Bonne lecture
Chapitre 3 :
D'un accord tacite entre les deux hommes, ils n'abordèrent plus pendant un temps le sujet des souvenirs d'Harry, du moins pas de façon directe. Celui-ci sentait au fond de lui que quelque chose se briserait s'il tentait encore de questionner Severus comme la dernière fois. A la place ils se concentrèrent sur le présent et agissaient plutôt comme des personnes qui se découvraient pour la première fois. Severus montra quelques réticences au départ à laisser sortir son compagnon, argumentant que ce n'était pas sûr. Harry ne connaissait pas le quartier et pouvait se perdre. Puis il ne pouvait utiliser sa baguette. Et que se passerait-il s'il se sentait mal en pleine rue ? Mais devant l'air suppliant de son ancien élève il ne tint pas longtemps. Il ne résistait jamais plus que quelques minutes.
Il l'emmena même au restaurant, du côté moldu. Severus refusait d'aller du côté sorcier. Harry ne chercha même pas à argumenter. Lors de cette sortie il profita des connaissances de son compagnon. En effet à peine furent-ils sortis de leur maison que son ancien professeur lui prit le bras et l'entraîna dans Londres, lui faisant visiter la ville, racontant des anecdotes sur les bâtiments devant lesquels ils passaient. Ils passèrent un long moment à flâner à Hyde Park après le repas. Ils se posèrent d'ailleurs sous un arbre pour profiter du calme et de l'ombre en cette journée ensoleillée. Il y avait peu de monde et les personnes étaient plus intéressées par les bateaux ainsi qu'une promenade sur le lac plutôt que par les chemins verts. Harry s'allongea dans l'herbe, sur le dos, les mains croisées sous la tête, et apprécia cet instant, fermant les yeux. Il était près de s'endormir, aidé par la chaleur d'un été qui tardait à s'en aller.
Soudainement il tourna la tête et rouvrit les yeux pour fixer Severus qui contemplait le lac. Il aurait cependant pu parier que le potionniste avait détourné le regard et qu'auparavant il le regardait lui. Il sourit légèrement. Il avait déjà remarqué cette manie qu'avait Severus de l'observer à la dérobée. Et il ne savait pas s'il aimait cette constatation. En tout cas cela ne lui déplaisait pas. Lui-même ne pouvait s'empêcher de le chercher des yeux. Là il apprécia la tenue sobre de son compagnon. Il avait troqué sa tenue sorcière habituelle pour une chemise blanche aux manches longues avec un simple pantalon en toile noir. Il gardait une certaine élégance. La chemise était légèrement ouverte dévoilant le haut de son torse blanc.
- Tu devrais t'allonger.
Severus ne sembla pas l'avoir entendu, son regard était toujours rivé sur la surface de l'eau. Il avait l'air ailleurs et la mâchoire crispée.
- Severus ?
Harry se redressa un peu. Le potionniste tourna la tête et sourit largement :
- Parce que tu penses que je vais m'allonger dans l'herbe comme un gamin.
Son ton était amusé.
- Eh ! Je ne suis pas un gamin ! Mais toi t'es un vieux ronchon !
- Sale morveux ! Tu vas voir si je suis vieux !
Harry ne vit pas la baguette de Severus bouger mais il sut avec certitude qu'il avait utilisé la magie quand il sentit l'herbe le chatouiller de plus en plus fort. Au début il tenta de se retenir puis il se mit à rire à gorge déployée, se tortillant dans tous les sens pour échapper à la torture. Les passants se retournèrent vers lui avant de simplement secouer la tête et passer leurs chemins, s'écartant peut-être un peu plus. Harry en vint à manquer de souffle. Le sort sembla se réduire en intensité, il réussit donc à se redresser un peu et se déplaça légèrement sur les genoux jusqu'à se laisser tomber sur Severus, le plaquant au sol de tout son poids. Il entreprit de le chatouiller à son tour. Les deux hommes chahutèrent en riant. Non pas que le potionniste soit chatouilleux, ce serait plutôt le contraire, mais les efforts de son compagnon le faisaient sourire et même rire doucement, avant qu'il se laisse clairement aller à l'hilarité, sans moqueries. Il essayait tout de même de jouer le jeu et cherchait à s'échapper.
Les deux hommes se débattaient sur l'herbe du parc depuis plusieurs minutes déjà quand ils durent s'arrêter à bout de souffle. Harry se laissa même tomber sur la poitrine de Severus, qui se soulevait de manière désordonnée. Ils prirent quelques instants pour reprendre leur respiration. Severus ne tint pas compte de la chaleur ni des regards éventuels et referma ses bras autour du corps du Gryffondor, le serrant un peu plus contre lui. Sa main s'égara de nouveau dans les mèches brunes.
