Chapitre 42 : Domaine de Phorcys – Plage – Jour 5
- Je suis désolée Emma… Je n'y arrive pas.
Régina affichait un air inquiet devant la blessure de la sauveuse. Les griffures de la Grée étaient profondes et pas très belles à voir, mais ce n'était que des blessures superficielles, pas de quoi s'affoler. En revanche, le fait que les pouvoirs de Régina soient inopérants était plus alarmant. Circé s'approcha et leva une main vers la gorge de Swan, usant à son tour de la magie, mais là non plus, rien ne se produisit. La déesse fronça les sourcils, baissa la main et expliqua :
- Ce ne sont pas tes pouvoirs, Majesté, qui ne fonctionnent pas, c'est cette blessure qui est particulière, les Grées ne craignent pas la magie… Je pense que les blessures qu'elles infligent non plus.
- Mais j'ai soigné le coup derrière la tête qu'a reçu Mary, il n'y a pas eu de problème.
- Ce coup avait été porté par un gourdin, certes dans la main d'une Grée mais il n'y a pas eu de contact direct. Là… Dit-elle en désignant de la main la blessure d'Emma.
- Là, ce n'est qu'une éraflure, rien qui ne soit vraiment gênant, termina Emma qui ne souhaitait pas être au centre de l'attention.
La sauveuse se leva pour partir, mais la déesse la retint par le bras.
- Une éraflure profonde et faite par des ongles tranchants et sales. Nous ne pouvons pas utiliser la magie, mais nous pouvons nettoyer cette plaie, compléta Circé.
Emma se rassit et accepta les soins sans broncher. La magicienne fouilla dans une sacoche de cuir qu'elle portait à la ceinture. Celle-ci contenait différents ingrédients qu'elle avait remis en vrac après la fouille de Phorcys. Elle retira un morceau de tissu qu'elle imprégna d'un onguent et l'appliqua sur la plaie préalablement nettoyée avec de l'eau. Lorsque Circé eut terminé, elle donna le pot contenant le baume à Emma et lui dit :
- Tu peux l'appliquer aussi souvent que nécessaire, il aidera à la cicatrisation et préservera la plaie de l'infection.
- Merci, répondit Emma dans un demi-sourire en prenant le petit pot en terre que lui tendait la déesse.
La sauveuse se leva et se dirigea vers Killian qui était resté un peu en retrait mais qui n'avait rien raté de la scène. Il affichait un air inquiet.
- Ca va Swan ? S'enquit-il en regardant la plaie.
- Ne t'en fais pas Killian, tout va bien.
La jolie blonde adressa un sourire réconfortant au pirate qui le lui rendit, puis elle demanda d'un ton dégagé :
- Tu peux me prêter ta flasque ?
Killian mit la main dans la poche intérieure de sa longue veste noire et en extirpa une petite bouteille de verre soufflée, recouverte de cuir sur sa partie inférieure. Le Capitaine ne se séparait jamais de son rhum et c'est tout naturellement qu'il l'avait ramené depuis Storybrook. Il tendit le flacon à sa compagne qui le remercia. Emma ouvrit le bouchon et glissa le goulot à sa bouche. Le liquide sirupeux se répandit à ses lèvres, sur sa langue, le long de sa trachée et l'inonda de la chaleur caractéristique de l'alcool. Elle apprécia ce réconfort, remit en place le bouchon de liège mais garda la bouteille par devers elle en expliquant :
- Je vais te la garder un petit moment si tu veux bien. Je crois savoir que les pirates apprécient ce genre de breuvage !
Comprenant immédiatement ce que la sauveuse avait en tête, Killian lui dit :
- Je viens avec toi.
Elle l'arrêta d'un geste de la main.
- Non, trancha-t-elle.
Puis, prenant un ton plus radoucit elle continua :
- Parfois les mots ont plus d'impact quand ils viennent d'une personne qu'on connait moins…
Crochet opina en soupirant et Emma, après lui avoir adressé un rapide baiser, s'éloigna en direction de la plage.
