Chapitre 40 : Domaine de Phorcys – Sas des portes – Jour 5
Au cours de son existence, elle en avait traversées, des portes magiques, un nombre incalculable, mais peu d'entre elles donnaient sur un sas avec plusieurs entrées, pourtant, constata Régina, celle-ci en possédait un. La question qui se posait à présent pour elle et ses compagnons était : quelle porte ouvrir ?
Circé s'approcha et observa les entrées avec attention. La reine la soupçonna même d'utiliser un puissant sortilège pour voir ce qui se trouvait derrière les ouvertures et effectivement, au bout d'un instant une brume aux reflets jaunes se dissipa pour montrer quelque chose.
La première porte dévoilait clairement un paysage nocturne à priori dans une forme de jungle. Au loin cependant on pouvait distinguer la mer. La seconde ouverture donnait sur une grotte sous-marine où régnait une vive agitation, des hommes amarraient un canot à un ponton quand d'autres les aidaient tout en engageant une discussion véhémente. Quant à la troisième issue, la brume ne se dissipait pas et rien ne permettait de savoir ce qu'elle cachait.
Toujours soutenue par Killian mais reprenant peu à peu ses facultés, Mary s'approcha de la seconde porte et dit d'une voix encore fragile :
- C'est le repaire de Phorcys, c'est la grotte où sont détenus Anne et Jack. Allons-y !
Circé ignora la pirate et poursuivit en désignant la mystérieuse porte qui refusait de se dévoiler :
- Une forte magie est à l'œuvre ici, je gage que cette ouverture ne nous soit pas accessible.
Et comme pour appuyer ses dires, la magicienne approcha ses mains avec prudence et bientôt la magie crépita tout autour de ses doigts. Emma y reconnut immédiatement un avertissement qu'il ne fallait pas négliger. Sans l'annulation du sort qui maintenait cette porte fermée, ils ne passeraient pas par là sans y laisser la vie.
Elle s'intéressa donc davantage à l'autre porte, celle que Mary venait de désigner comme leur objectif. Derrière celle-ci, de nombreux hommes s'affairaient en tous sens.
- Que se passe-t-il par-là à votre avis ?
- Ils changent de quart, répondit Crochet.
Et tandis que tous les regards se tournaient vers lui sans comprendre, il compléta :
- Des hommes d'équipage rentrent se reposer et d'autres repartent. Regardez, les canots ne vont pas tarder à quitter le quai. Ce ne sont pas des bateaux pour la pleine mer, juste pour de courtes distances. Je pense qu'ils sont en mission de repérage ou de recherche.
- Que peuvent-ils chercher à ton avis ? Demanda Emma en se rapprochant du capitaine.
Il haussa les épaules avant de répondre :
- Peut-être nous, peut-être les clefs de l'Atlantide… je l'ignore.
- Nous devons y aller, répéta Mary. Il faut aider Jack et Anne.
- Ce serait du suicide, ils sont bien trop nombreux et nous ne pourrions pas les surprendre, répondit Régina.
- Nous n'avons pas le choix. David et les autres sont probablement toujours là-bas et nous ne savons pas où l'autre porte pourrait nous mener. Il faut y aller, trancha Emma.
Régina voulu s'y opposer, mais avant qu'elle n'ait eu le temps de développer ses arguments, un voile sombre s'abattit sur la porte en question et elle disparut, purement et simplement, sous leurs yeux ébahis.
- Par tous les diables ! Ne put se retenir de jurer Crochet, qu'est-ce que c'est encore que cette sorcellerie ?
Régina serra les dents, et dans un réflexe instinctif fit apparaitre une boule de feu dans chacune de ses mains. Habituée à mener ses sujets, elle incita ses compagnons à se réfugier derrière sa magie, tandis qu'Emma et Circé se calaient naturellement à ses côtés prêtes à faire usage de leur propre pouvoirs. La Reine souffla :
- Une créature magique très puissante est ici, je le sens.
