Chapitre 56 : Cité de l'Atlantide – Sanctuaire des clefs – Jour 9 – Nérée
Killian nageait et ses compagnons à ses côtés en faisaient autant. Le piège s'était refermé sur eux sans qu'ils ne puissent rien y faire. Phorcys était puissant et il avait trouvé le meilleur moyen de faire céder Mary, la faire chanter. Comme tout marin, Crochet adorait l'eau, mais il préférait la fendre à bord du Jolly Roger que de barboter dans un bassin. C'était une des rares situations où il regrettait vraiment sa main. Non pas que sa mutilation le gênait : en plusieurs siècles d'existence il avait appris à vivre avec, à s'en jouer, à contrer le sort en étant plus habile avec son crochet que beaucoup d'hommes avec leur deux mains réunies. Il en avait même fait son identité, une arme de prédilection et un véritable art de vivre ! Mais pour nager, c'était une autre histoire… là, une main lui aurait été d'un plus grand secours, d'autant que les parois lisses de leur piscine ne lui permettaient pas de s'accrocher.
Mary regardait ses amis à travers le cube au centre du temple. Ils ne tiendraient pas longtemps et il lui fallait prendre une décision. Vite. Dans une pensée désespérée, elle formula dans sa tête :
- Où es-tu Nérée ? Nous aurions tellement besoin de toi en ce moment…
Contre toute attente, une autre pensée lui parvint, une pensée qui ne lui appartenait pas, comme un souffle qui lui glissait une idée à l'oreille avec insistance. Un songe éveillé, emprunt de réalité qui lui disait :
- Tiens bon Mary. Je suis là. J'arrive.
Sans comprendre d'où avait pu provenir le chuchotement, elle tourna la tête dans tous les sens, l'air ahuri et les yeux agrandis par la surprise. Son regard croisa celui d'Emma et la sauveuse lui adressa un air sévère, invitant par-là Mary à plus de discrétion. Swan semblait comprendre son effarement, avait-elle perçut le message, elle aussi ? La pirate se reprit et afficha un visage à l'expression plus adaptée à la situation. Elle devait essayer de gagner un peu de temps et déclara à Phorcys :
- Je vais t'aider, mais avant, je veux avoir l'assurance que tu libèreras mes amis. Ils ne pourront pas tenir très longtemps là-dedans.
Emma se concentra sur ce qu'elle venait de percevoir. Elle aussi avait senti l'aura du dieu Nérée. Aucune parole ne lui était parvenue, mais elle avait reconnu l'appel du vieillard pour l'avoir reçu par deux fois déjà. La première fois à Storybrook, quand il l'avait menée à lui à travers la forêt jusqu'au puit aux souhaits, et la seconde fois alors qu'elle était sous l'emprise de la fièvre et qu'il ne pouvait se manifester physiquement. Comme une petite bise intérieure qui lui chuchotait quelque chose à l'oreille, elle crut entendre :
- Oui, sauveuse. Tiens-toi prête, j'arrive.
D'instinct Emma rassembla ses pouvoirs. Les effets du sortilège à l'encre de seiche commençaient à se dissiper, elle ressentait le crépitement de la magie qui affleurait au bout de ses doigts. Un coup d'œil à Régina et à Circé suffit pour lui apprendre que les deux magiciennes recouvraient également leur sensibilité à la magie.
Phorcys tonna, visiblement contrarié par ce que Bloody avait pu lui dire. De toute évidence, la gardienne avait essayé d'obtenir un délai supplémentaire et le dieu ne fût pas dupe :
- Ma patience a des limites et tu les as largement dépassées ma nièce. Je sens la sauveuse qui s'agite en espérant me surprendre à nouveau. Je n'ai plus de temps à perdre avec toi.
D'un geste il lança un sort vers le cube de verre et de nouveau le niveau de l'eau se mit à monter. Dans quelques secondes, minutes tout au plus, l'air aurait totalement disparu du bassin.
- Voilà qui devrait te faire réfléchir, et quand tes amis ne pourront plus respirer, cela occupera la sauveuse un petit moment pour essayer de les sortir de là.
