EDIT : Je reposte car je ne sais pour quelle raison, le chapitre n'est pas passé hier alors que j'ai eu confirmation par mail -'
Bien le bonsoir mes petits lecteurs *_*
Rendez-vous du dimanche (quand je ne suis pas à la bourre et je n'ai d'ailleurs que 30 minutes pour être dans temps... Hum) ;)
Ce chapitre n'a pas été facile à écrire. Il y a une grosse évolution et c'est un chapitre très... émotionnel ? Enfin, vous verrez ^^ J'ai eu pas mal de doute mais je pense avoir un résultat satisfaisant. On en reparle en bas :)
Un grand merci à Guest pour sa review, ça fait du bien de vous voir sortir du mode fantôme ;) Merci aussi pour les ajouts en favoris,... :)
Guest : Je suis heureuse que l'histoire te plaise, j'espère qu'il en sera de même pour ce chapitre. Morgause est très complexe, perdue et elle a finalement tellement à donner. Merci en tout cas pour ta review *_*
Chapitre 9.
-De toute façon, il va me tuer maintenant.
Les yeux de Morgause se font durs alors qu'elle sert la main du jeune garçon avec force.
-Ça , jamais! Jure-t-elle.
Et Taran la croit. Lui livrant sa confiance infinie et son cœur d'enfant.
Morgause se redresse après quelques minutes de discussion supplémentaires avec l'enfant. Elle regard Arthur avec hésitation alors qu'il attend patiemment à l'écart, un Lancelot intrigué et un Tristan de bien mauvaise humeur à ses côtés. La dame prend son courage à deux mains et guide le jeune Taran avec elle près des chevaliers.
-Alors ? s'enquit son frère.
-Il s'appelle Taran. Son frère et son père ont été tués il y a quelques mois. Taran était parti avec eux pour chasser quand ils se sont retrouvés pris entre deux groupes qui se battaient à mort. Le père a eu le temps de cacher Taran. Mais lui et le grand-frère ont été massacrés sans sommation.
-Quel rapport avec Arthur ? s'étonne Lancelot.
Morgause baisse le regard au sol, cherchant ses mots. Décidant qu'il n'y a nulle façon de le dire avec plus de douceur, la jeune femme plante son regard dans celui de son frère et lui annonce :
-C'est toi qui les a tué.
-C'est impossible, s'emporte Arthur. Pourquoi aurais-je tué un homme et un enfant innocent ?
-Tu auras certainement pensé qu'ils faisaient partis du groupe contre lequel tu te battais. Ils étaient armés pour la chasse et avaient bandé leurs arcs pour se défendre si on s'en prenait à eux. Je suis certaine que jamais tu ne l'aurais fait consciemment. Mais tu l'as fait et Taran t'a vu.
-Comment a-t-il franchi le mur ? intervient Tristan en pinçant les lèvres.
Morgause se crispe, se demandant ce que sa sœur a bien pu trouver à cet homme. Elle a l'impression que le chevalier est presque déçu de voir sa chance de faire couler le sang s'envoler. La jeune femme hésite également car, c'est par cet endroit qu'elle passe pour sortir en secret. Elle a empreinté cette brèche pour rejoindre Morgane il y a plusieurs semaines de cela. Un coup d'œil au faucon qui la regarde avec insistance, un éclat vert dans ses petits yeux curieux, la décide.
-Il y a une brèche près du cours d'eau du village, soupire-t-elle.
Sauver l'enfant passe avant ses escapades.
Un silence s'installe alors que le jeune Taran appuie son dos contre la jeune dame pour se rassurer. Arthur fait des allers-retours, s'arrêtant pour regarder le petit avant de recommencer. Tristan regarde les alentours avec un air détaché, apparemment remis de sa frustration meurtrière. Lancelot la regarde, elle, comme toujours. La réchauffant même à distance. Quant à Morgause, elle attend sereinement. Elle a foi en son frère et ne doute pas un instant qu'il prendra la bonne décision.
-Il a tenté de me tuer, rappelle Arthur avec hésitation.
