Bonne lecture

Chapitre 2 :

Harry se redressa d'un bond dans le grand lit, envoyant voler les couvertures. Il avait fait un cauchemar dont les dernières bribes de souvenir s'évanouissaient déjà de son esprit. En quelques secondes il n'y avait déjà plus rien. Le brun mit un léger temps à se repérer puis se rappela ce qu'il avait vécu la veille au soir et de rien d'autre. Il était toujours amnésique.

Il récupéra ses lunettes qu'il mit sur son nez et s'apprêta à descendre, seulement vêtu de son caleçon, ne voulant pas se morfondre comme le soir d'avant. C'est au milieu de l'escalier qu'il s'arrêta net. La pièce était encore dans la pénombre mais il distinguait très clairement le canapé transformé en lit et une silhouette encore endormie à moitié couverte par les couvertures. Harry hésita à remonter pour mettre un tee-shirt. Mais il avança, comme hypnotisé par ce corps endormi. Il descendit doucement les marches restantes, attentif au moindre grincement qui pouvait le trahir. Arrivé en bas il continua lentement son avancée jusqu'au pied du lit. Il pouvait distinguer plus facilement Severus endormi. La poitrine se soulevait à peine au rythme de la respiration. Le torse dénudé, et non couvert par les draps, était très blanc, comme s'il ne prenait jamais le soleil, avec une fine bande de poils noirs en bas du ventre, et légèrement musclé. Un bras était replié et barrait le haut du visage. Les longs cheveux noirs s'étalaient sur les coussins clairs. Harry continuait à approcher, sa main effleurant en une fine caresse la peau d'albâtre de celui qui avait été son professeur. Ce dernier grogna dans son sommeil et Harry releva sa main, ne voulant pas réveiller Severus qui avait sûrement besoin de dormir. Puis il ne voulait pas être vu ainsi. Le plus sage aurait d'ailleurs été de remonter sur la mezzanine, ou même de rester dans le salon. Cependant une envie plus forte l'emmena à continuer. Calmant son souffle Harry fit quelques pas de plus et se pencha, voulant étudier le visage de son amant au repos.

Il ne put se baisser que de quelques centimètres avant de se faire attraper par une forte poigne qui le fit tomber sur le lit. Severus s'était redressé, avait saisi sa baguette cachée sous son oreiller et en menaçait son ancien élève, le dominant. Il avait un visage fermé, presque haineux, avant de se rendre compte de son adversaire. Alors ses traits se détendirent totalement et il baissa sa baguette :

- Harry pourquoi tu … ça aurait pu être dangereux. Ne t'avise plus de m'approcher en douce. J'aurais pu te tuer !

Il desserra sa main du bras de Harry et il se redressa. Il avisa alors que le Gryffondor était juste en caleçon. Un sourire malicieux étira ses lèvres et ce fut d'une voix langoureuse qu'il ajouta :

- A moins que tu n'aies eu une autre idée en tête en venant directement dans mon lit alors que le soleil n'est pas levé.

Harry rougit violemment. De plus il n'avait pas manqué le tressaillement de plaisir dans le sous-vêtement de son interlocuteur. Il voulut s'extirper du lit, s'emmêla dans les draps et manqua de chuter. Il posa les bras au sol pour se rattraper, les jambes toujours sur le lit. Il n'était pas dans une position pratique et encore moins décente, les fesses en l'air. Une fois stable il se dépêcha de se remettre droit et courut jusqu'aux escaliers qu'il monta deux marches à la fois. Il chercha un moment dans la petite pièce puis avisa la grosse armoire dans un angle. En l'ouvrant il trouva effectivement des piles de vêtements. Il sortit un jean, des sous-vêtements et un tee-shirt au hasard. Comme cela lui allait et qu'il était plus petit que Severus, il en conclut que c'était effectivement ses affaires dans le placard.

Il se permit quelques secondes supplémentaires pour reprendre son souffle puis redescendit calmement, comme si rien ne s'était passé. Il ne put toutefois s'empêcher de rougir quand son regard se posa de nouveau sur Severus qui en avait, heureusement pour son ancien élève, profité pour se vêtir aussi. Il avait remis ses robes noires à boutons.

- Excepté cette blague bénigne ce matin, dit le potionniste, je te rappelle avoir promis que je ne te forcerai pas. Je ne veux pas que tu me prennes pour un homme manquant à sa parole.

- Je sais…

Son ventre gargouilla à cet instant, permettant au Gryffondor de ne pas répondre plus. Esquissant de nouveau un sourire Severus agita sa baguette et tout sortit des placards pour aller se poser sur la table de la cuisine.

