Chapitre 20 : Ile d'Eéa – Campement – Jour 3
L'aube commençait tout juste à percer à l'horizon et ses compagnons dormaient encore. Emma se réchauffait auprès d'un foyer de braises qu'elle alimentait ponctuellement. Elle avait écopé du dernier tour de garde et la nuit avait été calme. Ce séjour sur cette île n'était pas sans lui rappeler celui qu'ils avaient passé au Pays Imaginaire. Cependant cette contrée n'offrait pas du tout la même végétation : ici, rien d'une jungle, le climat était plus tempéré et la forêt dans laquelle ils avaient pénétré ressemblait davantage au paysage qu'elle avait vu dans la forêt enchantée. Un léger craquement derrière elle lui fit lever la tête. Son père venait de se réveiller et approchait dans sa direction. De la pointe d'une perche qu'elle tenait à la main, elle remua les braises du feu et les flammes vinrent lécher les branches mortes qu'elle venait d'ajouter.
- Bonjour, tu as bien dormi ? Demanda David à voix basse en s'étirant.
- Ca va, la nuit a été calme. Répondit Emma sur le même ton.
Son père vint s'asseoir à ses côtés et soupira, elle le regarda et s'enquit auprès de lui :
- Maman te manque ?
- Je n'aime pas être séparé d'elle, et oui, elle me manque. Mais je préfère la savoir à Storybrook. Je voulais te demander, Emma…
David se tourna vers leurs compagnons pour s'assurer qu'ils dormaient toujours et dit à voix plus basse encore :
- Que penses-tu de toute cette histoire ?... Cette femme pirate ne m'inspire aucune confiance…
Emma sourit à son père. Elle savait par ce qu'elle avait vu de sa relation avec Crochet, que David n'aimait pas du tout les pirates. Aujourd'hui il commençait tout juste à l'accepter mais le capitaine avait dû batailler dur pour en arriver là !
- Je ne sais pas quoi penser d'elle, mais j'ai confiance en Killian et il la croit…
- Ouais, un peu trop facilement si tu veux mon avis.
Emma fronça les sourcils en voyant l'air renfrogné de son père, elle n'aimait pas vraiment la tournure que prenait la conversation.
- Qu'est-ce que tu insinue ?
- Voyons Emma, Crochet semble dire oui à tout ce que cette femme lui demande, je ne sais pas ce qu'ils ont partagé par le passé mais à ta place je serais prudente, nous ne savons rien d'elle.
- Oui, tu ne sais pas ce qu'ils ont partagé. J'ai confiance en Killian, il est en vie aujourd'hui grâce à elle et il veut l'aider. C'est son amie et je vois rien de mal à ça, ils ont une longue histoire en commun. Après si elle nous ment au sujet de l'Atlantide, c'est autre chose, mais Crochet n'est pas lié à ça, et tant que nous n'avons pas de raisons de douter, je refuse de me méfier sur de simples préjugés.
Le prince observa sa fille en silence. Il l'avait contrariée, et, en comprenait le motif. Il se reprit :
- Excuse-moi, tu as raison. Je n'ai pas matière à douter de Crochet… Mais tu sais comment je suis : je déteste les pirates ! Alors s'il te plaît, soit prudente avec cette Bloody Mary, on ne sait rien d'elle.
Emma se radoucit, sourit à son père et lui dit :
- Ne t'en fais pas. Tout ira bien.
Ils plongèrent ensuite tous les deux dans un silence gêné. David finit par se lever en disant qu'il allait chercher du bois, tandis qu'Emma sortait de son sac le nécessaire pour préparer un petit-déjeuner avant de reprendre la route. En quittant le campement, Le Prince s'aperçut que la couche de Crochet et celle de Mary étaient vides, toutes les deux. Il aurait voulu prévenir Emma mais il se retint et garda l'information pour lui. Régina quant à elle, était réveillée et rangeait sa couverture dans son sac, il l'interrogea :
- Bonjour Régina, sais-tu où sont Crochet et Mary ?
