Déjà : Merci
Pour les reviews, les followers et les mises en favori
Bonne lecture
Chapitre 5 :
Là Harry resta immobile quelques minutes, le temps de reprendre son souffle et de tenter de calmer les battements désordonnés de son cœur. Il tenta de voir quelque chose à travers les fenêtres mais il n'y avait aucun signe de vie, aucun mouvement. Quand il pensa avoir suffisamment recouvré ses moyens il pénétra dans le jardin et alla taper à la porte, ne sachant pas du tout ce qu'il allait bien pouvoir dire.
De son côté Severus s'était réveillé en sursaut quelques instants auparavant, averti de la présence de quelqu'un dans son jardin par une alarme magique qu'il avait installé récemment. Il était à même le sol, un cadavre de bouteille à ses côtés, une autre bouteille vide trainant plus loin sur le sol. Il lui fallut un moment pour se rappeler de ce qui s'était passé. Il avait mal à la tête et ses yeux le brûlaient. Il avait honte de lui mais devait s'avouer qu'il avait eu besoin de ça.
La terreur des cachots se rendit dans son laboratoire de potions pour prendre quelque chose contre la gueule de bois. Il avala le breuvage d'une traite ce qui le dégrisa entièrement et lui enleva son haleine affreuse. Il se sentit plus humain. Il entendit taper à la porte mais comme il n'attendait personne et que personne n'avait de raison de venir le voir il n'alla pas ouvrir. Son visiteur inattendu finirait bien par partir. Il n'avait envie de voir personne. Il retourna dans le salon et s'apprêtait à ranger le désordre quand il entendit le bruit de la porte qui s'ouvre. Son intrus était donc sans gêne en plus d'être beaucoup trop matinal. Il se retourna vivement, prêt à dire au malotru de dégager mais son cœur manqua un battement quand il vit qui se tenait devant lui. Il se ressaisit tout de même en quelques secondes, profitant de son expérience d'espion pour masquer ses émotions :
- Vous venez vous repaître du spectacle ? Ou vous moquer peut-être.
Harry ne répondit pas tout de suite. Il enregistrait le moindre détail de son interlocuteur. Il ne pouvait manquer les cernes qui marquaient ce visage pâle, les traits tirés. Il manquait de sommeil. Puis il vit les bouteilles qui n'avaient pas encore été enlevées et comprit ce qui s'était passé. Severus n'allait pas bien du tout, malgré le ton acerbe et sa posture fière. Il reconnaissait les symptômes pour les avoir lui-même expérimentés.
- Potter, je vous ai posé une question ! Qu'est-ce que vous êtes venu faire ici ?
Harry ne savait plus du tout par où commencer. Ni même ce qu'il voulait dire. Mais il comprit que peu importe ce qu'il avait dit à ses amis quelques instants auparavant, il était irrémédiablement amoureux de son ancien professeur. De l'homme qui avait été jusqu'à sacrifier sa personnalité pour le sauver et lui assurer la victoire, de celui qui avait accepté de disparaître du monde des Sorciers mais surtout de la personne qui s'était occupée de lui avec la plus grande des tendresses pendant plusieurs semaines. Il était amoureux du vrai Severus Snape.
- Votre capacité à parler était-elle dépendante de votre mémoire, car j'imagine que vous l'avez retrouvée ? Cela pourrait expliquer plusieurs choses.
- Prends-moi dans tes bras.
La phrase lui avait échappé. Severus ricana.
- Potter, je n'ai pas le temps pour vos moqueries. Alors partez de suite.