- Faudrait que je retrouve vite ma magie, c'est quand même rudement pratique.

- On peut s'entrainer ce matin, je n'ai rien de prévu. Il faudra juste que je travaille sur une potion en suspension cette après-midi. Elle mijote depuis cette nuit et ne peux me permettre de la laisser reposer trop longtemps.

- Je pourrais venir voir dans ton atelier ? Peut-être même t'aider ?

Il eut un léger silence.

- Bien sûr, finit par dire Severus en se servant un thé.

Harry ne s'inquiéta pas. Il prit cette marque d'hésitation pour une preuve de la compétence du potionniste. S'il était assez reconnu pour être nommé professeur et avoir des commandes extérieures il était normal qu'il ne veuille pas d'un étudiant moins doué dans les pattes. Il préféra se concentrer sur les gâteaux sur la table. Severus prit place à côté de lui mais se contenta de sa tasse de thé, regardant son compagnon engloutir les muffins aussi vite que possible et retenant un sourire à ce spectacle.

Une fois le repas terminé, tous les plats allèrent se poser dans l'évier et la vaisselle commença à se faire d'elle-même. Severus prit une dernière gorgée de thé et lâcha sa tasse qui se dépêcha d'aller rejoindre le reste sous l'eau savonneuse.

- Bon, es-tu prêt Harry ?

- Je crois.

- As-tu ta baguette ?

- Je… non, elle est restée là-haut. Sur la table de chevet.

- Première leçon, dit Severus d'une voix plus autoritaire, un sorcier ne se sépare jamais de sa baguette ! Jamais ! Même s'il maîtrise la magie sans baguette, celle-ci doit toujours être accessible par son propriétaire. Est-ce clair ?

- Oui. Ça ne se reproduira plus.

Il monta en vitesse les escaliers, au risque de se rompre le cou, prit la baguette qui était effectivement posée à côté du lit et redescendit aussi vite.

- On ne court pas dans les escaliers, tempêta Severus. Cela fait déjà deux fois que tu le fais et tu vas encore chuter si tu continues.

Harry acquiesça sans répondre. Severus se passa la main sur le front, respira un grand coup et reprit d'une voix plus calme :

- Pour te remettre à la magie on va commencer avec un sortilège de première année : le sortilège de lévitation.

Le professeur alla chercher un coussin qu'il posa sur la table de la cuisine nouvellement vidée et nettoyée puis s'éloigna de quelques pas, se posant à côté de son élève et se mit en position, baguette dans la main :

- Maintenant tu vas observer le mouvement de poignet, c'est très important quand tu jettes un sort. Ça, et la formule. Une mauvaise prononciation et les résultats pourront vraiment différer allant jusqu'à une grande catastrophe. Répète : Wingardium Leviosa.

- Wingardium Levosa.

- Non, LeVIOSA. Ne t'attarde pas trop sur la dernière syllabe mais plus sur celle du milieu.

Harry crut entendre une autre voix dans sa tête, disant quelque chose du même style mais le souvenir fut fugace et il secoua la tête pour se reprendre. Il se concentra sur sa position et recommença :

- Wingardium Leviosa

- Bien. Et maintenant le mouvement de baguette. Tu tournes et tu abaisses.

Pendant une heure ils s'entrainèrent tous les deux à ce simple sort. Si au début le coussin ne bougea pas, puis fut envoyé à l'autre bout de la pièce, Harry parvint au cinquième essai à la soulever un peu et finalement, il réussit à le soulever complètement et lui faire suivre la trajectoire voulue.

- Félicitations Harry ! Tu retrouves vite le contrôle de ta magie, c'est bon signe.

Le Gryffondor se demanda pourquoi son professeur n'avait pas l'air tellement heureux de cette nouvelle mais il était trop fatigué pour vraiment s'en inquiéter et se dit que ça devait venir de son caractère. En tout cas cette séance l'avait épuisé et il lui restait à peine de l'énergie pour se tenir debout et ne pas s'écrouler sur le sol. Cet état n'échappa pas à l'œil acéré de l'ancien espion qui lui indiqua le canapé du doigt :

- Tu devrais aller t'asseoir.

- C'est normal d'être aussi fatigué ?

- Tout à fait. C'est comme un exercice physique. La magie fait partie du corps du sorcier. Tu as une grande puissance magique en toi et quand tu la contrôles correctement tu peux jeter des sorts longtemps sans ressentir trop de gêne. Mais je pense qu'avec ton amnésie tu n'arrives plus à te maîtriser et tu puises trop dans ta réserve. Plus de magie pour aujourd'hui.

