Chapitre 53 : Cité de l'Atlantide – Sanctuaire des clefs – Jour 9 – Mary
Leurs pas raisonnaient sur le dallage du temple. Le bâtiment était digne des plus beaux vestiges de l'antiquité. En d'autres temps il avait dû être somptueux, richement décoré de pierre finement taillées, de colonnes de marbres blancs et de statues à l'effigie de l'océan et de ses divinités. Au centre de la pièce trônait un autel surélevé par un perron de plusieurs marches et où de longs cierges attendaient qu'on les allume. Enfin, derrière cet autel trois cercles étaient dessinés au sol à l'aide de mosaïques dans le dallage de la pierre, chacun d'entre eux représentait l'un des trois éléments restant : l'eau, le feu et l'air.
La luminosité diffuse de la pièce provenait du fronton du temple et des puits de lumière qui laissaient passer les rayons du soleil, mais également de décorations en orichalque qui pulsaient de leur étrange lumière bleutée. L'ensemble donnait au lieu une dimension ésotérique. La poussière dégagée par l'ouverture des portes accentuait encore l'effet de mystère inhérent à celui-ci.
Les héros se déployèrent pour s'assurer que l'espace était libre de tout danger. Quand ils en eurent fait le tour, ils se rejoignirent au centre du temple près de l'autel.
- David avait raison, expliqua Mary, la clef en orichalque représentait bien la terre, et… si l'on en croit ce qu'il vient de se passer, je serais apparentée, de près ou de loin, au dieu Nérée.
- Et où est-il celui-là ? Éructa Régina, il serait peut-être temps qu'il vienne donner un coup de pouce à sa fifille adorée pour nous sortir de cette impasse !
- Protée a dit qu'il était piégé par Phorcys et qu'il ne pouvait nous venir en aide, rappela Circé.
- Je n'ai aucune confiance en ce mollusque, compléta la méchante reine. Quoiqu'il en soit, nous n'avons plus le choix. Si Emma n'est pas déjà perdue, elle ne tiendra de toute façon plus longtemps. Mary il faut que tu essaies d'ouvrir la porte de cette cité maudite, cela stimulera tes pouvoirs et te permettra peut-être de la sauver.
Tous les regards se braquèrent sur la pirate qui hocha la tête sans un mot. Elle monta en haut de l'autel et observa de son promontoire les trois cercles dans la pierre. Tout autour du premier coulait un filet d'eau qui semblait provenir directement du sol. Le temple avait, probablement, été construit sur une rivière souterraine et son lit dévié pour qu'elle s'écoule dans une rigole tout autour de l'anneau de pierre avant de repartir sous terre. Le dessin de la mosaïque représentait différents tableaux où l'eau était à l'honneur : lac, océan, cascade, pluie, tempête…
Le second cercle était plus simple, mais une étrange colonne de pierre blanche au centre surmontée d'une coupe en roche noire diffusait un feu éternel. La flamme était belle et dansait d'un mouvement gracieux. Mary ignorait comment ce brasier pouvait ainsi être actif en permanence. Au sol, les dessins représentaient des images de feu de joie et de fêtes autour de foyers, des phares pour éclairer les bateaux, mais aussi un incendie, un volcan en éruption ou les flammes de l'enfer.
Enfin le troisième cercle était totalement vide, mais un courant d'air permanent semblait y souffler sans que rien n'en explique la provenance. Cette fois, la mosaïque représentait le vent qui s'engouffrait dans les voiles d'un navire, le vol majestueux d'oiseaux des mers, un souffle agréable par une chaude journée d'été, mais aussi une brise plus violente ou une tornade.
Aël s'approcha de Bloody, gravit à son tour les marches de l'autel et se posta à ses côtés pour lui dire :
- Ne t'en fais pas Mary, tu vas y arriver. Je sais que tu as déjà en toi les réponses, il te suffit juste de les exposer. N'aie pas peur.
Et dans un geste amical, il lui tendit une main qu'elle saisit et il l'emmena au pied des trois ronds de pierre. Il s'arrêta et ouvrit ses doigts tout en lui adressant un sourire confiant. Mary lâcha la main du garçon et se redressa. En un instant, sa physionomie changea, elle déjà naturellement jolie femme, dégageait à présent une aura particulière, celle qu'ils avaient pu apercevoir auprès de Nérée, Phorcys, Protée ou même Circé, celle qui accompagnait les dieux de la mythologie.
D'un pas gracile elle s'avança vers le premier cercle de pierre et plongea sa main dans l'eau fraîche. Immédiatement une lueur illumina celui-là. Mary se tourna vers ses amis qui n'avaient pas bougé et qui attendaient toujours. D'une voix qu'elle voulait forte, elle s'exprima :
- Nous y voilà… Cela fait des jours que je réfléchis à la signification de chacun de ces quatre éléments. Pour la terre, David avait raison, c'est bien le minerai d'orichalque qui le représente et pour les autres, j'espère ne pas me tromper. Comme je l'ai déjà dit, l'eau à une signification toute particulière pour moi, depuis des décennies, c'est mon seul foyer, l'océan est le seul endroit où je me sente vraiment chez moi. Si j'avais pensé dans un premier temps apporter avec moi une petite bouteille d'eau salée, j'y ai renoncé et je crois que j'avais raison. Ce qui me fait tant aimer la mer, c'est ce que j'y ai partagé durant toutes ces années sur le Revenge. Les courses folles sur les flots, les aventures, les tempêtes, tout ce que j'ai vécu avec ma seule famille… Anne… Rakham… Approchez.