Harry compris qu'il ne pourrait lui faire entendre raison par la manière douce. Il fit les quelques pas qui le séparait de Severus, empoigna son col et l'embrassa. C'était un baiser rapide et quand ils se séparèrent, Harry garda la robe de sorcier dans ses mains avant de dire rapidement, laissant son interlocuteur sans voix, pour la première fois, pendant quelques instants :
- Severus, je veux que tu me prennes dans tes bras parce que c'est là que j'ai envie d'être. Je veux rester avec toi, dormir et me réveiller à tes côtés. Je veux profiter de tous les instants passés ensemble. Je veux t'embrasser quand je le souhaite, te surprendre, apprendre, que tu partages tes passions et tes envies. Je veux vivre avec toi. Je veux tout de toi.
Le professeur de potions tremblait et, avec une grande hésitation, enlaça le Gryffondor pour le plaquer le plus possible contre lui, comme s'il voulait qu'il se fonde en lui. Et reprenant ses habitudes de leur ancienne cohabitation il passa sa main dans les mèches noires désordonnées.
- Harry, promets-moi que tout ceci n'est pas une blague, ni un rêve, je… je ne pourrai supporter que tu te moques de moi ainsi.
- Va falloir que tu te fasses à l'idée, ce n'est pas une blague et tu vas m'avoir collé à tes basques pendant un long moment. Et pour l'idée du rêve. Pourquoi pas après tout.
- Mais j'ai…
- On parlera de ce que tu as fait un autre moment. Je ne compte pas te laisser t'en sortir comme ça. Tu vas devoir t'expliquer et réparer tes torts.
- Il va me falloir sûrement longtemps pour me racheter entièrement.
- Toute une vie je le crains.
Severus sourit et Harry comprit que c'était là son premier sourire sincère depuis des années, sans crainte sous-jacente. Il le trouva vraiment beau et l'embrassa de nouveau.
XXX
- J'en reviens pas quand même.
- Ron, c'est toi qui m'a dit d'y aller et de me mettre en couple avec.
- Je sais et je suis content pour toi que ce soit enfin réglé cette affaire. Mais laisse-moi tout de même me faire à l'idée que tu es avec notre ancien professeur de potions, ce sale bâtard qui…
- Ron, ça suffit les insultes ! Il s'agit certes de notre ancien professeur mais également du nouveau compagnon de notre meilleur ami, il serait bon de le respecter un peu et ne plus lui affubler de tels surnoms.
- Ne t'en fais pas Mione, tant qu'il ne le fait pas quand Sev est là, je pense qu'on peut lui accorder ça.
- Harry, t'es vraiment un pote tu sais !
Hermione leva les yeux au ciel, exaspérée par tout ceci. Deux jours étaient passés et les trois amis se retrouvaient de nouveau dans la cuisine de la demeure des Blacks. Harry était réapparu le matin même après quarante-huit heures de silence radio, des pâtisseries et viennoiseries dans un sac. Ron l'avait accueilli à bras ouverts et une Hermione reposée - sa potion anti-ronflement sûrement enfin terminée - alla préparer des boissons chaudes pour tout le monde.
Et bien entendu, le couple avait directement interrogé Harry sur ce qui s'était passé durant son absence.
- Alors je vous passerai quelques détails bien sûr, avait malicieusement commencé le Gryffondor, un léger sourire en coin.
Ron esquissa une grimace de dégoût qui fut tout de même vite remplacée par son large sourire habituel.
Harry leur raconta alors ce qu'ils avaient loupé, dans les grandes lignes. Comment il avait dû convaincre Severus que tout ceci n'était pas pour se venger de lui, ni une mauvaise farce ou un pari, comment ils avaient parlé, s'étaient engueulés, s'étaient envoyés des piques, s'étaient parlés d'amour, et du passé pour enfin arriver à s'entendre.
- Un vrai couple, conclut Hermione. Et tu vas faire quoi maintenant ?
- J'hésitais à revenir m'installer ici. J'en ai parlé à Sev il a m'a laissé libre de choisir. Mais je pense plutôt aller chez lui. C'est ce que je veux. J'y ai beaucoup réfléchi et j'en suis venu à la conclusion que rester ici ne m'aiderait pas à oublier les horreurs. Au contraire, cela me rappelle Sirius et Remus, de la pire des manières. C'est comme… comme un poignard constant. Je ne peux pas oublier. Il faut que je change d'air.