- Je peux quand même t'aider cet après-midi pour ta potion ?

- … Bien sûr.

Toujours cette hésitation. Tout à ses problèmes, Harry ne s'était même pas posé la question de savoir qui était son amant, comme il se présentait. Qui était-il ? Son caractère ? Ses goûts ? Une fois installé sur le canapé Harry regarda agir son partenaire, restant attentif au moindre détail. Il le vit évoluer dans la pièce, se déplaçant comme s'il glissait, faisant peu de bruit. Cependant il avait toujours le regard en mouvement et notait sûrement constamment tout ce qui se passait et réagissait rapidement. Une serviette en tissu glissa du plan de travail et Severus la rattrapa au vol presque immédiatement. Il avait de bons réflexes. Etait-ce sa nature ou avait-il eu besoin de développer ces capacités ? En tant que professeur et spécialiste des potions il devait avoir une grande intelligence. Ou en tout cas un grand savoir. La maison était bien tenue, cela voulait dire qu'aucun des deux n'était bordélique. Ou lui peut-être mais dans ce cas Severus était maniaque et organisé. Ce serait à tester. Il avait un atelier de potions chez lui donc il était un passionné de son travail.

Physiquement ce n'était pas ce qu'on pouvait appeler un canon de beauté mais il avait une grande prestance et dégageait un certain charme. Puis son visage s'éclairait quand il souriait, ce qui le rendait vraiment attirant.

Il semblait être strict et en même temps très attentionné. Harry était certainement du genre à aimer qu'on prenne soin de lui. Puis si Severus avait été longtemps son professeur il avait sûrement eu beaucoup de temps pour le connaitre, découvrir toutes ses facettes. C'était normal après tout qu'il ne découvre pas tout en moins de 24h. Mais s'il était déjà tombé amoureux une première fois, il n'y avait aucune raison pour que ça ne revienne pas. Quelque part le jeune homme avait même hâte que ses sentiments soient de nouveau là pour rassurer Severus et le rendre heureux comme il méritait certainement de l'être.

Pendant qu'Harry réfléchissait, Severus avait eu le temps de ranger et lancer la préparation du repas :

- Il reste un peu de temps avant le déjeuner, veux-tu lire un peu ou te reposer ?

- Tu peux me parler du monde magique ? demanda Harry en se redressant un peu. Ce n'est pas tellement une question par rapport à mon passé donc ça ne rentre pas en compte dans la promesse d'hier n'est-ce pas ?

- Bien sûr, si tu veux.

Le professeur allait prendre de nouveau place sur le fauteuil, en face, mais il se ravisa et se posa sur le canapé, à côté de son compagnon mais en lui laissant tout de même un peu d'espace pour qu'il ne se sente pas oppressé.

- Que veux-tu savoir ?

- Tout !

L'exclamation amena encore ce sourire sur le visage de Severus et ce petit rire discret qui enchantait Harry.

- Cela va prendre bien plus qu'une journée je le crains. Quelque chose de plus précis ?

- L'école alors. Elle s'appelle comment déjà ?

- Poudlard. Elle est située plus haut dans le nord du pays et protégé par des sorts qui empêchent toute intrusion étrangère.

- On peut faire ça avec la magie ?

- Il n'y a aucune limite à la magie. Mais cesse de m'interrompre pour de tels remarques sinon nous n'aurons pas fini avant la nuit.

- Désolé.

Severus se rapprocha un peu et posa sa main sur les cheveux noirs du plus jeune, caressant doucement les mèches rebelles :

- Ce n'est rien.

Harry se sentit d'abord gêné puis apprécia le geste et se détendit sous la caresse, allant même jusqu'à fermer les yeux quelques instants. Puis Severus reprit ses explications, sans pour autant enlever sa main.

- Poudlard a été fondé il y a plus de mille ans par quatre grands sorciers qui voulaient créer un lieu pour que tous les enfants sorciers puissent apprendre en liberté à contrôler leur magie. Ils s'appelaient Salazar Serpentard, Rowena Serdaigle, Helga Poufsoufle et Godric Gryffondor. Ils ont aussi donné leurs noms aux quatre maisons de l'école. Quand les élèves arrivent ils sont répartis dans ces maisons et y restent tout le long de leur scolarité. Leurs bonnes actions font remporter des points et ils peuvent en perdre en faisant des erreurs, en ne suivant pas les règles ou toute autre infraction. Et à la fin de l'année scolaire le compte des points est fait et une maison est désignée vainqueur.