Circé approuva en hochant la tête tandis qu'une ombre s'avançait vers eux d'un pas délibérément lent et assuré. La silhouette était dans l'obscurité qui ne permettait pas de distinguer son visage. D'un geste manifeste de mépris elle claqua ses mains l'une contre l'autre dans un applaudissement sans enthousiasme et assez fort pour que le son se répercute contre les murs. Une voix masculine s'éleva froide et profonde :
- Bravo… Je tiens à vous féliciter pour cet exploit… Vous êtes parvenus jusqu'ici, et ce bien que vous n'y soyez pas les bienvenus.
D'un geste négligeant de la main il lança un souffle de magie qui immobilisa immédiatement tout le monde. Les boules incandescentes de Régina se ratatinèrent jusqu'à disparaître dans ses mains et quoiqu'elle fasse, Emma ne pouvait plus bouger, pas plus que Circé ou les autres. Seule Mary, qui tournait la tête en tous sens sans comprendre, était libre de ses mouvements. La silhouette continua de s'approcher à pas lents et mesurés en lui disant :
- Toujours aussi déconcertée par tes propres pouvoirs à ce que je vois. La magie ne peut rien contre toi, ne l'as-tu pas encore compris ? En revanche je peux tuer tes amis d'un revers de la main, je te conseille donc de rester tranquille.
Mary fixa toute son attention sur la silhouette qui commençait à sortir de l'ombre. Quand l'homme fût enfin visible elle s'exprima d'une voix glaciale :
- Phorcys.
L'homme s'arrêta à quelques mètres de Mary et singea une révérence avec un sourire de prédateur. Emma fût étonnée de l'allure du dieu. Elle s'était attendue à ce qu'il ressemble à Nérée, son frère. Mais si Nérée était un agréable vieillard au regard bienveillant, Phorcys était d'une beauté sombre à la fois attirante et dangereuse. C'était un homme grand et qui semblait sans âge, il avait des cheveux blancs et fins qui lui tombaient sur les épaules, un regard bleu acier et une mâchoire carrée. Il émanait de lui un charisme dangereux, de celui qui donne l'effet d'être un insecte attiré par la lumière, et il semblait évident que quiconque s'y frottait se brûlait irrémédiablement les ailes. Mary adopta une posture défensive face à leur ennemi et Swan regretta de ne pouvoir bouger, malgré tous ses efforts. Elle était paralysée et muette, et ses compagnons autour d'elle également.
- Tu me poses bien des problèmes, Bloody Mary. Non seulement tu es parvenue à t'enfuir en emportant la précieuse clef en orichalque et en abandonnant tes amis, mais maintenant tu reviens avec de nouveaux compagnons pires encore que les précédents et que tu emmènes jusque chez moi… Vous faîtes un bel assortiment ! Qu'espérais-tu faire au juste ?
Tout en parlant, Phorcys s'était approché de ses prisonniers et les observait avec attention. Il s'arrêta devant Circé et lui adressa un regard qui en disait long sur les représailles qu'il lui réservait.
- Croyais-tu vraiment que ta petite ruse de faire garder le silence à tes amis tandis que tu tourmentais mes Grées allait les protéger ?... J'aurais dû te tuer il y a longtemps. Tu as de la chance, pour l'heure, j'ai d'autres choses importantes à faire. Mais quand cette histoire sera terminée, continua-t-il d'un ton cinglant, toi et moi nous aurons une petite discussion que tu devrais trouver fort enrichissante…
Puis, il poursuivit jusqu'à Régina :
- Fût un temps où j'aurais eu beaucoup de plaisir à te rencontrer Majesté mais aujourd'hui tu n'es plus que l'ombre de toi-même et tu traînes en bien mauvaise compagnie. Quel dommage et quel potentiel gâché…
Régina fusillait le dieu du regard mais ne put rien articuler. Phorcys poursuivit à l'attention d'Emma cette fois :
- Et voici la fameuse sauveuse… Je dois avouer que je suis particulièrement… déçu. Tu n'as pas l'envergure de ton nom et n'es, j'en ai bien peur, d'aucune utilité ! Cette magie blanche et particulièrement irritante mais n'a pas sa place ici. Tu n'es qu'une coquille vide.