- Tu vas faire quoi du Square Grimmaurd ? Va falloir qu'on fasse nos affaires du coup avec Hermione ?
- Vous y vivez depuis que j'ai disparu du monde sorcier c'est ça ?
- Ouais. On était au Terrier depuis la fin de la guerre, avec un détour par l'Australie. C'est vrai que pour le coup on a un peu joué les squatteurs mais eh, on pouvait pas te demander non plus hein ?
Harry ne répondit pas et était perdu dans ses pensées. Ron et Hermione échangèrent un regard d'incompréhension cependant ils ne dirent rien. Leur ami resta silencieux peu de temps avant de relever la tête, les yeux pleins d'étoiles et la voix exaltée :
- Je vous lègue la maison !
- Attends quoi ? Tu veux bien répéter ?
- Il a perdu la tête !
- Non Ron, je sais ce que je fais. Je ne peux plus vivre ici j'en suis convaincu. Et vous, vous n'avez pas encore de maison à vous. Restez ici ! Réaménagez ! Appropriez-vous le lieu ! Faites-en ce que vous voulez.
- Il est cinglé… Mione, notre ami est cinglé.
Hermione fit signe à son compagnon de se taire et se retourna vers son ami :
- Harry, tu es sûr de toi ?
- Oui, c'est la meilleure des solutions. Je ne pourrai pas avancer si je reste ici. Cette maison ne doit pas rester comme elle est.
- Et si tu veux y vivre avec le professeur Snape plus tard ?
- La maison de Sirius ? ricana Harry. Jamais il ne voudra y mettre les pieds plus que nécessaire. Et même s'il ne l'avouera jamais je pense que ça lui fera mal à lui aussi. Il veut aussi mettre cette sombre période derrière lui. Non je pense que ce sera le mieux pour tout le monde. Vous vivez ici tant que vous le souhaitez, vous rénovez le lieu selon vos goûts et si vous voulez déménager plus tard, revendez la maison. Voyez ça comme un cadeau de mariage.
Cette fois Hermione ne put retenir sa surprise et recracha sa gorgée de thé et toussa un peu pour reprendre son souffle. De son côté Ron était bouche bée, le regard fixé sur son ami. Le brun se pinça les lèvres pour ne pas exploser de rire, se cachant derrière sa main. Ses deux amis reprirent contenance en même temps et tentèrent de se défendre en parlant en même temps :
- Mais… mais à quoi tu penses voyons ! Le mariage tout de suite ! Voyons ! Le mariage ! Harry… Tu plaisantes
- Ça fait que quelques mois ! Tu vas trop vite ! Le mariage, sérieux ? Tu exagères ! C'est… trop tôt.
Ron se retourna d'un coup vers Hermione :
- Enfin ça veut pas dire que je veux pas me marier hein ! Mais…. Euh… pas de suite quoi. On est encore jeunes ! Puis le mariage quoi…
- Pas besoin de t'exciter comme ça, j'avais compris.
Harry finit par craquer et se mit à rire franchement, se tenant le ventre et ne fut absolument pas découragé par les deux regards noirs qu'il subissait. Pire, cela renforça son hilarité. Il lui fallut quelques minutes pour reprendre son souffle, essuyant les larmes qu'il avait aux coins des yeux.
- Tu devrais avoir honte, dit Ron, un peu vexé.
- Même pas.
Son regard s'attarda sur l'horloge de la cuisine et il s'aperçut qu'il était resté bien plus de temps qu'il ne l'avait prévu. Il se leva tout en s'excusant :
- Je vais devoir y aller, j'ai promis de préparer le déjeuner. Sinon Sev serait capable de ne pas manger de la journée, concentré comme il est sur ses potions.
- Si c'est pas mignon, ricana Ron.