- Quels sont les cours ?

Cette fois Severus ne releva pas l'interruption. Sa main continuait de jouer avec les mèches noires et régulièrement s'attardait sur le cou de son ancien élève.

Le potionniste parla pendant une bonne heure, évoquant les autres professeurs, leurs manies, les cours, le parc, le lac et la Forêt Interdite. Harry eut un frisson quand il entendit parler de Quidditch et insista pour en savoir plus. Avant même que Severus ne confirme, il savait, sans s'en souvenir, qu'il avait joué à ce sport et qu'il aimait ça.

Au fur et à mesure de la discussion Harry avait glissé sur le canapé et s'était retrouvé sur l'épaule de son ancien professeur qui l'avait entouré de son bras. Les deux hommes profitèrent pleinement de cette pause et de ce moment intime. Harry se sentit vraiment bien, comme rassuré, à sa place. Et, même si Severus lui racontait tout ce qu'il avait oublié, il n'avait plus cette sensation de vide liée à son amnésie. Il commençait aussi à s'endormir, porté par cette voix chaude et si enthousiaste. On sentait tout l'amour qu'il avait pour cet univers, pour l'école à travers son récit.

C'est une sonnerie magique retentissant dans toute la maison qui les fit sursauter et les réveilla presque. Severus se redressa brusquement et s'écarta, tel un gamin pris en faute. Il eut l'air gêné et alla s'occuper des casseroles, agitant sa baguette pour qu'une fois encore la table se mette toute seule.

- Est-ce que les sorciers font tous ça ?

- De quoi ? s'étonna Severus sans relever la tête.

- S'occuper de la maison, faire toutes les tâches, seulement par la magie et non à la main.

- Oui je pense. Question d'habitude, de rapidité. Puis il y a moins de risque de chutes, d'assiettes brisées ou d'accidents en tout genre.

- Mouais. Ça semble bizarre quand même. A croire que les sorciers ne savent rien faire sans leur baguette.

- C'est bien possible.

Harry alla s'installer à la table et regarda les plats arriver un par un et le service se faire tout seul.

- Tu continues de me raconter ? demanda Harry.

- J'aime manger dans le calme.

- S'il te plait ?

Il fallut quelques supplications supplémentaires et la promesse que ce serait exceptionnel pour faire changer d'avis le ténébreux maitre des cachots.

Et donc pendant qu'ils mangeaient un rôti et des pommes de terre, Severus continua son exploration du monde magique. Il aborda cette fois le Chemin de Traverse, Gringotts et diverses autres boutiques connues. Harry remarqua qu'il avait l'air triste quand il parlait de tout ça. Il n'osa pas aborder le sujet, se doutant que ce ne devait pas être un sujet joyeux que son ancien professeur avait envie d'aborder. Puis il ne voulait pas l'interrompre, espérant en apprendre le plus possible avant la fin du repas.

Qui arriva bien trop vite à son goût.

- Encore une question !

- Harry, tu avais promis. Nous avons encore tout notre temps pour discuter. Puis j'ai une potion à préparer et je ne veux pas me presser au risque de la rater.

- Je comprends. Bon j'ai promis de t'aider !

Harry était vraiment enthousiasme même si une petite partie de lui était désappointée. Mais Severus ne pouvait pas comprendre ce que c'était de se sentir vide ainsi. Personne ne pouvait comprendre.

Alors qu'il se dirigeait vers ce qui semblait être la porte de l'atelier des potions, il se fit attraper par le bras et se retrouva dans une étreinte chaude et réconfortante :

- Ne crois pas que je néglige ce que tu vis. Je me doute que ce n'est pas facile pour toi et je suis là pour t'aider. Cependant je ne peux pas mettre tout en pause non plus. Nous allons trouver un moyen et tout rentrera dans l'ordre. Je… je t'aiderai… quoi qu'il arrive. Je t'aime et je ferai tout pour toi.

Severus prit la tête de son ancien élève entre ses mains blanches et l'embrassa sur le front avant de plonger ses yeux gris dans ceux de son interlocuteur :

- Je suis avec toi.

