Chapitre 24 : Ile d'Eéa - Derrière la cascade – Jour 3
Se rendre au pied de la chute d'eau, et plus encore atteindre la grotte qui se trouvait derrière, n'avaient pas été sans heurts. L'obscurité n'était pas l'alliée des deux femmes, elles avaient dû procéder à tâtons pour ne pas se briser les os sur la roche glissante et c'est trempées qu'elles parvinrent à traverser le rideau d'eau pour enfin pénétrer dans l'excavation souterraine. Contre toute attente, les lieux étaient fréquentés, en tout cas assez pour que des torches prêtes à l'emploi soient accrochées au mur avec suffisamment d'amadou pour les allumer. Une pierre à briquet était également disponible. Emma embrasa un flambeau qu'elle tendit à Régina, puis fit de même avec un autre qu'elle garda à la main. La lueur des flammes leur montrait une caverne aménagée qui s'étendait profondément sous les rochers. Emma balaya l'espace de sa torche pour avoir une vue d'ensemble et dit à Régina qui inspectait le reste des lieux :
- La grotte semble étendue, il y a un grand conduit qui s'enfonce sous la falaise, mais je ne vois rien d'autre.
- Il semblerait que ce soit la seule issue. Il n'y a rien d'autre ici non plus. Continuons, mais restons sur nos gardes.
Les deux amies s'enfoncèrent sous terre et suivirent une longue allée taillée dans la roche. La seule clarté était celle de leurs lanternes et bientôt l'obscurité qui les enveloppait eut raison de tous leurs sens. Emma se rendit compte qu'il lui était totalement impossible de se repérer, les deux femmes avançaient en suivant différents couloirs évitant ceux qui descendaient sous terre et privilégiant ceux qui semblaient les plus empruntés. Elle ne savait plus depuis combien de temps elle et Régina marchaient, ou même le temps qui avait pu s'écouler depuis qu'elles s'étaient éloignées de la cascade, des heures, probablement… Le froid les enveloppait et leurs vêtements toujours humides n'arrangeaient rien. Emma frissonna de fraîcheur, de fatigue et de peur. Elle s'imaginait se perdre dans les méandres de ces galeries sans jamais pouvoir gagner la sortie. Que deviendraient David et Killian si elle ne parvenait pas à retrouver l'herbe de vie. Le pirate et son père resteraient à jamais prisonniers de cette île et elle finirait par mourir d'épuisement.
- Arrêtez-ça Emma !
La voix de Régina résonna contre la roche qui les entourait. Emma se tourna vers la Reine sans comprendre. Régina continua :
- Vous êtes en train de vous faire déborder par vos peurs. Luttez. Circé nous a prévenu que nous devrions affronter nos pires frayeurs pour trouver sa maudite plante alors ne laissez pas le désespoir vous envahir. Dresser vos murailles et continuez sans fléchir.
- Vous avez raison Régina. Désolée.
Emma se concentra pour protéger son esprit et elle continua de marcher auprès de son amie. Le temps s'écoula à nouveau sans qu'elles ne parlent davantage et au bout de ce qu'il sembla à Emma de nombreuses heures de marches, elles arrivèrent à une sorte de salle souterraine de laquelle partaient plusieurs chemins.
- Arrêtons-nous quelques instants, dit Emma. Nous sommes épuisées et nous avons froid, une pause nous fera du bien et nous permettra de prendre le temps de choisir par où continuer.
Joignant l'acte à la parole, elle s'assit sur une lourde pierre dans un coin de la pièce sombre et trouva dans le mur un support où poser sa torche. Régina fit de même et vient s'asseoir aux côtés de la sauveuse.
- Vous avez raison, ce lieu est vraiment lugubre et un petit réconfortant nous ferait le plus grand bien. Je regrette presque que votre amoureux manchot ne soit pas là pour nous offrir une gorgée de rhum !
Emma sourit à cette idée et ne douta pas un instant que dans pareille situation, Killian aurait effectivement extrait sa flasque de sa lourde veste en cuir, et aurait bu quelques lampées pour se réchauffer. Elle fouilla dans son sac à dos et en ressortit du pain, des fruits secs et une bouteille d'eau, à défaut de rhum, qu'elle partagea avec la reine. Elles grignotèrent en silence. C'est Emma qui brisa leur mutisme:
- Par où devons-nous continuer selon vous ? J'ai l'impression que nous ne trouverons jamais la sortie de ce fichu labyrinthe.
