Chapitre 47 : Domaine de Phorcys - Porte de l'Atlantide – Jour 6
Ils étaient restés sur les hauteurs de l'île, ayant une vue large sur le dessus de la canopée.
Depuis l'attaque qu'ils avaient subie, et même s'ils s'en étaient tirés à bon compte, Anne redoublait de prudence. Elle avait exigé des tours de garde durant la nuit et avait elle-même choisit l'emplacement du campement. Ils s'étaient donc installés sur une corniche, le long de la colline qu'ils avaient partiellement escaladée jusqu'à avoir une vue dégagée sur une partie importante de l'île. Le temps était clair et David avait écopé du second tour de garde. Tout en se pelotonnant dans sa cape, les nuits pouvaient être fraîches dans la jungle, il observait les alentours en laissant divaguer son esprit. Il pensa à Blanche-Neige et au petit Neal qui l'attendaient à Storybrook, mais il pensa surtout à Emma qui devait s'inquiéter pour lui… à moins qu'elle ne soit, elle aussi, tombée dans les griffes de Circé. Le Prince essayait de se rassurer en se disant qu'elle n'était pas seule et que Régina et Crochet étaient à ses côtés, mais malgré tout son inquiétude perdurait, comme si un malheur imminent guettait sa fille.
Pour se changer les idées et pour ne pas succomber au sommeil, il se leva et fit un petit tour de ronde sur le chemin qui longeait la butte. Il scruta l'horizon à la recherche d'un potentiel danger mais la forêt n'offrait que son cortège de bruits nocturnes : chant de grenouilles, mouvement d'animaux et d'insectes et tout un tas d'autres sifflements, hululements, coassements, bourdonnements que David ne souhaitait pas particulièrement analyser. Alors que son regard balayait l'horizon, il fût soudain attiré par quelque chose. Il n'était pas sûr dans un premier temps, mais bientôt, cela lui parut plus évident : à travers la canopée il distinguait une faible lueur pas très loin de la plage : un feu de camp était allumé.
Quittant son poste d'observation, il s'approcha de l'endroit où dormait ses compagnons, il se pencha vers Bonny mais n'eut pas besoin de la toucher pour qu'elle ouvre un œil aiguisé : cette femme était surprenante à bien des niveaux.
- Que se passe-t-il mon Prince ? Demanda-t-elle sur le qui-vive.
- Rien de grave, mais il y a un feu de camp vers l'ouest à environ deux ou trois heures de marche d'ici.
Anne se leva d'un bon, le Rouge qui s'était réveillé également fut moins réactif, il grogna comme un ours mais consentit à se lever à son tour. Quant à Aël, un peu plus à l'écart, il dormait toujours.
Les deux pirates suivirent David qui leur montra sa découverte.
Rakham prit la parole le premier :
- Vous pensez qu'il est prudent de s'aventurer par-là ? C'est peut-être juste un piège de Phorcys pour nous obliger à nous mettre à découvert.
- Peut-être, lui rétorqua Anne, ou peut-être pas. ça pourrait tout aussi bien être Mary qui nous cherche.
Le Rouge renifla bruyamment, il avait l'humeur difficile au réveil, cela contrastait avec son habituel ton enjoué :
- Tu sais aussi bien que moi que Mary n'aurait pas fait de feu. Elle sait que sur une île c'est le meilleur moyen d'être vue.
- Justement, lui dit Bonny en se tournant vers lui, elle cherche peut-être à ce qu'on la retrouve.
David s'immisça dans la conversation :
- Je propose que nous allions voir, si nous partons maintenant, nous arriverons avant le lever du jour et nous aurons tout le loisir de voir à qui nous avons à faire.
- Je suis d'accord, intervint Aël qui les avait rejoint, si il y a une chance que ce soit Mary, nous ne devons pas la laisser passer.
Jack acquiesça en grognant et chacun ramassa ses affaires. En bons capitaines de vaisseau, Anne et le Rouge prirent le temps d'observer les étoiles pour déterminer la direction à prendre. Une fois sous le couvert de la jungle, il ne serait pas facile de se repérer, la frondaison des arbres leur occultant la vue des constellations, mais les pirates étaient habitués à prendre différents points de repères là où personnes n'en voyait. David connaissait Crochet et savait que c'était un excellent capitaine, mais il n'avait aucun doute que ces deux-là savaient eux aussi exactement ce qu'ils faisaient.