- Merci…

La voix d'Harry n'était pas très sûre. Son cœur battait trop fort dans sa poitrine. Il se détourna pour cacher sa gêne et se dirigea vers les escaliers menant au laboratoire. Il y avait peu de marches, qui conduisaient à une salle plutôt grande, qui faisait sûrement plus que la taille du salon qui était au-dessus. Des torches s'allumèrent dès qu'Harry mit le pied sur la dernière marche, rehaussant la lumière dans la pièce mais ce n'était pas encore comme en plein jour. Un chaudron était au centre de la salle, bouillonnant légèrement, un feu brûlant toujours en-dessous. Un chaudron noir avec un liquide bleu clair où des reflets d'argents tournoyaient doucement. Sinon les murs étaient entièrement recouverts d'étagères qui débordaient de bocaux en tout genre. Harry ne reconnaissait pas la plupart des choses qui étaient dedans et il en était sur l'instant plutôt content. Mais c'était clairement à ça qu'il s'attendait en ayant simplement écouté parler Severus du monde magique et en faisant appel aux quelques connaissances qu'il lui restait, sans savoir d'où elles venaient. Il y avait aussi des plantes suspendues au plafond, des animaux séchés et d'autres choses informes sur les murs en pierres.

Il faisait une chaleur étouffante dans cette pièce.

Harry s'approcha du chaudron :

- Il y a quoi dedans ?

- Une création personnelle. Une potion pour soigner des venins très violents et guérir plus vite, garantissant ainsi de meilleures chances de survie en cas d'attaques. Je travaille encore dessus même si j'ai déjà eu des essais prometteurs.

- Je peux faire quoi ?

Severus parcourut la pièce du regard et réfléchit quelques secondes. Il désigna alors du doigt une table dans un coin de la pièce :

- Tu vas sur la table, me découper grossièrement les racines. Tu ne peux pas te tromper, il n'y a que ça.

Le brun obéit, se recroquevillant de manière instinctive devant les bocaux et autres monstruosités biscornues. Il se plaça derrière la table et commença à découper les épaisses tiges vertes. Son regard dériva vers Severus qui tournait autour de son chaudron, ne le quittant pas des yeux, pas même pour se saisir d'un ingrédient. Toute son attention était concentrée sur sa préparation. La lumière du feu éclairait son visage par le bas, changeant totalement son apparence. Il était bien plus menaçant et cela accentuait sa pâleur. Harry imagina ce que ça devait être en cours avec lui. Il était sûrement terrifiant. Loin de l'image de professeur parfait qu'il s'était d'abord représenté. Et cependant il y avait de la grâce dans ses mouvements, amplifiés par les mouvements de cape.

Une fois son travail effectué, Harry se rapprocha un peu, fasciné, pour voir plus correctement. Ses lunettes se teintèrent de buée à l'approche du chaudron et surtout de la fumée dégagée. Il les enleva donc pour les nettoyer tout en se penchant un peu vers la mixture qui cuisait :

- Attention

Le cri surprit le Gryffondor qui manqua de lâcher les lunettes qu'il tenait toujours à la main et son pied tapa dans le bas du chaudron. Il sentit qu'on le poussait violemment et tomba par terre sur le sol en pierre. Il entendit un cri étouffé de douleur. Harry se dépêcha de remettre ses verres qui heureusement ne s'étaient pas cassés, juste légèrement fendu sur le bord supérieur. Il ignora totalement ce détail pour se concentrer sur la forme recroquevillée à quelques mètres. Il se releva vite et courut devant Severus qui se tenait le poignet gauche.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Rien… Ce n'est rien de grave.

En voulant tirer sa baguette de sa manche, le potionniste n'eut pas le choix de dévoiler sa blessure. Harry eut un haut le cœur et retint un cri en se couvrant la bouche de la main. Il y avait un trou énorme sur le poignet. La chair semblait rongée, l'os était visible et il y avait du sang qui bouillonnait. De plus le mal continuait de se propager, commençant à dévorer la peau du bras à présent. Harry respira profondément pour essayer de calmer la crise de panique qu'il sentait arriver. Il avait aussi envie de vomir.

De son côté, serrant les dents, Severus fit venir à lui une potion de sa réserve. Il l'ouvrit en tirant le bouchon avec les dents et en versa une grande rasade sur son poignet. La chair se reconstitua doucement, le sang arrêtant de couler sur les dalles en pierre. Pour compléter la guérison, il lança un sort pour atténuer la douleur et effacer les dernières traces de blessure. Il serra la main plusieurs fois pour vérifier que tout fonctionnait correctement et redressa alors la tête, avisant soudain l'état dans lequel se trouvait son compagnon :

- Harry ? Tout va bien ?

- Ton… ton poignet… Je suis désolé ! C'est ma faute ! Je ne l'ai pas fait exprès !

Severus se précipita sur lui et le prit dans ses bras, caressant doucement les cheveux rebelles de sa main droite.

