Chapitre 45 : Domaine de Phorcys – Campement – Jour 6
- Killian ?...
Ça faisait un moment qu'elle essayait de s'exprimer mais les mots ne sortaient toujours pas comme elle voulait de sa bouche. Elle avait l'impression d'être engluée dans une mélasse qui lui paralysait le corps et l'esprit. Le pirate s'approcha d'elle et avec des gestes infiniment doux, lui glissa un bras sous la nuque pendant qu'il approchait de ses lèvres une gourde d'eau fraîche. La jeune femme lui en fût infiniment reconnaissante. Sa bouche était sèche et sa langue râpeuse, elle but avec avidité et apprécia le liquide qui la désaltéra.
- Doucement Swan, tu vas finir par t'étouffer. Voilà, comme ça prend ton temps…
Crochet la maintint ainsi jusqu'à ce qu'elle eût étanchée sa soif et avec la même douceur, reposa sa tête sur l'oreiller qu'il lui avait fait avec sa longue veste de cuir. Elle était allongée sur un lit de feuillage et recouverte de plusieurs couvertures. Il faisait jour encore, ils devaient être en fin d'après-midi. A côté d'elle un feu crépitait. Swan frissonnait malgré la chaleur, l'effet de la fièvre se dit-elle. Crochet la tira de sa rêverie.
- Comment te sens tu ma belle ? Tu as dormi un long moment.
Il posa sa main fraîche sur le front de la blonde et rajouta :
- J'ai l'impression que ta fièvre a baissé un peu, je vais te chercher la boîte de pastilles blanches que tu as dans ton sac.
Il s'éclipsa un instant et revint avec le paracétamol et une mangue qu'il lui avait coupée en fines tranches. Elle avala le médicament et il lui donna la béquée pour qu'elle mange quelques morceaux de fruit. Cela lui fit du bien mais chaque mouvement de mâchoire l'épuisait davantage et elle préféra lui faire signe d'arrêter de peur de perdre à nouveau conscience avant d'avoir pu lui parler. La sauveuse dû faire un effort de mémoire pour se rappeler ce qu'elle voulait dire, les mots lui échappaient inexorablement et tout était embrouillé. Dans une demi-conscience elle déglutit :
- Ecoute… important… il faut trouver Protée… les clefs… Mary… Attention… aide la…
- Calme-toi Emma. Tu dois te reposer et reprendre des forces. Ne te soucie de rien d'autre, nous…
Le regard noir que lui adressa la sauveuse lui coupa la parole. L'espace d'un instant, il revit la femme forte qu'il aimait tant et il reprit espoir. Derrière ce visage souffreteux et ce corps affaiblit, elle était toujours là, et elle voulait lui parler.
- Excuses moi, je t'écoute, dit-il attentif.
Elle lui adressa un petit sourire maladif et reconnaissant avant de se concentrer pour être cohérente :
- … Protée peut nous aider… Il faut… le trouver… Phorcys très dangereux… Mary… en danger…
Les mots s'étranglèrent dans sa gorge, elle avait encore tellement de choses à dire mais de nouveau une brume vint se poser devant ses yeux, elle essaya de secouer la tête pour la faire disparaitre mais cela n'eut comme effet que de lui donner des vertiges. La main fraîche de Killian sur son visage l'apaisa et comme si sa voix lui parvenait de très loin, elle entendit vaguement :
- Ne t'en fais pas Swan, j'ai compris. Repose toi ma belle, je veille sur toi… Je t'aime.
Et elle sombra une nouvelle fois dans la torpeur.
Le capitaine observa la sauveuse quelques instants encore, puis, d'un pas lourd il quitta son chevet pour rejoindre les autres qui se tenait un peu à l'écart. Régina l'interrogea du regard.
- Elle a de nouveau perdu connaissance. Je pensais que sa fièvre avait baissé mais elle semble s'affaiblir davantage d'heure en heure. Je déteste ne rien pouvoir faire pour l'aider.
- Il n'y a rien de plus que tu puisses faire capitaine, tenta de le rassurer Circé, être à ses côtés c'est déjà beaucoup.
- Pas sûr, dit-il après un instant de réflexion. Emma a essayé de me dire quelque chose.
- Quoi ? demanda Régina en s'approchant d'un pas, que t'a-t-elle dit ?
- Pour être honnête c'est plutôt confus, mais il y a une idée qui ressort à chaque fois : elle dit que nous devons trouver Protée.
- Le troisième vieillard ? Demanda Mary, pourquoi ?
- Je l'ignore mais Emma pense que c'est important et ce n'était pas une divagation due à la fièvre, elle avait toute sa tête, en tout cas tout ce que cette fichue maladie lui laisse de libre arbitre. Nous devons absolument trouver ce vieux loup de mer, il peut sans doute l'aider.
- Encore faudrait-il savoir où le chercher, avança Circé. Protée est d'une personnalité très discrète, l'attachement que les hommes portent aux choses l'ennuie, et il préfère se soustraire de la vue des dieux et des humains. En règle générale il vit dans un coin de mer, loin, en ermite avec les phoques. Je ne sais même pas dans quel monde il se trouve…
Régina leva un œil. Une idée lui traversa l'esprit :
- Tu dis qu'il se trouve quelque part dans l'océan ?
-Oui, mais je te l'ai dit, il peut être n'importe où et probablement très loin d'ici. Je ne l'imagine pas vivre près de son frère belligérant.
Cette fois la Reine afficha un large sourire avant d'annoncer à ses compagnons :
- Je crois que j'ai trouvé la solution pour contacter ce fameux vieillard. Il est temps de voir si mes rapports avec la pimbêche des océans se sont améliorés !
Killian écarquilla les yeux quand il comprit l'idée de la méchante reine :
- Tu veux demander son aide à Ariel ?
Le capitaine réfléchit tout haut :
- C'est une sirène, elle a le pouvoir de voyager à travers tous les océans et d'ouvrir des portes sous-marines entre les mondes… Mais penses-tu vraiment qu'elle acceptera de t'aider ?
- Moi, non. Mais la fille de Blanche-Neige, sans aucun doute. Toi et Mary restez ici pour protéger Emma, Circé et moi nous allons essayer de convaincre le vieux morse que notre compagnie est plus agréable que celle de ses congénères.
Et, une fois n'est pas coutume, Régina adressa un sourire radieux à Killian, trop heureuse d'avoir peut-être une solution pour aider Emma. Sans perdre un instant, elle attrapa son sac et incita Circé à la suivre. Elles avaient encore quelques heures devant elles avant la fin du jour et c'est le temps qu'il leur faudrait pour atteindre le rivage. Elles auraient pu, bien-sûr, gagner du temps en se téléportant mais, cela aurait été donner de précieux indices à Phorcys sur leurs intentions et elles ne pouvaient s'y résoudre. Elles partirent donc d'un bon pas vers la plage la plus proche.
La Reine devait être à proximité de la mer pour appeler Ariel. Elle espérait juste que celle-ci accepterait de lui répondre.
