Chapitre 23 : Ile d'Eéa – Demeure de Circé – Jour 3
Lorsqu'elles passèrent le perron de la porte, Emma et Régina furent accueillies par des hommes en armes qui, s'ils n'étaient pas menaçants, faisaient quand même office de gardes. Contre toute attente et sans un mot, ils s'écartèrent pour laisser les deux femmes pénétrer dans la maison. Un grand hall lumineux les accueillait où dormaient quelques animaux. Emma avait déjà constaté que Circé était toujours accompagnées de chiens, de moutons et de porcs, plus rarement de cerfs, de panthères, de serpents ou d'oiseaux. Bien qu'impressionnants, les animaux ne semblaient pas agressifs et certains même manifestaient un regard curieux envers les intruses. Swan préféra tout de même ne pas s'en approcher pour éviter des désagréments. Le hall avait des ouvertures sur plusieurs pièces et sans personne pour les guider, les deux femmes ouvrirent les portes et visitèrent les lieux à la recherche de la magicienne. Si d'extérieur la demeure, sans être petite, n'était pas immense, de l'intérieur elle s'avéra être un véritable labyrinthe. Emma s'inquiéta même de savoir si elles parviendraient à sortir sans s'égarer, ayant perdu le compte des pièces et des couloirs qu'elles avaient pu traverser.
- J'espère que vous avez un bon sens de l'orientation, car j'ai grand peur d'être complètement perdue, dit-elle à Régina.
- Chaque chose en son temps Emma. Nous nous occuperons de savoir comment repartir quand nous aurons retrouvé Circé et les autres.
Emma acquiesça et elles poursuivirent leur chemin. Après encore quelques détours, elles ouvrirent une lourde porte qui donnait sur une vaste salle dont les colonnes en marbre rappelaient celles des temples grecs. Au bout de la pièce, en haut de quelques marches, Circé était assise sur un trône imposant et semblait les attendre. A ses pieds et dans l'escalier, sur d'épais tapis qui jonchaient le sol, de nombreux animaux l'entouraient. D'une main nonchalante, la magicienne caressait un lion au regard clair. Il avait une tête énorme entourée d'une épaisse crinière dorée et une gueule entrouverte qui laissait voir des crocs luisants. Il était beau et majestueux mais là encore il semblait dénué d'agressivité et ne manifestait de l'intérêt que pour sa maitresse. Les autres animaux, des chiens, une vipère et dans un coin un sanglier étaient endormis et s'ils levèrent un instant les yeux vers les deux nouvelles venues, ils retournèrent rapidement à leurs occupations. Un faucon était perché sur le dossier du trône et scrutait les étrangères d'un œil aiguisé. Au bas des marches, un grand loup noir, assis sur son arrière train observait les arrivantes avec un regard d'une rare intensité.
Cependant c'est vers Circé qu'Emma devait porter son attention. La magicienne les attendait et ne les quittait pas des yeux tandis qu'elles s'approchaient. Un rapide coup d'œil à Régina suffit à rassurer Swan : son amie était prête à intervenir en cas de nécessité et elles étaient toute les deux sur leur garde. Lorsqu'elles furent au pied des marches, Emma s'adressa à la magicienne en essayant de contenir sa colère :
- Où sont nos amis ? Que leur avez-vous fait ?
Circé toisa les deux femmes, prenant son temps pour répondre. La magicienne avait un port altier et des gestes gracieux, Emma se rendit compte que chacun de ses mouvements était en soi un ensorcellement. Elle prit garde à bien relever ses barrières mentales pour se protéger de tout nouvel enchantement. Circé dit d'une voix claire en s'adressant à Swan :
- Je suis heureuse de voir que vous avez réussi l'épreuve, même s'il t'a fallu l'aide de ton amie… Sauveuse.
- Très bien, répliqua Emma qui commençait à s'impatienter, vous me connaissez, cela va me simplifier la vie, vous savez donc que j'ai également des pouvoirs. Maintenant et pour la dernière fois, dîtes moi ce que vous avez fait de mon père et de Crochet ?
- Ils vont bien et sont en sécurité. Mais pour que vous puissiez les retrouver j'ai besoin que vous me rapportiez quelque chose. Il s'agit d'une plante aux vertus magiques qu'il m'est impossible d'obtenir par moi-même.
- Et comment ça se fait ? Demanda Emma méfiante.
- Parce que, pour des raisons que vous n'avez pas besoin de connaitre, Hermès m'en interdit l'accès. Il s'agit de l'herbe de vie, autrement appelée Moly. Vous la reconnaitrez facilement, elle pousse sous un rayon de soleil, la racine en est noire et la fleur blanc de lait. Ce ne sera pas sans effort que vous l'arracherez, mais si vous me la rapportez, je pourrais vous aider.
