Chapitre 28 : Ile d'Eéa - Demeure de Circé – Jour 4

Lorsqu'ils eurent passé la cascade pour se rapprocher de la maison de Circé, Emma ne sentait plus ses jambes. Au son des pas trainants que produisait Régina, la sauveuse sut qu'elle partageait son épuisement. Quand à Killian son endurance de loup devait le préserver davantage car il trottait toujours avec aisance, même s'il adaptait sa cadence à ses compagnes. Le soleil avait déjà dépassé son zénith, annonçant que la journée était déjà bien avancée. Ils avaient beau reculer l'échéance, il faudrait bien qu'ils se reposent à un moment et Emma n'était pas sûre qu'affronter Circé dans un tel état de fatigue soit la meilleure chose à faire. Par ailleurs, elle savait qu'elle ne pourrait pas dormir tant qu'elle n'aurait pas de nouvelles de son père et tant que Crochet aurait sa forme de loup. Retrouver Circé immédiatement n'était donc pas une option et elles continuèrent résolument leur route. Lorsqu'ils furent tout trois sur le perron de la grande demeure, les larges portes s'ouvrirent d'elles-mêmes et ils franchirent sans encombre l'entrée déserte. Killian leur servit à nouveau de guide et les mena directement jusque dans la grande salle où ils avaient vu Circé lors de leur précédente visite, sans avoir besoin de parcourir toutes les pièces de la labyrinthique villa.

La magicienne était là, qui semblait les attendre. Elle vint à leur rencontre. Quelques nymphes étaient présente mais discrètes dans le fond de la salle et de nombreux animaux se trouvaient également dans la pièce, ils avaient le même état apathique qu'Emma leur avait trouvé la fois précédente. Des yeux, Swan chercha un lion mais n'en vit aucun. Elle se demanda également en quel animal avait pu se changer Mary… Elle entendit Killian grogner et se mettre en avant quand Circé fût proche d'eux. Celle-ci s'adressa au loup en premier lieu :

- Je comprends ta colère capitaine, crois-moi… Mais je dois avouer que je suis aussi très impressionnée par la force de ta volonté, tu as réussi à me résister pour aider la personne que tu aimes, c'est la première fois que je vois pareille chose se produire… tu as une capacité de survie hors du commun… C'est très intéressant…

Emma ne lui laissa pas le temps de continuer son petit laïus, elle prit un air menaçant pour s'adresser à la magicienne :

- ça suffit maintenant ce petit jeu, je ne suis pas d'humeur ! Tu vas me faire le plaisir de rendre à Crochet, mon père et Mary leur forme humaine et ensuite nous aurons une petite discussion.

Circé observa avec attention les deux femmes qui lui faisaient face et soupira avant de répondre. Emma remarqua qu'elle avait un air accablé qu'elle n'avait pas perçu lors de leur précédente rencontre.

- Pour le capitaine, je peux vous aider. En revanche, je ne peux plus rien pour ton père ni pour votre amie…

L'angoisse saisit Emma, elle laissa sa colère s'exprimer :

- Où sont-ils ? Que leur as-tu fait maudite sorcière ?

- Je ne leur ai rien fait. Pour votre amie, Mary, elle a repris ses esprits et s'est enfuie très vite, je n'ai pas pu la changer en animal, alors je l'ai laissée partir. Quant au Prince David, il a repris sa forme humaine, mais il n'est plus ici.

- Soit un peu plus claire, j'ai du mal à te suivre…

Régina intervint :

- Pour Mary, ça me parait logique Emma, souvenez-vous, elle est insensible à la magie, c'est pour cette raison que Circé n'a pas pu la métamorphoser.

Circé écouta la reine avec circonspection, tandis qu'Emma s'interrogea :

- Pourtant lorsque nous avons subi l'envoûtement tous ensemble dans les jardins, elle y était sensible, je peux vous assurer qu'elle était bien sous l'emprise du sortilège, comme nous.

Emma se rappelait trop bien l'attitude de la pirate avec Crochet et avec elle-même. C'était l'œuvre de la magie de Circé, elle n'en doutait pas. Le souvenir de cet épisode peu glorieux la fit grimacer, la querelle des deux femmes pour obtenir les faveurs de Crochet aurait pu être risible si elle n'avait eût de telles conséquences.