- Non ! cria Mary, arrête la montée des eaux. Je suis d'accord, je t'accompagne jusqu'à l'Atlantide.
- A la bonne heure, te voici plus raisonnable. Alors allons-y. Répondit le dieu avec un sourire ravi.
Il allait descendre au bas de l'autel, voir, peut-être arrêter la trombe d'eau qui se déversait dans le bassin mais quelque chose l'interrompit. Une voix grave et profonde résonna à travers tout le monument.
- Je te l'interdis Phorcys.
A contre-jour, dans le soleil couchant une silhouette venait de paraitre aux portes du temple. Une ombre, allongée et impressionnante la précédait. La voix était forte et autoritaire et Phorcys tourna immédiatement la tête vers le nouveau venu. Son assurance narquoise se décomposa à mesure que l'homme pénétrait dans le bâtiment. Il était suivi, à distance raisonnable par une autre personne dont la démarche semblait bien moins affirmée.
Emma reconnut immédiatement Nérée. Il était tel que dans ses souvenirs, vêtu de sa longue toge en tissu moiré bleu et portait à la main sa défense de narval sculptée. Le vieillard avait un visage réconfortant et sincère mais le regard qu'il adressait à Phorcys ne laissait aucun doute sur ses intentions.
D'un simple geste de la main, il fit disparaitre, dans quelques vagues de brume bleutées, les gardes de Phorcys en disant :
- Ces hommes n'ont rien à faire ici, il s'agit d'une affaire de famille.
Phorcys, ignorant l'intervention de Nérée dont il fit peu de cas, siffla entre ses dents, manifestement contrarié par l'arrivée inopinée de son frère :
- Nérée… Comment as-tu fais pour venir jusqu'ici ? Tu ne pouvais pas sortir seul de l'entre deux monde.
- Seul ? Non, c'est vrai, répondit le vieillard un rien moqueur. Mais j'ai reçu de l'aide. L'aide d'une personne que tu as trop longtemps négligée et sous-estimée… notre frère.
Dans l'ombre, derrière Nérée, Emma et ses compagnons purent voir approcher Protée. Le voyant à son tour, Phorcys lui adressa un sourire vicieux et manipulateur, nul doute qu'il cherchait à l'effrayer :
- Protée, mon très cher frère ! La dernière fois que je t'ai vu tu refusais ton aide à toute cette compagnie d'humains plus gluante que des arapèdes. J'avais trouvé ta réaction particulièrement intelligente pour t'éviter, à toi et à ta famille de phoques des ennuis, mais là… Je suis déçu.
Comme une flamme qui s'allume au contact d'une étincelle, Killian se souvint des paroles de Protée lors de leur rencontre sur la plage : il avait assuré que Phorcys était là, tout près, qu'il surveillait Mary, à chaque instant. Et c'était vrai. Crochet comprit immédiatement que le dieu était présent lorsqu'Ariel avait ramené des océans le vieux Protée. Il se rappela comment Aël avait lourdement insisté pour les accompagner au bord de la plage, lui et Mary lorsqu'ils avaient voulu rejoindre Régina et Circé. Ils s'y étaient opposés mais rien n'avait empêché le garçon de les suivre à distance. Ainsi il avait pu espionner la scène et s'assurer que Protée ne lui ferait pas un sac de nœuds dans les cordages, autrement dit, qu'il ne lui mettrait pas de bâtons dans les roues.
Protée ne se laissa pas démonter, et à la surprise générale prit de l'assurance face à son frère provocateur et malfaisant :
- Je n'ai aucun compte à te rendre Phorcys. Je savais que tu étais là quand je parlais à la gardienne. Je savais que tu l'observais, dans l'ombre. Mais j'ai vu l'avenir, ce que tu allais détruire par ta seule ambition. Ta soif de pouvoir ne te mènera nulle part. Si tu refuses de l'admettre de toi-même, alors, nous devons t'arrêter. Une gentille et déterminée petite sirène me l'a très justement rappelé.