Harry se redressa sur ses mains, faisant face à son faux adversaire, et plongea son regard dans les prunelles grises, prêt à parler mais sa bouche s'assécha en un instant. Ses yeux avaient dérivé et s'étaient posés sur les lèvres fines de Severus. A présent il ne pouvait plus en détacher ses yeux. Il se demandait ce qu'il ressentirait à embrasser son compagnon. Il l'avait sûrement fait des centaines de fois. Il avait déjà senti le goût de ces lèvres sur les siennes, capturé le moment d'un baiser, senti la chaleur naître au creux de son ventre. Et à cet instant précis il avait très envie de redécouvrir ces sensations.
- Tout va bien ? s'enquit Severus.
Harry se rendit alors compte qu'il était resté silencieux, la bouche ouverte.
- Tu as mal quelque part ?
Severus se redressa à son tour, obligeant Harry à se décaler également. L'ainé prit le visage de son compagnon en coupe dans ses mains. Toujours à genoux, son ancien élève posa ses mains par-dessus les siennes et secoua doucement la tête :
- Ce n'est rien… Une absence…
- Un souvenir ?
- Non. Vraiment… Rien d'important.
Son regard revenait sans cesse sur la bouche de Severus. Harry, gêné, le visage sûrement rouge et brûlant, n'y tint plus et se détourna, préférant fixer son regard sur les passants. Il y avait un couple qui s'approchait. Ils avaient l'air heureux, souriants comme deux amoureux. L'homme était plutôt grand et arborait une splendide chevelure rousse. Cette fois Harry eut vraiment mal à la tête et cette douleur le plia en deux, le faisant retomber au sol en gémissant, plié en chien de fusil. Le potionniste se précipita sur lui :
- Harry ? Harry, parle-moi ? Qu'est-ce que tu as ?
- J'ai… mal… Ma tête… Elle va exploser.
Harry avait l'impression que son crâne se divisait en deux, en partant de sa cicatrice. Severus tenta de le redresser et le porta à moitié.
- Est-ce que tu peux marcher ?
- … non…
Harry avait du mal à parler. Il respirait même difficilement et très vite. Severus analysa les lieux et les personnes présentes d'un simple regard puis transplana. Ce n'était certes pas la meilleure des solutions, elle était en tout cas la plus rapide. Harry ne se rendit même pas compte du changement de décor. Il avait envie de vomir, sa vue était brouillée.
Les deux hommes étaient devant la porte de leur maison, cachés des regards curieux par des sorts et une haie physique d'arbres assez hauts pour les dissimuler.
- Tu vas devoir marcher un peu Harry. Tu t'en sens capable ?
Le Gryffondor ne put même pas répondre. Son cœur tapait à ses tempes, sa nausée augmentait, il ne voyait presque plus rien, il pleurait de douleur et gémissait. Sa main s'accrocha à la manche de son ancien professeur et il la serra à s'en blanchir les phalanges.
Comme il n'obtenait pas de réponse, Severus souleva Harry et le tint serré contre lui pour monter les escaliers. Il le posa doucement sur le lit, détacha lentement les doigts qui tenaient toujours son vêtement et remonta la couverture sur lui. Il posa la main sur le front de son compagnon et poussa un soupir de soulagement en constatant qu'il n'y avait pas de fièvre. La main fraiche sur son front fit beaucoup de bien à Harry. Il tourna la tête afin de garder cette sensation le plus longtemps possible.
- Je vais te laisser te reposer, dit doucement Severus. Nous en parlerons plus tard.
Alors qu'il allait se lever et quitter la mezzanine, le potionniste sentit quelque chose effleurer son bras. En se retournant il remarqua que Harry avait de nouveau essayé d'agripper son vêtement mais sa main était retombée dans le vide.
- Reste, murmura-t-il. Je ne veux pas être seul. Reste avec moi.
Severus regarda autour de lui et conjura un siège qu'il approcha du lit. Il prit la main de son compagnon dans la sienne et chuchota à son tour
- Je ne pars pas. Je ne te quitterai jamais.
- Tout le monde m'abandonne… Je suis seul…
Harry délirait. Il ne savait même pas ce qu'il disait. Il s'endormit totalement en sentant qu'on l'embrassait sur le front.
Il dormit trois heures. Quand il se réveilla, le soleil déclinait à travers les fenêtres. Il ne se souvenait pas d'être rentré chez eux et encore moins de s'être couché. En tournant la tête il tomba sur Severus toujours assis, le dos bien droit, une main toujours sur le lit, les yeux fermés. Ce devait être lui qui l'avait ramené. Harry crut qu'il s'était endormi. Il bougea, doucement lui semblait-il, mais cela suffit à ce que Severus rouvre les yeux. Celui-ci se pencha vivement au-dessus des couvertures :
- Comment te sens-tu ?
- Mieux… Merci. Qu'est-ce qui s'est passé ?