- Vous avez raison, continua la reine, mais cet enchantement n'était pas malveillant à proprement parler, au contraire, il favorisait une sorte d'euphorie. Si la vie de Mary avait été en danger d'une quelconque manière, son don l'aurait protégé. C'est ce qu'il s'est passé quand la magie de Circé s'est faite plus… offensive.

Régina adressa un regard mauvais à la magicienne qui n'en tint pas compte mais qui compléta :

- Oui, ça explique tout. Elle a dû reprendre conscience et elle a pu s'échapper... Je comprends mieux à présent. Cependant votre amie est en danger, Phorcys la cherche… Je pense que vous savez pourquoi.

Régina et Emma réagirent d'une même voix :

- Phorcys ? Il est ici ?

Circé s'adressa à Emma :

- C'est lui qui détient ton père, sauveuse. Tandis que vous étiez parti chercher l'herbe de vie, il est venu ici et…

Un grognement puissant suivi d'un jappement interrompit la magicienne. C'est le loup qui s'était exprimé, visiblement exaspéré. Killian levait vers elle un museau menaçant et sous ses babines retroussées on pouvait voir ses crocs acérés. Circé s'adressa aux femmes, tout en regardant le pirate :

- Il a raison, nous devons d'abord nous occuper de lui redonner une allure humaine, ensuite je vous raconterai tout ce que je sais. Avez-vous trouvé l'herbe de vie ?

Swan demeurait sur la défensive. Elle tourna la tête vers Régina et lui demanda silencieusement son avis. La Reine eut un rictus résigné avant de répondre :

- Donnez la lui Emma, mais je te préviens magicienne, au moindre faux pas tu n'auras même pas le temps de t'apercevoir que tu n'es pas la seule à pouvoir transformer quelqu'un en bestiole malodorante !

Circé ignora la menace et tendit sa paume ouverte vers la blonde. La sauveuse mit à contrecœur la main dans son sac-à-dos et en retira la plante si durement acquise. En la donnant à Circé elle demanda :

- A quoi l'herbe de vie va-t-elle te servir ?

Circé prit délicatement la plante et la fit tourner entre ses doigts, tel un précieux trésor. A nouveau Emma cru déceler un sentiment confus de honte et de profonde tristesse chez la magicienne tandis que celle-ci soupirait avant de répondre d'une voix éteinte, comme pour elle-même :

- A réparer le mal que j'ai commis…

Puis elle continua, plus fort :

- La Moly est l'ingrédient indispensable pour préparer un breuvage qui pourra redonner au capitaine Jones son apparence, suivez-moi.

Circé conduisit les deux femmes et le loup dans une petite pièce circulaire attenante à la grande salle et dans laquelle un chaudron, en métal noir, chauffait sur quelques braises. Un liquide sirupeux à l'odeur florale y mijotait. La magicienne remua les brandons et rajouta une bûche pour ranimer le feu. Tandis qu'elle s'affairait à préparer sa potion, Emma jeta un coup d'œil alentour. C'était la petite pièce d'une tour, haute de plafond avec de nombreuses fenêtres surélevées, ce qui lui offrait une grande luminosité. Les murs étaient couverts d'étagères garnies de livres, de coffrets et autres contenants en tout genre. Un foyer, aménagé pour les besoins de la magicienne prenait un espace important, tandis qu'à l'opposé de la pièce, une grande banquette pouvant servir de lit devait permettre à Circé de se reposer. Le lieu n'était pas sans lui rappeler le caveau de Régina… Chaque personne qui pratiquait les sortilèges avait son antre et ses secrets.
Si Emma avait pris conscience de ses capacités à exercer la magie et si elle avait désormais accepté d'en user, l'élaboration de potions et de charmes à base d'ingrédients était pour elle encore un mystère et cela ne l'intéressait guère, à l'inverse de Régina qui s'était approchée de la magicienne et qui observait avec un intérêt réel, la fabrication du contre sort. A nouveau, Swan ressentit les effets de la fatigue et s'assit sur le large divan pour patienter. Le loup la rejoignit d'un bond souple et s'allongea sans vergogne sur la literie, en offrant son flanc à Emma qui s'y lova avec un plaisir non dissimulé. Retrouver Crochet pour quelques minutes d'apaisement, même s'il était encore sous sa forme de loup, n'avait pas de prix. Elle glissa ses mains dans la toison dense de l'animal et posa sa joue contre sa poitrine. Killian glissa sa large tête contre celle de la sauveuse dans une caresse pleine de tendresse et c'est ainsi qu'ils finirent par s'endormir.