Lorsqu'ils eurent bien étudié la position de leur destination, ils se mirent en route. La marche n'était pas aisée de nuit, en pleine jungle, mais Bonny savait retrouver des chemins assez fréquenté pour ne pas avoir à se tailler un sentier parmi les broussailles. Leurs seules craintes étaient les animaux nocturnes qui pouvaient surgir, serpents, araignées, et autres bêtes nocturnes et venimeuses. Ils devaient rester vigilants.
Ils marchèrent ainsi des heures, la distance était plus longue que ce que David n'avait d'abord estimé. Anne demandait parfois des haltes et elle et Jack conspiraient à voix basse pour savoir quel chemin suivre. David les laissait faire, ils étaient sans conteste mieux qualifiés que lui pour cette tâche et vouloir prendre part à leur choix n'aurait fait que retarder tout le monde.
Enfin, alors que la nuit tirait à sa fin, Jack les arrêta d'un geste avant de chuchoter à Aël et David :
- Mes petits gars, je crois que cette fois nous y sommes ! Maintenant plus un bruit, avancez en silence et déployons-nous. Le campement est par là, dit-il en brandissant sa main immense devant lui. S'il vous arrive n'importe quoi, appelez, ce n'est pas le moment de jouer les héros. Aël tu prends le flanc bâbord et toi David, tu vas sur tribord.
Ayant l'habitude des termes de marine utilisés par Crochet, David sut où se placer mais il fut frappé de constater qu'Aël n'avait aucun problème avec ce vocabulaire. Puis se souvenant que le garçon venait d'un village de pêcheurs, il se dit que ce n'était pas si étonnant.
Les quatre compagnons avancèrent à tâtons sans distinguer la moindre lueur à travers la flore. Le prince se demanda même si les pirates n'avaient pas fait fausse route, mais bientôt un halo orangé faisait courir des ombres sur le feuillage. Il n'était plus très loin. Il redoubla de prudence quand il entendit, à seulement quelques pas de lui, le heurt de deux lames qui s'entrechoquaient dans la nuit, suivi d'un cri. C'était Anne, il allait rebrousser chemin pour la rejoindre quand une ombre menaçante s'interposa. Dans l'obscurité il ne distinguait qu'une silhouette agrandie par la lueur du feu. L'homme était solidement campé devant lui, il brandissait un sabre d'une main et avait une étrange pièce de métal dans l'autre…
- Crochet ? Dit-il d'une voix hésitante.
- David ?... C'est bien toi ?
Le Prince sourit. Jamais il n'avait été aussi heureux de voir le pirate, il l'aurait presque prit dans ses bras mais se contenta de poser une main amicale sur l'épaule du capitaine, qui lui ne se retint pas et lui prodigua une joyeuse accolade.
- David, je suis content de te revoir sain et sauf.
- Moi aussi Crochet. Et, je ne suis pas seul, Anne et Jack sont ici aussi.
Comme pour confirmer ses dires, les deux capitaines pirates jaillirent des feuillages et Rakham tenait amicalement par l'épaule Mary dont le sourire faisait plaisir à voir. Derrière suivait Aël.
- Bonny, Rakham, je suis heureux de vous retrouver enfin.
- Crochet, mon ami ! S'esclaffa Jack en serrant Killian au creux de son bras encore disponible.
Crochet eut un hoquet sous l'impact amical du géant mais lui rendit son étreinte de bonne grâce. Ils prirent tous un instant pour savourer le plaisir de leurs retrouvailles mais la joie fût de courte durée et le visage de Crochet se rembrunit quand David demanda :
- Où est Emma ?
- Par-là David. Elle est malade. Viens, je vais t'expliquer.
Ils s'approchèrent du campement et David prit le temps d'aller voir Emma qui somnolait toujours. Elle n'avait, pour ainsi dire, plus de fièvre mais Killian précisa qu'elle n'ouvrait les yeux que très rarement et la plupart du temps elle restait apathique. Parfois il la voyait lutter contre le sort qui distillait en elle son maléfice, mais ses propos étaient alors incohérents et elle était si agitée que le pirate ne savait pas si c'était mieux pour elle ou pire.
Ils s'installèrent tous autour du feu et chacun à son tour raconta son histoire. D'abord, Bonny et Rakahm qui expliquèrent leur séquestration, comment David les avait rejoint, et libéré, leur fuite. La découverte de la cité et l'attaque des gardes. Puis vint le tour de Crochet qui raconta sa métamorphose en loup, l'herbe de vie, l'aide de Circé pour combattre le sort de Phorcys et les nouvelles qu'ils avaient reçu de Storybrook. Puis la recherche de la porte sous le volcan, la rencontre avec les Grées, les retrouvailles avec Mary, la blessure d'Emma, l'affrontement avec Phorcys et enfin le départ de Régina et Circé pour trouver le dieu Protée, peut-être le dernier espoir pour la sauveuse. Ensuite, Mary relata sa fuite de chez Circé, sa rencontre avec Aël et sa capture par les Grées avant que Crochet, Emma, Régina et Circé viennent la sortir de là. Enfin Aël termina en narrant comment il avait rencontré Mary, puis comment il l'avait perdue sous le volcan, sa rencontre avec David et les deux capitaines et sa découverte dans la cité.