Quand Phorcys les avait quittés, une bonne heure auparavant, son sortilège s'était immédiatement rompu et Emma et ses amis avaient pu se mouvoir normalement. D'un commun accord, ils avaient tous décidé de poursuivre leur chemin à travers la seule porte qui leur offrait une issue. Ils étaient donc arrivés de nuit, sur une île inconnue. Tandis que Régina essayait de soigner Emma, Mary s'était éloignée vers la mer. La clarté de la lune et le ciel sans nuage aida Swan à se déplacer sans difficulté malgré l'obscurité. Elle vit la silhouette de Bloody, assise sur un énorme rocher qui surplombait l'océan : encore un point commun avec Killian, la jeune femme appréciait la vue des flots, surtout lorsqu'elle broyait du noir. Emma se glissa sur le bloc de pierre, à côté de Mary. Celle-ci vit la sauveuse mais ne dit rien. Lorsque, toujours sans un mot, la blonde lui tendit la flasque, elle l'accepta sans broncher et but plusieurs gorgées avant de rendre son bien à Emma. Swan finit par rompre le silence :
- Tant que je ne l'aurai pas constaté de mes yeux, je n'y croirai pas.
Mary répondit d'un ton amer, sans quitter l'océan des yeux :
- Phorcys n'a pas parlé de ton père, c'est normal que tu espères, il est probablement toujours en vie.
Emma durcit délibérément le son de sa voix, la pirate succombait au désespoir et ce n'était pas le bon chemin à emprunter :
- L'objectif de Phorcys n'est clairement pas de nous donner de l'espoir. Je refuse d'apporter le moindre crédit à ce qui peut sortir de la bouche de ce démon, que ce soit pour mon père ou pour tes capitaines.
Bloody ne semblait pas avoir entendu la sauveuse. D'une voix morne elle poursuivit :
- Tout est de ma faute… Si je n'avais pas voulu retrouver ce damné trésor, mes amis vogueraient toujours paisiblement sur le Revenge, vous profiteriez tous du calme de votre petite ville et rien de tout cela ne serait arrivé.
Emma plissa le nez en répondant, comme en aparté :
- Storybrook n'est pas vraiment ce qu'on pourrait appeler une petite ville calme et paisible, mais peu importe. A présent, nous sommes là, tes amis et mon père ne sont sans doute pas très loin et en vie, j'en suis persuadée. Phorcys a cherché à te déstabiliser, mais il ne doit pas y parvenir… Et, aujourd'hui, il a fait une grossière erreur…
La curiosité fut la plus forte, Mary demanda :
- Laquelle ?
- Celle de nous laisser en vie, répondit Emma avec un sourire affirmé. Il pense qu'il n'a plus rien à craindre de toi, mais il se trompe, tu es toujours la gardienne : tu as le pouvoir de l'arrêter. Nous sommes ensemble et il est seul. Il a eu tort de nous négliger.
Emma avait encore en travers de la gorge les mots du vieillard de la mer à son égard. Elle avait appris à croire en son rôle de sauveuse et le voir ainsi dénigré par le dieu l'avait foncièrement vexée et il n'était pas question qu'elle lui laisse le pouvoir de les faire douter.
- Mais je ne suis pas la gardienne, répondit Mary, combien de fois dois-je le rappeler ?
- Tu pourras le dire autant de fois que tu voudras, ça ne changera rien. Crois-moi, j'en sais quelque chose !
Swan se tut un instant et soupira. Des souvenirs, pas si lointains, s'imposèrent dans son esprit : les premières révélations sur ses origines, sur l'existence de ses parents : Blanche-Neige et le Prince Charmant, la réalité sur les livres de contes et sur la magie… Tout cela n'avait pas été sans difficultés. Elle prit une grande inspiration et se lança :
- J'ai passé des mois à refuser en bloc l'existence de la magie et des autres univers. Je croyais que seul mon monde existait.
- C'est ridicule ! S'exclama Bloody pour qui cette évidence était acquise depuis son plus jeune âge, comme pour tous les habitants de la Forêt enchantée et des peuples de magie en général.
- Je sais, confirma Emma, mais à l'époque ça n'existait pas pour moi, pas plus que mon rôle de sauveuse… Cela ne fait pas si longtemps que je l'ai accepté et, aujourd'hui, je n'imagine pas que les choses puissent être autrement.