- Désolée mais je ne suis pas là pour surveiller les allers et venues nocturnes de ces pirates.
- Un simple : « je ne sais pas » aurait suffi.
Puis David s'éloigna en quête de bois.
Une demi-heure plus tard, le camp était replié et tout le monde avait déjeuné de gruau et de biscuits secs. Killian et Mary, qui avaient fait un repérage des lieux pour être sûr de s'orienter correctement, prirent la tête de la petite troupe et tout le monde se mit en marche. La traversée des bois n'était pas toujours aisée, la forêt était dense et ils devaient parfois s'aider de leurs épées pour se frayer un passage. En fin de matinée cependant, ils parvinrent à une clairière qui offrait un paysage magnifique. Une impressionnante cascade de plusieurs dizaines de mètres de hauteur se déversait dans un bassin aux eaux limpides. Le lieu était idyllique. Mary déposa son sac de voyage au sol et s'adressa à ses compagnons de route :
- Voilà, c'est ici, derrière cette cascade que j'ai trouvé la clef en orichalque.
- Et la sorcière, où est-elle ? Demanda Emma septique.
- Je l'ignore. C'est elle qui était venu à nous dans la forêt. Je ne sais pas où elle vit, ni où on peut la trouver. Je ne suis d'ailleurs pas sûr que ce soit une bonne idée d'essayer de la chercher, elle ne me semblait pas particulièrement bienveillante…
Emma reprit :
- Mais Nérée a été très clair, nous devons rencontrer cette magicienne et affronter ses épreuves, c'est elle qui nous aidera à vaincre Phorcys.
- L'objectif de Nérée n'est clairement pas le mien, je veux sauver mes amis et empêcher Phorcys de nuire mais ses histoires de gardienne et d'Atlantide ne sont pas ma priorité. Cette cascade a des vertus magiques, la clef y est apparue comme par enchantement, peut-être que c'est un passage vers le lieu où se cache ce maudit vieillard maléfique.
Emma observa la pirate, méfiante. Encore une fois c'est Killian qui trancha en proposant :
- Nous pouvons peut-être voir derrière cette cascade comme le suggère Mary. Si nous ne trouvons pas la magicienne, rien ne nous empêchera de faire demi-tour et de la chercher dans la forêt.
Personne ne trouvant de meilleure alternative, il fût décidé d'aller à la cascade. Selon les dires de Mary, une grotte se trouvait sous le rideau d'eau au pied du bassin. Y accéder n'était pas simple, il fallait s'approcher au plus près de la paroi rocheuse, longer le bord de la cavité et passer sous la ligne d'eau, à l'endroit où la cascade était la moins virulente. Alors qu'ils commençaient à se mettre en route, une voix claire s'éleva derrière eux :
- Qui êtes-vous voyageurs qui foulez mes terres sans vous présenter à moi ?
Tous se retournèrent d'un même geste. Emma vit Killian et David, peut-être même Bloody, mettre la main sur la poignée de leur arme dans un réflexe de défense. D'un geste elle les arrêta, se montrer hostile risquait de leur apporter plus d'ennui qu'autre chose. Ils obtempérèrent et Swan prit l'initiative de se présenter, elle ignorait tout de ce monde et ne savait pas trop qu'elle attitude adopter face à la magicienne.
- Bonjour à vous. Nous ne voulions pas nous montrer irrévérencieux mais nous ignorions où vous trouver. Je me nomme Emma Swan, voici mon père, le Prince David, La Reine Régina, Killian Jones et Mary Read.
Autant que possible, Emma essaya de se montrer aimable avec la magicienne, mais ce genre d'exercice de style n'était pas dans ses habitudes et Régina, plus habituée aux mondanités, prit la relève.
- Nous venons de très loin pour rencontrer une magicienne qui vit sur cette île. C'est le dieu Nérée qui nous envoie.
