Chapitre 46 : Domaine de Phorcys – Plage – Jour 6

Le soleil se couchait sur l'eau calme. Les dernières lueurs du jour offraient une vue paradisiaque sur l'océan. Les vagues venaient langoureusement lécher le sable clair et chaud, et la marée descendante laissait apparaitre quelques rochers émergeants. Les deux magiciennes s'approchèrent du rivage, Circé s'arrêta à quelques mètres du bord pour interroger la Reine :

- Vas-tu enfin me dire comment tu comptes faire pour retrouver Protée ?

- Tu vas voir, répondit Régina en arpentant la plage.

Elle se pencha pour ramasser un coquillage, l'observa un instant et le laissa retomber avec une moue dépitée. Elle poursuivit ainsi ses recherches dans le sable pendant un long moment, jusqu'à revenir avec une conque d'une taille qu'elle estima suffisante. L'objet mesurait plus de quarante centimètre de longueur et avait une jolie forme en spirale qui se terminait par une pointe.

- Je dois reconnaitre que tu as trouvé la plus belle conque de la plage, peut-être même de toute l'île, mais je ne comprends toujours pas ce que tu comptes en faire, penses-tu que les tritons répondront à ton appel ?

- Les tritons, non. Mais une sirène… peut-être, répondit Régina en regardant l'océan.

Elle porta la partie large du coquillage à ses lèvres et y murmura quelque chose que Circé n'entendit pas. La Reine prit le temps de formuler sa demande à mots choisit, les sirènes étaient rapides, très rapides même pour voyager à travers les flots, mais Régina n'avait aucune certitude qu'Ariel répondrait à son appel. Comme pour beaucoup, elle était encore la méchante Reine aux yeux de la sirène et elle leur passé commun ne faisait pas pencher la balance en faveur de la rédemption de Régina.

De longues minutes s'écoulèrent mais rien ne vint troubler la surface de l'eau. Régina réitéra donc son appel. A nouveau elle plaça la conque contre ses lèvres et y parla consciencieusement, ravalant son impétuosité naturelle pour insuffler à son message autant de confiance que possible. Elle essaya de relater les faits avec justesse et précision. Elle souhaitait faire comprendre à la sirène que ses intentions étaient bonnes. Elle décrivit l'état de santé d'Emma, le danger imminent des flots s'ils étaient sous l'emprise de Phorcys, la captivité de David. Elle alla même jusqu'à demander « s'il te plaît » à cette femme poisson.

En désespoir de cause, et ne pouvant faire plus, elle s'assit sur un rocher aux côtés de Circé et attendit patiemment, refusant de perdre espoir. Le temps passa avec lenteur, Régina bouillonnait mais refusait de céder à sa frustration. Elle attendit aussi longtemps que sa patience le lui permit mais finit par se lever d'un bloc, l'œil noir et le visage fermé. D'un air de dépit, elle dit d'un ton glacial et tournant déjà le dos à l'océan :

- On s'en va.

- Non. Elle arrive, dit simplement Circé que sa qualité de déesse rendait plus réceptive à la proximité d'une créature magique.

Régina vit effectivement la surface de l'eau se rider et bientôt, le visage familier de la jeune sirène sortir des flots. Ariel se tenait à une distance raisonnable et s'adressa à Régina avec méfiance :

- J'ai entendu ton appel Régina. Mais je n'ai aucune confiance en toi, qu'est ce qui me dit que tu ne cherches pas à me manipuler pour obtenir quelque chose de moi ? Comment savoir si ce que tu me dis est vrai ? Où sont Emma et Crochet ?

C'est Circé qui prit la parole de sa voix douce et chaleureuse, presque envoutante. Régina espéra que la déesse n'en ferait pas trop, elle ne voulait pas que la petite sirène déguerpisse.

- Tout est vrai jeune sirène. Je me nomme Circé et je suis ici avec tes amis. La sauveuse est très malade, un sort absorbe progressivement toute sa magie et nous avons besoin de ton aide pour la soigner. Ton ami, le capitaine, est resté à ses côtés.

Ariel regarda successivement Circé et Régina et après un temps d'hésitation elle choisit de les écouter. Lentement elle s'approcha du rivage et sortit de l'eau avec deux jambes parfaitement humaines. A son poignet, elle portait toujours le bracelet magique que lui avait donné la Reine quelques années auparavant et qui lui permettait de choisir d'avoir des jambes ou une nageoire.

- Merci Ariel, articula Régina avec difficulté.

Il faut dire qu'elle n'avait jamais particulièrement apprécié les sirènes autrement qu'avec un filet de citron. Et remercier l'une d'elle lui coûtait. Elle continua cependant, mettant de côté son animosité :

- Phorcys, un dieu malveillant menace les océans. Son frère Nérée, nous a aidés mais nous ne l'avons pas revu depuis un moment. Ils ont un troisième frère, Protée, Emma semble penser que seul lui pourrait, maintenant, nous venir en aide.

- Je connais le dieu Protée, répondit Ariel, mais il est difficile, voire impossible de le trouver, il se cache souvent de toute forme de civilisation et n'aime pas être dérangé. ça ne va pas être simple de mettre la main sur lui.

- Tu es notre seul espoir. Selon Nérée tous les royaumes sont menacés et les océans en premier lieu.

- Je le sais et c'est pour ça que je vais vous aider, mais je ne vous promets rien. Il vous faudra peut-être attendre longtemps mon retour. Quoiqu'il en soit, je reviendrai.

- Dépêche-toi, le temps presse. Ne put s'empêcher de rajouter Régina en pensant à son amie qui se battait contre sa sinistre maladie.

Ariel avait déjà replongé dans les eaux devenues noires maintenant que la nuit était tombée. Prenant leur mal en patience, les deux femmes remontèrent la plage à un endroit où le sable était sec et à l'abri des marées. Elles y installèrent un petit campement de fortune. La Reine savait que les sirènes étaient très rapides sous l'eau mais Ariel ne savait pas où chercher. Elle ignorait beaucoup de la multitude des mondes sous-marins mais elle se doutait que cette mission était comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Régina n'était même pas sûre qu'Ariel soit en mesure de convaincre le dieu.
Leur attente sur la plage pouvait durer des jours, Régina espéra qu'Emma tiendrait jusque-là.