Lorsque le museau du loup cogna doucement contre son visage à plusieurs reprises, la tirant ainsi du sommeil, Emma pensa qu'elle venait de fermer les yeux depuis quelques minutes seulement. Un coup d'œil à la lumière du soleil à travers les fenêtres lui apprit qu'en réalité, plusieurs heures s'étaient écoulées depuis que Circé avait commencé à préparer son philtre. Elle releva la tête et vit Régina qui lui faisait face, la reine avait les traits tirés par la fatigue. De toute évidence elle ne s'était même pas accordé une seconde de repos, sans doute pour ne pas quitter la magicienne des yeux tandis qu'elle préparait sa potion, et s'assurer ainsi qu'il ne s'agissait pas d'une nouvelle ruse de l'envoûteuse. Le Capitaine, toujours allongé sur le canapé, attendait qu'Emma se lève pour se dégager.

- Le charme est prêt. Selon Circé, il devrait redonner aux animaux leur forme humaine, lui annonça Régina.

Emma regarda Killian et lui sourit, cette nouvelle annonçait qu'elle allait enfin le retrouver. Elle fourra son visage contre la joue du loup en l'enlaçant avant de se lever. Régina regarda la scène en faisant une moue dégoutée avant de dire :

- Vous ne devriez pas vous frotter ainsi à cette boule de poils, vous allez être pleine de puces !

Emma et Killian ignorèrent les sarcasmes de la reine. La sauveuse avait fini par s'habituer aux bons mots de Régina. Si elle avait du mal à cerner la relation entre les deux protagonistes, elle savait qu'ils se respectaient. Elle pensait même que Régina aimait bien le pirate, mais il lui ressemblait tellement par certains côtés qu'il devait parfois l'insupporter. Voir Crochet, s'était comme se voir dans un miroir, il lui rappelait que, l'un comme l'autre, ils avaient gâché une partie de leur vie à poursuivre une vengeance qui ne les avait conduits que vers plus de malheurs encore.

Emma lutta contre ses muscles, récalcitrants à l'idée de se lever. Elle se dirigea vers la magicienne qui remplissait une petite fiole d'un épais liquide laiteux à l'odeur douceâtre et aromatique qu'elle tirait du chaudron où elle avait concocté l'élixir. Elle tendit la petite bouteille à Emma et lui dit :

- Il suffit qu'il boive le contenu de ce flacon et le capitaine retrouvera sa véritable nature.

Emma attrapa la fiole de la main de la magicienne et répondit, sceptique :

- Comment savoir si je peux te faire confiance ?

- Tu ne le peux pas. Mais si vous voulez vraiment une preuve, dit-elle en se tournant également vers Régina et Killian, suivez-moi.

Et la magicienne emporta avec elle le petit chaudron plein du liquide odorant et retourna dans la grande pièce. La sauveuse, la méchante Reine et le Capitaine Crochet la suivirent en silence. Quatre nymphes apportèrent un grand baquet, large de circonférence, mais aux rebords étroits et le posèrent au centre de la grande salle à colonnades. Circé s'en approcha et versa le contenu de son chaudron dans le récipient. Puis, elle appela tout le bestiaire de son palais à venir s'abreuver à cette auge. D'un pas morne les animaux se levèrent tour à tour et s'approchèrent pour laper, lécher, becqueter, aspirer ou boire. Sangliers, cerfs, oiseaux, reptiles, chiens… Tous vinrent étancher leur soif à la même bassine. Et moins d'une minute après avoir bu, leur corps se transformèrent sous les yeux ébahis des visiteurs. Les animaux reprenaient forme humaine et Emma pu découvrir que chacun d'entre eux était un homme, jeune ou moins jeune, richement habillé ou pauvre pêcheur, il y avait là des aventuriers, des marins, des villageois… ébahis, effrayés, soulagés… Mais nulle trace de David, ni même de Mary. Circé s'adressa à ses anciens prisonniers et leur redonna leur liberté, les incitants à quitter les lieux au plus vite et à ne jamais y revenir.

