Bonjour/Bonsoir à toutes et à tous.
J'ai enfin pu reprendre la plume après ma dernière fic qui m'avait épuisée. C'est donc une fic assez courte que je vous propose, il y aura cinq chapitres en tout. Histoire de me remettre dans le bain.
Il s'agit d'une histoire mettant en couple des personnages homosexuels mais il n'y aura aucune scène de sexe. Et bien sûr rien ne m'appartient dans cet univers.
Je ferai comme d'habitude et je posterai un chapitre tous les quinze jours.
Pour les bases de l'histoire : j'ai repris tout ce qui s'est passé dans les sept tomes de base, hormis que Ginny et Harry n'ont jamais été en couple ni même amoureux. Et Severus a survécu.
Bonne lecture.
Musiques écoutées pendant l'écriture de cette fanfiction :
« Dans le miroir » et « Ce soir » de Amaury Vassili
« Fairytale » de Alexander Rybak
« Fleurs de Glace » de Eisblume
« Secret Love song » de Little Mix ft Jason Derulo
« Lion » de Rebecca St-James
Chapitre 1 :
Harry sortit de la maison où l'air était étouffant. Il avait besoin d'air. Il leva les yeux en direction du ciel. Le temps était clair, dégagé, avec juste quelques nuages paresseux. Parfait.
Il raffermit sa prise sur le manche de son balai, se jeta un sort de Désillusion rapide, respira un grand coup et tapa du pied au sol pour décoller. Il monta très vite en ligne droite avant de s'arrêter pour admirer la ville qui s'étendait en-dessous de lui. Tout était si calme. A cette hauteur il n'y avait que très peu de bruit et il ne voyait plus l'agitation qui régnait dans les rues. On aurait pu croire que tout était désert. Harry avait encore du mal à s'y faire. Son quotidien ces derniers mois avait été tellement rempli de guerre, de courses, de pertes, que maintenant rester tranquillement chez lui, cela lui semblait anormal. Il ne s'habituait pas à la paix et la tranquillité, n'arrivait pas à revenir à un mode de vie normal, sans l'épée de Damoclès qu'avait été Voldemort pendant près de seize ans. Il venait de fêter son dix-huitième anniversaire. Le premier d'une nouvelle vie sans mage noir.
L'ancien Gryffondor repartit et poussa son balai pour aller plus vite encore. Toujours plus vite. Il se sentait grisé par le vent qui ébouriffait d'avantage ses cheveux noirs. Se fiant à ses réflexes il se permit de repartir dans ses souvenirs. L'attaque de Poudlard, la perte de son deuxième parrain, toutes les révélations, surtout celles qui le concernaient. Qu'il aurait aimé que tout ceci ne soit qu'un cauchemar. Un de plus parmi tous ceux qu'il faisait la nuit. Il revivait les tortures en boucle. Parfois c'étaient même les personnes disparues qui venaient le hanter et l'accusaient de les avoir laissés tomber. Sirius, Remus, Tonks, George… Cela n'en finissait pas. Il se réveillait en hurlant et n'osait pas se rendormir. Heureusement qu'il n'était pas seul dans cette épreuve.
Un groupe d'oiseaux migrateurs lui coupa la route, obligeant Harry à revenir au présent. Il se stabilisa et souffla. Ce n'était pas le moment de faire une bêtise. Et puis il était attendu et ne souhaitait pas être en retard. Il décida de faire demi-tour. Tout à ses souvenirs il était allé vraiment loin de chez lui, emporté par l'élan de son balai. Il avait quitté depuis longtemps les environs de Londres. Il avisa alors que le temps avait changé. Il était vraiment resté plus longtemps qu'il ne le pensait en vol car le ciel était maintenant surchargé de nuages noirs menaçants et l'air était lourd. Une fine pluie se mit même à tomber. Harry lança un informulé sur ses lunettes pour les imperméabiliser à la buée et à l'eau de pluie. Il se rapprochait vite de la grande ville.
Il était retourné à Londres après les événements de la fin d'année scolaire, mais ne vivait pas au Square Grimmaurd. C'était encore trop dur pour lui. Il avait voulu fuir mais bien entendu cela avait été impossible. Il était le Sauveur, le héros national et sa photo avait tellement été diffusée qu'il n'était jamais tranquille. Les étudiants de Poudlard avaient bien sûr été invités à revenir pour refaire une véritable année, celle d'avant ne leur ayant rien appris, à part à survivre. L'échéance approchait mais Harry n'avait pas donné de réponse. McGonagall, en tant que nouvelle directrice lui avait laissé le temps de la réflexion. Après il ne s'agissait que de formalités. Si le Gryffondor l'avait voulu il aurait pu claquer des doigts pour qu'on lui donne tous les diplômes possibles. Ce qu'il refusait de faire bien sûr. Mais comme il ne savait pas ce qu'il voulait faire plus tard cela compliquait la prise de décision. Il ne savait même pas s'il voulait refaire une année. Il était énervé par sa propre indécision.