Mary se tourna et regarda Emma avec attention. Cette dernière continua :
- Découvre qui tu es Mary, toi seule sais ce que ce rôle de gardienne doit devenir, personne ne peut te dire qui tu es réellement, il n'y a que toi qui le peux. Mais pour cela il faut t'ouvrir à ta magie, elle viendra à toi, naturellement… Fais-toi confiance.
Jamais Emma n'aurai pensé pouvoir tenir un tel discours un jour, et pourtant, elle en pensait chaque mot et elle savait mieux que quiconque combien le chemin que devait parcourir Mary était angoissant.
- Et si je n'y arrive pas ?
- Personne d'autre que toi ne le saura, et ça vaut le coup d'essayer !
La pirate observa un instant le sourire encourageant de la sauveuse, puis le silence retomba entre les deux femmes : Mary avait besoin de prendre le temps d'analyser toutes ces informations. Elle demanda :
- Il te reste du rhum ?
Emma tendit à Bloody le flacon qui n'avait pas quitté sa main. La jeune femme avala quelques gorgées avant de rendre la flasque à la sauveuse qui but à son tour. Puis Mary glissa la main jusqu'au lobe de son oreille droite et en décrocha la boucle en forme de narval bondissant qui y était accrochée. Elle avait pensé que c'était la cachette la plus fiable pour la clef en orichalque, à la vue de tous et pourtant invisible pour qui ne savait pas quoi chercher, et effectivement, Phorcys ne l'avait pas découverte. Dans la paume de la gardienne, la clef reprit sa forme originelle. Emma sourit, elle savait que pour Mary cette action de magie simple, presque naturelle, était un premier pas vers l'acceptation de ses nouvelles capacités.
- Je ne sais même pas quelles sont les autres clefs, dit Mary. L'eau par exemple, c'est un élément qui représente beaucoup de choses pour moi : l'océan, un foyer, le Revenge, mes amis… Comment savoir ce qu'il ressort de tout ça ?
- Je l'ignore, dû admettre la blonde. Mais je suis sûre que tu finiras par trouver.
De nouveau un long silence vint s'immiscer entre les deux femmes. Emma observait le ciel sans nuage offrant une vue constellée d'étoiles. Le doux ressac des vagues qui venaient s'échouer sur la plage était apaisant et favorisait les confidences. Swan entendit Bloody pousser un profond soupir avant de lui dire :
- Je te dois des excuses Emma.
- Tu ne me dois rien du tout Mary.
La sauveuse savait pertinemment où la jolie brune voulait en venir et elle n'avait aucune envie d'aborder le sujet. Elle poursuivit :
- Rien de ce qu'il s'est passé chez Circé n'était réel. Cette situation n'était à l'avantage d'aucune de nous deux et je pense que nous devrions oublier tout ça… Et puis, j'ai détesté perdre au bras de fer contre toi ! Plaisanta Emma pour détendre l'atmosphère. Mary sourit de bonne grâce et les deux femmes s'accordèrent pour oublier cet épisode fâcheux.
Les bruits de la nuit reprirent à nouveau leur place entre elles. Mary tripotait la clef en forme de Narval qu'elle tenait à la main, tandis qu'elle observait l'océan où se baignait la lune. Le paysage était somptueux. Emma regardait sans la voir la clef en métal bleu dans les doigts de Bloody quand une lueur attira ses yeux. La pirate portait au poignet un bracelet de perles en bois flotté. Dans l'obscurité de la nuit, Swan avait l'impression qu'elles scintillaient étrangement.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda la sauveuse.
- Quoi ?... Ça ?... demanda Mary en désignant l'objet. Un simple bracelet porte-bonheur que m'a offert un vieil artisan. Celui-ci devait me protéger des mauvais esprits, selon ses dires.
La jeune femme tendit son poignet à Emma qui observa attentivement les perles. Malgré le peu de lumière, elle parvenait à les distinguer et imaginait le travail minutieux pour sculpter chacune d'entre elles. C'était un véritable travail d'orfèvre. Chaque morceau de bois représentait un animal marin et ils semblaient se mouvoir à l'unisson à la lueur de la lune.
- On a l'impression qu'ils sont vivants… Ne put s'empêcher de s'exclamer Emma.