Phorcys se tourna à nouveau vers Mary qui n'avait pas bougé. Le dieu lui adressa un sourire condescendant. Il ressemblait assez à la figure d'un dieu grec tel qu'aurait pu se l'imaginer la pirate : grand, athlétique, vêtu d'un chiton, vêtement traditionnel porté pendant l'antiquité et composé d'une tunique de lin fixée sur les épaules par des agrafes et d'une ceinture serrée à la taille qui permettait de faire blouser le vêtement. Il portait également un himation, manteau court et drapé. Le tout dans des étoffes riches et soyeuses. Sur les avant-bras, de grands bracelets de cuir estampillés de créatures marines donnaient le pendant à un torque en or ciselé avec les mêmes motifs. Il posa ses yeux pénétrants sur la jeune femme et reprit la parole :
- Je t'aurais pensé plus bavarde, mais si tu veux que je fasse la conversation, ça ne m'ennuie pas. Voilà ce que nous allons faire tous les deux, tu vas gentiment me remettre l'orichalque et je permettrai à tes amis de vivre… un peu plus longtemps.
- C'est ça que tu veux, s'exclama la pirate, l'orichalque ? Tu te trompes depuis le début Phorcys… Je n'ai pas cette clef, elle a disparu par magie lorsque tu nous as fait prisonnier mes amis et moi.
Mary mentait avec un aplomb hors du commun, même Emma n'aurait su détecter la tromperie. Cependant c'était une demi-vérité puisque la clef avait effectivement changée de forme lors de cette attaque. Phorcys, de ses yeux de rapace, observa la jeune femme un long moment avec insistance, mais elle ne faiblit pas et ne baissa pas le regard. Il finit par lui dire :
- Ce que tu dis est possible… mais, je préfère vérifier par moi-même.
D'un geste de la main il fit léviter les sacs et l'intérieur des bourses et poches de ses cinq adversaires. Les objets s'éparpillèrent. Toujours par magie, il les déposa devant lui et leur contenu s'étala sur le sol à ses pieds : rations de nourriture, couvertures, la bouteille de rhum de Killian, le miroir de Régina, vêtements, argent, épées, affaires personnelles, potions, sachets d'herbes… Rien que de très banal mais aucun de ces objet ne ressemblait à celui que convoitait le dieu. Il eut un signe de dédain devant le désordre qu'il avait provoqué, et reprit à l'attention de Mary :
- Peu importe en réalité que tu aies ou non cette clef. Car j'ai découvert que je n'avais plus besoin de toi : j'ai mon propre sésame, et, comme tu le sais, je ne tarderais pas à ouvrir la porte. Sans l'orichalque tu ne représentes aucun danger pour moi. Pars, quitte cette île tant que t'y autorise encore, et ne reviens jamais.
Et sans attendre, il tourna le dos à la jeune femme et repartit dans l'ombre. Bloody l'interpella :
- Alors tu n'as pas besoin non plus de mes capitaines, libère Anne et Rakham et nous partirons.
Le dieu tourna la tête vers elle, un sourire cruel se dessina sur ses lèvres :
- Je crains fort que cela ne soit pas possible. Ils ont succombé… Les humains sont si fragiles ! Par contre si ça t'intéresse sache que le jeune garçon - tu sais, celui qui te rappelle tant ton beau pirate manchot - s'est aventuré un peu trop effrontément sur mon domaine, et ça, vois-tu, ça ne lui a pas porté bonheur. Sa vie est donc entre tes mains, je te conseille de ne rien faire que tu pourrais regretter…
Sur ce, une vague magique apparu et engloutit le dieu. L'instant d'après, seule une flaque d'eau salée gisait à l'emplacement où s'était tenu Phorcys.