-Je ne peux pas te promettre que je n'aurai pas fait de même à sa place et contrairement à lui, j'aurais réussi, avoue Morgause.
Cette dernière arbore une grimace désolée devant l'air choqué du commandant qui prend le parti de simplement lever les yeux au ciel sous les ricanements de Lancelot.
-Parle-t-il notre langue ? s'informe Arthur.
-Peu mais, il comprend à la perfection.
Taran remue avec gêne, appuyant les paroles de la dame qui le protège toujours de ses bras.
-Va-t-il recommencer ?
-Il m'a juré que non.
Le jeune garçon secoue la tête négativement en même temps que les paroles Morgause.
-Pourquoi on le croirait ? réplique Tristan en plissant les yeux, suspect.
-Pour Kaerenn, se fait entendre Taran en regardant la dame avec dévotion.
Morgause rougit légèrement quand tout le monde la fixe. Si les deux chevaliers s'interroge sur le sens, Arthur a bien compris et son air moqueur est là pour en attester.
-S'il le fait pour cette belle fille, je ne peux que le croire, plaisante Arthur et Morgause lui lance un regard qu'elle veut menaçant.
Lancelot tique et regarde à nouveau le jeune garçon qui se trouve être un rival. Le chevalier se demande vaguement si c'est un rival dont il doit se méfier ou non. Il se rappelle ensuite qu'il s'agit d'une jeune garçon sortant à peine de l'enfance et a presque honte. Presque.
-Il entrera à mon service, décide finalement Arthur.
-Arthur ! s'exclame Tristan avec incrédulité.
Cela me permettra de garder un œil sur lui, explique le commandant. Si tu recommences, petit, je ne pourrai rien pour toi et ma sœur non plus, ajoute-t-il avec sérieux.
Taran hésite, regarde une nouvelle fois la belle dame qui lui a sauvé la vie et acquiesce avec ferveur. Il ne fera rien qui pourrait décevoir ou attrister la jeune femme. Morgause sourit, rassurée, en enlaçant le garçon.
Décidant qu'il est temps de rentrer, ils montent tous à cheval. Taran se joint évidemment à Morgause et le jeune garçon intercepte le regard contrarié de Lancelot. Taran pince les lèvres, comprenant que le chevalier n'approuve pas sa proximité avec la belle dame et resserre sa prise sur elle. Ils s'affrontent du regard jusqu'à ce Morgause s'élance. Mordred s'arrête près de Lancelot et le dévisage avec un sourire en coin.
-Vous savez que ce n'est qu'un enfant ? s'enquit-il avec moquerie.
-Pourquoi dites-vous cela ?
-Vous étiez sur le point de l'assassiner du regard, chevalier.
-Vous vous méprenez mon seigneur.
- Je l'espère, réplique Mordred, toute trace d'humour envolée. Vous n'êtes pas sans savoir que Germanus n'acceptera jamais qu'elle se lie à un chevalier sarmate, n'est-ce pas ?
- Et vous qu'épousez sa belle-mère est considéré comme un inceste par votre chère Église ?
Les deux hommes se jaugent du regard, tendus. Fort heureusement, le reste du groupe a déjà avancé et n'assiste pas à leur guerre de territoire.
- Morgause n'épousera jamais personne, crache Mordred. Mon père l'a cassée, brisée en un milliard de morceaux éparpillés dans toutes les pièces de ce maudits château qu'il appelait maison ! Peut-être qu'elle vous accordera de l'attention parce que vous êtes gentils avec et qu'elle découvre qu'un homme n'est pas soit de sa famille soit un monstre. Mais, elle refusera de se marier. Et elle ne pourra jamais vous épouser de toute façon ! Si vous avez suffisamment de respect pour elle, vous resterez à distance et ne profiterez pas de sa faiblesse et son innocence.