Les deux pirates levèrent un sourcil interrogateur sans comprendre, mais le sourire insistant que leur adressa Bloody finit par les convaincre. Ils avancèrent vers le cercle et sur un signe de tête de Mary, y pénétrèrent. La jeune femme continua :
- C'est vous, mes clefs. Tout ce qui me relie à l'eau, c'est vous. Je suis née d'une divinité océane et par là, liée par le sang à la mer. Mais ceux qui m'ont appris à aimer l'océan, à le dompter, à ne pas le craindre, c'est vous. Vous êtes ma véritable famille et je suis convaincue que pour moi c'est ce qui représente le mieux l'élément de l'eau : vous êtes ma clef.
Dans un élan d'émotions, Rakham serra maladroitement Mary et Anne dans ses bras tandis que l'aura qui se dégageait de la jeune femme s'étendit sur ses deux amis et sur la totalité de l'arcade.
Après une brève effusion Bloody quitta le cercle et se remit devant l'autel. Elle posa son regard sur la coupe de feu qui trônait au centre du second écliptique, s'en approcha et glissa la main au-dessus des flammes. Le feu la reconnut, enveloppa ses doigts sans les brûler et se mit à briller plus intensément. Puis, là encore, une lueur illumina le cercle. Mary reprit à l'attention de ses amis :
- Le feu a été pour moi une énigme beaucoup plus complexe à résoudre. C'est Aël qui m'a aidé à trouver la solution.
Le garçon sourit à pleine dent en entendant son prénom, fier d'avoir pu contribuer à aider la gardienne. Mary poursuivit :
- J'ai tourné les choses dans tous les sens, essayé de comprendre ce que pour moi le feu pouvait représenter. A priori, en tant que représentation, le feu n'est pas quelque chose qui compte à mes yeux. Dans ma vie de pirate, mis à part pour manger ou se chauffer, il n'a que peu d'intérêt. Alors je lui ai cherché un sens caché, j'en ai trouvé beaucoup : les combats, l'action, l'aventure, les passions, l'amour…
Mary déglutit avec difficulté. Tous les regards de ses compagnons étaient braqués sur elle, elle ne pouvait plus se défiler.
- Les combats, l'action, l'aventure, autant d'éléments qui ont de l'importance dans ma vie, et qui auraient pu correspondre tant ils ont fait partis intégrante de chaque jour de mon existence depuis plus de cent ans. Mais je crois que, pour finir, le feu représente quelque chose que je n'ai jamais eu. Pas parce que je n'aurais pas pu l'avoir mais parce que je ne l'ai jamais laissé entrer dans ma vie. Et cet élément que j'ai négligé toute ma vie durant : c'est l'amour. Il y a pourtant une personne que j'aurais pu aimer si mon cœur avait pu s'y ouvrir. Et cette personne, c'est toi Killian…
Le pirate ouvrit des grands yeux ronds, ahuri :
- Quoi ?... Moi ?... Mais je…
- Je ne suis pas amoureuse de toi, Killian, mais j'aurais pu t'aimer. Notre relation a toujours été basée sur notre indépendance à tous les deux. Ton cœur était accaparé par ta vengeance et la douleur qu'avait laissé en toi la disparation de ton premier amour, et le mien ne s'intéressait qu'à sa liberté qu'il prisait au-delà de toute chose. Mais si l'amour avait dû faire partie de ma vie, c'est toi que j'aurais choisi. Et lorsqu'aujourd'hui je te vois aimer Emma avec autant de ferveur, je sais que je ne me serais pas trompé. Viens, beau capitaine, je crois que c'est toi la clef, dit-elle en lui souriant avec complicité.
Le pirate répondit à son sourire, touché de ce que son amie venait de lui apprendre, et parce qu'il savait qu'il n'y avait aucune ambiguïté derrière ses propos. Leur histoire était derrière eux mais elle avait toujours été teintée de respect et de complicité. Et même si, effectivement, aucun sentiment n'avait jamais vu le jour entre eux, il concevait qu'en d'autres temps, en d'autres circonstances, cela aurait pu se produire.
Killian se dirigea à pas lents vers David pour qu'il prenne en charge Emma. Aël étant plus près, il se proposa d'aider le pirate et soutint la jeune femme par le bras pour l'accompagner jusqu'au prince.
Crochet rejoignit Mary dans le cercle de feu, mais à l'instant où il en franchit la limite, Swan s'agita soudain et sans raison apparente se mit à hurler en échappant aux mains d'Aël. C'est le premier son qu'elle articulait depuis ces trois derniers jours. Elle jeta un regard affolé autour d'elle tandis que sa voix se cassait de crier si fort, puis sans prévenir, ses yeux s'éteignirent et elle s'effondra lourdement sur le sol. David eut juste le temps de la rattraper dans ses bras pour lui éviter une chute trop douloureuse tandis qu'Aël regardait la scène sans comprendre.
D'un bond, Killian quitta l'orbe de pierre et rejoignit la sauveuse en hurlant :
- Par tous les diables, que s'est-il passé ?
