Chapitre 31 : Ile d'Eéa - Forêt – Jour 3

C'était comme si un épais brouillard étouffant se dissipait d'un seul coup devant ses yeux… Soudain, tout lui parut plus clair, plus net, moins confus… et très dangereux.
En face d'elle, se dressait Circé, qui l'observait d'un œil rond, ébahie et sans voix. D'instinct, Mary sut qu'elle n'avait que quelques secondes pour réagir et que c'était le moment ou jamais de prendre la fuite. D'un geste dû à l'habitude, elle vérifia que son sabre était toujours contre son flanc et, rassurée, la pirate courut à en perdre haleine vers l'extérieur de la demeure où elle et Crochet avaient suivi l'envoûteuse quelques minutes plus tôt.

Contre toute attente, personne ne lui barra le chemin et elle n'entendit pas de gardes lui donner la chasse. Elle profita de l'aubaine pour récupérer au passage de sa course, son sac à dos qui contenant son couchage et quelques victuailles qui pourraient lui être utiles. Les satyres présent dans la clairière, toujours à leur euphorie ne manifestèrent aucune mauvaise intention à son égard et ils la laissèrent passer, sans toutefois manquer de l'interpeller pour l'inviter à se joindre à leur danse. Bloody continua de courir, aussi vite que ses jambes pouvaient la porter. Sans ralentir le pas, elle fit pivoter sa tête en tous sens à travers la pelouse et autour des bassins, cherchant du regard Emma et Régina qu'elle avait laissées à une table, mais les deux femmes ne s'y trouvaient manifestement plus… Elle continua sa course, les battements de son cœur pulsant à travers ses tempes sous l'effort. Elle continua de courir, tout en réfléchissant à ce qu'il venait de se produire : Killian s'était métamorphosé en animal sous ses yeux sans même faire un seul geste pour résister, David avait subi le même sort. Elle savait que Circé lui avait également jeté le sortilège mais sur elle il n'avait pas fonctionné… C'était la troisième fois au cours de sa vie qu'elle avait échappé aux atteintes de la magie et les trois fois, le Capitaine Crochet était à ses côtés. Le charme lancé par la magicienne avait eu comme seul effet un léger picotement sur la peau, juste quelques secondes, puis il avait disparu. Elle n'y avait pas prêté attention auparavant, mais elle était à peu près sûre d'avoir éprouvé la même sensation lorsque Régina avait projeté sur elle sa boule de feu. La reine sorcière avait donc raison : Mary était insensible à la magie et protégée contre toute attaque de ce type ….

Sans cesser sa course, elle se retourna un instant, mais personne ne la suivait. Circé, malgré sa surprise, devait accorder peu d'importance à la fuite de Mary et la jeune femme espéra être tranquille et ne pas avoir à se soucier de poursuivants éventuels. Elle décèlera un peu sa foulée mais ne cessa pas pour autant de courir. Elle voulait mettre un maximum de distance entre elle et le manoir avant de prendre le temps de réfléchir à la suite des évènements.

Parvenant jusqu'à la forêt, Bloody s'y enfonça pour se trouver à couvert des arbres. Lorsqu'elle fût à une distance qu'elle jugea raisonnable du domaine de la magicienne, elle fit halte et se cacha derrière une énorme souche d'arbre qui avait l'avantage de lui offrir un point de vue en hauteur en plus de la camoufler aux regards hostiles.

Sa course l'avait essoufflée et elle prit un moment pour permettre à son cœur de reprendre des palpitations moins anarchiques. Au bout de quelques minutes Mary se sentit pleinement rassurée. Personne ne l'avait suivie et elle était seule dans cette forêt.

Bloody s'assit contre la trogne de l'arbre qui lui offrait un abri dans cet environnement inhabituel pour une femme qui avait passé la plus grande partie de sa vie sur les océans. Elle devait réfléchir à ce qu'il convenait de faire à présent. Le bilan n'était pas glorieux : Anne et Jack était toujours au mieux prisonniers, au pire mort sous les coups de Phorcys. Son ami Killian avait perdu toute volonté propre et il était sous l'emprise de Circé, transformé en loup. David était victime du même sortilège… Seule Régina et Emma avait peut-être échappé à cet envoutement, mais Mary doutait que la sauveuse ait envers elle le moindre élan de sympathie : elle avait eu un comportement ridicule à tenter de séduire Killian, et ne s'était pas fait une amie de la jolie blonde. Mary s'interrogea sur ce qui l'avait poussé à pareille conduite, mais elle ne se l'expliquait pas. Certes, elle était très attachée au capitaine et elle avait toujours beaucoup aimé leur relation libertine et le jeu de séduction qui l'accompagnait. Mais depuis leurs retrouvailles sur le Jolly Roger, elle avait compris que Crochet n'était plus le même : son amour pour la sauveuse était profond et ne laissait plus de place pour leurs jeux amoureux.