Mordred ne laisse pas le temps à Lancelot de lui répondre et part au galop. Lancelot, toujours immobile ferme les yeux et lève son visage au ciel. Cet homme vient de le mettre au défi. Peut-être Mordred a-t-il raison. Tenter d'obtenir plus de Morgause est sans doute une mauvaise idée. Elle a admit qu'elle feignait avoir de l'affection pour l'évêque. Et le chevalier la soupçonne de ne pas être innocente au sujet de l'empoisonnement de cet homme qu'elle semble détester. Mais Lancelot ne supporte pas cet homme et il ne serait pas peiné d'apprendre sa mort. Mais, si Arthur apprend que sa douce sœur est en fait la meurtrière d'un homme qu'il apprécie et respecte, que fera-t-il ? La laissera-t-il être condamnée à mort ?
Cependant, certaines choses ne se contrôlent pas. Et l'attraction qu'il ressent pour Morgause fait partie de ses choses. Lancelot se sent poussé vers elle comme si elle était l'unique option valable. Comme si c'était elle ou rien. Il ressent le besoin vitale de réparer ce qui a été brisé chez elle. De lui montrer ce que signifie être aimée. Et qu'Arthur lui pardonne mais leur amitié et le respect qu'il lui porte ne sont pas suffisants pour l'empêcher d'avoir sa sœur. Corps et âme.
Morgause soupire une nouvelle fois, regardant la porte avec morosité. Elle sait qu'elle doit le faire. Elle doit s'excuser. Mais l'idée ne l'enchante guère, lui donnant une légère nausée.
Cependant, outre le fait qu'elle doit être dans les bonnes grâces de cet homme, Morgause l'a également promis à son frère. Ce dernier n'apprécie pas que deux personnes aussi importantes pour lui soient en mauvais terme. Et quand Arthur a quémandé qu'elle arrange les choses, alors qu'il venait de sauver l'enfant pour elle, Morgause s'est résignée. Mais, cela ne veut pas dire que la jeune femme doit aimer cela.
Le cœur lourd, la jeune dame frappe à la porte de la salle de réunion. Là où Germanus se trouve avec Arthur et les chevaliers. Des excuses publiques gonfleront l'ego de cet évêque de malheur et lui rendra la tâche plus aisée.
On l'autorise à entrer et Germanus la regarde sévèrement tel un père devant son enfant rebelle. Arthur lui sourit de manière encourageante et elle se retient de grimacer de manière fort peu élégante.
-Morgause, la salue Germanus. Que puis-je pour vous ?
-Je tenais à m'excuser pour mon comportement déplorable de la dernière fois, entame la jeune femme, le regard au sol. J'ai conscience de vous avoir manqué de respect alors que vous avez tant fait pour ma famille. Je sais que ça ne justifiera pas ma façon d'agir mais, les évènements des derniers mois ont été… compliqués.
Son regard est toujours au sol. Germanus le prendra pour un acte de soumission mais, la vérité, c'est que Morgause éprouve bien trop de difficulté à avoir l'air sincère. Elle craint que s'il voit son regard, il devine combien elle le hait. Devant le silence, la jeune femme se résout cependant à lever les yeux. Arthur semble satisfait, Lancelot compatissant et les autres simplement mal à l'aise ou ennuyés. Germanus finit par lui sourire avec tendresse et Morgause se retient de lui arracher les lèvres avec ses ongles. Elle plante ces derniers dans sa blessure, la douleur lui rappelant de se tenir tranquille.
-Comment vous en vouloir, Morgause ? lui demande Germanus. Je sais qu'il n'est pas aisé de laisser ces six dernières années derrière vous. Une nouvelle vie est toujours angoissante. Mais, vous avez le temps de vous faire à cet idée. Méléagant ne sera pas là avant plusieurs semaines !
Morgause se tend, enjoignant à chacun de ses membres de résister à ses envies macabres et sanglantes. Cet homme éveille ce qu'il y a de pire en elle. La jeune femme force un sourire en enfonçant plus férocement ses ongles dans la blessure de sa main, rouvrant la plaie. Lancelot voit son bandage se couvrir de sang, prenant une teinte rouge carmin.
-Si nous en avons fini, j'aimerais disposer, intervient alors le chevalier.
Tous les regards se tournent vers lui et Morgause cesse de martyriser sa pauvre main.
