Chapitre 35 – Storybrook – Mairie – jour 5

Cela faisait maintenant trois jours qu'Emma, David et les autres avaient quitté Storybrook. Mary-Margaret n'avait pas trouvé à s'ennuyer entre la gestion de la ville et le petit Neal. Heureusement les eaux du port n'avaient pas bougé et pour l'instant aucun danger immédiat ne semblait vouloir fondre sur les habitants. La mère de la sauveuse s'inquiétait davantage pour les autres membres de sa famille : étaient-ils parvenus à rejoindre les amis de Mary Read et surtout à retrouver le dieu maléfique qui menaçait les océans ?... Blanche Neige rageait de ne pourvoir leur prêter main forte. Elle savait que Belle continuait les recherches, espérant trouver à la bibliothèque des informations complémentaires qui auraient pu leur venir en aide. Parfois, la jeune femme étonnait Blanche : elle était capable d'une opiniâtreté à toute épreuve et avait une volonté inébranlable. S'il y avait quelque chose à découvrir, nul doute qu'elle y parviendrait.

- Grand-mère ?

C'est Henry qui venait d'entrer dans la grande salle de la mairie au dallage blanc et noir qui rappelait tant le goût à la fois élégant et raffiné de Régina. Depuis le bureau où Mary-Margaret consultait ses dossiers, elle releva la tête :

- Henry, je suis contente de te voir. Tout va bien ?

Le garçon s'approcha à grand pas. Il avait vraisemblablement couru pour arriver à la mairie et il affichait l'œil vif et aiguisé de quelqu'un qui a des nouvelles importantes à transmettre :

- Tu devrais venir voir. Belle et moi nous avons découvert quelque chose. Il faut absolument trouver le moyen de le dire à mes deux mères !

Blanche-Neige, sachant que les recommandations de son petit-fils étaient toujours à prendre au sérieux, se leva d'un bond, attrapa sa veste et suivit Henry qui l'emmena en direction de la boutique de Gold. La princesse essaya d'en savoir plus en chemin mais Henry lui affirma qu'il valait mieux qu'elle voit les choses par elle-même. C'est donc au pas de course qu'ils arpentèrent les rues de Storybrook pour enfin accéder à la petite boutique du prêteur sur gage. Le panonceau « Closed » était affiché sur la vitrine mais cela n'empêcha pas Henry d'actionner la poignée de la porte qui s'ouvrit dans un tintement de clochettes.

Belle arriva depuis l'arrière-boutique et les invita à la suivre. Son mari était toujours allongé sur la confortable banquette, et voir le Ténébreux dans cet état de faiblesse était particulièrement déstabilisant. Les sentiments de Blanche-Neige, comme pour beaucoup d'habitants de Storybrook, sans aucun doute, étaient partagés concernant Rumplestiltskin. Certes, il était la personnification du mal et pour les héros qu'elle et Charmant tendaient à être il représentait un être malfaisant et un danger, mais elle savait aussi que rien n'était tout blanc ou tout noir. A de nombreuses reprises, le Ténébreux l'avait aidée, bien-sûr jamais sans compensation, mais malgré tous ses coups tordus, c'est souvent vers lui qu'ils se tournaient lorsqu'ils avaient besoin de magie, même si, comme le disait si bien Gold : « La magie a toujours un prix à payer » et qu'avec lui, le tarif augmentait considérablement !

- Comment va-t-il ? Demanda-t-elle à Belle en désignant l'homme endormi.

- Pas mieux, ni moins bien, répondit la jeune femme impuissante.

Belle avait les traits tirés constata Blanche-Neige, la jeune femme avait dû éplucher tous les livres de la bibliothèque, s'usant les yeux de jour comme de nuit pour faire aboutir ses recherches. Mary-Margaret choisit de ne pas attendre plus longtemps, elle demanda :

- Henry m'a dit que tu avais du nouveau, qu'est-ce que c'est ?

- J'ai découvert ceci…

D'un geste de la main, Belle poussa le lourd volume qui se trouvait sur son étal. Mary Margaret se pencha pour regarder la double page de plus près et elle vit plusieurs illustrations qui semblaient très anciennes. L'une d'elle lui sauta aux yeux immédiatement, elle représentait la clef en orichalque en forme de narval que détenait Mary Read, quant aux deux autres dessins, il s'agissait également de clefs dans le même métal, mais de formes différentes. La mère de la sauveuse releva la tête sans comprendre, elle interrogea Belle du regard, et celle-ci répondit :

- Tu as bien compris : lorsque les dieux ont condamné l'Atlantide, ils ont conçu trois clefs en orichalque, une pour chacun des trois vieillards de la mer. Ce qui signifie que même Phorcys avait la sienne. Cependant, Nérée, Protée et Phorcys ne peuvent ouvrir eux-mêmes les portes du royaume perdu, seuls le ou les gardiens peuvent y parvenir.