- A toi de me le dire. De quoi est-ce que tu te rappelles ?
- Le parc, nous deux…
A cet instant Harry rougit de nouveau, se souvenant du tour qu'avaient pris ses pensées.
- J'ai regardé autour. Puis de la douleur. C'est comme si ma tête était fendue en deux. Comme si quelque chose essayait de sortir.
- Je vais faire quelques recherches, essayer de comprendre ce qui t'arrive.
Il y eut un petit instant de silence.
- Severus… tu penses que je vais retrouver la mémoire ?
- Je ferais tout pour que ça arrive. Tu finiras par te souvenir de tout.
- J'ai surtout hâte de me souvenir de nous deux.
Severus eut un sourire sans joie. Harry ne comprit pas.
XXX
Harry continua à avoir régulièrement mal à la tête mais rien ne fut jamais comparable avec cette journée au parc. Selon Severus c'était sa magie qui bloquait l'accès aux souvenirs. Il ne fallait pas forcer, au risque d'endurer une souffrance énorme. A partir de ce moment le Gryffondor fit également de plus en plus de cauchemars, des mauvais rêves dont il ne se souvenait jamais au réveil mais qui le faisait souvent se redresser en hurlant, le souffle court. Severus se précipitait alors toujours à l'étage, sans prendre le temps de s'habiller, et prenait son ancien élève dans ses bras jusqu'à qu'il soit complètement apaisé.
Généralement il lui parlait doucement, passant la main dans les mèches rebelles, assis sur un bord du lit comme s'il berçait un enfant. Puis quand Harry somnolait de nouveau, parfois dormait carrément, Severus le glissait doucement sous les draps et après un baiser sur le front, il repartait sur le canapé magiquement transformé en lit tous les soirs.
Un soir Severus se cala plus confortablement dans le lit qu'il occupait avant et se mit à somnoler à son tour. Quand il piqua du nez, il se réveilla en sursaut et partit avant de complètement s'endormir. Et puis une fois il ne se réveilla que le lendemain matin, toujours assis dans le lit, le dos bien droit contre le montant du lit, la tête d'Harry sur ses jambes nues. En voulant se lever il réveilla son compagnon qui se rendit alors compte de ce qui s'était passé. Il en fut gêné pour la matinée entière, malgré la patience de Severus qui lui assurait qu'ils avaient fait bien plus que partager un lit et que c'était d'ailleurs plus confortable, riant même de cet embarras. Harry avait rougi de nouveau. Et les plaisanteries du potionniste ne l'aidèrent pas. Cela arriva de plus en plus souvent. Severus s'endormait dans le même lit que son ancien élève et ils se réveillaient tous les deux, souvent toujours enlacés. Dans ces moments-là Harry se réveillait généralement embarrassé et bafouillait avant de s'excuser. Severus se contentait de répondre d'un simple sourire avant de se lever comme si de rien n'était. Puis la journée reprenait normalement. Harry se doutait qu'il existait une potion pour dormir tranquillement sans être ennuyé de cauchemar. La magie permettait forcément ce genre de trucs, vu ce qui était possible. Cependant il n'osait en demander. Il se disait que si Severus, maître des potions, ne lui en avait pas fourni ni même parlé c'est qu'il devait avoir une bonne raison. Il finirait par en demander si cela durait vraiment trop longtemps. Il ne voulait pas être une charge. Mais il était sûr qu'une fois ces souvenirs retrouvés, ne serait-ce qu'en partie il ne ferait plus de cauchemars. Et peut-être même avant.
Il fut en tout cas le premier surpris de se trouver au pied du lit de Severus un soir alors que la nuit venait de tomber. Il s'était retourné dans son lit sans parvenir à trouver le sommeil avant de se décider à descendre doucement les marches, espérant peut-être ne pas réveiller son ainé. Peine perdue car celui-ci était toujours éveillé, lisant tranquillement grâce à une boule lumineuse, la même qu'il avait fait apparaître le premier soir. Severus le regarda descendre sans manifester la moindre émotion sur son visage. Ses yeux seuls semblaient brûler dans la pénombre. On aurait dit un prédateur traquant sa proie. Une fois parvenu là Harry se mordilla les lèvres, la bouche sèche. Il se demanda une fois encore si c'était une bonne idée. Cependant il pouvait difficilement faire demi-tour à présent. Cela aurait été bien pire.
- Je me suis dit que ce serait plus simple, plutôt que t'obliger à ta lever toutes les nuits, donna t'il comme explication.
- Ne trouve-tu pas ça prématuré. Enfin je veux dire, te sens-tu prêt à partager mon lit… de nouveau ?
- J'en sais rien du tout. Mais je ne veux plus que tu te lèves toutes les nuits.