-Je vous raccompagne, ma dame ? propose Lancelot avec douceur.
Morgause acquiesce avec soulagement et ils sortent de la pièce. Arthur les regarde avec curiosité, se demandant si sa sœur et son ami ne sont pas un peu plus proches qu'il ne le pensait. Il réalise seulement maintenant qu'il les voit régulièrement ensemble. Le commandant balaye ses soupçons d'un mouvement de tête, il y a plus pressant à s'occuper.
-Merci, dit Morgause à Lancelot alors qu'ils s'éloignent.
-Vous aviez l'air contrariée, remarque Lancelot.
-Germanus a l'air déterminé à me marier et j'avoue que cela m'inquiète, avoue Morgause.
-Il ne devrait pas vous forcer.
-Je ne suis qu'une femme, rappelle la dame en haussant les épaules.
-Dans mon pays, les femmes ne sont pas là que pour se marier et enfanter.
-Vraiment ? interroge Morgause avec intérêt.
-Les femmes de mon pays sont des guerrières aussi puissantes et respectées que les hommes.
-Vous me faites rêver, plaisante tristement la jeune dame. Peut-être devrais-je fuir là-bas, ajoute-t-elle pensivement. Vous seriez là pour me guider.
-Pas avant cinq ans, je le crains.
Morgause s'arrête et le regarde pensivement. Elle remarque pour la première fois à quel point il est beau. Il a un charme que peu d'homme possède. Lancelot possède un air enfantin qu'il quitte rarement. Il est taquin, charmeur. Il est d'une gentillesse sans égale avec elle. Et quand le besoin se fait sentir, Lancelot devient sérieux, témoignant de sa capacité à être un pilier inébranlable. Morgause lui a avoué que ses intentions n'étaient pas honorable en ce qui concerne Germanus. Et pourtant, le chevalier est là, à ses côtés. Arborant pour la première fois un air mélancolique qui la secoue toute entière.
-Vous plaisantez tellement souvent que j'en oublie que vous aussi êtes prisonnier dans une cage, avoue-t-elle.
-Vous n'êtes pas la seule à posséder une part d'ombre, Morgause, répond-t-il de manière plus personnelle que jamais. Peut-être devrions-nous partager la même cage. Les oiseaux vivent mieux l'enferment avec un compagnon.
Lancelot s'est adressé à elle par son simple prénom pour ce qui lui semble la première fois. Se délestant des convenances, il franchit une barrière invisible et se fraye un chemin dans le cœur glacé de Morgause. Cette dernière a presque la sensation d'entendre la glace dans laquelle elle a enseveli son cœur craquer. Alors, elle répond :
-Partager une cage avec vous a quelque chose de particulièrement attrayant.
Ils se sourient tous deux, complices. Et en cet instant, ils partagent une cage, coupée du monde. Ils espèrent un instant n'être que deux sur terre. Se comprenant comme personne ne les a jamais compris. Lancelot savait déjà qu'il voulait Morgause mais cette dernière assimile une constatation qui la heurte comme un coup de fouet de Lot : si elle doit se condamner avec un homme, elle aimerait que Lancelot soit celui-ci.
Deux jours sont passés après ce moment d'intimité. Lancelot et Morgause ont pris soin de partager de nouveaux moments isolés du monde de nombreuses fois, se retrouvant au premier moment de liberté commun. Ils se sont raconter leur passés, leur vie dans leur terre de cœur. Pour Lancelot, ses récits allaient de sa famille à ses frères de combats. Il est parti jeune de la Sarmatie et même s'il souhaite y retourner plus que tout au monde, il sait qu'une partie de son cœur restera au mur. Avec Arthur.
Morgause, elle, ne va jamais plus loin que l'année fatidique de ses quatorze ans, où elle a été offerte sur un plateau d'argent à Lot. Elle parle de sa mère. Combien elle était douce et docile. Comme Morgane. Elle parle de son père. Fort, têtu mais tellement aimant. Elle parle d'Arthur. De combien ils ont été proches, passant leur temps ensemble. De combien son frère passait son temps à s'inquiéter pour elle qui n'en faisait qu'à sa tête, couverte par un père parfois trop laxiste. Morgause lui parle de sa terre, combien elle a aimé retourner à ses origines même si son frère lui manquait terriblement. Souvent, la jeune femme s'arrête de parler, les yeux perdus dans le vide. Naviguant entre mélancolie, haine et vide glacial.