La pluie lui martelait le dos à présent et traversait son tee-shirt léger. Le temps était si changeant en cette fin de mois d'Août. Il n'était plus très loin de sa destination.
Un éclair fusa à quelques centimètres de son balai, faisant perdre sa concentration à Harry qui chuta. Le toit des maisons se rapprochait beaucoup trop vite. Il essaya de se redresser mais l'Eclair de feu ne semblait pas réagir.
Il n'était plus que du bois mort. L'impact était inévitable.
Dans un dernier sursaut Harry eut le temps d'ôter les sorts sur lui, pas la peine de rester invisible s'il se blessait gravement, et de ralentir sa chute par un autre sort. Cela ne l'empêcha pas de sentir une énorme douleur le traverser alors qu'il percutait un obstacle dur qu'il ne pouvait voir à cause de ses lunettes trempées.
Il perdit connaissance.
XXX
Harry reprit conscience en entendant quelqu'un parler. Il mit quelques secondes pour émerger. Il tenta de rassembler ses souvenirs mais il ne trouva que le néant. Rien. Absolument rien. Paniqué il se redressa d'un coup et tomba nez à nez avec un homme qu'il ne connaissait pas, enfin croyait-il. En tout cas celui-ci était en colère apparemment. Il hurlait même. Sa voix couvrait le bruit de la pluie sur la vitre. Enfin Harry n'était pas sûr de lui, tout était totalement flou. Il voyait à peine.
- Ah bah enfin ! On n'a pas idée de voler par un temps pareil ! A croire qu'être stupide est un des critères de recrutement pour la maison Gryffondor. Je ne sais pas ce qui me retient de mettre tout ça à la porte !
Harry voulu ouvrir la bouche pour répliquer cependant il n'avait pas tout compris. L'inconnu avait parlé de voler et d'un truc en rapport avec de l'or mais cela n'avait aucun sens. Il voulut se présenter, car il lui semblait que c'était la chose à faire. Il resta la bouche ouverte, incapable de se souvenir, écarquillant les yeux de stupeur.
- Un problème…
- Mon nom, le coupa Harry. Je… Je ne sais pas qui je suis… j'ai… j'ai oublié. Qui ? Qui suis-je ?
Il paniquait à présent, ses ongles égratignant la peau de ses tempes comme si cela pouvait lui faire ressortir sa mémoire. Son souffle se bloqua dans sa poitrine et ses jambes s'agitaient frénétiquement sous le drap. Ses doigts agrippaient des fines mèches de cheveux, les tirant, menaçant de les arracher. Il ne sentait pas la douleur. Ses yeux fouillaient dans tous les sens.
L'inconnu se précipita sur le lit à côté de lui pour lui tenir les poignets et l'empêcher de se faire du mal.
- De quoi te souviens-tu ? Lui demanda t-il plus doucement.
- De rien. Absolument rien. Mon nom, mes parents, ma vie… tout a disparu. Je n'ai que du vide.
Il était en pleine crise d'angoisse, n'arrivant même plus à respirer correctement.
- Tu ne te souviens pas de moi non plus ?
- Non. Je devrais ?
Une étincelle sembla s'allumer dans le regard onyx de son interlocuteur mais Harry était bien trop bouleversé pour s'en apercevoir. Puis il fut pris dans une forte étreinte et s'accrocha fortement aux bras de l'inconnu comme à une bouée, ne se concentrant que sur la chaleur du corps contre lui. Il avait l'impression que l'homme était désespéré et qu'il avait besoin de lui. Ou était-ce l'inverse ? Mais pourquoi ? Au moins cela lui fit passer son malaise et lui permit de reprendre contenance. Il put respirer plus calmement, détendre les jambes et il se rendit compte qu'il en avait même pleuré. Après quelques secondes ils se détachèrent, un peu à regret du côté de Harry qui se sentait bien et calme à présent. Il laissa ses mains le plus longtemps possible sur les bras revêtus de noirs.
- Je suis désolé, je n'aurais pas dû agir ainsi. Du moins aussi vite.
- On se connaît n'est-ce pas ?
- Évidemment, je… Mais je suis brusque, je vais donc recommencer.
L'homme mit des lunettes sur le nez de Harry, détourna le regard quelques secondes avant de se redresser et de se tenir droit. Il se racla la gorge et regarda son compagnon bien en face avant de dire d'une voix claire, le regard fier :
- Je suis Severus Snape. Professeur de potions à l'école de Sorcellerie de Poudlard. Et tu es Harry Potter, anciennement élève dans cette même école.