Comme réponse Severus souleva le drap à côté de lui, invitant son compagnon à le rejoindre. Puis voyant qu'Harry marquait tout de même un temps d'hésitation il ajouta :
- Je ne ferais rien de plus que ce que tu souhaites. Puis nous avons déjà dormi ensemble ces dernières nuits de toute façon, ce n'est pas comme s'il y avait là quelque nouveauté pour toi.
Harry se mit alors sous les couvertures, enlevant ses lunettes au passage, restant tout de même sur le bord du lit. Il sentait le regard du potionniste sur lui, même dans l'obscurité. Il était perturbé de cette sensation et le sommeil sembla le fuir un long moment. Il n'osait pas non plus bouger pour chercher une position qui serait peut-être plus confortable pour lui. Il se sentait tellement gêné et il avait dû rassembler tout son courage afin de poser la question sans s'écrouler de honte. C'était une chose que de tomber de sommeil au milieu de la nuit, c'en était une autre que d'être avec lui dès le début de la nuit. Harry écoutait la respiration calme de son compagnon et les rares bruits de la rue. Il n'y avait pas beaucoup de circulation et les rideaux empêchaient les lumières éventuelles de pénétrer dans la pièce. En se déplaçant un peu le Gryffondor eut l'impression que son ancien professeur tremblait. Il ne faisait pourtant pas froid. En tout cas entre les murs. L'automne avait pris ses quartiers à l'extérieur cependant les sorts ainsi que l'épaisse couverture garantissait une douce chaleur.
- Severus ?
- Oui ?
La voix était ferme, il n'y avait pas de trace de sanglots donc ce ne pouvait être des pleurs non plus.
- Tu dors ?
- Au vu de ma réponse précédente je pense que tu peux en déduire que non je ne dors pas sans avoir besoin de le demander.
- Ouais pas faux…
- Et pourquoi cet intérêt quant à mon sommeil ?
La nuit qui les enveloppait rendait la conversation bien plus intime qu'elle ne l'était. En plus les deux hommes étant proches ils se contentaient de murmurer. Harry se sentit presque gêné.
- Tout va bien ? Demanda-t-il en restant volontairement vague.
- Hormis la fatigue oui. Pourquoi cette question ?
- J'ai cru te sentir trembler. Mais je me suis peut-être trompé.
- Oui. Tout va très bien je te l'assure.
Le ton se voulait léger mais Harry sentit que quelque chose n'allait pas. Il y réfléchit un moment puis se dit que ce devait être dur pour lui de se retrouver dans le même lit que son ancien amant tout en devant se retenir. Et si ce n'était pas ça ? Enfin, ça ne devait pas être ça car, comme l'avait fait remarquer Severus quelques instants plus tôt, ils avaient déjà dormi ensemble à de nombreuses reprises.
La fatigue finit par l'emporter, interrompant son flot de questions sans réponse.
Quand il ouvrit des yeux le lendemain matin il fut moyennement surpris. Il ne s'était pas réveillé, n'avait pas eu de cauchemars du tout. Il avait déjà pressenti que la présence de Severus l'apaisait et calmait ses terreurs et en était convaincu à présent. Il était un refuge, quelque chose de tangible dans son monde bouleversé. Il l'aidait, était patient, n'en demandait pas trop au Gryffondor amnésique. Doucement, Harry récupéra ses lunettes qu'il avait posées sur le sol à côté et se retourna dans le lit pour pouvoir observer son compagnon toujours endormi. Il était couché sur le ventre et Harry ne voyait que son profil. Il détailla le nez un peu crochu, les traits ciselés, les cheveux noirs qui s'étalaient sur les draps blancs. La couverture était descendue un peu laissant le haut du torse pâle visible. La poitrine se soulevait doucement au rythme de la respiration calme. Il n'était pas forcément une beauté mais dégageait un certain charme. Un point surtout attirait le regard du Gryffondor : les lèvres légèrement entrouvertes du potionniste et il se demandait encore ce que ça faisait de les embrasser. Il repensait essentiellement à ce qui avait manqué de se passer dans le parc. Severus n'en avait pas reparlé d'ailleurs à son compagnon. Et cela faisait plusieurs jours que ce dernier se posait des questions sur ses propres sentiments. Pouvait-il parler d'amour ? Après tout il ne connaissait réellement personne d'autre et n'avait pas de point de comparaison. Il pouvait aussi difficilement penser à quelqu'un d'autre en permanence.
Il lui faudrait retrouver tous ses souvenirs avant d'être sûr de quoi que ce soit. Et retrouver ses amis, sa famille. Severus ne semblait pas disposer à le laisser sortir seul. Harry le soupçonnait de le suivre les rares fois où il était parti se promener en solitaire. Il ne l'avait pas réellement vu cependant avec la magie il s'attendait à tout.