Ses deux jours leurs suffisent pour avoir l'impression de se connaître par cœur. Tout en sachant pourtant que ce n'est pas le cas.
Quand Lancelot n'est pas avec elle, il s'occupe de ses devoirs de chevalier. Et elle, passe son temps avec Taran. Arthur peste souvent à ce sujet, se demandant si cet enfant est à son service ou celui de sa sœur. Quand l'enfant a dû se rendre aux cuisines pour amener son repas au commandant, il n'est jamais réapparu. Arthur a retrouvé le petit avec Morgause qui mangeait le repas qui aurait dû être le sien. Taran la regardant comme une déesse méritant la plus grande admiration. Arthur a donc laissé tombé et ne fait appel à Taran qu'en de rares occasions. Souvent pour l'entraîner petit à petit à se battre. Et l'enfant semble seulement faire de bonne volonté à ce moment-là.
-Pour protéger ma Kaerenn.
Voilà ce qu'il a annoncé à tous les chevaliers sous le regard contrarié de Lancelot.
Mordred assiste, impuissant, à un rapprochement qu'il aurait préféré ignorer. Morgause est souvent perdue dans ses pensées quand ils sont ensembles. Sauf que, pour la première fois, Morgause n'arbore ni un air mélancolique ni un air haineux. Ses traits sont, au contraire, remplis de tendresse. Le jeune homme n'est pas dupe. Il sait que Morgause s'attache au chevalier et savoir que cet homme parvient à apaiser le cœur à vif de la jeune femme est une torture. Parce que Lancelot triomphe là où Mordred a échoué.
Ce dernier regarde d'ailleurs la jeune femme caresser le bandage à sa main, le regard perdu par la fenêtre de sa chambre. Mordred n'a pas besoin d'aller voir pour savoir qu'elle regarde le chevalier s'entraîner puisque les quartiers de Morgause donne sur la cours où les chevaliers s'entraînent.
-Tu pourrais venir avec moi.
La phrase est sortie toute seule et Morgause se tourne vers lui avec incompréhension.
-L'Orcanie sera bientôt complètement sous mon commandement et je pourrais prendre soin de toi, te protéger. Tu n'aurais jamais à épouser qui que ce soit.
-Tu sais pourquoi je suis venue ici, rappelle Morgause avec irritation. Je ne partirai pas tant que ce cafard sera toujours vivant.
-Tu es sûre que c'est toujours ta priorité ? ricane Mordred.
-Que dois-je comprendre ?
Mordred inspire pour se calmer sous le regard incendiaire de son amie. Il tente une autre approche.
-Où iras-tu quand tu auras obtenu ce que tu es venue chercher ?
Morgause s'apprête à répondre mais, sa réplique reste coincée dans sa gorge alors que ses yeux se tournent vers la cours. Elle voit Lancelot rire de bon cœur avec Arthur et cette vision fait s'envoler des milliers de papillons dans son ventre. Elle aimerait faire parti de cette vue, rire avec eux. Rester avec son frère qu'elle a retrouvé et qu'elle se rend compte aimer aussi fort que petite fille. Morgause redécouvre leur lien, ressent à nouveau l'amour infini et sans limite qu'elle a éprouvé il y a des années. Et rester auprès de son frère signifie rester avec Lancelot également. La jeune femme apprend à le connaître chaque jour un peu plus et se sent liée à lui d'une manière inexplicable. Le chevalier réussit à la faire rire, il éveille également d'autres sensations qu'elle n'ose pas nommer. Ils n'ont ni l'un ni l'autre reparler de leur baiser mais Morgause a vu Lancelot regarder ses lèvres à plusieurs reprises. Et si elle doit être honnête envers elle-même, retenter l'expérience la tente énormément.