Terminant son récit, il fouilla dans sa poche et tendit dans sa main, à la lueur du foyer, le bijou qu'il avait récupéré et qui provenait probablement de la cité en ruine.
- Phorcys s'est donné beaucoup de mal pour le trouver. Je pense qu'il a de l'importance et qu'il te revient, gardienne.
Quand elle l'eut dans les mains, Mary sut immédiatement de quoi il s'agissait. Le pendentif était fait de la même veine que la boucle d'oreille et le bracelet et bien sûr, elle ne fut pas étonnée d'y découvrir Méduse. Il s'agissait sans conteste de la dernière des trois clefs en orichalque, celle du dieu Phorcys. Elle leva les yeux vers ses amis qui la regardaient tous en silence. Ses prunelles s'arrêtèrent sur Killian qui lui adressa un petit sourire d'encouragement. Elle soupira et se résigna. Se rappelant comment elle s'y était prise la dernière fois en compagnie d'Emma, Mary se concentra et presque instantanément le bijou se transforma, reprenant sa forme naturelle en métal bleuté. Il s'agissait d'une représentation de méduse dont la queue était crantée comme une clef et qui portait sur ses flancs des inscriptions à l'instar des deux autres clefs en orichalque.
- Nous voilà donc en possession de trois clefs… Sont-elles censées représenter trois des quatre éléments ? Et dans ce cas quel serai le dernier…
- Oui, bien-sûr, s'enthousiasma Aël : tu as maintenant les trois clefs, il suffit juste de trouver à quoi elles correspondent !
- Je ne pense pas qu'elles représentent chacune un des éléments, répondit Crochet.
Et tandis que tous les regards se tournaient vers lui, il poursuivit :
- Belle a été très claire : il existe trois clefs en orichalque, une pour chacun des trois vieillards de la mer. Le gardien ou la gardienne, est liée par le sang à l'un des dieux, ce qui veut dire qu'il peut potentiellement exister trois gardiens mais chacun de ces gardiens n'a qu'une clef. Ces objets en orichalques ne représentent qu'un des quatre éléments. Pour les trois autres, ils diffèrent d'un gardien à l'autre.
- Le Prince pense que l'orichalque représente la terre, indiqua Anne.
- Oui… enfin ce n'est qu'une supposition, se défendit David.
- Admettons, dit Mary en se levant, cela veut dire qu'il reste encore trois éléments à trouver…
- Tu n'as pas une petite idée, s'enquit Aël, la dernière fois tu y avais réfléchi, il me semblait que tu tenais un bout de piste ?
- Et bien il faut croire que tu te trompais car je n'ai toujours pas la moindre idée à ce sujet.
- On peut y réfléchir ensemble si tu veux.
- Merci Aël, mais je doute que tu ne me sois d'une grande aide. Tu as entendu Killian, je suis la seule à pouvoir trouver la réponse à ces fichues énigmes.
Là-dessus, Mary adressa un bref salut à tout le monde et s'éloigna du camp. Aël se leva à son tour prêt à la suivre. Rakham l'arrêta d'un geste.
- Reste là p'tit gars, elle a besoin de rester seule un moment.
Mais le jeune homme ne se laissa pas démonter, prenant un air buté il fit un geste agacé pour enlever la grosse main de Rakham qui se trouvait sur son bras et répondit au géant :
- C'est ce que vous pensez tous ? Qu'elle doit rester seule avec ses problèmes. Et bien, moi, je ne vais pas la laisser tomber, elle a juste besoin que quelqu'un croie en elle et l'aide un peu. J'y vais.
Là-dessus, il tourna les talons et s'éloigna à la poursuite de Bloody. Killian fut intrigué par l'intrépidité du garçon, il avait répondu à Jack comme s'il n'avait rien à craindre de lui. Le colosse était certes de bonne composition, mais il n'était pas facile de s'opposer à ce grand gaillard et Aël ne s'était même pas posé de question. Ce gamin était étrange et Killian ne savait que penser de lui. Mary lui avait parlé de leur rencontre et de son caractère bien trempé et il venait d'en avoir une belle démonstration.
