cela ? Arthur se rappelle vaguement des lettres envoyées par sa sœur. Elle ne donnait aucun détail mais, le désespoir était présent, sans nul doute. Le commandant a pensé que c'était uniquement dû à la perte de sa mère et à l'éloignement. Visiblement, c'était plus profond que cela. Assez, en tout cas, pour que Morgause ait perdu son envie de vivre.
Arthur voit vaguement Tristan s'éloigner mais, il ne l'arrête pas. Lui aussi, après tout, a besoin de réfléchir à tout ceci.
-Pourquoi me dire cela ? s'enquit Arthur quand il retrouve l'usage de la parole.
-Parce que Germanus veut la forcer à se marier à ce Méléagant, annonce le blond. Vous pourriez penser qu'elle aurait l'occasion de fonder une famille et qu'en tant que femme, elle a besoin d'un époux. Vous commettriez une erreur fatale. Morgause serait prête à se jeter du haut du mur pour éviter ce qu'elle juge comme un asservissement.
Au loin, Morgause et Lancelot arrivent galop, souriant tous deux. Arthur sent son cœur se tordre. Une crainte naît dans son esprit, vicieuse. La culpabilité le consume, peu à peu, alors qu'il réalise que sa jeune sœur a subi un tourment ces dernières années. Si Morgause connaissait les détails de ce mariage, comment réagirait-elle ? Pourra-t-elle lui pardonner ? Le commandant sent que, quoiqu'il en soit, il ne pourra jamais se pardonner lui-même.
-Je crains que nous ne soyons à égalité, rit Lancelot alors qu'ils arrivent à l'orée de la forêt.
Morgause acquiesce de bon cœur en se plaçant près de son frère, inconsciente de ses sombres pensées. La jeune femme ne sait depuis combien de temps elle n'a éprouvé cette paix. Elle se sent légèrement apaisée, l'esprit occupé à autre chose que la rancœur pour la première fois depuis bien longtemps.
-Allons nous promener, propose-t-elle en entrant dans la forêt sans relever l'absence du chevalier Tristan.
-Qui aurait cru qu'il y avait de si beau paysage derrière ce mur, fait remarquer Mordred en souriant.
-Il s'agit de votre première visite ? interroge Lancelot.
-Oui, mon père ne laissait pas vraiment son entourage s'éloigner de ses terres. Étant son seul héritier, il ne souhaitait pas me faire passer par des territoires hostiles avant un certain temps.
-J'ai entendu dire que vous partiez prochainement ?
-Vous êtes bien informé, acquiesce Mordred en se crispant. Le temps d'organiser mon départ. L'évêque Germanus prévoit une escorte jusqu'à la frontière de mes terres où mes hommes prendront le relais.
-Je demanderai à pouvoir m'acquitter de cette tache, intervient Arthur avec bonne humeur. Vous avez pris soin de ma sœur, je tiens à vous remercier en vous ramenant chez vous avec une escorte digne de ce nom.
-Dans ce cas je vous accompagnerai, exige Morgause en souriant fièrement.
Car il est perceptible qu'elle ne demande l'avis de personne et impose simplement sa décision. Chose qu'elle prend goût à faire depuis peu. Arthur ne la contredit pas. Outre le fait qu'elle est parfaitement apte à se défendre en cas d'attaque, il lui doit bien cela. Le commandant se jure de rendre sa sœur heureuse par tous les moyens, cela apaisera peut-être sa culpabilité.
Alors qu'ils arrivent près d'une chute d'eau, Morgause s'arrête et descend de cheval, les autres suivants le mouvement. Alors que Mordred tient à voir les prouesses d'Arthur au combat, ce que ce dernier accepte aisément, Morgause s'éloigne pour admirer la vue. Lancelot la suit.
-Je vous remercie pour votre discrétion, souffle la jeune femme avec un léger malaise.
-Je vous en prie. Nous avons tous nos moments de faiblesse.
-De folie vous voulez dire ? Ironise Morgause. Je suis consciente du piètre spectacle que j'ai donné.
-Ce n'est pas de la folie que j'ai vu. Juste de la souffrance.
Morgause se tourne pour le dévisager. Appuyé négligemment contre un arbre, il la regarde du coin de l'œil, le visage tourné vers la chute d'eau.
-J'ai le sentiment que vous n'appréciez pas autant l'évêque que vous ne tentez de le montrer, poursuit-il. Est-ce que je me trompe ?
Morgause réfléchit. Étrangement, l'idée de lui mentir après ce qu'il a fait pour elle, la veille, la dérange. Ne serait-ce pas l'insulter ? Elle a insulté Germanus devant Arthur et les chevaliers. Et suite à cela, Lancelot l'a retrouvée en piètre état après sa crise de folie. Dire que les deux ne sont pas liés seraient insulter la capacité de réflexion du chevalier. Ce que la dame ne souhaite pas, surtout après sa discrétion quant à ce qu'il a vu.