Et s'il était effectivement patient, Severus lui cachait également trop de choses, le laissait peu libre. Il le faisait travailler sur sa magie mais peu pour ne pas le fatiguer, en tout cas c'est ce qu'il prétendait. Et à côté de ça il lui avait raconté son passé dans les grandes lignes, avait été honnête, ce qui était une bonne chose, une marque de confiance et un gage de bonne volonté.
Fatigué de ses questionnements, Harry quitta doucement le lit. Il ne sentit pas le regard onyx qui suivait chacun de ses gestes. Severus ne dormait plus depuis longtemps et n'avait pas bougé tout le temps qu'il était scruté. Il n'avait eu aucun mal à comprendre que son compagnon était réveillé. Et en sentant le matelas se soulever doucement il tourna la tête, attentif au moindre mouvement. Le plus jeune ne sentit pas ce regard sur lui. Et s'il s'était retourné, sûrement qu'il aurait frissonné devant des yeux exprimant tant de sentiments et de manière si intense.
XXX
La nuit suivante Harry dormit de nouveau dans le canapé magiquement transformé. Aucun des deux hommes ne proposa de monter se coucher dans le lit, pourtant plus confortable.
Le Gryffondor rêva de l'école, telle que Severus lui avait décrite. Enfin cela paraissait terriblement vrai, avec de nombreux détails tels que l'aspect des pierres, la température. Et Harry ne voyait pas la scène de l'extérieur comme n'importe quel rêve. Il y assistait par ses propres yeux. Il entendit le rire des autres élèves, un bruit de fusée, sentit une odeur de poudre et de feu. En tournant la tête il vit passer deux étudiants qui se ressemblaient, aussi roux que les étincelles qu'ils laissaient derrière eux, des jumeaux, sur des balais volants. Ils riaient aussi. C'était la cohue de partout. Puis les rires devinrent des cris et ce fut du sang qui coula le long des murs de pierre. Les étincelles furent celles des sorts et la cohue se mua en fuite désespérée. Des sorciers entièrement vêtus de noirs et masqués hurlaient et visaient des élèves. C'était un spectacle de mort et de désolation. Harry courait aussi. Il cherchait quelqu'un. Une ombre au visage blanc. Et un serpent. Il lui semblait revoir ce reptile énorme onduler à côté de lui. Et attaquer. Mais qui était sa cible ?
Harry ouvrit brusquement les yeux. Il n'avait pas bougé donc pas réveillé Severus qui ronflait encore tout doucement, les cheveux en travers du visage. Le Gryffondor essaya de rassembler ses brides de souvenirs. Il revoyait parfaitement les visages des deux rouquins. Et il savait qu'il avait connu leurs noms à une époque. Puis la suite était incompréhensible. Cependant cela ne ressemblait pas à un délire issu d'un rêve. Non c'était bien trop réel. Il s'agissait de souvenirs, il en était sûr. Il avait vécu un tel événement, aussi drôle que soit la première partie, la deuxième partie occupait toutes ses pensées et le terrifiait. Il se repassa la scène des dizaines de fois en tête, cherchant à se rappeler le moindre petit détail. Il se rendormit en ayant le nom de « Weasley » qui lui vint à l'esprit. Et il sut que c'était le nom de famille des jumeaux, ainsi que d'autres membres d'une famille fort proche de lui.
Le matin suivant il hésita à en parler à Severus. Il était certain que cela lui ferait plaisir de savoir qu'il retrouvait peu à peu la mémoire. Cependant une surprenante retenue le fit se taire. Il réussit à se convaincre que ce n'était pour pas reparler de la guerre à Severus, ce qui aurait pu lui redonner des souvenirs malheureux à son tour. Puis le nom « Weasley » n'était pas encore assez clair pour lui pour qu'il en parle plus. Il ne put toutefois s'empêcher d'afficher un air réjoui tout au long de la journée.
La nuit suivante ce fut son premier cours de potions qui lui revint en mémoire. Il revécu l'entrée de Severus, l'air froid du cachot et la voix, nettement plus glaciale du maitre des lieux alors qu'il lui posait des questions sur l'art des potions. Il entendit de nouveau les railleries des autres élèves, appuyé par leur directeur de maison. En tournant la tête il aperçu une chevelure d'un roux flamboyant. Sûrement un lien de parenté avec les jumeaux farceurs.
Cette fois cependant au réveil il ne put cacher ce souvenir qu'il avait retrouvé. Alors que les deux hommes prenaient leur petit-déjeuner tranquillement, à côté du canapé toujours en forme de lit, Harry fixa un long moment Severus, cuillère en bouche, sans bouger. Au point que le potionniste finit par poser, un peu brutalement peut-être sa tasse de café qui manqua déborder.
- Est-ce que quelque chose cloche pour que tu ne cesses de me dévisager ainsi ?
- Non du tout. Tu es juste tellement différent ici que dans tes cachots.
La phrase lui avait échappé alors qu'il replongeait le nez dans son chocolat. Il ne perçut pas le tressaillement de son interlocuteur.