- Le ou les gardiens ? Répéta Blanche incrédule.

- Oui, je pense que ce rôle n'est pas spécifique à Mary. Il existe probablement plusieurs gardiens des clefs potentiels, tous descendants directs des trois divinités marines…

Mary-Margaret regarda les illustrations avec plus d'attention. La première clef lui était connue, c'est celle que Régina avait révélée par magie et qui avait une forme de Narval. La seconde ressemblait à un phoque stylisé dans le même métal et avait également des inscriptions sur son coté. La troisième en revanche représentait un monstre marin hideux et effrayant. Son corps ressemblait à celui d'une sirène, queue de poisson couverte d'écailles mais le buste était celui d'une femme, surmonté d'une tête au regard pétrifiant et perfide. Sur son crâne courraient une multitude de serpents qui ouvraient des gueules menaçantes… Blanche-Neige ne pouvait croire ce qu'elle voyait, à nouveau elle interrogea Belle :

- C'est… Méduse ?

La jeune femme rousse comprit à mi-mot :

- Tu sembles la connaitre… Tu l'as déjà rencontrée ?

Blanche-Neige s'en souvenait trop bien, elle résuma en quelques mots sa rencontre avec le monstre, plus de trente années auparavant :

- Oui, je l'ai rencontré… Pendant ma lune de miel ! Je voulais me servir de son pouvoir pour pétrifier Régina quand nous étions dans la forêt enchantée. Nous avons essayé de l'attraper avec David mais notre aventure a failli virer au drame. J'ai eu beaucoup de chance et j'ai réussi à la faire se pétrifier elle-même en l'obligeant à regarder son reflet dans un bouclier.

Henry ouvrit des grands yeux ronds :

- C'est toi qui as tué Méduse ? Je croyais que c'était Persée, le héros grec qui l'avait décapitée.

- Oui, et bien il faut croire que ce n'est qu'une légende car elle était bien vivante quand je l'ai rencontrée ! S'amusa Blanche.

- Ce que tu dois ignorer en revanche, compléta Belle, c'est que Méduse est l'enfant de Phorcys et qu'il s'est toujours promis de venger sa fille, d'autant qu'il s'agissait sans doute de l'une des gardiennes potentielles…

Instantanément la princesse pensa à son mari et à sa fille et comme depuis des centaines de fois depuis ces derniers jours elle se demanda si elle avait bien fait de rester à Storybrook. Elle pensa tout haut :

- Et David qui est à la recherche du dieu, pourvu que Phorcys ne s'en prenne pas à lui…

Pendant quelques instants, le silence se fit dans l'arrière-boutique, jusqu'à ce qu'Henry le rompe :

- Belle, tu devrais dire à Grand-mère ce que tu as appris d'autre.

La jeune femme aux cheveux brun cuivré poursuivit :

- Comme tu le sais j'ai continué de chercher tout ce que j'ai pu trouver sur l'Atlantide et j'ai essayé de traduire les symboles que nous avions trouvé sur la clef de Mary et celles qui sont sur les illustrations de ce livre…

- Et ?... demanda Blanche-Neige impatiente.

- Et ces messages dévoilent comment trouver le chemin de l'Atlantide…

Blanche Neige fronça les sourcils sans comprendre, elle demanda :

- Tu veux dire que tu as trouvé le passage pour trouver le trésor de l'Atlantide ?

- Oui, enfin partiellement, dit Belle pour préciser ses dires. Seule la gardienne peut ouvrir la porte du royaume perdu mais trouver cette porte est déjà une épreuve en soi et je sais comment y parvenir.

Belle prit le temps d'expliquer chaque symbole qu'elle avait traduit et tout ce qui en découlait. Blanche Neige l'écouta avec attention, le discours de la femme du Ténébreux était parfois ponctué de précisions de la part d'Henry qui avait aidé la femme de son grand-père dans ses recherches. Le garçon était malin et son talent instinctif pour trouver des informations complétait parfaitement celui méthodique de Belle. A eux deux, ils avaient fait des miracles. Mais aussi précieuses soient-elles, toutes ces informations ne leur étaient d'aucune utilité, ils devaient impérativement les transmettre à Emma et aux autres…

- Tu comprends pourquoi il faut absolument joindre mes deux mères ? Demanda Henry à Blanche après lui avoir fait un rapport précis de leurs investigations.

- Oui, tu as raison Henry, nous devons trouver un moyen d'entrer en communication avec eux avant qu'il ne soit trop tard… Nous avons besoin de magie et Rumplestiltskin étant dans le coma, je ne connais que deux personnes à Storybrook qui puissent nous aider…

Henry et Belle qui en étaient arrivés à la même conclusion, acquiescèrent de la tête.