- C'est pour ça qu'on se connaît ?
Il trouvait ça bizarre. Un professeur ne faisait pas de câlins à ses élèves, ou alors il s'agissait vraiment d'un établissement bizarre. Et puis il ne les tutoyait pas normalement non plus. Enfin à sa connaissance et elle était bien maigre en ce moment.
- En premier lieu il est vrai, répondit Snape. Puis aussi… parce que nous sommes en couple toi et moi. Cela va faire deux mois.
La voix impérieuse avait été bien plus douce sur les derniers mots. Là Harry resta bouche bée. Il était en couple avec son ancien professeur. C'était légal ça au moins ? Il entreprit de regarder plus en détail son conjoint qu'il ne reconnaissait pas. L'homme était brun, les cheveux longs, vêtu de longues robes noires à bouton et sa cape claquait derrière lui. Il avait un visage harmonieux, si on oubliait un nez un peu proéminent. Ses vêtements ne le mettaient pas en valeur alors le Gryffondor ne pouvait juger convenablement du corps qu'ils cachaient. Et puis il affichait un air si triste. Il y avait de quoi en y réfléchissant. S'ils étaient en couple c'est qu'ils devaient avoir des sentiments forts l'un pour l'autre et voilà que Harry ne se souvenait de rien et ne pouvait donc pas retourner l'affection reçue. Tous les souvenirs des moments partagés s'étaient envolés.
- Que s'est-il passé ? Demanda-t-il pour détourner la conversation. Où suis-je ?
Il détailla la chambre. Il n'y avait rien de particulier sur le lit ou alentour pour se faire une idée du lieu. Des draps couleur ivoire avec des fines bandes marron, une table de chevet en bois avec quelques objets dessus dont une lampe de chevet, un plancher en bois également. Était-ce chez lui ? Chez Severus ? Un peu derrière son ancien professeur il y avait une rambarde. En la suivant des yeux Harry vit un escalier. Il était sur une mezzanine. Il voulut se lever mais chancela. Le potionniste le rattrapa et le tint serré contre lui, sûrement plus que nécessaire, lui caressant doucement les cheveux et le cou :
- Ne force pas trop. Tu es tombé violemment et d'une sacrée hauteur. Je pense que tu as pu ralentir ta chute, ce qui explique que tu n'aies pas plus que quelques contusions. Cependant le choc a dû altérer ta mémoire. Pour combien de temps, je ne saurais le dire.
Harry se détendit sous la main experte. Il ne comprenait pas du tout ce qui lui arrivait pourtant à cet instant il était bien et ne se sentait pas seul. Il retrouverait ses souvenirs et pourrait sûrement retrouver l'amour qu'il avait pour cet homme. Ou il retomberait amoureux peut-être. Sans se dégager de l'étreinte il ne put s'empêcher de demander :
- Tu peux m'en dire plus sur moi ? Sur nous ?
- Je pense qu'il vaut mieux que tu te souviennes doucement, par toi-même. Tout te dire d'un coup risque d'être… douloureux.
- A ce point ?
Que s'était-il passé dans sa vie pour que l'amnésie soit mieux ? Harry frissonna à cette idée. Il préféra changer de sujet une nouvelle fois, pour le moment du moins.
- Tu as parlé de sorcellerie, de potions ? Nous sommes des mages ?
- Tu es un sorcier Harry.
Ces mots éveillèrent quelque chose dans la mémoire du Gryffondor. Il lui semblait que quelqu'un lui avait déjà dit ça. Quelqu'un d'autre. Qui avait la voix plus grave. Mais qui ? Et quand ? Il essaya de se forcer à se souvenir mais n'obtint qu'un léger mal de tête.
- Un sorcier ? Avec baguette et chapeaux pointus ?
Il ne savait pas d'où lui venait cette image.
- Exactement. Avec les créatures magiques, les livres de sorts, les incantations et la magie en général, répondit calmement Severus.
- Et je suis un bon sorcier ?
Cette question amena un léger sourire sur les lèvres du maître des potions.
- Un très bon sorcier en effet.
Harry voulut ouvrir la bouche pour poser de nouvelles questions mais Severus l'interrompit d'un geste :
- Je me doute que tu as plein de questions, que tu veux savoir cependant tu viens de vivre un événement traumatisant et ton corps a besoin de s'en remettre. Je vais descendre pour que tu puisses te reposer un peu. Je répondrais à plus de questions plus tard.
Il approcha la main du plus jeune puis se retint, serrant le poing et le ramenant le long de son corps. Il allait se retourner et descendre quand Harry l'appela encore :
- Severus ?