La femme qui leur faisait face était grande et belle. Elle semblait sans âge et avait une stature de déesse. Vêtue d'une longue robe de couleur claire et satinée qui l'enveloppait comme un voile, elle avait le regard limpide et les cheveux plus blonds et longs encore que ceux d'Emma. Autour de son front elle portait une couronne de fleurs, fleurs qui ornaient également sa robe et sa chevelure. Elle était accompagnée de toute une cour : des jeunes femmes et des jeunes hommes, des nymphes, des satyres, ainsi qu'une horde d'animaux disparates : sangliers, cerfs, chiens, faucons, moutons…
Elle observa ses visiteurs les uns après les autres et s'adressa à Régina :
- Je connais chacun de vous par un autre nom, mais qu'importe. Je me nomme Circé, je suis la magicienne que vous cherchez. Soyez les bienvenus en ces lieux. Suivez-moi jusqu'à ma demeure vous me conterez ce que Nérée attend de moi.
Régina s'inclina légèrement et ses compagnons l'imitèrent. Circé se tourna, accompagnée de sa cour, vers la forêt, et là, devant eux, la clairière se couvrit de fleur sous leurs yeux, et en son abord était une demeure magnifique, plus petite qu'un château mais d'une beauté féérique. Emma s'étonna : ils étaient sans aucun doute passés à proximité sans voir la maison, ce qui signifiait qu'un charme de dissimulation était à l'œuvre en ces lieux. Circé les invita à la suivre. L'endroit était enchanteur : autre que la demeure aux larges portes et fenêtres ouvertes, il y a avait des pergolas, des fontaines et différents bassins autour d'une clairière parsemées de fleurs aux odeurs enivrantes. Dans ce paradis, des tables étaient dressées, couvertes de victuailles, de vins, de pétales aux couleurs chatoyantes et de fruits. De nombreuses jeunes nymphes et éphèbes à la beauté enchanteresse s'amusaient près des bassins, chantaient ou jouaient de la musique. Circé se tourna vers ses invités et leur dit :
- Restaurez-vous, reposez-vous et amusez-vous. Ensuite nous parlerons ensemble de la raison de votre venue.
Et sans attendre de réponse, elle s'éloigna vers la demeure. Quelques nymphes la suivirent ainsi que les animaux sauvages qui l'accompagnaient. Emma aurait voulu la retenir mais Régina lui attrapa le bras, en disant entre ses dents :
- Je sais ce que vous vous dîtes, mais cette magicienne a les cartes en main. Mieux vaut ne pas la contrarier et accepter de jouer son jeu… pour l'instant. Nous ne resterons pas ici plus longtemps que nécessaire.
- Je n'aime pas ça, dit Emma, c'est trop beau pour être vrai.
- Je suis d'accord avec toi, renchérit Killian, rattrapons cette sorcière et obligeons là à nous révéler ce qu'elle sait, nous n'avons pas de temps à perdre en festivités.
Régina leva les yeux au ciel et soupira, puis elle lança un regard dur à Killian en lui disant :
- A quoi te sert d'avoir une si belle tête pour t'en servir aussi mal, pirate ! Trois cent ans d'existence ne t'ont pas appris à réfléchir à deux fois avant d'attaquer une magicienne ?
Le pirate adressa un sourire forcé à la méchante Reine avant de répondre :
- L'expérience m'a appris à ne jamais accepter les conditions d'une sorcière, et ça m'a plutôt bien réussi en plusieurs siècles d'existence. Cela cache forcement quelque chose, surtout quand les conditions paraissent aussi agréables…
David s'approcha à son tour :
- Je suis assez d'accord avec Crochet. Nous devrions nous méfier.
- Nous méfier oui, mais sans nous montrer désobligeants. Offusquer une magicienne qui pourrait nous aider serait une chose stupide. Faisons ce qu'elle attend de nous, restaurons-nous et ensuite nous irons lui parler.