En entendant ces paroles, Régina ne put s'empêcher d'admirer l'opiniâtreté dont Ariel avait su faire preuve, et elle éprouva pour elle une réelle reconnaissance. Cette agaçante petite péronnelle venait de leur sauver la vie à tous.
- Ainsi elle a réussi à te convaincre, aussi lymphatique sois-tu, de ne plus tergiverser et de prendre enfin une décision à ta hauteur. Tu féliciteras Ariel, je pensais que c'était une mission impossible ! se moqua Phorcys.
Nérée poursuivit :
- Protée a pris conscience qu'il ne pouvait pas continuer à te laisser agir à ta guise. C'est fini Phorcys, tu dois arrêter cette folie maintenant et cesser de prétendre posséder les pouvoirs de l'Atlantide.
Phorcys avait repris de l'assurance. Il se dressa de toute sa hauteur et son aura de dieu s'étendit autour de lui. Il semblait tellement effrayant nimbé de cette puissance et de cette beauté froide qui le caractérisait. D'une voix glaciale il dit :
- Et c'est toi qui compte m'en empêcher ? Crois –tu que le fait que Protée t'ait libéré de mon emprise fait de lui ton allié. Es-tu vraiment prêt à m'affronter, mon frère ? Phorcys adressa cette dernière phrase à Protée avec un sourire venimeux.
Le vieillard joufflu répéta :
- Nous ne pouvons pas te laisser faire Phorcys. Tous les univers marins sont en danger, par ta faute. Si tu perturbe l'équilibre et t'emparant des pouvoir de l'Atlantide tu mets en danger tout ce que les hommes ont construit et la faune en subira elle aussi les conséquences destructrices.
- Simples dommages collatéraux. Ce pouvoir est le mien, je ne veux plus que des hommes ou des dieux puissent s'opposer à moi ou à mes enfants, et vous n'êtes pas en mesure de m'arrêter.
Le dieu belliqueux grandit encore, le doute n'était plus possible à présent, c'était bien d'un dieu, et non d'un homme qu'il s'agissait et pour lui faire face, Nérée et Protée se personnifièrent également en êtres divins. Au creux de sa main, Phorcys rassembla une énorme sphère de magie bleutée qui crépitait de pouvoir. Plus de pouvoir qu'Emma n'en avait jamais vu dans une seule décharge… Et cette décharge quitta la main du tyran pour se diriger vers Nérée et son frère. Dans un réflexe instinctif, Mary se précipita à la rencontre de la boule. Emma aurait voulu l'arrêter, lui éviter de se mettre ainsi en danger mais il n'y avait rien qu'elle puisse faire physiquement, elle était trop loin. Alors elle tenta une contre-attaque magique. Un rayon de magie blanche sortit de ses mains et se pulvérisa avec puissante sur la sphère de Phorcys. Malheureusement sans aucun effet, elle ne parvint même pas à dévier la magie du dieu.
Mary, maintenant face à Phorcys, avait, dans un geste désespéré, levé les mains et étendu autour d'elle et au-delà, vers Nérée et Protée, un bouclier de son propre pouvoir. La sphère bleutée s'écrasa sur le bouclier et les deux magies se confrontèrent dans une gerbe de lumière et de crépitements sinistres. Il semblait que peu à peu la magie enveloppait tout l'espace avec une puissance telle que même Régina en était effrayée. Puis, le scintillement s'atténua et l'attaque de Phorcys disparut, sans faire le moindre mal. Mary avait étendu son pouvoir avec succès, protégeant ainsi quiconque dans son sillage de toute attaque magique. C'est le moment que Nérée et Protée choisirent pour riposter.
Mais Phorcys ne s'avoua pas vaincu et les attaqua derechef.
Alors que la bataille faisait rage entre les dieux, Emma se souvint de son père et de Killian, toujours plongés dans l'eau. Le dernier filet d'air avait maintenant disparu et ils allaient se noyer d'un instant à l'autre. Aussi fort qu'elle le put, elle dirigea ses pouvoirs sur les parois du caisson d'eau. Le flux blanc de sa magie se heurta contre la matière translucide mais ne semblait pas même en effleurer la texture. Elle se concentra pour donner davantage de puissance encore à son attaque.