-Je pourrais rester, annonce finalement Morgause.
-Pour Lancelot ? s'emporte Mordred.
Morgause regarde son ami sans répondre. Ils ne se mentent pas, jamais. Mordred est l'un des seuls avec qui la jeune femme se permet d'être complètement honnête. Dire qu'elle ne souhaite pas rester en partie pour le chevalier serait un mensonge.
-Je pensais que tu ne voulais plus te marier !
-Je n'ai jamais parlé de mariage, s'énerve Morgause. Je ne savais même pas que j'étais capable de ressentir… ça.
-Et moi ? interroge le seigneur avec force.
-Mordred, soupire la jeune femme en réponse.
-Je n'ai jamais rien espéré parce que j'ai cru qu'il n'y avait rien à espérer. Tu me l'as d'ailleurs très bien fait comprendre ! Et là, tu me dis que pour lui, il y a de l'espoir ?
-Je ne te vois pas de cette façon, soupire Morgause avec regret.
Mordred se lève vivement et rejoint la jeune dame avec colère, lui agrippant le bras férocement.
-Pourquoi lui ?
Les traits de Mordred sont tordus par la haine et l'espace d'un instant, Morgause la voit. Cette ressemblance avec Lot. Son visage perd ses couleurs alors qu'elle fait un pas en arrière. Le blond réalise son dérapage et la lâche comme s'il venait de se brûler. Morgause le regarde pour la première fois avec terreur. Mordred veut s'excuser et la prendre dans ses bras mais, il ne trouve pas le courage de le faire. Alors, il part, laissant une Morgause perdue derrière lui.
La jeune femme soupire en se passant une main sur le visage. Mordred a tort sur une chose. Elle n'a pas abandonnée l'idée de voir Germanus mourir. Morgause a réussi à obtenir l'itinéraire précis de l'évêque pour son voyage. Il ne lui reste qu'à parler avec Morgane qui préviendra les pictes. L'évêque se fera attaquer sur le trajet et si tout se passe bien, il se fera massacrer. La jeune femme ignore pourquoi elle n'en a rien dit à Mordred. Peut-être est-ce la punition qu'elle souhaite lui donner pour son hostilité apparente des derniers jours.
Aliénor entre dans les quartiers de Dame Morgause alors que le soleil se couche et retrouve sa maîtresse songeuse devant son miroir.
-Ma dame, s'annonce la servante en s'inclinant.
-Aliénor, réalise Morgause. Je ne t'ai pas entendue.
-Vous semblez tracassée, remarque Aliénor.
-Mordred et ses humeurs, balaye la jeune femme d'un mouvement de main.
Aliénor grimace. Si Mordred étale sa mauvaise humeur à Dame Morgause, c'est qu'il doit être très contrarié. Et nul doute que cela à avoir avec le rapprochement de sa maîtresse et du chevalier. La servante aide la dame à se préparer pour la nuit, tentant de la convaincre de venir avec elle à la taverne rejoindre les chevaliers. Mais Morgause décline une nouvelle fois, se plongeant encore dans sa solitude. Aliénor laisse sa maîtresse à contrecœur pour rejoindre le chevalier Owein qui, elle le sait, la rassurera.
Ils sont là, à la fixer avec interrogation. Morgause reconnaît certains chevaliers. La jeune femme baisse les yeux sur une amulette couverte de sang dans sa main blessée. Arthur la fixe avec douleur et culpabilité. Tout d'un coup, l'impression d'étouffer lui serre la poitrine. Morgause a la sensation d'être plongée dans un lac et de se noyer.
Elle ouvre la bouche avec incompréhension, portant sa main à sa gorge qui semble se remplir d'une substance épaisse. Tout d'un coup, un geyser lui sort de la bouche, la faisant tomber en avant. Morgause tente de reprendre sa respiration, sans succès. Elle a l'impression de mourir. Sentiment qui s'intensifie quand elle constate avec effroi qu'elle recrache de la terre.
Morgause voit son frère accourir et la prendre dans sa bras. Morgause a juste le temps de voir le bas d'une robe bleu foncée, signe d'une deuxième présence féminine avant de sombrer dans l'inconscience.