- Ce n'est rien. Les accidents arrivent et j'ai toujours des potions de secours.

Harry pleurait doucement, les mains accrochées à la cape dans le dos de Severus, inconscient qu'il marmonnait des excuses à n'en plus finir. Il s'accusait de tout, disait qu'il était un danger public, et qu'il savait qu'il était le responsable des morts autour de lui. Son inconscient refit surface pendant ces quelques instants d'angoisse.

De son côté Severus répondait doucement, d'une voix calme, et attendait que les larmes se tarissent. Quand ce fut le cas et que le Gryffondor avait retrouvé un souffle plus régulier il se détacha un peu et plongea son regard dans les prunelles émeraudes :

- Tu n'as rien à te reprocher, ce n'est qu'un accident et il n'y a aucun mal.

- Tu ne m'en veux pas ?

- Non. Je suis content que ce ne soit pas toi qui aies été blessé.

Il passa sa main sur la joue du plus jeune, effaçant les dernières traces de larmes.

Ce geste, et surtout la déclaration, attendrit Harry qui détourna le regard pour ne pas être gêné. La potion était à moitié renversée sur le sol et ce qui restait dans le chaudron bouillonnait beaucoup trop.

- Ta potion est gâchée.

- Elle n'était pas réussie de toute manière. Au vu des effets sur mon poignet il va falloir recommencer. Ce n'est pas mon premier échec dans ce domaine cependant je finirais bien par réussir. Comme toujours.

Il prit sa baguette et d'un mouvement fit tout disparaitre. Le chaudron reprit sa place sur le feu à présent éteint. Il n'y avait plus aucune trace de l'accident. Harry profita de la distraction de son ancien professeur pour regarder plus en détail le poignet fin dévoilé par la manche remontée de la robe. Il n'y avait plus de marques non plus. Rien n'indiquait ce qui s'était passé. La peau était lisse. C'était impressionnant et en même temps terrifiant. Tant de choses pouvaient se passer dans ce monde et ne laisser aucune empreinte. Comment savoir alors ce qui s'était déroulé ? Quiconque rentrait ici ne pourrait deviner le drame qui s'était pourtant produit à peine quelques secondes avant. Dans le monde magique on ne pouvait se fier à rien de tangible. Et dans la situation actuelle de Harry, c'était quelque chose d'effrayant.

Comment être sûr de quoi que ce soit dans cet univers magique ? Combien de cicatrices ont disparu de son corps et ne peuvent raconter leurs histoires ? Et pourquoi celle de son front est restée ? Cela lui amenait trop de questions et surtout peu de réponses.

XXX

Ils remontèrent dans le salon, Severus déclarant que la préparation de potions attendrait et que les prochaines fois Harry ne descendrait pas, pour éviter les accidents. Le Gryffondor ne vit pas l'intérêt de discuter. Il préférait également ne pas redescendre. Le potionniste évitait de se servir de sa main gauche. Il était guéri et n'avait pas mal cependant il ne voulait pas prendre de risques. Heureusement que la magie pouvait se substituer à lui. Puis il comptait bien noter toute son expérience et en tirer les leçons qui s'imposaient pour améliorer sa recette.

- Qu'est-ce qui te plait dans la préparation de potions ?

Severus esquissa un sourire à la question innocente de son ancien élève qui s'était comme refugié du côté de la fenêtre.

- Je ne saurais pas trop comment te le décrire. C'est un art délicat, qui ne laisse aucune place à l'inattention et au hasard. Les potions peuvent soigner comme blesser, amener la chance ou la mort. Elles sont changeantes, volatiles et se laissent difficilement maitriser. Et c'est un art solitaire qui me convenait bien. Lily disait d'ailleurs que je finirais vieux grincheux couvert de toiles d'araignées dans ma réserve.

- Lily…

Le nom évoqua quelque chose à Harry. Sa mémoire se débloqua un instant et il sut qui elle était.

- Ma mère… Lily était ma mère. C'est ça ?

Une ombre passa dans le regard de Severus mais Harry était trop loin pour s'en apercevoir.

- Tu as retrouvé ta mémoire ?

- Non… Juste ce nom… Je sais que c'est celui de ma maman, mais c'est tout. Je ne me rappelle pas son visage. Ni le nom de mon père.

- Oui Lily était bien ta mère.

- Et vous étiez amis ?

- On s'est rencontrés enfants, nos familles vivaient à côté. Elle était fille de moldus et moi de sorciers. On avait le même âge et on est rentrés à Poudlard ensemble. Puis en grandissant on s'est éloigné.