- Je t'ai dit plus tard les questions.
- J'aimerais savoir à quoi je ressemble.
Le ton était si implorant que Severus sembla se laisser attendrir. Il parcourut la pièce du regard puis sortit sa baguette de sa manche pour conjurer un miroir devant lui et le fit léviter jusqu'à son compagnon. Harry le prit à deux mains pour regarder. Il avisa alors ses yeux verts derrière ses lunettes rondes. Il avait des mèches noires en bataille qui retombaient. Il essaya de les lisser de la main mais sans succès. Il avait le visage encore rouge et marqué par son emportement. Et puis il vit la cicatrice qui ornait son front. Elle avait l'air ancienne et avait une forme d'éclair assez particulière. Sûrement qu'il ne passait pas inaperçu avec une telle marque.
- Elle vient d'où cette cicatrice ?
- Ça suffit. Maintenant il faut te reposer !
Harry n'eut pas d'autre choix que d'acquiescer. Le ton de son compagnon n'appelait aucun refus. Il se rallongea, enleva ses lunettes, les mit sur la table et se glissa sous les couvertures et ferma les yeux. Il devait avouer qu'il était vraiment fatigué malgré toutes les questions qui tournaient dans sa tête.
Il entendit les marches de bois craquer légèrement. Puis des bruits de vaisselle. Une bouilloire qui sifflait. Il se souvenait de ces sons. Il reconnaissait l'odeur de la nourriture. Il n'avait pas tout oublié alors. Il s'endormit en se demandant quels pouvaient être ses goûts. Plutôt salé ou sucré ? C'était un mystère qu'il avait hâte de découvrir.
XXX
Quand il se réveilla quelques heures plus tard le soleil s'était couché et il ne pleuvait plus. Une petite boule lumineuse flottait à proximité du lit, donnant un aspect encore onirique à la pièce. Plus bas, dans ce qui devait être la pièce principale, il n'y avait aucun bruit et Harry pouvait voir la même lueur que dans sa chambre se déplacer doucement. Il referma les yeux un instant pour se concentrer mais cette fois encore il ne trouva que le néant, toujours aucun souvenir.
Il se leva doucement, attentif aux possibles douleurs dans son corps, remettant au passage ses lunettes sur son nez. Il avisa alors que la petite boule lumineuse de sa chambre le suivait quand il se déplaçait. Il écarquilla les yeux puis se souvint des explications de son compagnon sur la magie. Ce devait en être un exemple. Il repartit sur la gauche juste pour vérifier sa théorie. Et en effet la source lumineuse se déplaça également. Un pas sur la droite. La boule se décala légèrement. Harry eut un petit rire. Il aimait bien la magie. Sans se soucier plus longtemps de cette lampe mouvante il entreprit de descendre. Il prit son temps, en profitant pour détailler la petite maison dans laquelle ils devaient sûrement loger tous les deux. L'escalier donnait sur une salle à manger avec une grande cuisine ouverte qui finissait en un bar. Il y avait une table ronde au centre où traînaient encore plusieurs livres ouverts, une tasse pleine de thé et des rouleaux de parchemin. Et sous la mezzanine c'était le salon. Un grand canapé, deux fauteuils dans les mêmes teintes sombres, sur un tapis beige. Une petite table au centre avec de curieux objets dessus que Harry ne put reconnaître. Il supposa que ça devait être lié au monde magique et que ça lui reviendrait plus tard en mémoire. Il y avait deux portes, fermées pour le moment, une dans la salle à manger et une dans le salon.
Harry laissa l'exploration de côté et regarda Severus qui continuait de s'activer dans la cuisine. Il ne tourna même pas la tête quand son cadet finit de descendre l'escalier mais lui demanda :
- Comment te sens-tu ?
- Mieux. Enfin pour ce qui est des douleurs physiques.
- On trouvera comment te rendre la mémoire… Assieds-toi pour le moment.
- J'ai dormi longtemps ?
- Plusieurs heures. Mais ton corps avait besoin de récupérer et ta magie a dû l'aider, ce qui t'a épuisé encore plus.
- Ma magie ? J'ai de la magie à l'intérieur ?
- Tous les sorciers en ont. Pour lancer des sorts il faut puiser dans cette énergie. En règle générale un grand sorcier dispose d'une importante réserve d'énergie dans laquelle il peut puiser plus facilement et plus longtemps.
Tout en parlant, Severus agita sa baguette et la table se mit toute seule. Ce qui y était auparavant alla se ranger sur une étagère au fond de la pièce Les assiettes volèrent du placard jusqu'à la table, les couverts se posèrent autour et les verres vinrent compléter le dressage. Harry remarqua alors que dans la casserole la cuillère en bois tournait toute seule. La magie lui semblait bien pratique. Il prit place à table, ne cessant d'observer le ballet des couverts et des ustensiles. Comment pouvait-on être rassasié d'un tel spectacle ? Le plat sortit du four rien qu'avec un mouvement de baguette et se plaça au centre de la table. La casserole contenant de la sauce fit de même.