Emma se tourna vers le loup qui ne la quittait pas des yeux. Elle s'agenouilla devant lui, défit le petit bouchon de liège qui protégeait le goulot de la fiole et mit sa main en coupe à hauteur de son museau. Le pirate lui adressa un regard d'encouragement et Swan versa le liquide épais, blanc et floral au creux de ses doigts, tandis que le loup lapait à petites gorgées. Il ne lui fallut pas longtemps pour vider la fiole et, lorsque Killian eut finit de lui lécher la paume, Emma se redressa, attendant avec impatience la transformation du carnivore. Les secondes semblaient s'éterniser puis, d'un coup, une aura enveloppa le corps de l'animal qui se transforma sous les yeux fascinés de Swan. En quelques instants, Kilian avait retrouvé sa morphologie habituelle, il était redevenu l'homme qu'Emma connaissait. Sans réfléchir elle se jeta dans ses bras, avant même qu'il n'ait le temps de redresser la tête. Il l'accueillit le souffle coupé par le choc du corps de la sauveuse contre le sien. S'ils avaient été seuls à cet instant, Emma lui aurait sans doute avoué ses sentiments tant les mots lui brulaient les lèvres, mais à défaut, elle l'embrassa en l'enlaçant avec force. Il la prit dans ses bras avec tendresse, la serrant contre son cœur dans un élan d'amour et d'effusion. Ils restèrent ainsi un moment, seuls au monde et trop heureux de se retrouver pour penser à autre chose. Lorsqu'Emma desserra son étreinte, elle vit que la pièce s'était vidée. Les animaux, une fois redevenus humains, n'avaient pas trainé et tous s'étaient sauvés comme le leur avait conseillé Circé.

Dans un coin de la grande salle, nymphes et satyres dressaient une table, tandis que Régina se tourna vers la magicienne. Prenant sa voix autoritaire de souveraine, elle demanda d'un ton intimidant :

- Très bien, maintenant que tu as levé ton sortilège, je crois que tu nous dois quelques petites explications sur les raisons de toutes ces manigances.

- Tu as raison, consentit Circé. Je vous invite à vous restaurer pendant que je vous raconterai mon histoire.

Devant l'air soupçonneux des trois compagnons, elle reprit, d'une voix qu'elle souhaitait rassurante :

- Allons, pas d'inquiétude, vous n'avez rien à craindre.

Voyant toujours leur air septique elle continua :

- Vous avez marché pendant plus de quinze heures éprouvantes, vous n'avez pas mangé et vous êtes épuisés, je vous propose juste de vous sustenter et de vous reposer avant de reprendre la route. Il n'y a nul maléfice derrière cela, je vous l'assure. Quel serait mon intérêt de lever un sortilège pour le jeter à nouveau juste après ?

D'un coup d'œil Swan, Régina et Killian admirent que les arguments de l'envouteuse se tenaient et ils choisir de se ranger à son idée. Ils avaient faim et ne perdraient pas de temps à se nourrir pendant que Circé leur fournissait des éclaircissements. S'approchant de la table, ils prirent place et furent servis rapidement par les satyres. La magicienne s'installa avec eux et leur conta :

- Je suis ce qu'on appelle communément une déesse mineure, fille d'Hélios, le dieu du soleil et d'une océanide. Mon domaine est cette île et j'y ai toujours été reconnue comme une très puissante magicienne. Il y a une éternité de cela, un dieu marin, Glaucos, vint me voir pour obtenir de moi un philtre, il souhaitait extorquer l'amour de Scylla, la fille de Phorcys. Malheureusement pour moi je tombai amoureuse de cet homme et je ne pouvai me résoudre à l'aider. J'ai essayé de le retenir mais il m'a repoussé et de colère j'ai transformé la femme qu'il aimait en un terrible monstre marin…

Intrigué, Killian intervint :

- Tu veux parler de Scylla le monstre marin aux multiples têtes garnies de mâchoires acérées qui fait face à Charybde ?... C'était une femme avant ?