- Oui. Et chose plus étrange encore, plus ils sont près de la mer et plus ils semblent animés…
Afin de permettre à Emma de mieux visualiser les perles, Bloody entreprit de défaire le bracelet. Lorsque l'attache céda et que les petits animaux de bois flotté furent dans la paume de la jeune femme, Emma pu voir à nouveau le scintillement pulser, plus fort cette fois.
- Cet objet est magique, affirma Emma comme une évidence.
Rien ne pouvait confirmer ses dires, mais elle était sûre d'elle. Dun geste, Mary fit glisser les perles entre ses doigts et les animaux qu'elles représentaient : dauphin, phoque, orque, sirène, kraken, pieuvre… semblaient nager le long de ses phalanges, ils prenaient littéralement vie et la lueur s'intensifiait. Emma vit Bloody douter un instant de ses capacités et d'une voix posée, elle l'encouragea :
- Ce bracelet répond à tes envies Mary, n'en aie pas peur, concentre toi et laisse agir ta magie.
La pirate affirma sa prise sur le bracelet et ne quitta pas l'objet des yeux, plissant légèrement les sourcils sous l'effort. Puis d'un coup, le souffle caractéristique de la magie se fit entendre et dans un nuage bleuté l'objet dans la main de Mary changea de forme. Sous les yeux ébahis des deux femmes, le bracelet de fines perles de bois était devenu une nouvelle clef en orichalque, celle-ci représentant, non pas un narval, mais un phoque dont les nageoires postérieures étaient unies et crantées, tandis que des inscriptions dans le dialecte déjà observé sur le narval, ornaient le ventre de l'animal. Mary mit les deux clefs côte à côte pour les comparer et interrogea Emma du regard. Celle-ci lui répondit :
- Je crois que le vieil artisan que tu as rencontré et qui t'a mené dans cette quête de l'Atlantide, n'était pas si désintéressé que ça… Si j'en crois ce que nous a dit Belle sur les trois vieillards de la mer, je parierais que tu détiens maintenant la clef du dieu Protée.
- J'ai l'impression d'être manipulé par des forces qui me dépassent, répondit mary à mi-voix.
- Raison de plus pour accepter tes pouvoirs et prendre l'avantage. Viens, je pense qu'il est temps de parler de tes découvertes au reste du groupe.
Mary acquiesça aux paroles de la sauveuse. Elle redonna leur forme de bijoux aux deux clefs sans effort et les mit à son oreille et à son poignet. Puis elle se leva à son tour et suivit Emma. Celle-ci les guida à travers la jungle, en direction du campement, puis s'arrêtant à l'orée du bivouac, elle dit à la pirate :
- Pars devant, je vous rejoins tout de suite.
Pensant que la sauveuse devait satisfaire un besoin naturel, Bloody ne s'étonna pas et poursuivit seule sa route tandis qu'Emma s'enfonçait un peu à l'écart dans la jungle. Lorsqu'elle fut suffisamment éloignée, Swan s'octroya un moment de répit et s'assit sur un rocher saillant. Son front perlait de sueur et elle avait du mal à garder une attitude décontractée. Sa blessure au cou la chauffait comme un feu ardent et à chaque battement de son cœur, elle sentait comme une brûlure pulser de la plaie. L'infection était à craindre et les premiers symptômes de la fièvre était déjà là : chaud et froid, frissons, courbatures… Emma sentait qu'elle s'affaiblissait mais il était hors de question d'alerter ses amis, pour l'instant, ils ne pouvaient rien pour elle. Elle sortit de sa poche le petit pot de terre cuite qui contenait l'onguent donné par Circé, et entreprit de nettoyer la plaie avec l'eau de sa gourde qu'elle avait versée sur un chiffon propre. Malgré la grimace que lui arracha la douleur du frottement du tissu contre sa peau lésée, la fraîcheur du liquide soulagea un peu la sauveuse. Elle couvrit ensuite son index d'une épaisse couche de baume translucide qui sentait bon les herbes et en badigeonna généreusement la plaie. Le produit semblait faire effet et pendant quelques minutes, les entailles la brûlaient moins, mais l'accalmie dura peu et bientôt la douleur sourde reprit ses droits. Ne pouvant rien faire de plus, Emma rangea ses affaires, s'essuya le front, essaya de se redonner une contenance et repartit en direction du campement pour rejoindre les autres.