Régina réfléchit un moment avant de déclarer :
- L'important n'est pas où nous allons, à mon avis ce qui importe c'est que nous y allions séparément.
- Qu'est-ce que vous voulez dire ?
- Souvenez-vous, Circé a dit que nous devions affronter nos peurs et que nous devions les affronter seules. Je pense que tant que nous serons ensemble, nous ne trouverons pas l'herbe de vie. Il faut que nous prenions chacune un chemin différent.
- Je n'aime pas ça. Depuis le départ Circé cherche à nous séparer : d'abord de David, Mary et Crochet et maintenant nous deux. Elle essaie de nous rendre vulnérable.
- Vous avez raison, et c'est probablement le but de toutes ces épreuves. Mais je crains que si nous restions ensemble, l'herbe d'oubli n'apparaisse jamais et que nous tournions en rond pendant des jours dans ces galeries, sans jamais pouvoir ressortir.
Emma regarda la reine avec insistance et finit par capituler :
- Entendu, faisons comme vous dîtes, mais à la première anicroche on se retrouve ici, d'accord ?
Régina acquiesça et les deux femmes se relevèrent pour reprendre leur route. Elles inspectèrent les différents conduits qui s'offraient à elle, mais en réalité, seules deux issues étaient praticables, les autres étaient bouchées suite à des éboulements où ne menaient qu'à des culs de sacs. Elles se saluèrent, d'un signe de tête encourageant, et suivirent chacune leur chemin.
Emma s'enfonça dans les profondeurs de la terre, toujours guidée par la lueur de sa torche. Le froid continuait de l'envelopper et, bien qu'elle ait essayé de se réchauffer grâce à sa magie, rien n'y faisait, c'est comme si de la glace s'instiller dans ses veines et dans son cœur. Elle était seule, dans les ténèbres à avancer vers un but improbable, séparée de tous. Au bout d'un moment cette démarche lui parue vaine, comme si tout ce chemin parcouru ne devait l'amener nulle part. Elle n'avait plus personne à ses côtés : sa mère était loin avec Henry à Storybrook. Son père avait disparu. Killian également, et Régina errait comme elle dans un dédale sans fin. Emma s'obligea à avancer, se remémorant les paroles de la Reine, elle protégea son esprit pour ne pas succomber au désespoir qui la submergeait. Au détour d'un couloir, elle arriva à un petit espace faiblement éclairé par un brasero. Elle s'approcha et espéra se réchauffer les mains contre la chaleur dégagée par les braises. Mais le froid continuait de l'envahir. Après tout, peut-être que David et Crochet n'étaient pas en danger. Le pirate semblait même plutôt heureux quand il était parti avec Mary. Ils avaient un passé commun et sans doute que la revoir avait réveillé chez Killian un attachement plus profond qu'elle ne l'aurait pensé envers cette femme. A quoi bon perdre son temps à le retrouver, il était sans aucun doute parti de lui-même, abandonnant Emma. Quand à David, il avait un nouveau bébé à présent, lui et Mary-Margaret n'avaient plus besoin de cette fille encombrante aux pouvoirs magiques instables et qui n'avait plus rien d'une enfant. Elle était adulte et n'était plus la petite fille qu'ils auraient voulue. Elle était seule à nouveau, comme elle l'avait été toute sa vie durant, délaissée et trahie par les gens qu'elle aimait. Même Killian qui avait juré de ne jamais l'abandonner, l'avait oubliée et plantée là, sur cette île.
Un léger grondement tira Emma de sa mélancolie… Quelqu'un l'observait. D'un geste vif elle se retourna et chercha du regard, mais dans la pénombre elle ne vit rien. Sans doute avait-elle imaginé cette présence : elle était seule. Seule et perdue, abandonnée de tous, une fois encore. Elle allait se replonger dans ses pensées quand un second grognement, plus fort et plus menaçant, résonna contre la pierre. Cette fois Emma distingua dans l'obscurité deux yeux luisants. Elle tira son épée au clair, et continuait de s'éclairer avec sa torche pour distinguer son adversaire. Le grondement cessa et les yeux s'approchèrent à mesure qu'Emma reculait. La lueur du brasero éclaira cependant l'indésirable qui lui faisait face et qui avançait d'un pas souple : c'était le grand loup noir de Circé.