Emma fût étonnée d'entendre que le capitaine connaissait cette histoire, ce n'était pourtant pas si surprenant, il s'agissait de pièges maritimes très connus pour ceux qui naviguaient. Circé continua :

- Oui, une femme… Très belle de surcroit. Et contrairement à ce que j'espérais, Glaucos pleura son amour perdu et continua de me repousser. Quant à Phorcys, il ne me pardonna jamais ce que j''avais fait à sa fille et me voua dès lors, une haine mortelle. Depuis ce jour il m'a jeté une malédiction qui m'oblige à ensorceler tous les hommes qui m'approchent, m'interdisant par ce biais d'aimer et d'être aimée : c'est pour ça que ces hommes ont été obligés de vivre à mes côtés sous une forme animale. Ainsi transformés, ils sont sous mon emprise et n'ont plus de volonté propre.

Elle tourna son regard vers Crochet avant d'ajouter à son attention :

- j'ignore comment tu es parvenu à briser cette partie du sortilège, aucun homme avant toi n'avait pu me résister et se libérer l'esprit de mon joug. Ton amour doit être puissant capitaine… La seule possibilité d'annuler cette malédiction c'était l'herbe de vie mais même si je savais où la trouver, Phorcys, aidé par Hermès a jeté un charme qui m'interdisait de m'en approcher.

Emma, la bouche pleine pris le temps d'avaler avant de demander :

- Et pour mon père, que s'est-il passé ?

Circé se tourna vers la sauveuse et continua son récit :

- Dès que vous êtes parties chercher l'herbe de vie, Phorcys est venu ici. Il était à votre recherche. J'ignore comment il l'a découvert, mais il connaissait chacun d'entre vous et savait d'où vous veniez. En revanche, celle qui l'intéressait plus particulièrement encore, c'est Mary Read et lorsqu'il a appris qu'elle s'était enfuie il est parti à sa recherche et m'a ordonné d'en faire autant.

Killian s'emporta :

- Maudite sorcière, je vais te faire rendre gorge avec mon crochet si tu ne me dis pas tout de suite ce que tu as fait à Mary !

Circé ne se laissa pas impressionner par l'impulsivité du pirate, d'une voix calme, adoucit encore par un geste de la main elle lui répondit :

- Calme-toi capitaine, je n'ai rien fait à Mary. Phorcys m'a ensorcelée m'obligeant ainsi à transformer tous mes visiteurs en animaux mais je ne suis pas à ses ordres… J'ai laissé la pirate s'enfuir.

- Et nous, tu ne nous as pas transformées… Pourquoi ? L'interrogea Régina avant de porter une coupe de vin à ses lèvres.

- Vous aviez échappé à l'envoûtement, c'est ce qui m'a fait penser que vous pourriez peut-être trouver l'herbe de vie… Et puis, ce sont les hommes que le sort m'oblige de transformer, pour les femmes, il y a des failles dans le sortilège. A croire que le dieu se méfie moins de la gente féminine.

- Je vais me faire un plaisir de lui prouver qu'il se trompe, s'insurgea Emma.

Killian eut un petit rictus amusé, il savait qu'Emma ne plaisantait pas et n'aurait pas voulu se trouver à la place de Phorcys. Sous-estimer la sauveuse, la méchante reine ou même Bloody Mary était une grossière erreur. Circé reprit son récit :

- Quand à mes prisonniers, s'il se moquait bien de ne pas retrouver le capitaine Crochet, il était ravi de pouvoir enlever le Prince Charmant.

- Pourquoi ?... Pourquoi enlever mon père ? Demanda Emma.