- Des souvenirs te sont-ils revenus ?
- Peu. Des morceaux de vie à Poudlard mais rien de très précis ni complet. Puis cette nuit j'ai revécu le début de mon premier cours de potions avec toi. C'est drôle de voir la différence. Tu étais tellement… strict !
- C'était il y a bien longtemps.
- Tu es devenu moins strict après ?
- Je ne pense pas. Je n'ai jamais pu supporter l'insubordination et les potions peuvent être bien trop dangereuses pour ne pas imposer une forte discipline au sein de mes cours.
En relevant la tête Severus se rendit compte qu'il avait été plutôt amer dans ses paroles et bien trop sévère. Son ancien élève le regardait d'ailleurs bizarrement.
- Enfin c'est du passé tout ceci. Je n'enseigne plus.
- Tu as arrêté l'enseignement ? demanda directement Harry. Tu n'aimais pas ça ?
- A une époque. J'ai toujours plus été intéressée par la recherche. Mais cela ne paye pas les factures. Cependant cela n'est pas le sujet ici. Alors ainsi tu commences à retrouver tes souvenirs ?
Harry aurait pu parier que le ton était faussement joyeux. Enfin ce n'était pas la première fois et il se dit qu'il devait se faire des idées.
- Un peu. En tout cas ça m'a plu de me souvenir de ça. De toi avant. De voir l'évolution.
- Je ne suis pas non plus le même en public qu'en privé.
- Tu es du genre secret c'est ça ?
- Exactement ! Je n'ai jamais aimé qu'on se mêle de ma vie, qu'on vienne fouiner… Enfin bref. De quoi te souviens-tu exactement ?
- Je t'ai dit, des bribes. Les murs du château, des rires, des cris, deux jumeaux sur des balais, des rouquins. Le seul souvenir entier et à peu près compréhensible c'est mon premier cours de potions. Enfin le début.
- D'accord. Bien.
Les deux hommes gardèrent le silence un moment. Puis Harry n'y tint plus :
- Pourquoi as-tu aussi peur ?
- Peur ? De quoi parles-tu Harry ?
- Chaque fois qu'on aborde le sujet de mes souvenirs, et là c'est encore plus flagrant, tu sembles gêné, peu sûr de toi.
- Je te l'ai déjà dit, certaines choses devraient mieux rester cachées. Je ne veux pas que tu te souviennes du salaud que j'ai pu être. Harry, j'ai fait des choses que tu n'imagines même pas. Et ton amnésie n'est certes pas agréable mais nous permet au moins de recommencer sans apriori entre nous.
- Tu préférerais que je reste amnésique ?
- Bien sûr que non.
Severus se leva promptement de son siège pour s'agenouiller devant Harry et prit le visage de son ancien élève entre ses mains, lui caressant doucement la joue :
- Harry. Je t'ai déjà dit que je t'aiderai et c'est le cas. Je ne veux juste pas que tu forces ou que tu souffres. Laisse-toi du temps.
Le jeune homme en avait assez appris sur son compagnon pour savoir qu'il ne servirait à rien d'insister. Severus avait peur et il cachait sa vraie nature pour ne pas être blessé. Il voulait être aimé pour lui-même. Harry le trouvait tellement attendrissant. Il avait besoin de son ancien professeur pour ne pas perdre pied dans ce monde magique totalement inconnu mais réciproquement Severus avait besoin de lui, il le sentait. Il suffisait de voir l'air presque désespéré que le potionniste affichait sans même s'en rendre compte, trahissant ainsi son visage normalement si impassible. Leur mise en couple avait dû être terrible pour lui s'il voulait repartir de zéro.
Et à ce moment Harry sut ce qu'il devait et voulait faire. Il fondit sur les lèvres de Severus et l'embrassa. Il ne fallu pas longtemps à son compagnon pour se reprendre et rendre le baiser, ses mains appuyant sur la tête et le dos du plus jeune, le rapprochant encore, collant les deux corps. Harry avait le cœur qui allait exploser tellement il battait fort dans sa poitrine. Puis il se rendit compte que celui de son ancien professeur battait aussi vite contre son torse. Et les langues se mêlèrent au ballet ce qui eut pour effet de court-circuiter totalement le cerveau de Harry et stoppèrent ses pensées. Il avait chaud et se sentait bien. Très bien. Et très serré dans son pantalon.
C'est Severus qui mit fin au baiser en se mordant les lèvres :
- Il va falloir arrêter là… Ou je ne réponds plus de rien.