Elle ne s'en était pas offusquée, elle connaissait les règles et elles lui convenaient. Elle aimait beaucoup Killian et, de ses nombreux amants, c'était de loin celui qui avait le plus compté, mais Mary était libre, et, ce qui l'avait rapproché du capitaine, lors de leur première rencontre, c'est que lui aussi aimait sa liberté. L'un comme l'autre faisait passer cette indépendance avant tout le reste, pas d'attaches, pas de promesses, et cela leur avait convenu, des siècles durant… Alors pourquoi aujourd'hui s'était-elle comportée ainsi ? Bien sûr, elle avait pris conscience d'une sorte d'ivresse artificielle qui les avait incités à agir de façon déraisonnable et à laisser de côté leurs inhibitions, mais Mary sentait bien que ce n'était pas la seule raison. Elle ne l'aurait jamais admis devant le pirate, mais elle avait ressenti de l'envie, voire même de la jalousie pour la relation qu'il avait avec Emma. Bloody secoua la tête, comme pour chasser cette idée saugrenue de ses pensées. L'important pour elle à présent était de décider quoi faire de sa liberté. La nuit n'allait pas tarder à tomber et il lui faudrait faire un choix.

Un bruit tenu la tira de sa réflexion, il provenait du domaine de la magicienne. La trogne d'arbre derrière laquelle se cachait Mary était sur une butte mais elle n'avait pas assez de hauteur pour voir ce qui provoquait de l'agitation à proximité de la maison de Circé. La jeune femme chercha des yeux un arbre, susceptible de lui procurer une meilleure vue d'ensemble et elle en trouva un qui ferait parfaitement l'affaire. Il s'agissait d'un grand chêne, au tronc épais et aux branches qui se dressaient fièrement vers le ciel. Mary était habile et elle pouvait monter dans les haubans et se retrouver en haut du grand mât avec une vivacité qui avait laissé plus d'un marin pantois. Ce chêne ne lui poserait aucun problème. Souple comme un chat et aussi agile, elle trouva ses appuis et grimpa avec aisance le long du bois, puis se faufila à travers les branchages, jusqu'à une hauteur suffisante pour voir, sans être vue. Elle distingua, au loin, la silhouette de Circé sur le perron de sa porte. La magicienne était facile à reconnaitre avec sa longue chevelure d'un blond presque blanc et sa robe vaporeuse. Plusieurs hommes lui faisaient face, dont l'un que Mary reconnut immédiatement, malgré la distance : Phorcys. Bloody était beaucoup trop loin pour entendre leur conversation, mais la posture rigide du dieu laissait supposer qu'il était contrarié. Plusieurs hommes l'accompagnaient et il semblait leur donner des directives. Tandis qu'un groupe se détachait pour se fondre en petit nombre à travers la forêt alentour, deux autres gardes ressortirent de la grande propriété en trainant un homme derrière eux. Mary écarquilla les yeux sous l'effet de la surprise : elle reconnut la silhouette athlétique de David. Il avait repris sa forme humaine, la tête pendante, sans doute inconscient, chacun des sbires qui l'encadrait le tenait sous une épaule et ses jambes trainaient sur le sol. Ils s'arrêtèrent à hauteur du vieillard de la mer qui, d'un geste de magie, couvrit la tête du malheureux prince d'un sac de toile. Puis les deux hommes continuèrent leur route. Phorcys s'adressa une dernière fois à la magicienne en brandissant un doigt menaçant et il partit à la suite de ses gardes. L'occasion de poursuivre le dieu était trop belle. Mary se hâta de redescendre de son perchoir. Une fois au sol, elle s'empressa de reprendre son sac et son sabre qu'elle avait dissimulés sous un fourré pour faciliter son ascension, et elle se dirigea dans la même direction que ses ennemis.

Elle devait cependant faire preuve de prudence, Circé avait probablement parlé au dieu marin de sa présence sur l'île, et il n'était pas impossible que les spadassins qu'elle avait vu se séparer pour couvrir la forêt, soient à sa recherche. C'était un véritable jeu du chat et de la souris : elle poursuivait Phorcys sans se faire voir, tandis qu'elle se cachait également des hommes à sa recherche. Cela la contraignait à faire des détours, à se déplacer en silence, si bien qu'au bout de quelques heures de cette expédition, elle dû se rendre à l'évidence… Elle avait perdu la trace du dieu et de David. Elle ragea intérieurement tant sa frustration était grande d'avoir raté une occasion exceptionnelle de retrouver ses amis Jack et Bonny.