Morgause pousse un hurlement à réveiller les morts en se redressant sur son lit, se débattant contre le vide, cherchant la terre qu'elle a recraché. La jeune femme entend sa porte s'ouvrir et claquer mais n'y prête aucune attention, toujours paniquée. Quelqu'un lui prend le visage pour capter son attention et Morgause se concentre enfin sur la personne qui parle. Lancelot.
-Morgause, ce n'était qu'un mauvais rêve, tente de la rassurer le chevalier.
Cette dernière secoue la tête négativement, reprenant son souffle. Ce n'est en rien un cauchemar. Il s'agit d'une vision funeste. Et pour la première fois, Morgause est personnellement concernée. Elle a eu de nombreuses visions de l'avenir. Parfois sans importance, comme une chute de cheval sans conséquence de Mordred. Parfois capitale, comme la tentative d'empoisonnement de Morgane ou la mort de Lot. La vision qu'elle vient d'avoir la poursuit depuis le moment où elle a décidé de venir au mur et elle devient de plus en plus claire chaque fois. Une chose a changé cependant. Morgause n'a pas vomi un flot de sang cette fois mais de la terre. Cela n'a aucun sens.
-Comment avez vous su ? interroge finalement Morgause.
-Je passais dans le couloir, répond Lancelot.
Il lui tient toujours délicatement son visage entre ses mains, caressant ses joues d'un geste réconfortant.
-Vous semblez toujours présent lorsque j'en ai besoin, remarque la dame en plaçant une main sur la sienne.
-Toujours, répète le chevalier, comme une promesse pour l'avenir.
Ils se regardent dans les yeux et Morgause sent à nouveau ce feu brûlant la dévorer de l'intérieur, lui coupant le souffle. Remise comme jamais de son sommeil agité, la jeune femme n'a jamais été aussi éveillée, ses sens explosant dans tous les sens sous les émotions qu'elle ne parvient pas à maîtriser. Morgause déglutit alors que Lancelot resserre sa prise sur les joues de la dame, prouvant qu'elle n'est pas la seule à ressentir quelque chose.
-Vous ne devriez pas me regarder de cette façon, la prévient Lancelot. Mon contrôle à une limite qui est prête à se briser.
Le feu explose dans le ventre de Morgause et elle jurerait voir les flemmes des chandelles vaciller, s'allonger.
-Je n'ai, pour ma part, aucun contrôle, répond la jeune femme.
-Arthur pourrait nous tuer.
-Je mourrai en ayant été bien traitée au moins une fois.
Lancelot s'étonne de la détermination de Morgause. La plupart des femmes qu'il a connu simule l'innocence et la timidité, se pensant plus désirable. L'assurance qu'affiche la jeune femme après ce qu'elle a traversé est cependant la chose la plus belle qu'il n'ait jamais vu. Le chevalier ne se souvient pas avoir déjà brûlé à ce point. Il se demande si tout serait plus intense avec elle. Morgause éveille en lui une bête affamée incontrôlable dont le chevalier ne connaissait pas l'existence.
Leur visage se rapproche alors que Morgause passe sur les genoux, prenant appui sur les bras de Lancelot. Leurs lèvres se touchent alors qu'ils sont déjà à bout de souffle sans rien avoir fait. Les yeux dans les yeux, ils cherchent une lueur d'hésitation dans le regard de l'autre. N'en trouvant aucune trace, ils s'embrassent finalement.
Rien n'avait préparé Morgause à l'avalanche qui la percute. Elle a cru avoir connu l'intensité lors de leur premier baiser. Mais ce que la jeune femme ressent à l'instant est incomparable. Le monde explose, son corps brûle, réclamant plus. Plus de lui. Morgause, qui n'a jamais connu que des assauts brutaux, n'est pas apte à contrôler ce qu'elle ressent et encore moins ses réactions. La jeune femme se laisse complètement aller contre Lancelot qui la réceptionne avec ardeur, la dévorant toute entière.