Il se prit un coup léger à l'arrière du crâne par sa chérie qui le fit taire. Le brun lui répondit de manière très mature en lui tirant la langue.
- Bon, je repasserai pour qu'on discute des formalités mais en tout cas ne vous pressez pas pour partir. Vous pouvez même commencer à faire vos plans de rénovation. Passez une bonne journée.
Et c'est sur un dernier signe de la main qu'il claqua la porte de la demeure ancestrale des Blacks. Il poussa un profond soupir et dû s'avouer qu'il se sentait plus léger à présent. Il tournait le dos au passé et était sûr d'être sur le chemin de la guérison. C'est un pas décidé qu'il retourna vers la maison qu'il considérait à présent comme son chez lui. L'air était frais, le vent glacé et Harry se lança un petit sort de chaleur pour supporter le trajet. Dans des moments pareils il était content d'avoir retrouvé toute sa magie. A l'arrivée il trouva la maison vide et sut qu'il avait vu juste, son chéri n'avait absolument pas fait attention à l'heure et était encore plongé dans son travail. Il descendit donc dans le laboratoire. Là Severus était presque dos à lui, une main sur le menton, attentif aux volutes qui s'échappaient du chaudron en fer. Le Gryffondor fut pris d'une terrible envie et se faufila derrière son compagnon pour l'enlacer et cala sa tête contre le dos large qui n'était alors recouvert que d'une chemise blanche. Il n'y eut aucun tressaillement et la voix de Severus était posée, preuve qu'il avait senti la présence du plus jeune, malgré ce qu'il tenta de faire croire :
- Ne fais plus jamais ça, j'aurais pu faire une fausse manipulation ou mal réagir, au risque de te blesser.
- Tes talents d'espions se seraient émoussés ? Je n'ose y croire. Je me rappelle même qu'il n'y a pas si longtemps je me suis retrouvé… dominé alors que je venais innocemment dormir avec toi, sans aucune protection.
- Comme si ça te déplaisait tiens.
- Hum… peut-être pas en effet. Mais à l'époque tu m'avais vraiment terrorisé.
- Monsieur Potter, je crois qu'il nous faudra travailler ensemble sur tes réflexes et ta résistance.
- Avec grand plaisir professeur.
S'avisant qu'il pouvait sans risque quitter des yeux sa potion Severus se retourna, toujours entouré des bras de son ancien élève et croisa ses mains derrière sa nuque. Ils échangèrent un rapide baiser.
- Comment vont tes amis ? s'enquit le potionniste. En train de mijoter encore un sale coup ?
- Je sens que ça va être l'entente parfaite entre vous… Sev, tu sais que tu vas devoir les côtoyer au moins un minimum ? Et être cordial ?
- Ça ne répond pas à ma question.
- Tu ne réponds pas non plus mais passons. Ils vont bien. Et devine quoi ? Je leur ai donné le Square pour eux. Ils pourront y vivre et y faire ce qu'ils veulent.
- Tu leurs a donné la maison de ce cabot ? Mais c'est de ton parrain, c'est ton héritage !
- Tu parles d'un fardeau. Je ne peux plus être là-bas, je le sais maintenant. Tout me rappelle Sirius, Remus, les disparus…
Harry sentit la pression s'accentuer sur son cou. Puis Severus sourit malicieusement :
- Mais où vas-tu donc vivre en attendant ?
- Oh je pensais aller chez mon ancien professeur de potions qui a la réputation d'être un solitaire acariâtre.
- Tu es sûr que tu veux rester ici ? M'as-tu demandé si je voulais de toi tout le temps ici ? lança Severus.
- Tu m'y as déjà presque séquestré ici en même temps sans me demander, répliqua Harry avec un sourire, c'est un juste retour.
Il vit le regard son compagnon se fermer totalement et Severus s'échappa de l'étreinte du Gryffondor. Il se dirigea vers une étagère de potions et fit comme s'il cherchait quelque chose parmi les bocaux. Harry leva les yeux au ciel.