- La réserve magique, continuait Severus, aide aussi à la sauvegarde de son sorcier. Comme dans ton cas. Elle peut accélérer le processus de guérison, mettre le sorcier dans un état de coma magique si elle estime avoir besoin de toute sa puissance.
- Il n'y a pas de médecins du coup dans ce monde ?
- Ce serait merveilleux mais ce n'est pas non plus un miracle. Il y a des cas, beaucoup même où il faut de l'aide à notre réserve magique. Puis elle n'est pas inépuisable. Et dans certains cas même avec notre magie interne, il n'y a pas de remède. Maintenant mange, tu as tout le temps de réapprendre plus tard.
- Tu dois être un formidable professeur, commenta Harry. Tu expliques bien et calmement.
Cette réplique amena un léger rictus sur le visage du potionniste cependant il ne répliqua pas et Harry ne le remarqua pas. Ce dernier était bien trop occupé à dévorer ce que contenait son assiette. Il trouvait ça excellent. C'était une délicieuse tourte à la viande avec une sauce salée.
- C'est super bon ! Tu es un bon cuisinier, complimenta Harry.
- Il n'y a rien de compliqué quand on a l'habitude de s'occuper des potions. Dans les deux cas il ne s'agit que d'ingrédients à mélanger avec un bon timing. Avec un peu moins de risque d'explosions peut-être.
- En tout cas cette tourte au bœuf est bien assaisonnée.
Severus ne réagit pas de suite puis d'un coup il s'immobilisa, la fourchette dans la bouche, l'air pensif.
- Un problème ? s'enquit Harry
- Dis-moi, tu peux citer ce qu'il y a dans le plat ?
- Euh oui… La pâte, du bœuf, des champignons, de l'oignon, de la sauce Worcestershire, du laurier.
- Ne bouge pas, le coupa Severus
Il quitta la pièce précipitamment et se dirigea vers la porte fermée située juste à côté du bar. Harry se décala un peu sur sa chaise et distingua un escalier descendant. Il n'y avait pas beaucoup de lumière. Il entendit un bruit de verre, un sifflement, le froissement d'un papier, un grognement. Et puis Severus remonta, les bras chargés et posa plein de bocaux sur la table. Il y avait là des feuilles, des choses bizarres qui flottaient dans du liquide verdâtre, des sortes de fruits. Rien qu'il ne reconnaissait.
- Peux-tu me dire ce que c'est tout ceci ?
- Ça se mange ?
- Je te le déconseille. Ce sont des ingrédients de potion. Une fois mélangé et fondu ensemble oui c'est comestible pour la plupart.
- Et le reste ?
- Des poisons mortels.
Severus avait un ton détaché en disant ça et Harry eut un frisson inexpliqué qui lui remonta dans le dos. Il désigna la porte de nouveau fermée :
- Il y a quoi en bas ?
- Mon laboratoire de potions. Mais il me semble que je t'ai posé une question en premier et qui n'a toujours pas de réponse.
Harry reposa sa fourchette et se leva de sa chaise pour voir de plus près. Il manipula tout doucement les différents ingrédients, un peu inquiet de ce qui pouvait lui arriver. Il jeta un petit coup d'œil inquiet à Severus qui avait croisé les bras et attendait. Il fit un effort, essayant vraiment de se rappeler de quelque chose. Et il dut avouer son échec :
- Non rien. Ça ne me parle pas du tout. Je me doute que je devrais connaître mais j'ai beau me creuser la tête ça ne vient pas.
- Et maintenant si tu regardes les récipients sur le plan de travail derrière toi ?
Soupirant, Harry obéit néanmoins. Il y avait des pots en terre contenant des herbes. Et là cela lui sembla très clair dans sa tête. Il pouvait tout nommer, ce qu'il fit d'ailleurs :
- Laurier. Thym. Sauge. Sel. Poivre.
Harry savait même comment les accommoder dans un plat, quel goût ça devait avoir et avait en tête plein d'idées de recettes. Il ne comprenait pas :
- Comment ça se fait ? Je me souviens de ça alors que ce sont des ingrédients aussi.
Severus réfléchissait, la main sur le menton. Il laissa passer quelques minutes de silence durant lesquelles Harry s'imagina les pires scénarios. Pourtant il n'était pas préparé à ce qu'il entendit.
