Chapitre 19 : Ile d'Eéa- Côtes – Jour 2
Lorsque le Jolly Roger jaillit des flots le crépuscule était tombé sur la mer. Le vortex avait disparu et l'océan était paisible, le ciel promettait d'être clair et étoilé et la lune pleine. Le capitaine Crochet confia la barre à Mary et s'approcha du bastingage, sa longue vue à la main, à l'horizon une île se dessinait. Sur l'un de ses bords on pouvait distinguer une montagne, très probablement un volcan, dont l'ancienne lave avait coulé dans la mer pour former un amas d'écueils et de rochers saillants offrant une côte déchirée. L'autre bord de l'île semblait plus paisible avec des plages et même une crique protégée, qui abritait un petit port de pêche. Entre les deux une épaisse forêt. Killian replia sa longue vue et dit à Mary :
- Cap à l'est, approche-toi en douceur qu'on voie à quoi on a affaire.
- A tes ordres mon beau capitaine ! Répondit la jolie brune en lui lançant une œillade langoureuse.
Emma se raidit. Décidemment cette femme semblait ignorer que Killian n'était plus le pirate célibataire qu'elle avait connu. Cette attitude commençait à sérieusement l'irriter, et elle se dit qu'elle allait devoir mettre les points sur les « i » à cette opportuniste, rapidement. D'un geste délibéré, Swan se rapprocha de Killian et lui enserra la taille. Puis elle glissa sa tête sur son épaule et embrassa le cou du capitaine. Crochet se tourna vers elle agréablement surpris. Si le moment n'était pas bien choisi, cette marque d'attention de la part d'Emma le ravit… En revanche Régina trouva à redire :
- Vous croyez vraiment que c'est le moment de vous faire des câlins ? On devrait plutôt se poser la question de savoir ce qu'on espère trouver sur cette île.
Sans lâcher la taille d'Emma, le capitaine lui répondit :
- Pour l'instant notre priorité est d'accoster sans trop nous faire remarquer. L'île n'est pas très grande et elle est habitée. Nos hôtes sauront vite qu'ils ne sont plus tous seuls. Le Jolly Roger ne passe pas inaperçu…
- Ton navire je m'en occupe pirate, dit Régina en levant la main tout en regardant le grand mât. Le bruit caractéristique de la magie se fit entendre : la reine venait de jeter un charme de dissimulation qui permettait au navire de se fondre dans le paysage. Killian connaissait ce sortilège, Cora l'avait déjà lancé sur son bateau lorsqu'il était arrivé à Storybrook pour la première fois… Il lui semblait que cela faisait déjà une éternité.
Quittant les bras d'Emma, Crochet se rapprocha de Mary pour lui demander :
- Que peux-tu nous dire sur cette île et la rencontre avec la magicienne qui y vit ?
La jeune femme réfléchit un instant avant de répondre :
- Eh bien, nous avons accosté dans la crique que tu as repérée à l'est de l'île. Il y a un petit village de pêcheurs mais nous ne nous sommes pas attardés. Ensuite nous nous sommes enfoncés dans la forêt pendant plusieurs jours sans rencontrer âme qui vive et nous avons fini par tomber sur la sorcière qui voulait que je lui trouve un objet pour obtenir son aide…
- Et qu'est-ce que c'était ? demanda David qui s'était rapproché.
- Je l'ignore. J'ai refusé son marché. La carte dont nous disposions semblait assez précise et j'ai pensé que nous pourrions nous débrouiller sans elle… Et j'avais raison. La clef en orichalque était sous la cascade, comme l'indiquait la carte.
- C'est tout ? La magicienne vous a laissé partir sans rien exiger de vous ?
- Oui, elle a juste dit que je reviendrais la voir… et il semblerait qu'elle avait raison sur ce point-là.
Le Jolly Roger était maintenant non loin de la côte et Killian reprit la barre pour manœuvrer le navire dans la crique. Ils avaient repéré le Revenge, au loin, et Mary leur confirma qu'il n'avait pas bougé de place depuis qu'elle et ses capitaines avaient accotés sur cette île.
Crochet jeta l'ancre à quelques centaines de mètres du port et avant d'embarquer sur la chaloupe, Régina estima qu'ils passeraient mieux dans le décor s'ils revêtaient des costumes adaptés à leur univers. Personne n'y trouva à redire, et d'un geste elle mit sa magie à l'œuvre. Sans surprise, Crochet se trouva affublé de sa longue veste de cuir noire sur une chemise en lin de la même couleur dont le col lui montait sur la nuque et l'échancrure ouvrait une large visibilité sur son torse. David revêtait son pourpoint de cuir souple de teinte lie de vin au-dessus d'une chemise blanche, Régina avait une tenue rouge et noire à la fois confortable et sophistiquée, digne des atours de la méchante reine sans toutefois tomber dans ses travers ostentatoires. Emma, quant à elle, portait une tunique de cuir bleue topaze sur une chemise écrue, son pantalon brun était recouvert de hautes bottes en cuir terre de sienne assortie à sa ceinture où pendait une épée. Seule Mary n'avait pas changé de vêture, celle qu'elle portait en accord avec le capitaine, étant parfaitement adaptée au lieu. Tous armé de sabres ou d'épées, ils attrapèrent leur sac et, à la clarté de la lune, prirent place dans la barque et ramèrent jusqu'au port. Une fois à quai, ils décidèrent de se faire discrets en évitant le village et se mirent en quête de la magicienne. Mary Read ouvrit la marche, celle-ci étant la seule à connaitre les lieux. La traversée par la plage fut aisée, la nuit était claire et la lune pleine les éclairait. En revanche, quand ils commencèrent à s'enfoncer dans la forêt, leur avancée fut moins facile. Après quelques heures, l'obscurité et les bois étaient tellement denses qu'ils estimèrent le risque trop grand pour continuer. Se fouler une cheville en trébuchant sur une branche ou une chute malencontreuse par manque de visibilité, ne ferait que les retarder. D'un commun accord ils choisirent un espace dégagé pour établir leur campement et organisèrent des tours de garde avant de passer leur première nuit sur l'île.