- C'était une blague Sev.
- Ce n'est absolument pas drôle !
- Roh forcément.
Harry alla vers lui et le força à se retourner. Severus s'obstina à regarder ailleurs.
- Severus chéri regarde-moi ! Regarde-moi je t'ai dit.
Il lui prit directement la tête entre ses mains et plongea ses yeux dans les prunelles grises.
- Ce n'est pas grave. C'est du passé, on en a déjà assez parlé. Tu n'avais pas que des mauvaises intentions et sans ça nous ne serions pas ensemble, ici, aujourd'hui. On peut donc parler d'un mal pour un bien. Même en ayant la capacité de modifier le passé je changerais beaucoup mais sûrement pas ça. Grâce à ce que tu as fait j'ai pu découvrir une nouvelle facette de toi. Alors ne regrette rien.
- Harry… Je ne mérite pas un tel pardon.
- Tant que tu me laisses te tourmenter un peu par quelques piques de temps à autres je pense que ça pourra le faire.
- Avec ta répartie acide tu aurais dû finir à Serpentard et non à Gryffondor.
- On est fait pour s'entendre donc, conclut joyeusement le plus jeune.
Ils s'embrassèrent de nouveau et Harry caressa la joue de son compagnon pour le rassurer. Ce dernier sembla s'apaiser et reprit :
- Tu n'étais pas censé préparer notre repas toi ?
- J'ai été dérangé. J'y cours !
Il déposa un autre baiser sur la joue du potionniste et remonta vite les escaliers pour aller dans la cuisine, inconscient du regard passionné posé sur lui. Severus affichait un sourire béat qu'il n'aurait jamais osé s'il avait été observé. Et il nierait toujours l'avoir fait ou même d'en être simplement capable. Puis il se concentra de nouveau sur son travail.
Il remonta une demi-heure plus tard pour trouver la table mise, un ragoût mijotant sur le feu et Harry s'affairant à la manière moldue. Pour la centième fois au moins en seulement deux jours Severus eut comme un coup au cœur. Il n'en revenait pas d'un tel bonheur et ne savait pas comment le gérer ni comment le conserver. Car il ignorait combien de temps cela allait durer et comptait bien abuser de chaque instant. Il était tellement certain que tout ceci allait prendre fin sous quelques mois. Il se gardait même une potion d'amnésie dans un tiroir au cas où. Il savait que si Harry partait de nouveau il ne pourrait le supporter. Par Merlin, qu'est-ce qu'il aimait son Gryffondor ! Et pour les quelques mois que cela devait fatalement durer il se gaverait de bonheur.
Harry dut sentir le regard posé sur lui cette fois ou peut-être avait-il perçu les tourments qui habitaient son compagnon, en tout cas il se retourna vers lui et lui sourit de manière éclatante.
- Severus…
Il se rapprocha.
- Je t'aime.
Severus se sentit fondre. Qu'ils seraient bons ces mois d'amour.
XXX
Deux ans plus tard.
- Sev chéri nous allons être en retard.
- Ce n'est pas comme si j'avais envie d'y aller.
- Oui mais comme tu m'aimes tu vas le faire pour moi !
Le potionniste leva les yeux au ciel. Et il se demanda encore une fois pourquoi il avait accepté tout ceci.