Ils veulent tous les deux échanger plus qu'un baiser. Ils veulent entremêler leurs âmes, se fondre l'un dans l'autre.
Lancelot est incapable de se dire d'y aller doucement, de ne pas l'effrayer. Bien que Morgause n'a pas l'air apeurée mais plutôt désespérée devant la déferlante de sensations qui s'abat sur elle. Lancelot la renverse sur le lit et se place sur elle, séparant leurs lèvres. Il regard ses yeux qui semblent s'être assombri, son nez fins, ses lèvres rougies, son teint d'un blanc pure. Cette femme est magnifique, presque irréelle. Le cœur de Lancelot s'arrête avant d'accélérer, semblant vouloir sortir de sa poitrine pour rejoindre celui de la femme qui le regarde comme personne avant elle.
Coupant court aux pensées de Lancelot, Morgause relève la tête pour reprendre les lèvres du chevalier avec impatience. Leurs mouvements deviennent saccadés alors que les vêtements disparaissent, presque maladroits. Ils s'accrochent l'un à l'autre, s'enivrant des sensations, devenant dépendants sans le savoir. Lancelot ne s'arrête plus, ne laisse pas une autre chance à Morgause de se rétracter. Il cède à son égoïste besoin de l'avoir, toute entière. Peu importe les conséquences, les intentions de la jeune femme envers l'évêque. Elle sera à lui, Lancelot gravera son corps avec des sensations qu'elle ne pourra jamais oublier. Il n'y aura aucun retour en arrière possible. Et Morgause, bien trop prise par ce qu'elle ressent, ne songe pas une seconde à l'arrête. Elle pense qu'elle en mourrait.
Quand Lancelot entre en elle, Morgause est incapable de respirer. Il efface tout. Les coups de Lot, ses insultes, ses assauts de bête sauvage. Le chevalier mêle son âme à la sienne, Morgause sait à cet instant ce que signifie ne faire qu'un. Elle n'a pas les mots, pas la force de chercher à comprendre. La jeune femme sait simplement qu'elle aime ce qu'il lui fait. Bien qu'il soit parfois brutal dans ses mouvements, elle ne ressent aucune douleur. Morgause a plutôt l'impression d'éclater en millions d'étoiles. Elle ne contrôle plus rien, encore moins ses cordes vocales mais elle n'a pas le courage d'en être gênée. Là où elle sentait quelque chose de malsain dans ses rapports avec Lot, la jeune femme ne trouve rien de plus naturel que Lancelot sur elle, en elle.
Alors que le chevaliers agrippe ses cheveux, mordant sa gorge, son oreille, mettant plus d'ardeur encore, Morgause sent quelque chose monter. Et elle explose littéralement, une larme s'échappant sous la puissance de ce qu'elle ressent. Et alors que Lancelot s'écroule, Morgause sait, avec certitude qu'elle ne voudrait personne d'autre que lui. Lancelot est l'autre moitié de son âme brisée et il la répare alors qu'elle ne pensait pas cela possible.
C'est lui, tout simplement. Définitivement lui.
Aliénor entre dans la chambre de dame Morgause pour changer les chandelles quand elle s'arrête.
Sa maîtresse est là, dormant profondément. Mais, elle n'est pas seule. Elle est allongée sur un torse, ses cheveux éparpillées. Deux bras enserre la dame avec possessivité et c'est sans surprise qu'Aliénor reconnaît le chevalier Lancelot. La servante sourit avec tendresse et dépose les bougies sur une table avant de s'en aller, le cœur léger.
Cette nuit, Morgause n'aura pas besoin de la lueur des bougies pour apaiser ses nuits. Elle a trouvé une autre source de lumière bien plus efficace, n'en déplaise à Mordred.
Voilà, c'est un "lemon" différent ce que j'ai déjà pu écrire car il se base surtout sur les émotions, les ressenti. Ils sont submergés. J'espère avoir réussi à retranscrire cette intensité dans ce qu'ils ressentent, les empêchant de réellement analyser ce qu'ils font ou ressentent.
N'hésitez pas à me donner votre avis sur ce chapitre :)
Bisous,
Rose.