- D'accord…
Harry ne put rien dire d'autre. Il essayait encore de remettre ses idées en place et se dit qu'il ne pourrait jamais plus se passer de telles sensations. Il sentit avec regret Severus s'éloigner, sans qu'il ne se relève entièrement pour autant. Il ne fit que se rasseoir plus à l'aise et, le souffle court, posa son front sur celui de son ancien élève, caressant les mèches rebelles. Harry avait le corps en feu et une part de lui hésitait à reprendre et surtout à aller plus loin. Mais il ne se sentait pas encore prêt.
XXX
Harry marchait tranquillement dans la rue, sur un petit nuage. Il filait le parfait amour avec Severus depuis plusieurs jours déjà et n'en revenait pas de sa chance. Son ancien professeur était vraiment quelqu'un d'adorable. Attentionné et patient. Tout ce dont il avait besoin en ce moment. Et il ne se lassait pas de l'embrasser. A chaque fois c'est comme si son corps allait fondre. La nuit il se pelotonnait contre lui et savourait les caresses légères de son compagnon sur sa peau, les baisers langoureux ou ceux qui ponctuaient simplement leurs phrases.
Et Harry avait retrouvé presque toute la mémoire concernant son enfance. Tout ce qui concernait sa vie d'avant Poudlard, avant qu'il sache qu'il était un sorcier. Et s'il était heureux de retrouver sa vie entièrement, sa joie était un peu gâchée par les souvenirs en question. Il ne comprenait pas encore pourquoi il avait vécu de manière aussi horrible. Comment sa famille avait pu être aussi tyrannique avec lui ? Severus avait seulement des théories, connaissant Pétunia alors qu'il était jeune. Selon lui c'était sa haine du monde des sorciers qui était encore trop vivace. Ainsi que sa jalousie.
Enfin cela lui avait aussi redonné envie de cuisiner et avait pu préparer, de manière moldue plusieurs plats afin de faire plaisir à Severus. Ce qui avait semblé marcher, au vu du sourire qu'affichait le potionniste à chaque repas. Le maitre des potions était avare de compliments cependant il ne laissait jamais rien dans son assiette.
Harry tourna dans une rue nommée Square Grimmaurd. Il aimait bien venir ici, sans raison particulière, hormis que c'était proche de chez lui et, bien qu'il n'y ait aucun bâtiment remarquable, il trouvait cette rue agréable.
- HARRY !
Le cri le fit se retourner. Juste à temps pour apercevoir une fille avec des cheveux châtains bouclés lui foncer dessus et le serrer dans ses bras au point qu'il était prêt à étouffer. Derrière elle venait un rouquin que Harry ne reconnut pas mais sa coupe de cheveux était bien trop ressemblante avec celle du garçon entraperçu dans ses souvenirs pour qu'il doute longtemps l'avoir connu avant. Mais déjà la jeune fille se redressait :
- Tu nous as fait tellement peur ! On a pas idée de disparaitre ainsi pendant deux mois ! Tu te rends compte Harry ? Deux mois qu'on te court après dans tout le pays ! Pour te retrouver devant chez toi en plus ! On a envoyé des hiboux, demandé au Ministère, demandé à McGonagall… On a cru que tu avais été enlevé ou pire ! Tu devrais avoir honte de toi ! J'exige une explication Harry Potter ! Où étais-tu ?
- Mione, si tu ne le laisses pas parler, on risque pas de l'avoir l'explication !
Le rouquin était arrivé à leur niveau et donna une grande tape dans le dos de Harry qui esquissa un sourire maladroit :
- Je suis désolé… Je suis amnésique et je ne me souviens absolument pas de vous deux. Mais j'imagine que je vous connaissais bien.
Les deux inconnus se regardèrent, choqués avant de revenir sur lui.
- Tu nous fais marcher n'est-ce pas ? reprit la jeune femme.
- Harry ce n'est pas drôle du tout ! Et je m'y connais en blague pourrave.
- Je… J'aimerais que ce soit une blague, sérieusement. J'ai eu un accident de balai, enfin c'est ce qui parait, j'ai encore du mal avec l'idée des balais volants, et j'ai perdu tous mes souvenirs, surtout ce qui concerne la magie.
- Tu as oublié tes deux meilleurs amis ! Comment as-tu pu nous faire ça ?
- Ron, arrête tu es ridicule. Et cesse de prendre des poses dramatiques. C'est sérieux là !
- Si on peut plus rigoler…
Harry était très mal à l'aise. Être face à son meilleur ami qui ne le reconnaissait pas devait être vraiment horrible et il s'en voulait de leur faire subir ça, tout en sachant qu'il n'y était pour rien et n'avait pas à se sentir coupable. Ce n'était pas comme si c'était volontaire. Il se tourna vers le dénommé Ron qui affichait un grand sourire :
- Vous êtes des sorciers tous les deux n'est-ce pas ?
- Bien sûr ! On a étudié tous les trois à Poudlard. Six ans, et un an de vadrouille à la recherche de ces saloperies d'Horcruxes.