Cela avait commencé avec le retour du Gryffondor à la vie civile. Il avait repris des études pour devenir professeur. Le métier d'Auror ne l'intéressait plus tellement après la guerre cependant il avait en lui de sérieuses connaissances sur le monde de la magie Noire. C'est donc tout naturellement qu'il se dirigea vers le poste de professeurs de Défense contre les forces du mal. Il voulait aussi dans le même temps rendre hommage au meilleur professeur qu'il avait eu selon ses dires en ainsi transmettre la même passion que Remus avait mise dans ses cours. Il passait donc de plus en plus de temps dehors, en cours, en apprentissage ou même en expédition afin de découvrir de nouvelles choses. Et pendant ce temps Severus restait dans leur maison de Londres. En effet le maitre des potions était mort pour la société sorcière. Il ne pouvait donc sortir sans un philtre ou une potion. Et cela irritait fortement le Gryffondor qui voulait s'afficher au grand jour. Il voulait que Severus et lui puissent sortir au restaurant, se balader, aller à des réceptions. Seuls Ron et Hermione étaient au courant de leur relation. Ils étaient même venus à quelques reprises et les avaient invités au Square Grimmaurd en retour. Ce qui compliquait les conversations avec la famille Weasley ou même avec les camarades de classe de Harry. Ce dernier craquait. Et la paix étant revenue, les journaux cherchaient de la légèreté pour faire oublier les erreurs du passé. Et quoi de mieux que de suivre leur célébrité absolue, leur Sauveur et de parler de sa vie privée à tout bout de champ. Harry devait redoubler de prudence et d'ingéniosité pour ne jamais rien dévoiler. Sans compter toutes les questions qu'on lui posait sans cesse. Il finit par ne plus en pouvoir et ordonna carrément à Severus de changer d'avis et de faire son retour parmi le monde des vivants de manière officielle. Quand son ancien professeur refusa une fois de plus, le Gryffondor claqua la porte et ne revint pas pendant cinq jours, furieux.
Et cela aurait pu durer plus longtemps encore car les deux hommes étaient tous les deux bien trop fiers pour céder. Harry crut même que cette fois c'était fini entre eux et il pleura une soirée entière, seul dans sa chambre d'hôtel. Hermione hésita presque à prendre son ami par la peau du cou pour le ramener chez lui et le forcer à s'expliquer avec son compagnon. Et à la surprise générale Severus craqua un premier. Le soir du cinquième soir Harry trouva un hibou chez lui avec un parchemin à sa patte. Le message était laconique :
« Viens. Nous devons parler. S »
Et il n'avait hésité que quelques secondes avant de transplaner directement devant la maison où l'attendait Severus qui le prit de suite dans ses bras et le serra contre lui, enfouissant sa tête dans les cheveux de son cadet. Le gryffondor lui rendit son étreinte, son cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. Il s'était attendu au pire. Il se recula un peu, ne sachant pas comment réagir ni ce qui allait se passer réellement et là il ne mit que quelques secondes à se rendre compte :
- Tu n'as pas mis de sort de camouflage, les gens pourraient te voir dehors !
- Rentrons, nous en parlerons plus confortablement sur le canapé je crois.
- Severus, est-ce que ça veut dire que…
- A l'intérieur, le coupa le potionniste.
Et ils étaient rentrés. Et avaient parlé. Beaucoup. Chacun leur tour ils avaient haussé le ton, accusé l'autre de ne pas le comprendre, avant de se calmer et de continuer. Severus avait évoqué sa peur de faire face à tout ceci. Il aimait sa vie solitaire et son retrait du monde sorcier. Il avait fait ce qu'il devait faire durant les temps troublés mais n'en avait jamais été fier et avait peur de devoir payer à présent. Quelque part son isolement était sa punition. Et Harry avait fait part de sa fierté d'être aimé d'un homme comme lui mais aussi de sa détresse de ne pas pouvoir juste être un couple normal.
Ils leur avaient fallu la nuit entière pour qu'enfin ils se mettent d'accord. Ou pour que Severus cède, selon son point de vue. Depuis ce jour Harry avait donc rempli sa part du marché et réhabilité la réputation de son amant, sans bien sûr révéler leur liaison, ni sa survie. L'ancienne terreur des cachots était donc maintenant reconnue comme un espion valeureux à qui toute la communauté magique devait sa paix sans mage noir. Harry en profita pour mener la même campagne à propos de son parrain ainsi que pour Draco Malfoy. Le père de Luna accepta de nouveau de servir d'intermédiaire presse et le Chicaneur connut une de ses meilleures ventes. Puis la Gazette du Sorcier eut le droit à une exclusivité aussi contre la promesse de ne déformer aucun de ses propos.