Tout à coup, un autre rayon de magie, de couleur violette, cette fois, rejoignit la sienne, et enfin un troisième rayon d'un vert d'eau pastel se fondit aux deux autres : Régina et Circé, venaient prêter main forte à la sauveuse. Les trois magiciennes joignirent leurs efforts tandis que Killian, David, Anne et Jack luttaient pour ne pas laisser l'eau entrer dans leurs poumons, tout en se tenant aussi loin que possible du flux magique. Et, puis, au bout de ce qui sembla être de longues minutes de lutte et de concentration, la vitre se fissura et très vite céda sous le poids de l'eau. Un véritable déluge vint inonder le temple dans une vague qui emporta les quatre corps vers la liberté. Dans un concert de toussotements et de raclements de gorge, chacun reprit peu à peu ses esprits.
Sans perdre un instant, et après s'être assuré que les quatre baigneurs allaient bien, Emma, Régina et Circé s'approchèrent de Nérée et Mary qui faisaient toujours face à Phorcys.
Le dieu avait perdu de sa superbe et même s'il ne voulait pas céder, l'évidence était là : il ne pouvait que perdre la partie. Le bouclier de Mary était toujours actif et aucune attaque ne parvenait à le percer.
- Tu es vaincu, Phorcys, tu dois te rendre à l'évidence maintenant. Annonça Emma de sa voix encore un peu éraillée.
Face à Swan, le dieu retrouva en un éclair son assurance prétentieuse :
- Tu crois ça sauveuse ? Une pichenette de ma part et tu rejoindras les enfers pour de bon cette fois.
- Non.
Mary s'était approchée d'Emma , se collant à son flanc et d'un air d'autorité que la jeune blonde ne lui avait encore jamais vu, elle s'interposa. C'est son sang divin qui parlait et il ne faisait aucun doute à cet instant précis que la jeune pirate brune avait l'ascendance d'un dieu qui coulait dans ses veines. Sans élever la voix, la gardienne prononça sa sentence :
- Tu ne peux plus rien. Ta magie ne peut m'atteindre et je sais étendre mon bouclier pour protéger mes amis… Tu ne peux pas en dire autant : une attaque combinée de Nérée, Protée, Circé, la reine et la sauveuse ne te tuerait sans doute pas, mais à ton avis dans quel état de faiblesse te laisserait-elle ?
Phorcys pâlit, imperceptiblement. Mary continua :
- En tant que divinité marine, tu tires ton pouvoir de l'océan. Je te condamne donc à ne plus jamais pouvoir t'approcher de la mer. Quoique tu fasses, la magie de l'eau te sera désormais interdite. Je te banni dans les terres, loin de toute eau salée. Tu seras condamné à une vie d'immortalité dans la simplicité et le dénuement, en espérant que cela t'apporte un peu de sagesse.
Phorcys avait totalement perdu son arrogance. Ses yeux fous passaient de Mary à ses frères et il dit d'une voix rauque :
- Tu n'as pas le pouvoir de faire respecter une telle sentence.
- Elle non, mais nous si, dit Nérée en s'approchant de son frère. Protée et moi avons le pouvoir d'intervenir et de suivre le jugement de la gardienne. Et c'est ce que nous allons faire. Tu auras toute l'éternité devant toi pour y réfléchir mon frère.
Nérée tourna la tête vers Protée qui hésita un instant mais finit par hocher la tête en signe d'accord. Les deux frères, dans un geste large, levèrent ensemble leur main droite et dessinèrent un arc de cercle. Une vague magique apparut et enveloppa Phorcys. Celui-ci essaya bien de riposter mais la sauveuse, la reine et la magicienne combinèrent leurs pouvoirs à ceux de May et lui opposèrent leur magie. Aucune des tentatives du tyran n'aboutit. Nérée et Protée forcèrent leur attaque et l'instant d'après, il avait tout simplement disparu.
