Chapitre 38 : Ile d'Eéa – Volcan – Jour 5
Ils avaient repris leur marche à travers la forêt au petit matin. Ils étaient parvenus au pied du volcan et en commençaient à présent l'ascension. Mary fût heureuse de constater que ses poursuivants semblaient avoir abandonné leurs recherches, elle et Aël n'avaient vu aucune trace des sbires de Phorcys. Le garçon la menait toujours avec entrain sans toutefois lui reparler de la conversation qu'ils avaient eu la veille. Ils marchaient donc en silence depuis le début de la matinée. Alors qu'il évoluait quelques mètres devant elle, Aël quitta le raidillon qui conduisait au sommet du volcan pour bifurquer sur la droite vers une sente qui s'enfonçait sur le flanc de la colline.
- Pourquoi changer de chemin ? Demanda Mary en s'arrêtant. Ne devions-nous pas aller vers le cratère du volcan ? Continua-t-elle en désignant le sommet qui s'élevait vers le ciel.
Aël se retourna et dit d'un ton assuré :
- Nous allons dans le cratère du volcan, mais pas à son sommet. Suis-moi et fais-moi confiance, je sais exactement où je vais.
Bloody haussa les épaules et suivit le garçon. Il semblait effectivement connaitre le trajet et jusqu'à présent il avait fait preuve d'une grande connaissance de l'île. Ils continuèrent donc sur un petit sentier qui longeait le bord du mont. Leur parcours les contraint de pénétrer à nouveau dans une végétation plus dense et tout à coup Aël cessa sa marche et entreprit de déblayer les hautes herbes d'une falaise. Mary l'aida et au milieu de la roche, elle distingua une ouverture : l'entrée d'une grotte.
- C'est par là que nous allons passer pour rejoindre le cratère. Ce passage n'est pas utilisé mais il rejoint des galeries souterraines qui elles sont pratiquées, il faudra se montrer prudent et discrets.
Mary acquiesça et, de connivence, ils pénétrèrent dans les entrailles de la terre. Leur conduit ne fût pas très long avant de rejoindre le chemin principal comme l'avait signalé le jeune homme. Une lumière bleutée qui semblait naturelle incrustait la roche à distance régulière, ce qui leur permettait de voir avec aisance une fois que leur yeux se furent habitués à cette demi-obscurité. Mary avait bien essayé de savoir de quoi cette luminosité était faite mais elle n'en trouva pas la réponse. Tâtant la roche bleutée qui semblait pulser sous ses doigts, elle constata juste que cette lumière ne diffusait pas de chaleur et qu'elle semblait vivante…
- De l'orichalque. Intervint Aël comme s'il s'agissait là d'une évidence.
Mary se tourna vers lui avec un regard plein de méfiance. D'une voix froide elle lui demanda :
- Qu'as-tu dit ?... Comment connais-tu l'orichalque ?
Le garçon ne se laissa pas démonter, il répondit avec assurance :
- Qui a entendu parler de l'Atlantide à entendu parler de l'orichalque, ce métal aux propriétés magiques qui peut, entre autre, diffuser de la lumière dans le noir.
Mary resta sceptique, elle était bien placée pour savoir que le terme d'orichalque n'était pas connu du plus grand nombre, elle-même en ignorait tout encore quelques semaines auparavant. Elle regarda Aël avec suspicion, après tout, elle ne savait pas grand-chose de ce gamin et elle lui avait fait confiance un peu trop facilement. Elle décida d'en savoir un peu plus :
- Comment un simple fils de pêcheur peut-il en savoir autant sur l'Atlantide, sur l'orichalque, sur les clefs et même sur les secrets de cette île ?
Aël se renfrogna mais n'en perdit pas sa morgue pour autant :
- Ce n'est pas parce que j'ai habité le village que je suis fils de pêcheur. Je vis ici depuis toujours et je te l'ai dit, je suis débrouillard et je connais très bien cette île, je ne vois pas de mal à ça. Quant à l'Atlantide, si tu étais du coin, tu saurais que tout le monde connait la légende de cette île et son histoire…
L'explication ne convainquit pas la pirate mais avant qu'elle n'ait pu réfléchir à la suite à donner, Aël dit d'un ton impérieux :
- Il ne fait pas bon trainer dans les parages. Je t'ai menée jusqu'au volcan mais je ne compte pas me faire attraper. Si tu doutes de moi, tant pis pour toi. Moi je n'ai pas l'intention de rester planté ici à palabrer !
Et sans prévenir il tourna les talons et continua son chemin sans se soucier de sa compagne. Bloody en suffoqua d'indignation. Ce gamin avait un aplomb et une insolence insupportable. Cependant, elle n'eut d'autre choix que de le suivre, tout en gardant ses distances et en restant sur ses gardes.
Ils continuèrent ainsi un moment, suivant les lumières bleutées à travers des galeries qui les menaient jusqu'au centre du volcan. Ils finirent par déboucher dans une immense cavité qui devait être l'une des cheminées mineures du cratère. En levant les yeux, Mary pu distinguer loin au-dessus de sa tête, une petite ouverture qui donnait sur le ciel. Autour d'eux, il y avait de nombreuses stalagmites qui montaient comme des colonnes vers le plafond et qui donnait à leur grotte l'allure d'une forêt de pierre. Des rochers et des excavations faisaient aussi partie du décor et Mary n'aimait pas vraiment cet endroit où toutes sortes d'ennemis pouvait se cacher et jaillir sur elle à n'importe quel moment. Elle sortit son sabre de son fourreau afin de se rassurer.
Toujours sans un mot, Aël se glissa à travers les piliers de pierre sans réduire son allure et bientôt il disparut du champ de vision de Mary. La jeune femme le suivait avec prudence et circonspection, inspectant tous les recoins pour s'éviter une rencontre désobligeante. Elle distingua au bout d'un moment un gouffre vers le centre du volcan, dont le fond semblait insondable. Une sorte de pont de pierre, qui le traversait et permettait d'en atteindre l'autre bord, était sans doute l'entrée des quartiers de Phorcys.
Le garçon avait véritablement disparut et Mary ne savait pas vraiment où le chercher, elle se tourna un instant pour voir s'il n'était pas derrière, quand elle ressentit une vive douleur derrière la tête. Le coup qui venait de lui être portée la fit basculer en avant et elle n'eût que le réflexe de dresser ses bras pour se protéger le visage de la chute. Elle perdit connaissance avant de s'être écroulée dans la poussière sans entendre le bruit sourd que son corps produisit en s'écrasant sur le sol.
