Chapitre 34 : Ile d'Eéa – Forêt – Jour 4

Mary observait le jeune homme devant elle. Il marchait d'un pas assuré et l'entrain de la jeunesse. Sa fougue et sa bonne humeur la déstabilisait, il ne semblait avoir peur de rien. « Il ferait un excellent pirate » pensa-t-elle, il en avait toutes les qualités !

Ils avaient marché toute la journée, prenant le temps de faire des détours au moindre bruit suspect. Bloody savait que les hommes de Phorcys étaient à sa recherche et la prudence l'incitait à autant de discrétion que possible. Aël ne s'en offusquait pas et adaptait le trajet aux demandes parfois contradictoires de Mary. Ils avaient parcourus une grande distance quand le soir les obligea à s'arrêter mais ils n'étaient pas encore arrivés. Le jeune homme les conduisait au pied du volcan, à l'ouest de l'île. Selon lui, c'était le seul endroit susceptible d'être un lieu de passage. Des légendes effrayantes en faisaient un emplacement où personne ne s'aventurait jamais et Mary dût convenir que c'était le site idéal pour que Phorcys puisse mener ses petites affaires sans être ennuyé.

Lorsqu'ils établirent leur campement, dans un petit espace dégagé au cœur de la forêt dense, Mary ressentit de la frustration face à la lenteur de leur évolution. Anne et Rakham étaient prisonniers depuis quatre jours maintenant et elle ne savait rien de leur état de santé.

- Je vais chercher du bois pour le feu, proposa Aël l'air enjoué.

D'un signe de tête Mary acquiesça, la bonne humeur du gamin était contagieuse et elle décida de voir les choses du bon côté. Elle était libre et n'avait jamais été aussi proche du repaire du vieillard de la mer. Elle installa sur le sol la couverture que Crochet lui avait donnée à Storybrook et sortit de son sac les provisions qu'il lui restait… Peu de choses en réalité : un peu de viande séchée, quelques biscuits et des fruits secs… rien qui ne leur permettrait de survivre plusieurs jours. Elle n'était pas vraiment douée pour la chasse… la pêche davantage mais ils étaient loin de la côte… Un bruit dans les branchages lui indiqua que quelqu'un approchait, probablement Aël mais Mary préféra demeurer prudente. Elle se cacha derrière un arbre au large tronc et dégaina son sabre. Le jeune homme apparut, il portait une brassée de bois mais pas uniquement. Glissé sur son épaule, il avait un arc et quelques flèches rudimentaires ainsi qu'un lapin fraichement tué qui n'attendait que de faire un bon repas. Mary sortit de sa cachette :

- Comment as-tu fait tout ça ? Demanda-t-elle ébahie.

- Au cas où tu ne l'aurais pas encore constaté, je suis plutôt débrouillard et plein de ressources ! Fit remarquer le garçon avec fierté. Je vis sur cette île depuis toujours, j'ai appris à chasser et à fabriquer arc et flèches à partir de peu de choses.

Mary lui répondit d'une moue impressionnée et se mit en devoir de faire partir le feu tandis que le garçon préparait leur repas.
Ils s'installèrent ensuite autour du foyer et mangèrent à belles dents le produit de la chasse du garçon. Lorsque leurs estomacs furent comblés, Aël demanda :

- Pourquoi est-ce qu'il te recherche ? Je veux dire, le dieu dont tu m'as parlé, que lui as-tu fait ?

- Je l'ignore. Au départ, moi et mes amis sommes venus ici pour trouver un trésor englouti mais tout est parti à vau-l'eau et ce vieillard s'est mis en tête que j'étais une sorte de gardienne qui pouvait ouvrir pour lui une porte vers un royaume perdu…

- L'Atlantide…

Mary jeta un œil au garçon, il était vraiment perspicace. Elle continua.

- Oui, l'Atlantide. L'ennui c'est que c'est totalement absurde. Je suis une simple fille de marchand dans un petit port de pêche. J'ai perdu ma mère, enfant, et j'ai eu une vie des plus banales. Mariée très jeune contre mon gré à un Prince sans éducation qui me considérait comme sa chose. J'ai fui cette vie, mon mari, mon père et mon village et je suis devenue marin… Enfin, pirate en réalité. Voilà, tu sais tout, il n'y a rien de plus. Comme tu vois, il n'y a pas de quoi imaginer un destin exceptionnel !