- Je pense que tu as oublié tout ce qui est en lien avec le monde magique. Si je te demande l'actualité des moldus… des personnes non-magiques je pense que tu pourrais mais pas celle de notre actualité magique. Ton esprit fait un blocus et ne veut pas que tu te souviennes.
- Mon propre esprit joue contre moi c'est ça ?
- Je ne vois pas d'autre explication pour le moment. Ce sera à étudier plus en détail évidemment.
- Mais pourquoi ? Il n'a pas pu se passer des choses si terribles dans ma vie pour que mon esprit veuille oublier ?
Comme Severus ne répondait pas, il se retourna vivement vers lui.
- C'est si horrible ?
Il n'obtint toujours pas de réponse. Délaissant tous les pots, encore ouverts pour la plupart, il tourna le dos à la cuisine et s'avança doucement vers Severus, l'implorant du regard :
- Dis-moi !
- Je refuse !
- Se… Severus, j'ai besoin de savoir ! Mon imagination me fait peur !
Harry se retrouva accroché aux bras de son compagnon, les yeux remplis de désespoir. Severus ne semblait pas pouvoir soutenir son regard vert.
- S'il te plaît !
- Ne me demande pas ça !
- Si… Si tu m'aimes, tu…
- C'est parce que je t'aime que je ne peux rien te dire ! Tu me détesterais ! Je ne peux pas ! Tu me haïras !
Le professeur avait presque hurlé et mit la main sur sa bouche comme s'il se rendait compte de ce qu'il avait dit et qu'il le regrettait. Il avait toujours la tête tournée. Harry sanglotait sans bruit à présent, collé au torse de son compagnon, inondant la robe noire de larmes, écrasant ses lunettes sur le tissu noir.
- Je suis désolé, articula-t-il difficilement. Je… je ne veux pas t'imposer ça mais… j'imagine tellement de choses. J'ai besoin…
- Ce n'est rien Harry. Vraiment. Tu n'y es pour rien.
Il passa sa main dans les mèches noires rebelles, caressant doucement la tête de son cadet. Ce geste apaisa Harry qui sentit ses larmes se tarirent. Quand il releva la tête il crut voir les yeux onyx de Severus briller comme s'il venait de pleurer mais il n'en était pas sûr, sa propre vue étant encore floue. Puis le potionniste se recula un peu et se retourna, ne laissant plus voir son visage et sa voix ne trahit aucune émotion :
- Je vais te faire une boisson chaude, je crois que tu en as besoin. Nous en avons tous les deux besoins.
- Et le plat sur la table ? On n'a pas fini de manger.
- Tu as encore faim ?
- Non mais…
- Je vais jeter un sort de conservation dessus et on pourra le remanger demain sans problème. Ne t'en fais pas. Va t'asseoir, j'ai peur que tu ne tiennes pas debout longtemps.
En effet les jambes du Gryffondor tremblaient à présent. Et pendant qu'il se dirigeait vers le canapé pour s'y affaler, il ne put s'empêcher d'imaginer des dizaines de scénarios sur ce qu'avait pu être sa vie. Surtout qu'il ne souvenait pas du tout du monde magique donc il ne savait pas ce qui était possible ou non. Il songeait à des créatures difformes, aux potions, aux sorts les plus horribles les uns que les autres. Il n'y avait rien de rassurant dans ses pensées. Pensées qui furent interrompues par Severus qui lui tendit une tasse chaude. Harry fixa le liquide sombre pendant que le potionniste hésitait à s'asseoir lui aussi sur le divan avant de choisir de se poser sur un fauteuil, le regard ailleurs.
- Je sais que si je ne te dis rien tu vas t'imaginer les pires choses. Mais je ne peux m'empêcher de craindre ce que des révélations subites pourraient te faire. Je vais te donner quelques informations mais tu n'en demanderas pas plus. Pour ton propre bien tu devras te rappeler tout seul.
- Et si je ne me rappelle jamais rien ?
- Nous aviserons… Mais promets-moi que tu me feras confiance et que tu ne poseras plus de questions.
- Oui. Promis.
Severus se mordit la lèvre et s'avança un peu sur le fauteuil, les deux mains jointes sur sa tasse, la serrant au point d'avoir les jointures blanches.
- Tu viens d'une famille de sorciers par ton père, et de moldus, personnes non-magique par ta mère. Quand tu étais petit ils sont malheureusement morts et tu as grandi avec ton oncle et ta tante du côté de ta mère jusqu'à ton entrée à l'école de Poudlard, qui est une des plus grandes écoles de sorcellerie mondiale, pour apprendre à te contrôler, à jeter des sorts, l'art des potions, enfin tout ce qui est utile dans la vie d'un sorcier accompli.
- Et tu es professeur dans cette école ?
- Oui en effet. Professeur de potions. Je t'ai eu en cours pendant des années.