Harry sut que Severus ne lui avait pas tout dit mais il n'insista pas, déjà heureux d'en apprendre un peu plus sur sa famille, autant que sur son compagnon. Et Lily était vraiment un beau prénom. Il le murmura de nouveau et sentit une chaleur l'envahir. Elle était sûrement très belle.

- Tu as une photo ? demanda-t-il.

- Aucune.

Le ton était sec et Harry écarquilla les yeux de surprise. Leur amitié avait vraiment dû mal se terminer.

- Je suis navré, je ne voulais pas me montrer aussi rude. Mais après… après son décès j'ai eu disons une mauvaise période et je n'ai rien gardé qui pouvait me rappeler sa perte.

- Je comprends que ça ait pu être dur… Je ne te fais pas trop penser à elle ?

- Au début si. Tu as les mêmes yeux verts qu'elle. Quand tu posais les yeux sur moi j'avais l'impression qu'elle était encore là. Puis tu as grandi et là ce sont d'autres sentiments que ces yeux verts faisaient naitre en moi.

La voix du potionniste s'était faite plus distante, comme s'il revivait ce qu'il racontait. Par contre il s'était tourné et regardait à présent Harry, un demi-sourire adoucissant ses traits et éclairant son regard. Le Gryffondor se rapprocha doucement, mesurant ses gestes comme s'il craignait d'interrompre le moment d'un mouvement déplacé. Il était presque aux côtés de Severus quand celui-ci secoua la tête et sembla revenir à lui-même. Il cligna rapidement des yeux plusieurs fois. Puis il détourna carrément le regard.

- Enfin c'est de l'histoire ancienne tout ça.

- Tu ne veux pas me dire ce qui s'est passé entre vous ?

- De mauvaises choses. Je ne veux pas en parler.

Il tenta de fuir en se décalant doucement jusqu'à la salle de bain. Il fut stoppé par une question à laquelle il ne s'attendait pas du tout :

- Est-ce que je le savais ? Avant ? Je veux dire, avant ma perte de mémoire ?

Severus ouvrit la bouche mais ne répondit pas de suite. Puis il finit par admettre :

- Oui… mais les choses étaient différentes, s'empressa-t-il d'ajouter.

- En quoi ?

Voyant qu'il n'obtenait pas de réponse et même pas de regard, Harry rajouta, en haussant la voix :

- Severus, un couple c'est de la confiance ! J'ai besoin d'être sûr ! Sûr que tu as confiance en moi, que tu partages avec moi. Et surtout en ce moment !

- Il me semble que tu ne devais pas poser de questions sur ton passé.

- C'est injuste ! Tu as commencé à en parler, tu me révèles des choses sur ma mère puis tu te fermes d'un coup et tu refuses de me dire pourquoi ! Tu dois avoir confiance en moi !

Harry ne s'était pas rendu compte que Severus s'était de nouveau déplacé. Il avait maintenant la main sur la poignée de la salle de bain et la tête basse.

- Laisse-moi du temps.

Puis d'un mouvement vif, il entra dans la pièce d'eau et ferma derrière lui. Harry se précipita et entendit nettement le loquet se fermer. Il tenta tout de même de tourner la poignée et secoua la porte. Il tambourina aussi plusieurs fois sur le panneau de bois.

- Severus ! Tu ne peux pas me faire ça ! Severus ! Ce n'est pas… pas cool du tout !

Le Gryffondor crut alors distinguer un bruit de sanglot, il arrêta donc de taper sur la porte un instant mais plus aucun son ne lui parvint.

XXX

Severus sortit près d'une heure plus tard. Harry s'était assis sur le canapé en attendant. Il avait bien essayé de lire mais n'avait pas pu se concentrer un instant. Il s'était mis aussi à faire les cent pas avant de s'affaler à nouveau sur le divan, les yeux rivés au plafond.

Quand son ancien professeur sortit, le Gryffondor ne se releva pas mais s'attarda sur son visage cependant il n'y avait aucune trace indiquant de quelconques larmes.

- Tu as raison, commença Severus en choisissant soigneusement ses mots, je dois avoir confiance en toi. Et… et j'ai été le premier à en parler, c'est certes vrai. Cependant je me répugne à en dire plus. C'est… ce ne sont pas des choses dont je suis fier. Ce serait même le contraire. Et j'aurais aimé ne pas t'en parler le plus longtemps possible. Il… J'avais une chance de… Tu aurais enfin pu voir seulement mes bons côtés sans voir en moi le monstre que j'ai pu être.

