Chapitre 4 : Storybrook – Jolly Roger - Jour 1

Les yeux ronds de stupeur, Killian observait la femme qui lui faisait face, elle avançait ses lèvres vers celles du capitaine tandis que ses seins frôlèrent son torse dans un rapprochement dangereux. C'est ce début de contact qui fit sortir le pirate de sa torpeur. Il appuya sa main sur l'épaule de la jeune femme et la repoussa sans brutalité mais fermement, évitant en même temps le baiser et la proximité de leur corps. Il essayait de garder ses distances et les yeux au niveau du visage de la femme qui lui faisait face, détournant le regard du corps nu qu'elle lui offrait. Tentant de reprendre contenance il lui dit :

- Mary ?... Mary, c'est vraiment toi ?... Que fais-tu ici ?... Tu devrais te rhabiller… je…

- Me voir nue te dérange ? Je t'ai connu moins prude mon beau capitaine. Habituellement, tu ne fais pas tant de manières, et tu es plus prompt à retirer mes vêtements qu'à vouloir me les remettre !

Et toujours à son jeu de séduction, la jeune femme glissa ses bras autour du cou de Killian. Le pirate l'arrêta dans un geste résolu, se dégagea de sa proximité et se dirigea vers un de ses coffre à vêtements. Il fouilla un instant et en ressorti une chemise et des chausses, ainsi qu'une ceinture de cuir.

- Tiens, ce sont tes vêtements, enfile les, et ensuite nous pourrons discuter de ta présence sur mon navire.

La femme adressa un regard étonné à Killian. Elle avait de grands yeux bleus, aussi clairs que ceux de Crochet mais tirant plus sur le vert lagon et elle arborait une longue chevelure brune aux reflets cuivrés. Elle était belle, elle le savait et Killian le savait aussi. Elle fit une moue boudeuse et attrapa les frusques que lui tendait le Capitaine. Pour une raison qu'elle ignorait Crochet semblait gêné par sa nudité, raison de plus pour ne pas se presser de s'habiller : mettre le pirate mal à l'aise avait toujours été source d'amusement pour elle.

- Alors, tu gardes toujours mes vêtements dans ta cabine mais tu me refuse un baiser de bienvenue, que se passe-t-il mon cœur ?

Crochet s'était tourné, faisant dos à Mary, pendant que celle-ci s'habillait. Il attrapa sa propre chemise qu'il avait déposée sur sa couchette et la revêtit. Toujours incommodé par la jeune femme, Killian prit bien soin de rester à l'écart et répondit :

- Je suis désolé Mary. Je suis très heureux de te revoir mais les choses ont beaucoup changées depuis notre dernière rencontre… Comment es-tu arrivée jusqu'ici ?... Et sais-tu seulement où tu es ?

Killian, toujours de dos, pouvait entendre le froissement des vêtements qu'elle enfilait tandis que Mary lui répondait :

- Sur le Jolly Roger.

- Oui, bien-sûr, mais où ? Dans quel monde ?

Lorsque le haricot magique l'avait amené jusqu'au bateau de Crochet, Mary était tombée dans la cale. A moitié noyée, elle avait toussé et recraché de l'eau pendant ce qui lui avait semblé une éternité avant de pouvoir reprendre pied. Epuisée et grelottante, elle était remontée dans les quartiers du capitaine, et avait saisi l'occasion de se laver pour se réchauffer. Puis elle avait trouvé Killian, sans avoir encore eu le temps de découvrir où le vortex l'avait déposé.

- Quel monde ? Quel royaume tu veux dire : qu'est-ce que j'en sais, la forêt enchantée ? Arendelle ?... Ne me dis pas que nous sommes au Pays Imaginaire !

Killian poussa un profond soupir. N'entendant plus de bruit derrière lui, il en conclu que la jeune femme s'était rhabillée, il risqua un œil et fut soulagé de constater qu'elle était visible. Il se tourna complètement vers elle et lui annonça :

- Alors tu ne sais vraiment rien… As-tu entendu parler d'une malédiction qui a été lancé il y a plus de 30 ans maintenant.

- Oui, beaucoup se sont retrouvé piégés par ce sort jeté par la méchante Reine. Heureusement j'étais en lieu sûr où le temps s'est arrêté, enfin jusqu'à peu car tout à repris son cours du jour au lendemain, sans prévenir. J'avais cru comprendre que toi aussi tu avais échappé à la malédiction… Où veux-tu en venir au juste ?

- Assieds-toi.

La jeune femme obtempéra, intriguée. Killian attrapa deux verre, leur servit à chacun du rhum et s'assit à son tour autour de la table. Ils toquèrent leurs godets avant que le pirate ne reprenne :

- Oui, j'ai échappé à la malédiction et le temps a repris normalement son cycle lorsque celle-ci a été rompue. Ensuite, pour une raison qui serait trop longue à t'expliquer, j'ai décidé de venir ici et de vivre dans le monde sans magie qui a été créé par ce sortilège, loin de tous les royaumes que tu connais. Tu es à Storybrook, c'est un monde étrange où vivent désormais tous les habitants de la forêt enchantée, bien qu'ils aient un peu changé pour la plupart. La magie telle que tu la connais existe à nouveau ici, ainsi qu'une autre sorte de magie qu'ils appellent le progrès et que tout le monde peut utiliser… Il semblerait que tu y aies déjà gouté en prenant ta douche sur mon navire.

Killian lui adressa un petit sourire en coin en voyant les cheveux encore humide de la jeune femme.

- Le seul moyen de repartir d'ici, c'est de trouver une porte ou d'avoir un haricot magique, autant dire que c'est impossible, en tout cas très difficile… Comment es-tu arrivée d'ailleurs ?

La jeune femme avait pâlie en entendant Killian énoncer les possibilités de quitter ce monde… Elle lui répondit :

- Je suis venue avec un haricot magique justement. Pour tout te dire, j'étais en train de me noyer et j'ai pensé à toi, tu es la seule personne que je connaisse qui puisse encore m'aider. Je ne savais pas où te trouver mais j'ai évoqué le Jolly Roger, je savais que tu ne serais pas loin ! Voilà comment j'ai débarqué sur ton navire…

La jeune femme regarda le pirate dans les yeux, elle semblait avoir perdue un peu de son assurance et cherchait visiblement le réconfort du capitaine. Elle se pencha légèrement au-dessus de la table pour se rapprocher de Killian, le regarda avec intensité et lui dit :

- Killian, nous nous connaissons depuis très longtemps tous les deux. Tu me dis que beaucoup de choses ont changées, je veux bien te croire, mais j'espère que tu n'as pas oublié notre serment… Aujourd'hui, j'ai besoin de toi.

- Je n'ai pas oublié notre serment, tu sais que je l'ai toujours respecté et je me souviens aussi que c'est à mon tour… je te dois une vie Mary.

La jeune femme reprit en un instant son aplomb habituel, elle lui fit un sourire en se penchant un peu plus sur la table. Sans quitter Killian des yeux et avec un clin d'œil éloquent elle dit dans un souffle :

- Une vie et une nuit beau capitaine !