-Et si tel était le cas ? Tente-t-elle simplement.
-Vous ne seriez pas la seule, admet Lancelot en haussant les épaules. Peu de gens apprécient cet homme. Hormis votre frère, appuie-t-il en haussant les sourcils, la regardant franchement.
Oui, Arthur a de l'affection pour cette homme, Morgause en a conscience. Mais il est aveuglé par cette affection. Un jour, son frère réalisera que le monde se portera bien mieux sans un être aussi vil. Le commandant a d'ailleurs cessé son combat amical avec Mordred et ils discutent tous deux avec entrain.
Ce moment de complicité est coupé par un bruit de lutte et une voix juvénile se fait entendre. Le chevalier Tristan sort de nul part, tenant un jeune garçon qui se débat vivement.
-Tristan ? Interroge Arthur alors que Morgause accourt.
-Je l'ai trouvé dans un arbre et il te visait avec cet arc, répond froidement le chevalier en lançant l'arme au pied du commandant.
-Lâchez-le, ordonne Morgause en voyant la prise dur sur le garçon.
Âgé de douze ans tout au plus, il a le teint pâle, une chevelure noir comme la nuit et des yeux aussi bleu que le ciel. Bien qu'il est évident qu'il soit terrorisé, le jeune garçon reste droit et fier.
-Vous avez entendu ce que j'ai dit ? Lui répond férocement Tristan. Il voulait planter une flèche entre les deux yeux de votre frère. Et il ne parle pas notre langue.
-Ce n'est qu'un enfant, le défend Morgause. Et il est effrayé !
-Il peut l'être vu ce qu'il s'apprêtait à faire.
Arthur suit le dialogue, indécis. C'est bien la première fois qu'un enfant tente de le tuer. Le choc engourdit son esprit.
-Il est picte, crache le chevalier Tristan comme si c'était la pire des insultes.
-Tout comme moi !
Morgause a parlé avec hargne, s'approchant du chevalier pour tirer l'enfant près d'elle. Elle l'encercle avec ses bras pour le protéger alors que le petit semble interloqué par l'échange.
-Et tout comme toi, rappelle la dame en implorant son frère du regard. Laisse-moi lui parler.
Arthur plonge ses yeux dans ceux, identiques, de sa sœur. Cette dernière le supplie de lui accorder un moment avec le garçon. En temps normal, Arthur n'aurait pas cédé. Mais, Morgause a raison. Il ne s'agit que d'un enfant. Il a besoin de savoir pourquoi ce petit voulait le tuer et Morgause parle la langue de l'enfant. De plus, cela lui laissera le temps de décider quoi faire par la suite.
-Bien, acquiesce Arthur.
Morgause laisse échapper un soupir de soulagement alors que Tristan laisse échapper un rire désabusé. Mordred et Lancelot, restés en retrait depuis le départ, n'interviennent pas, ne sachant quoi dire. La dame traîne l'enfant à l'écart et le fait s'asseoir sur un tronc d'arbre, s'agenouillant face à lui.
-Quel est ton nom ? demande Morgause et l'enfant écarquille les yeux.
-Tu parles ma langue ? Nous sommes frères ?
-Oui. Et j'essaie de t'aider.
-Je suis Taran.
-Pourquoi voulais-tu le tuer ? Poursuit la jeune femme en jetant un œil à Arthur.
-C'est un traître, crache l'enfant en grimaçant de colère. Il tue les siens. Mon père, mon frère. Il les a tué. Je n'ai plus personne.
Morgause sent la peine lui serrer le cœur. Elle n'ose pas lui demander où est sa mère, comprenant qu'elle n'est sans doute plus de ce monde.
-Mon frère n'est pas mauvais, tente Morgause.
-Par sa faute, je n'ai plus de famille !
Les yeux du jeune Taran se remplissent de larmes et Morgause lui caresse la joue avec tristesse.
-Mais il est la mienne.
Le jeune garçon comprend ce que la belle dame essaye de lui dire. Il ne vaudra pas mieux que le traître s'il le tue. Il enlèvera une famille à quelqu'un. Il ôtera un frère à une belle dame douce et gentille. Alors, le garçon renifle en laissant échapper une larme.
-De toute façon, il va me tuer maintenant.
Les yeux de Morgause se font durs alors qu'elle sert la main du jeune garçon avec force.
-Ça , jamais! Jure-t-elle.
Et Taran la croit. Lui livrant sa confiance infinie et son cœur d'enfant.
Alors ce petit Taran ? Enfant mignon ou psychopathe en puissance ? Survivra à sa tentative ratée ou verra sa tête séparée de son corps ?
Dites-moi tout *_*
Bisous,
Rose.