- J'étais doué ?
- Tu étais bien plus doué en sorts de défense que dans n'importe quelle autre matière enseignée. Et un très bon joueur de Quidditch aussi, un sport sorcier qui se joue sur des balais magiques volants. Puis grâce à toi ta maison, car vous êtes ainsi répartis dans l'école, a remporté plusieurs années de suite la coupe des quatre maisons.
Harry laissa passer un silence puis demanda :
- De quoi mes parents sont morts ?
- C'étaient de puissants sorciers qui combattaient les forces du mal.
Il n'ajouta rien de plus. Harry se douta que cela avait à voir avec ce dont il devait se remémorer seul. Il était triste de ne plus avoir de parents et en même temps il ne pouvait se souvenir de leur visage. C'était une sensation étrange. Il savait qu'il aurait dû être triste cependant c'est comme s'il s'agissait d'étrangers. Il hésita à poursuivre le sujet mais Severus avait été clair. Enfin grâce aux sous-entendus de son compagnon il avait compris que les forces du mal en question n'avaient pas dû le laisser tranquille. Peut-être même les avait-il combattus une fois. C'était d'elles qu'il devait se rappeler. Il imagina rapidement que son enfance n'avait pas dû être facile bien qu'entouré par sa famille et que ça avait dû aller mieux une fois à l'école des sorciers. Ces dernières années étaient peut-être plus calmes. Enfin ce n'était que spéculation. Et s'il avait perdu toute sa famille plus tard ? Ou des amis ? Tous ses amis ? Après tout si Severus n'en parlait pas, il n'y avait peut-être plus personne autour de lui. Et si c'était même pire que ça ? Il avait peut-être été torturé. Peut-être n'était-ce pas fini ? Il se força à se calmer, après tout il n'aurait pas de réponse. Autant méditer sur ce dont il était sûr.
Il but une gorgée de sa tasse tout en réfléchissant. Et il recracha aussitôt :
- C'est amer !
Severus sembla revenir au présent. Il sortit précipitamment sa baguette de sa manche où il la cachait et la fit tournoyer au-dessus de sa propre tasse avant de la faire léviter et de procéder à l'échange avec celle de Harry sans que celui-ci ne remarque le petit manège qui avait eu lieu quelques secondes plus tôt :
- Pardon, avec toute cette confusion j'ai dû intervertir les tasses par inadvertance.
Harry se retrouva donc avec une autre boisson plus claire où crut reconnaître du chocolat. Il goûta prudemment avant de prendre une plus grande gorgée, effectivement plus appréciable que la précédente.
- C'est bon.
Severus opina légèrement tout en buvant sa tasse de café. Harry eut alors une soudaine révélation :
- Mais au fait, si je suis un sorcier, où est ma baguette ? Tu en as une toi. Je l'ai perdue ? Ou alors on ne l'a que quand on sort de l'école ?
- Non, elle était sur ta table de chevet, tu n'as juste pas su ce que c'était. Accio Baguette Harry Potter.
Un bout de bois fusa alors de la mezzanine jusqu'à la main de Severus qui la tendit à Harry. Celui-ci la récupéra tout en ne retenant pas une remarque :
- Les sorciers sont vraiment de sacrés feignants pour inventer des sorts pareils.
A ces mots Severus rigola doucement, sa bouche étirée dans un sourire franc, amenant une lueur malicieuse dans ses yeux sombres. A cet instant Harry le trouva beau, surtout éclairé à moitié comme à cet instant, par les boules lumineuses qui flottaient toujours. Cette fois ce fut lui qui détourna le regard sans savoir pourquoi. Il préféra se concentrer sur sa baguette magique. Il ressentit un léger picotement dans son bras, comme des fourmis sur sa peau. Mais cela n'amena rien de plus. Il voulut tester et essaya de se rappeler ce que venait de dire Severus et le mouvement de poignet qu'il avait fait. Il suffisait de l'incantation et du nom de l'objet apparemment. Il avisa la table de la salle à manger où il y avait encore tout posé dessus. Comme il ne reconnaissait pas tout dans cette pièce, son choix était limité.
- Acco fourchette
L'ustensile en question lévita bien de la table mais partit comme une fusée vers le plafond où elle se planta dans un bruit sourd. Severus haussa un sourcil sarcastique :
- Je crois que pour notre sécurité, tu vas éviter d'utiliser ta baguette dans les prochains jours. Surtout quand tu ne te souviens pas de la bonne prononciation des sorts.
- Je suis désolé ! Je ne recommencerais pas !
- Ce n'est rien. Ce ne sont que des trous dans du bois. Mais pour plus de prudence, tu devrais poser ta baguette et ne pas trop la manipuler.