A présent elle se retrouvait au point de départ, sans savoir que faire de sa liberté, ni comment aider les autres, d'autant qu'ils étaient tous séparés. La fin de soirée faisait maintenant place à la nuit et continuer les recherches ne la mènerait nulle part. Ses pas l'avaient invariablement ramené du côté de la maison de Circé, au point d'observation qu'elle avait quitté un peu plus tôt. Au moins, elle savait que Killian s'y trouvait et elle espérait que ce fut le cas également pour Emma et Régina. Un bruissement dans les feuillages la fit sursauter. Quelqu'un se déplaçait non loin d'elle. Dégainant son sabre aussi silencieusement que possible, elle s'avança à pas de loup vers l'endroit d'où provenait le bruit. Son opposant marchait avec discrétion, il cherchait donc : soit à se cacher, soit à surprendre Mary. Heureusement, la jeune femme était plutôt douée à ce jeu-là et elle réussit à prendre l'homme, à revers. Alors qu'il s'était arrêté pour dégager son chemin d'une branche d'arbre avec toutes les précautions nécessaires pour limiter ses mouvements, elle glissa la lame de son sabre sur le cou du gaillard en sifflant entre ses dents, menaçante :

- Pas un geste, où cela risquerait fort d'être ton dernier.

La silhouette s'immobilisa immédiatement, levant les bras et lâchant par là même la branche qui dans son élan vint lui fouetter les jambes et le torse. D'un geste sûre, Bloody glissa sa main dans le dos et contre les flancs de son adversaire, elle n'y trouva aucune arme. Non sans prendre le temps d'appuyer encore un peu plus sa lame contre la chair pour lui assurer que sa vie était toujours menacée, elle ordonna à l'homme d'un ton sec :

- Tourne toi, mais en douceur. Et garde les bras levés, j'aime bien te voir dans cette position !

L'homme obtempéra et malgré l'opacité du soir elle put voir qu'il s'agissait encore d'un enfant. Enfin pas exactement, le garçon qui lui faisait face devait avoir une vingtaine d'année. Il était plutôt grand et si sa musculature n'avait pas encore fini de se développer, c'était un bel homme en devenir. Il avait les cheveux bruns et ébouriffés, et le regard clair. Quelque part il lui faisait penser à Crochet en plus jeune. Mary se maudit d'avoir eût cette pensée, il fallait qu'elle arrête de songer au pirate. Gardant un air menaçant, elle fouilla le jeune homme, devant cette fois, et lui dit d'une voix atone :

- Qui es-tu et que fais-tu dans ce bois ? Tu cherchais à m'attaquer ?

- Vous attaquer ? Non, bien-sûr que non, je ne savais même pas qu'il y a avait quelqu'un ici ! Je m'appelle Aël et je cherchais à fuir cette maudite magicienne.

- Circé ?

- Oui. Elle me tenait prisonnier.

Mary maintint sa lame sur la gorge du gamin en exigeant :

- Dis m'en plus, ça m'intéresse.

- Vous ne pourriez pas baisser votre arme, ce serait plus facile pour discuter.

Le jeune homme avait déjà fléchit les bras, gardant tout de même ses mains bien en vue en geste de paix. Malgré sa position plutôt délicate, il ne manquait pas d'aplomb, ni de courage, Bloody devait en convenir, mais c'était très loin de suffire pour lui faire confiance. Elle accentua la pression de son arme et eut un regard sans équivoque qui fit perdre un peu de sa morgue au beau brun. Il releva un peu les bras et s'expliqua :

- J'étais prisonnier de la magicienne, transformé en animal depuis… je ne sais même pas depuis combien de temps, c'est comme si mon esprit était embrouillé en présence de Circé. Ce soir, un homme est arrivé, il a parlé avec elle. Je ne sais pas exactement ce qu'ils se sont dit mais ça ressemblait plus à une dispute qu'à une discussion courtoise ! Puis l'homme s'est dirigé vers un de mes compagnons nouvellement arrivé, un lion. Il a fait un geste de la main et le lion s'est endormi… L'instant d'après, il était redevenu humain… et moi aussi. Je pense qu'il s'agissait de magie et je devais être assez près pour profiter du sortilège également. Je ne sais pas exactement. Ce que je sais en revanche, c'est que je me suis caché. Ils étaient trop occupés avec l'homme-lion et personne ne se souciait de moi. J'ai attendu que la voie soit libre et je me suis sauvé… Voilà, tu sais tout. Tu peux baisser ton sabre maintenant ?