Harry ressentit un violent mal de tête à l'écoute du dernier mot et grimaça. La jeune sorcière s'inquiéta de suite :
- Tu as mal ? Ta cicatrice ?
- Oui… Je crois… Mais c'est bon c'est passé. Ça m'arrive peu mais c'est violent.
- Je crois qu'il va falloir qu'on parle très sérieusement tous les trois. On va aller se poser chez toi.
Harry acquiesça. Puis il vit ses amis partir à l'opposé de sa direction et ne comprit pas :
- Où allez-vous ?
- Chez toi, au 12 Square Grimmaurd. La maison que Sirius t'a léguée. Je ne sais pas d'ailleurs où tu vivais depuis tout ce temps. Mais ça fera partie des questions dont on va discuter tous ensemble.
Harry hésita, après tout cela signifiait suivre des presque inconnus, puis, se souvenant qu'ils ressemblaient aux personnes de ses rares souvenirs, se laissa entrainer jusqu'à une maison coincée entre deux autres habitations et qui ne payait pas de mine de l'extérieur. Elle paraissait même petite. Mais quand ils rentrèrent, il eut la surprise de constater que cela semblait bien plus grand à l'intérieur. Et c'était en travaux apparemment. Les murs étaient détapissés dans le salon, hormis un grand arbre généalogique sur un des côtés. Il y avait des traces de peinture dans le couloir et dans la cuisine. Les meubles étaient recouverts de plastique, sûrement pour les protéger des transformations effectuées dans la maison. Enfin il ne vit que le rez-de-chaussée. Il y avait aussi un escalier qui menait vers les étages supérieurs.
Harry se retourna vers ses deux amis :
- Je vivais là ?
- Oui depuis le début de l'été, répondit la jeune sorcière. Et tu avais décidé de tout remettre à neuf. Tu avais besoin de t'occuper l'esprit et les mains. Il y a une chambre là-haut entièrement moderne. Loin de l'horreur où on a vécu il y a un an.
- Je l'ai acheté ?
- Non, tu l'as hérité de ton parrain, Sirius Black. Ce nom ne te dit rien ?
- Pas du tout.
Ron enleva une housse plastique du canapé :
- Je crois qu'on sera mieux ici.
Le trio prit place sur le canapé, Harry étant encadré par ses deux amis.
- De quoi te rappelles-tu ? demanda gentiment la femme.
- Toute mon enfance. Avec les Dursleys. Puis pas grand-chose. Mon premier cours de potions, des jumeaux qui font les fous sur des balais, les murs de Poudlard puis des cris. Rien de bien énorme.
- Tous les souvenirs de ton enfance sont revenus mais pas ceux de ta vie de sorcier ? s'étonna Ron.
- Oui. Selon Severus c'est ma magie intérieure qui fait blocage. Il m'a aussi raconté quelques trucs sur le monde magique mais comme je ne m'en souviens pas, ça ne compte pas vraiment.
- Attends… Tu as dit Severus ? Comme Severus Snape, notre ancien professeur de potions à l'école.
- Oui lui. Je vis chez lui depuis mon accident. D'ailleurs je suis étonné que vous ne m'ayez pas cherché là-bas.
Harry se mordit soudainement la lèvre. Il se souvenait que son compagnon était quelqu'un de secret et qu'il n'était pas en couple depuis longtemps au moment où il était devenu amnésique. Si ça se trouve il avait volontairement caché l'information à ses deux meilleurs amis. Ou ils détestaient leur ancien professeur et n'aurait pas accepté cette relation. Ce qui pouvait logiquement expliquer que personne ne soit allé demander de l'aide à Severus.
- Harry, tu ne peux être avec Snape. Ce n'est pas possible !
- Ron, calme-toi, il y a forcément une explication !
- Mais Mione, Snape… C'est… C'est forcément un imposteur. Il se sera présenté sous un faux nom.
- Je sais.
Elle se tourna vers Harry et agita sa baguette, faisant apparaitre l'image en réduit du ténébreux potionniste.
- Harry, est-ce que c'est bien de cet homme dont tu parles. Severus Snape, professeur, enfin ancien professeur de potions à Poudlard ?
Harry détailla l'image et fixa ses deux amis sans comprendre.
- Bien sûr que c'est lui. Les cheveux noirs, la robe fermée par tous les boutons, la cape… Je ne vois pas où est le problème.
Hermione se passa la langue sur les lèvres, tendue. Elle reprit d'une voix douce :
- Il y a sûrement une bonne explication à tout ceci Harry. Nous allons t'aider. Mais cet homme avec qui tu vis… Ce ne peut pas être le professeur Snape.
- Et pourquoi non ?
- Il est mort il y a quatre mois, lors de l'attaque de Poudlard.
Alors ? Des avis ?
Merci de ne pas tuer l'auteur, ce n'aidera pas à avoir la suite
A dans 15 jours.