- Tu appelles ça une vie banale ! Tu es loin d'être une femme banale Mary et tu dois bien t'en douter, il te suffit juste de l'admettre.

Bloody regarda encore une fois Aël avec attention. Malgré son visage juvénile il affichait une expression ou transpirait l'expérience, elle l'interrogea :

- Et qu'est-ce qui te fait dire ça, gamin ?

Le garçon se rembrunit, il espérait sans aucun doute être accepté en tant qu'homme et non en tant qu'enfant auprès de cette femme magnifique qui avait croisé son chemin. Mais il ne se laissa pas démonter :

- Tu as des pouvoirs, sinon comment aurais-tu fais pour échapper à Circé ? Et puis tu es belle, forte et tu as une mission : retrouver le royaume englouti de l'Atlantide…

Mary partit dans un grand rire clair et cristallin :

- Je croirais entendre parler ce vieux fou de Nérée ! Non, ma seule mission est de retrouver mes amis, de reprendre nos navires et de quitter cette île infernale.

Aël ne voulait pas capituler aussi facilement, il continua :

- Et si, pour retrouver tes amis, il te fallait faire un pas vers ton destin et accepter ton rôle de gardienne … En découvrant comment ouvrir cette porte peut-être…

Mary se renfrogna, le discours du gamin était cohérent mais il ne servait pas ses intérêts. Elle décida malgré tout d'aller dans son sens et continua :

- Je sais qu'il faut quatre clefs pour l'ouvrir et que j'en possède déjà une. Mais j'ignore tous des trois autres, si ce n'est qu'elles sont liées aux éléments et à moi… soit disant

Aël lui répondit joyeusement :

- Alors tu n'as qu'à chercher ce que les éléments représentent pour toi…

Il observa un instant le brasier devant eux et tendit un doigt vers le foyer en demandant :

- Le feu par exemple, à quoi te fait-il penser ?

Mary sourit et décida de jouer le jeu, plus pour s'amuser avec le jeune homme que pour le sérieux de cette quête qu'elle estimait vaine et stérile.

- Eh bien, là à l'instant, le feu me fait penser au bon repas que tu viens de m'offrir.

- Non, trop simple, répondit Aël très impliqué, cherche plus loin.

- La chaleur, la couleur rouge, les cheveux de Rakham, un phare dans la nuit qui permet aux navires d'éviter les écueils, un volcan en éruption, la lumière, la colère …

Mary disait tous les mots qui lui passaient par la tête, mais elle trouva ridicule tout ce discours décousu. Aël n'en eut cure et l'incita à continuer :

- Encore, dis m'en plus sur les sentiments que t'inspirent le feu. Ferme les yeux, projette toi en toi-même et dit tout ce qui te vient à l'esprit.

Encore une fois Bloody joua le jeu et continua :

- la folie, la passion, un abordage, le sang, le combat, la jalousie, l'envie, l'amour, le désir…

Mary rouvrit les yeux, le jeu commençait à l'agacer et se dévoiler ainsi devant Aël ne lui plaisait pas vraiment. Elle décida de mettre fin à son énumération mais lui demanda :

- Alors, qu'est-ce que ça signifie ?

- C'est à toi de trouver Mary, c'est toi la gardienne ! A toi de faire une synthèse de tout ça et de mettre un seul mot… ou un seul nom sur ce que tu viens de décrire. Bon maintenant il est temps de dormir, je suis fatigué et demain une longue route nous attend.

Et sans plus de cérémonie, Aël se pelotonna sur un tapis de branchage qu'il s'était installé et il tourna le dos à Mary. La jeune femme en fût heureuse car elle n'aurait pas voulu qu'Aël pose d'avantage de question. Elle avait pâli, elle en était certaine, lorsque le jeune homme avait évoqué le fait que ce puisse être un nom, autrement dit quelqu'un qui pourrait être la clef. Elle avait dit cette liste de mots sans réfléchir et ils ne signifiaient rien mais cette situation la mettait mal à l'aise.

Elle prit place sur sa couverture et se tourna vers le feu. Mentalement elle répéta les mots qui lui venaient lorsqu'elle observait les bûches incandescentes et indubitablement, la liste finissait toujours sur les mêmes termes.