Emma tourna la tête vers Régina incrédule :
- Hermès ?... le dieu messager ? Il existe aussi ?
La Reine haussa les épaules en signe d'ignorance. Mais elle savait que d'autres dieux comme Poséidon, Zeus ou Hadès existait, alors pourquoi pas Hermès. Emma reprit à l'attention de Circé :
- Nous n'allons pas vous aider sans contrepartie. Avant que nous fassions quoique ce soit, dîtes nous où se trouvent nos compagnons.
- Cela ne servirait à rien, reprit Circé.
Régina décida d'intervenir :
- Pourquoi ça ? Vous voulez faire la croqueuse d'homme ? Vous n'avez plus assez malgré tous ces beaux jeunes gens autour de vous ? Rendez-nous Le Prince et Crochet… vous pouvez garder la femme pirate, renchérit Régina, caustique.
Emma fût étonné d'entendre son amie réclamer la vie du capitaine, mais, vue sa rancœur contre Bloody, elle était presque d'accord pour céder Mary à l'ensorceleuse… du moins en théorie.
- Même si je le voulais, vous ne pourriez pas les revoir. Pas tant que je n'ai pas récupéré l'herbe de vie. J'ai besoin de cette plante pour vous permettre de les retrouver.
Emma s'emporta :
- Que leur avez-vous fait à la fin ?
Circé porta son attention sur la blonde et durcit le ton, ce qui eut pour effet d'affirmer son autorité et de faire réagir la faune qui les entourait. D'un seul mouvement, tous les animaux redressèrent la tête et tournèrent leur regard menaçant vers les deux femmes en bas des marches. Tous, sauf le grand loup noir qui n'avait pas quitté un seul instant Emma des yeux depuis qu'elle était dans la pièce :
- Tu perds du temps sauveuse. Chaque minute qui passe vous éloigne un peu plus de vos amis. Vous devez vous rendre sous la cascade, c'est là-bas que se trouve la plante que vous cherchez. Soyez prêtes à combattre vos plus grandes peurs, seules, et surtout, apprenez à les accepter, sinon vous n'aurez aucun moyen d'accéder à l'herbe de vie, vous succomberez au désespoir et ne pourrez plus jamais revenir.
Là-dessus, Circé se leva, immédiatement imitée par toute sa faune, elle tourna le dos à ses invitées et s'apprêtait à sortir par une porte située derrière son fauteuil. D'une voix forte Emma l'interpella :
- Je vous préviens, si vous touchez un seul de leurs cheveux pendant notre absence …
Circé sourit en adressant un regard vers la sauveuse. Négligemment, elle caressa la tête du lion qui ne la quittait pas, et sans répondre elle s'éloigna accompagnée de tous les animaux qui lui emboitèrent le pas.
Seul le loup n'avait pas bougé et fixait toujours Emma de ses yeux aux reflets dorés. La sauveuse n'était pas trop rassurée en présence de cet animal sauvage. Elle avait déjà eu l'occasion de croiser des loups depuis sa découverte de l'univers des contes. La première fois lorsqu'elle avait voulu quitter définitivement Storybook, un loup s'était mis en travers de son chemin, provoquant un accident qui avait changé sa vie. Il avait été l'une des premières pièces du puzzle qui l'avait amené à croire en la magie. Une autre fois, plus récemment un autre loup lui avait fait exactement le même coup pour la mettre sur le bon chemin et lui permettre de retrouver Lilith, la fille de Maléfique. L'autre louve qu'elle connaissait, c'était Ruby, qui n'était autre que le petit chaperon rouge, et qui l'avait aidé à plusieurs reprises sous sa forme animale géante.
Le loup qui se présentait aujourd'hui devant elle était différent et l'intensité de son regard mettait Emma mal à l'aise. Elle décida de l'ignorer pour éviter toute provocation. Se tournant vers Régina, la sauveuse demanda :
- Que faisons-nous maintenant ?
- Je crois que nous n'avons pas le choix : nous sortons d'ici et nous obéissons à cette sorcière. Soyez prudente Emma, j'ai l'impression que la prochaine épreuve qu'elle nous réserve ne va pas être une partie de plaisir.
Là-dessus, les deux femmes reprirent leur parcours en sens inverse et curieusement, elles retrouvèrent rapidement le chemin de la sortie. Le grand loup noir les accompagna jusqu'à la porte, tout en restant à distance raisonnable. Lorsque les deux femmes sortirent de la maison pour se retrouver dans la clairière, tout était calme et tout le monde avait disparu. La nuit était presque tombée, elles avaient passé plus de temps qu'elles ne l'avaient imaginé dans le dédale du château de Circé. Sans hésiter et sans parler, elles se dirigèrent vers la cascade.