- Encore toi ! Lui dit-elle tant pour se rassurer que pour tenter de l'amadouer, je ne sais pas ce que tu me veux mais je te conseille de t'en aller.
L'animal ne grognait plus, il posa sur Swan son regard énigmatique et pénétrant qui avait déjà mis Emma mal à l'aise quelques heures plus tôt. La jeune femme ne souhaitait pas affronter le grand carnivore, pas plus qu'elle ne souhaitait le savoir proche d'elle et prêt à bondir à n'importe quel moment dans cette obscurité. Il allait falloir l'effrayer et le faire fuir, pour éviter d'avoir à le combattre. Elle attrapa sa torche et choisit de menacer l'animal. Brandissant la flamme, elle décrivit de grands arcs de cercle en se rapprochant du loup et en criant :
- Allez, vas-t-en, sors de cette caverne… pars d'ici… Je ne te veux pas de mal, vas-t-en !
Le loup faisait des bonds gracieux pour échapper aux flammes mais il restait à proximité et dès qu'il sentait le danger éloigné il s'asseyait sur son arrière train, comme s'il attendait quelque chose d'Emma. Il n'avait pas l'air de vouloir attaquer, il avait même l'air plutôt amical, mais la jeune blonde ne comptait pas s'y fier. Elle essaya encore de le faire fuir, en vain. Non seulement il ne semblait pas la craindre mais il n'avait, de toute évidence, aucune envie de riposter.
…
Régina continuait de marcher, torche à la main, dans la galerie sombre. Cette ambiance lugubre commençait à lui peser et il lui tardait de trouver la fameuse plante que désirait Circé. La solitude et les ténèbres qui l'environnaient, étaient propices à la réflexion et la Reine se méfiait de l'accablement qui pouvait la saisir. Elle affermit sa marche et essaya de penser à autre chose, Robin par exemple qu'elle venait à peine de retrouver après plusieurs mois de séparation et qui lui manquait terriblement. Pour la première fois depuis longtemps, il lui sembla que le bonheur était à portée de sa main et qu'elle pourrait enfin y avoir accès. Sauf qu'elle était ici, seule sur cette île et que les êtres qu'elle aimait le plus au monde, Henry et Robin, se trouvaient dans un autre royaume. Elle eut un sourire amer en y pensant. Qu'est-ce qu'il lui avait pris de suivre la sauveuse. Depuis que Swan était entrée dans sa vie, la blonde n'avait cessé de lui empoisonner l'existence, comme sa mère l'avait fait de nombreuses années auparavant. Régina se dit qu'elle aurait mieux fait d'anéantir cette famille qui l'avait tant fait souffrir et ainsi elle pourrait enfin être heureuse. La noirceur était en elle, et, on ne changeait pas un être malfaisant en héros, c'était un leurre. Elle devait accepter ce qu'elle était, ce qu'elle avait toujours été : la méchante reine, une magicienne maléfique et sans pitié qui anéantissait ses ennemis en leur arrachant le cœur. Aujourd'hui, au milieu de toutes ces personnes gorgées de bonnes intentions, elle s'était fourvoyée sur elle-même. Elle voyait à quel point ils étaient ridicules à patauger dans leur miasme écœurant de bienveillance : Les Charmants, Emma, même Crochet s'y était mis. De colère, et pour se rappeler qui elle était, une boule de feu jaillit de sa main et avec violence et fracas, elle s'écrasa contre la paroi rocheuse. L'espace d'un instant, la méchante Reine eut un sourire satisfait dessiné sur son visage, mais très vite, elle reprit conscience de la triste réalité et trembla d'effroi. C'était donc ça qui l'attendait : après avoir tant bataillé pour s'amender elle allait tout perdre et se laisser à nouveau envahir par sa noirceur, parce que c'était en elle, quoiqu'elle fasse… . Les choses étaient-elle inéluctables ? Désespérée par cette conclusion, Régina cessa d'avancer, glissa sa torche dans un cerclage de métal qu'il y avait dans la paroi rocheuse et s'assit à même la terre en se prenant la tête entre les mains.