- Je l'ignore. Pour avoir une monnaie d'échange j'imagine… même si je pense qu'il y a autre chose... Je vous l'ai dit, il semblait vous connaitre, peut-être avait-il un intérêt tout particulier pour le Prince David. Quoiqu'il en soit, Mary était sa cible première, c'est elle qui l'intéresse et surtout, la clef qu'elle détient.

Emma feignit l'ignorance et demanda :

- La clef, quelle clef ?

Circé prit un air courroucé et son ton s'affermit :

- Je t'en prie sauveuse, ne me prend pas pour une imbécile. Je sais que Mary et ses amis sont venus sur l'île et qu'ils ont trouvé la clef en orichalque avant de se faire capturer par Phorcys. Cette femme est liée à l'Atlantide, à bien des niveaux, et Phorcys à besoin d'elle pour ouvrir les portes de la cité perdue.

- Que savez-vous sur l'Atlantide et sa gardienne ? S'enquit Régina.

Emma adressa un regard réprobateur à la reine. Elle n'était pas du tout sûr de pouvoir faire confiance à Circé, et lui révéler ainsi qu'ils connaissaient l'existence de la gardienne, n'était peut-être pas très judicieux. La réponse de Circé lui apprit que, vraisemblablement, la magicienne en savait déjà beaucoup.

- Je sais ce que Nérée a déjà dû vous apprendre : les dieux ont protégé l'Atlantide et son pouvoir de la convoitise de Phorcys. Seul le gardien, en l'occurrence la gardienne, pourra rassembler les clefs nécessaires qui permettront à nouveau l'accès à l'Atlantide et à ses trésors.

- Et ces clefs… De quoi s'agit-il exactement ? Et pourquoi Mary est-elle la gardienne de l'Atlantide ? Demanda Crochet.

Circé regarda le pirate avec intérêt avant de répondre :

- Tu l'as déjà compris capitaine : ton amie est une descendante directe d'un des premiers gardiens de l'Atlantide.

- Quoi ?... Tu veux dire qu'elle aurait pour aïeule Phorcys ou Nérée ?

- Ou Protée, le troisième vieillard de la mer. Bien que ce soit très peu probable, Protée ne se mêle jamais à la vie des hommes, il préfère la compagnie des phoques. Quoiqu'il en soit, Mary est liée à l'une de ces divinités par le sang, c'est évident. Fille, petite-fille ou arrière-petite-fille d'un dieu, voilà ce qu'est cette Bloody Mary ! Quant aux clefs, elles sont au nombre de quatre et représentent symboliquement les éléments.

- Oui, l'eau, le feu, la terre et l'air, nous savons déjà cela, rajouta Régina.

- Les clefs ne sont pas nécessairement des objets à proprement parler. La protection des dieux fait que chaque gardien potentiel n'aura pas accès à l'Atlantide par le biais des mêmes clefs, c'est ce qui fait toute la difficulté. C'est à la gardienne de trouver ses propres sésames, ils doivent symboliser pour elle les éléments que tu viens de citer Régina. Pour autant que je sache, ces clefs peuvent être aussi bien des sentiments que des objets ou encore des personnes… Les dieux peuvent être très joueurs parfois !

- Formidable ! Le monde est menacé d'être englouti sous les eaux et les dieux n'ont rien de mieux à faire que de nous soumettre des énigmes, s'agaça Killian.

- Oui, et ils peuvent être cruels ou magnanimes, tyranniques ou justes, hostiles ou bienveillants selon leur bon vouloir. Il ne nous appartient pas de comprendre leurs raisons, reprit Circé.

- Comment Mary va-t-elle savoir ce que représentent ces clefs ? Interrogea le pirate.

- Je ne peux malheureusement pas répondre à cette question…

La conversation retomba, ils avaient fini leur repas et se faisaient rattraper par la fatigue accumulée. L'après-midi se terminait et Circé leur proposa de se reposer avant de reprendre la route :

- Rester tout votre saoul, ma demeure vous est ouverte et vous n'iriez pas loin si vous partiez maintenant. Demain, aux premières lueurs du jour, je vous accompagnerai jusqu'aux portes du domaine de Phorcys.

Trop épuisés pour protester, Emma, Régina et Killian acceptèrent l'hospitalité de la magicienne.