Il soupira et Harry crut que cela avait à voir avec son amnésie et sa nouvelle nullité pour les sorts. Et si jamais Severus se désintéressait de lui ? Pour l'instant cela ne lui ferait rien mais quand il retrouverait la mémoire ? S'il était amoureux de son ancien professeur peut-être serait-il dévasté de se savoir rejeté après ? A cause de son propre comportement qui plus est.
Il laissa tomber sa tête dans ses mains, il avait tellement de doutes, de questions, d'interrogations que cela commençait à lui faire mal. Il avait une douleur lancinante qui lui traversait le crâne. Il se frotta machinalement le front sans se rendre compte que c'était au niveau de sa cicatrice en éclair que la douleur prenait sa source.
Severus n'avait pas détaché les yeux de son ancien élève et quand Harry releva la tête il crut un instant qu'il était en face d'une bête sauvage qui allait lui sauter dessus pour le dévorer. Il sentit un frisson lui remonter dans le dos. Il ne put soutenir ce regard et but une autre gorgée de chocolat pour se donner une contenance. Il posa sa baguette sur la table aussi en prenant sa tasse.
Les deux sorciers restèrent quelques minutes en silence, chacun à ses pensées. Harry avait les yeux qui se fermaient doucement. Il était levé depuis peu de temps mais la fatigue le rattrapait. Sûrement un trop plein d'émotions. Et quand il fut sur le point de tomber endormi sur le canapé Severus se leva et prit Harry par le bras :
- Il est temps de monter au lit.
Harry se passa la langue sur les lèvres, un peu inquiet avant de demander :
- Tu vas dormir avec moi ?
Il avait bien compris pourquoi il n'y avait qu'un seul lit dans leur petite maison. Et s'il se doutait que cela serait naturel de la part de Severus de le rejoindre, il ne se sentait pas prêt du tout. Et c'était d'ailleurs une des raisons qui l'avait fait hésiter à se coucher plus tôt. La réponse du potionniste l'apaisa et le rendit honteux à la fois :
- Bien sûr que non. Je ne suis pas si rustre pour t'imposer ma présence aussi vite. Même si j'ose espérer que tu m'accepteras de nouveau dans ton lit.
Il se permit une caresse sur la tempe de son compagnon tout en souriant tendrement. Harry fut gêné mais ne se déroba pas.
- Mais c'est ton lit aussi après tout. Je te le laisse et je vais dormir sur le canapé.
- Harry, tu as bien plus besoin de sommeil que moi et je vais sûrement travailler tard, il est donc normal que tu prennes le lit. Ne t'en fais pas pour moi, j'ai connu bien pire qu'un canapé.
Il se pencha légèrement comme s'il allait embrasser puis il se ravisa, déposa un baiser sur son front et se tint droit, même raide et son visage se ferma totalement.
- Va dormir maintenant.
Comme précédemment le ton était autoritaire et Harry ne put qu'obéir. En remontant les marches il avisa que la petite boule lumineuse le suivait toujours. La cuisine et le salon était trop proche pour qu'il se soit rendu compte de ça avant. Il se retourna et interrompit Severus qui allait redescendre à son laboratoire :
- Pourquoi il y a ces boules lumineuses ? Il n'y a pas l'électricité dans cette maison ?
- Si, il est vrai. C'est juste une habitude que j'ai prise car j'ai souvent les mains chargées en me déplaçant donc c'est plus confortable pour moi que de manipuler des interrupteurs à longueur de temps. Tu préfères que j'arrête pour toi ?
- Euh non… Enfin juste l'éteindre pour ce soir, puis on verra pour demain.
Severus sortit sa baguette, l'agita en direction des escaliers et marmonna quelques mots. La petite boule lumineuse sembla se replier sur elle-même avant de disparaître avec un petit claquement.
- Merci.
- Bonne nuit Harry.
- Oui, toi aussi, bonne nuit.
Profitant des dernières lueurs de la source lumineuse qui suivait Severus, Harry s'installa dans le lit et enleva ses lunettes qu'il posa sur la table de chevet. Les yeux encore ouverts dans le noir il ne cessait de penser à tout ce qu'il venait de voir et d'apprendre. Il entendait un bruit lointain et se doutait que c'était une potion que son compagnon concoctait. A quoi pouvait-elle servir ?
Dehors Harry entendit un chat miauler doucement puis un bruit de voiture plus loin. Le quartier était tranquille en tout cas. Il n'y avait pas de signes d'activité humaine. Tout était calme. Sans savoir pourquoi cela angoissait le Gryffondor. Il remonta la couverture par-dessus sa tête et se mit en position fœtale.
Il mit quelques minutes avant de s'endormir et rêva de dragons et d'araignée géante.
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