Il s'agrippait le bras, un peu au-dessus du poignet, en parlant. Harry se leva, se rapprocha et pris les mains de Severus dans les siennes :

- Je t'ai aimé en sachant la vérité. Pourquoi ça ne pourrait pas arriver de nouveau ?

- Je crois qu'il vaut mieux s'asseoir. Tu en auras sûrement besoin.

Severus invita son ancien élève à retourner sur le canapé. Il s'assit en face et prit une grande inspiration.

- Il y a des années un jeune homme charismatique, avec un fort potentiel magique commença à avoir des envies de grandeur. Il était persuadé qu'il y avait des sorciers qui valaient plus que les autres et surtout plus que les moldus. Et il réussit à convaincre d'autres sorciers du bien-fondé de sa pensée. Ensemble ils voulurent s'imposer, obliger le monde des sorciers à se révéler et réduire en esclavage les êtres inférieurs comme ils disaient. Et leurs méthodes n'étaient pas tellement tendres. Vols, meurtres, disparitions, abus étaient courants à cette époque.

- Quel est le rapport avec toi ?

- J'ai fait partie des fidèles de cet homme. Je l'ai suivi et j'ai fait des choses dont je ne suis pas fier. Je pourrais dire que je le regrette à présent cependant cela ne fera jamais changer le passé.

- Pourquoi les as-tu suivis ?

- Ils étaient attrayants. Ils m'offraient tout ce que je voulais, ce que je recherchais. Je voulais être quelqu'un, être respecté, m'élever dans la société. J'ai cru à toutes ces idioties. Et, étant sûr de mon fait, je me suis cru supérieur à ta mère. Je l'ai repoussée en lui disant des choses horribles et je ne l'ai plus jamais reparlé après.

- Qu'est-il devenu ? Cet homme ? Qui était-il d'ailleurs ?

- C'était un mage noir. Il est mort il y a des années. Puis il est revenu d'entre les morts en utilisant une magie très noire, interdite, et il a fallu se battre de nouveau. Ce ne sont pas là des souvenirs très joyeux et où je joue un rôle peu glorieux.

- Tu as tué ?

- J'aimerais te mentir et te dire que non. Mais oui j'ai tué, manipulé, abusé de la confiance de personnes plus ou moins proches. J'ai été marqué par lui comme un des siens.

Doucement il releva sa manche, dévoilant son avant-bras gauche où s'étalait encore un dessin représentant une tête de mort vomissant un serpent. Les traits étaient estompés et le noir plus aussi intense.

- Il disparait doucement, continua Severus d'une voix neutre. C'est la preuve qu'il est mort. Cependant c'est aussi la preuve de mon infamie. Tous ses fidèles ont été marqués. Ses plus fidèles.

- Tu l'as suivi jusqu'au bout ? Tout en sachant ce qu'il était et ce qu'il faisait ?

- Je pourrais te dire que j'y ai été contraint et forcé, ce qui a été vrai à la fin. C'était ça ou la mort. Mais je suis un tueur.

Harry encaissa toutes ces révélations en silence. Il ne savait que penser. Et beaucoup trop de pensées tourbillonnaient dans sa tête sans qu'il n'arrive à en formuler une seule cohérente. Il tournait désespérément la tête comme s'il cherchait une réponse autour de lui. Puis il releva ses yeux verts et fixa Severus :

- Mais alors comment ? Comment t'en es-tu sorti ? Si tu étais vraiment un meurtrier et un mage noir, pourquoi n'es-tu pas en prison ? La prison existe bien dans le monde magique quand même ?

- Oui elle existe. Et j'y ai passé quelques mois avant que Dumbledore, un grand sorcier ne me fasse confiance. Il me donna une seconde chance et me proposa de devenir espion. J'eus alors pour mission de jouer double jeu et de rapporter le plus de choses possibles à l'Ordre du Phénix, qui se battait pour la libération du monde magique. C'est ce qui m'évita la prison et me permit de retravailler à l'école.

- Cela n'a pas dû être simple pour toi. Tu as dû risquer ta vie à plusieurs reprises. Tu aurais pu mourir !

- C'était un faible prix à payer.

Severus avait l'air tellement faible à cet instant. Harry ne put s'empêcher de le serrer dans ses bras.

- Tu es un héros Severus. Tu aimes peut-être te victimiser mais je sais que tu ne mérites pas de te flageller ainsi. Je comprends comment j'ai pu t'aimer.

Il sourit franchement et resta perplexe en voyant une larme couler sur la joue de Severus.

Tout se met en place tranquillement.

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