Aël était passé du vouvoiement au tutoiement sans y avoir été invité, et le sourire effronté qu'il adressa à Mary la déstabilisa un instant. Ce garçon n'avait visiblement peur de rien, ou alors était-il juste un peu trop confiant. Bloody baissa légèrement son arme tout en posant une nouvelle question :

- Et que faisais-tu, Aël, avant que Circé ne te transforme en grenouille ?

Le garçon eût une moue dégoutée :

- Pas en grenouille, en ocelot… C'est une espèce de gros chat si…

- Je sais ce qu'est un ocelot, merci. D'où viens-tu Aël et que faisais tu chez cette magicienne ?

- Je vis sur cette île depuis toujours. J'habite dans le village de pêcheur à l'est d'Eéa. Il existe de nombreuses légendes sur Circé, la magicienne et je voulais savoir de quoi il retournait…

Aël eut la bienséance de prendre un air contrit. Il n'était pas fier de raconter comment il s'était fait attraper, même s'il y avait fort à parier que la moitié des hommes prisonniers des griffes de Circé étaient là en raison de leur curiosité excessive. Mary estima que la version du jeune se tenait et elle décida de lui faire confiance. Elle rangea son sabre dans son fourreau et repris sur un ton plus dégagé :

- Bien tu devrais être plus prudent à l'avenir. Je ne pense pas que Circé te poursuivra, mais si tu croise à nouveau sa route, tu risques de te retrouver encore sur quatre pattes ! Alors ne traîne pas et rentre chez toi.

Là-dessus, la jeune femme tourna le dos au garçon et envisagea sérieusement d'établir son campement à proximité. La nuit était tombée et elle n'avait pas encore pris de décision sur ses priorités. Plusieurs possibilités s'offraient à elle : secourir ses amis de Storybook ou partir à la recherche de ses capitaines. Le choix s'imposait naturellement : elle ignorait où se trouvaient exactement Bonny et Rakham, quand à David, elle n'en savait rien non plus. En revanche, les autres étaient toujours détenus par Circé et Mary ne craignait pas les sorts de la magicienne, ce qui était un atout considérable et donc une meilleure chance de réussite.

Elle s'assit sur un tronc d'arbre couché et commença à fouiller dans son sac lorsqu'elle vit Aël s'approcher. Il était toujours là. Avec un sourire impudent il s'assit en face d'elle et lui dit avec une assurance effrontée :

- Je t'ai dit qui j'étais mais toi, tu ne m'as rien dit !

- Je m'appelle Mary et tu devrais rentrer chez toi maintenant Aël.

- Je n'ai pas vraiment de chez moi, et puis je peux peut-être t'aider à retrouver tes amis…

La pirate jeta un regard circonspect au jeune homme. Décidemment, malgré son air juvénile il était malin et rien ne semblait lui avoir échappé. Elle le jaugea quelques secondes encore et il en profita pour lui offrir un sourire séducteur, découvrant ses dents blanches. Mary n'était pas femme à se laisser décontenancer par une telle attitude, il était joueur, cela tombait bien, elle était joueuse aussi. Elle lui adressa donc en retour un sourire désarmant et lui dit dans un souffle, approchant à dessein son visage du jeune homme :

- Tu as gagné, je t'écoute… Je dirais même que tu as… toute mon at-ten-tion…

Elle avait délibérément pris le temps d'articuler chaque mot de sa phrase, accentuant les syllabes de sa voix la plus suave. Depuis toujours, Mary savait qu'elle avait un fort pouvoir de séduction sur les hommes. Elle était jolie, elle ne l'ignorait pas et il aurait été idiot de le nier, mais c'était au-delà de ça. Il suffisait qu'elle se concentre, qu'elle accentue un peu son regard, son sourire, sa voix et son charme agissait comme une sorte de pouvoir, bien qu'elle se sache dénuée de toute forme de magie.

Aël n'échappa pas à la règle et à voir la difficulté qu'il avait pour déglutir, Mary se dit qu'elle l'avait touché en plein cœur. Elle cessa de le regarder un instant pour lui permettre de reprendre une contenance et elle reprit sa fouille dans son sac. Le jeune homme se ressaisit et bredouilla :

- Et bien, je vous ai vu arriver toi et tes amis… J'ai vu la magicienne transformer les deux hommes qui t'accompagnaient en lion et en loup… Et j'ai vu aussi que son sortilège était inefficace sur toi…

- Et bien dis-moi, tu avais l'œil sacrément aiguisé pour un animal à moitié endormi.

Aël se rembrunit sous la remarque :

- Cela faisait des années que j'étais prisonnier de Circé, et on s'ennuie vite quand on est un ocelot contraint de rester oisif toute la journée. J'ai appris à faire attention aux détails pour tromper la monotonie. Quand tu es partie, Circé ne semblait pas en colère, elle paraissait soulagée. Plus tard, quand tes deux autres amies sont arrivées…

Bloody releva la tête et l'interrompit :

- Tu as vu Emma et Régina ?

- Oui. Elles sont venues voir la magicienne. Elles aussi avaient échappé au sortilège mais Circé ne les a pas traitées en ennemie… Elle était même plutôt rassurée et voulait leur faire confiance. Elle les a laissé repartir.

- Où ? Où sont-elles parties ?

- Ce n'est pas si simple, expliqua le jeune brun. Quand on est sous une forme animale, on développe les capacités de l'animal. On ressent les choses, les attitudes, les sentiments, plus profondément, mais le sens des paroles nous échappe… Je ne peux pas t'expliquer ce qu'elles se sont dit exactement.

Mary accusa la nouvelle avec frustration. Ainsi Emma et Régina étaient libres elles aussi, mais la pirate ignorait tout de l'endroit où les retrouver. Sa pensée fût interrompue par Aël qui continua :

- Ce n'est pas tout. Il s'est passé quelque chose d'encore plus surprenant : ton ami manchot a réussi à partir… C'est la première fois que je voyais ça. Il n'a pas repris sa forme humaine, il est resté un loup mais j'ai eu l'impression qu'il avait recouvré ses esprits…

Mary fronça les sourcils d'incompréhension, elle enjoignit le garçon à s'expliquer :

- Que veux-tu dire exactement ?

- Et bien, comme je te le disais tout à l'heure, le sortilège fait qu'on peut ressentir des choses mais on ne peut en aucun cas agir, toute les actions que nous faisons, à part manger et dormir, sont uniquement sous l'impulsion de Circé, elle ordonne et nous obéissons. Mais là… c'était comme si le loup avait retrouvé son libre arbitre, il s'est faufilé en douce et il a quitté la maison. Je pense qu'il cherchait à rejoindre la femme blonde, il ne la quittait pas des yeux.

- Alors il s'est évadé, lui aussi ? Réfléchit Bloody tout haut.

- Oui, enfin… techniquement il est toujours un loup, mais je pense qu'il peut évoluer à sa guise.

La jolie femme garda le silence un instant. Les nouvelles que lui annonçait Aël étaient inespérées : Emma et Régina étaient libre et Killian avait réussi à déjouer une partie du sortilège, en revanche, elle ne savait pas où les retrouver, ni les uns, ni les autres…

- Alors ? Demanda Aël s'impatientant.

- Alors quoi ? Répondit Mary sans comprendre.

- Tu me laisse t'accompagner ?

- M'accompagner pour aller où ? Je ne sais même pas ce que je dois chercher…

- Tu ne veux pas retrouver tes amis ?

La question d'Aël resta en suspens. Mary réfléchissait. Circé n'était plus le problème, Killian, Emma et Régina étaient libres à nouveau. Ils devaient savoir que Mary avait échappé au sort de la magicienne, et donc se douter qu'elle était libre également. Seul David, Anne et Jack étaient encore prisonniers de Phorcys, et le point commun était ce vieillard des océans… C'est lui qu'elle devait retrouver. Une idée lui traversa l'esprit, elle s'adressa au garçon qui attendait toujours une réponse :

- L'homme qui a enlevé David… Enfin, je veux dire le lion, tu le connais ?

Aël eût une grimace déçue de ne pouvoir aider la jeune femme :

- Non. Mais je connais bien l'île et ses habitants, et il n'est pas d'ici.

Ça Bloody s'en serait douté, elle continua à l'intention de son nouveau compagnon :

- Si tu connais si bien cette île, peut-être saurais-tu où trouver un endroit un peu particulier… Peut-être une porte ou un passage qui mène vers un autre monde… Une grotte souterraine par exemple…

Cette fois, le visage du garçon s'illumina :

- Je sais exactement où aller pour trouver un endroit comme celui que tu cherches ! Alors, marché conclu, tu me laisse t'accompagner ?

En guise de réponse, Mary adressa un sourire malicieux au jeune homme et lui tendit un morceau de viande séchée et de pain qu'elle venait de tirer de son sac.