Draco envoya un hibou avec un message de remerciement assez court, dans son style mais touchant tout de même.
Il ne manquait plus qu'une chose. Le retour réel de Severus dans le monde sorcier. Kinglsey avait joué un grand rôle dans tout ceci et la seule condition qu'il donna fut que cela serait officiel au cours d'une cérémonie du Ministère de la Magie. Comme celles auxquelles Harry était tout le temps invité mais ne se rendait jamais. Et cette fois le Gryffondor serait obligé de venir mais également de faire un discours. Il fallait que le Sauveur du monde magique montre qu'il était en accord avec le gouvernement en place. L'Elu grogna à propos de la manipulation politique qui existait encore et contre son rôle de symbole. Il tenta bien de négocier avec le nouveau ministre mais rien n'y fit. Et Severus insista, espérant sûrement faire changer d'avis son compagnon. Tous les deux sous-estimaient l'entêtement du Gryffondor qui méritait bien sa place dans cette maison. Kinglsey avait tenu à s'expliquer quand il était venu en discuter dans le salon de Severus :
- Je ne suis pas plus en accord que toi avec cette politique de l'image. Cela ressemble bien trop au Ministère précédent. Cependant, que l'on le veuille ou non, elle est nécessaire. Cela a un réel impact sur la communauté magique et c'est à elle qu'il nous faut penser en premier. Et voir que leur héros national, celui grâce à qui ils sont tranquillement chez eux maintenant ne répond jamais aux invitations du Ministère pose question. Les gens s'interrogent. Cela va de « A-t-il été invité au moins ? » à « Il y a quelque chose de louche, sinon le Survivant les soutiendrait ». Tu es une figure politique sans le vouloir et chacun de tes actes aura une répercussion que tu n'imagines même pas.
- Je ne veux pas d'un tel fardeau.
Severus lui avait serré discrètement la main. Cela confirma au ministre la relation qu'entretenait les deux hommes car connaissant la froideur du maître des potions ce geste était l'équivalent d'une déclaration d'amour en place publique, avec les ballons et les confettis. Il avait fait mine de rien et continué la conversation :
- D'ici quelques temps cela s'estompera sûrement. Mais les faits sont trop récents encore pour ça. Et si tu viens à quelques événements, des célébrations, des commémorations, les sorciers se tairont et passeront à autre chose. Surtout si, comme je le pense, tu continues à rester discret sur ta vie privée et même publique d'ailleurs.
Puis Kinglsey était parti. Harry et Severus en avaient discuté toute la nuit avant que le plus jeune ne finisse pas accepter de jouer ce rôle médiatique qu'on attendait de lui. Le jeu en valait la chandelle.
Et les voilà donc prêts à se rendre au Ministère. Il s'agissait d'une cérémonie dite « de réconciliation » avec une conférence de presse. C'était l'aboutissement du travail d'Harry avec la reconnaissance pour le sacrifice de Sirius, la réhabilitation de quelques noms et bien sûr la révélation finale de la survie de Severus. Draco faisait partie des invités et avait répondu présent. Le carillon sonna. C'était Kinglsey.
- Vous êtes prêts ? demanda-t-il en guise de salutation.
- Oui ! répondit joyeusement le Gryffondor.
- Aussi prêt qu'on peut l'être quand on est contraint.
- Sev, tu dramatises tout.
Le potionniste ne répondit pas mais leva les yeux au ciel. Kinglsey se racla la gorge pour cacher son début de ricanement. Les deux hommes étaient faits pour être ensemble et leur attachement était évident pour qui les connaissait et savait se montrer attentif.
Les hommes s'appuyèrent chacun sur une épaule du ministre qui transplana directement son bureau, privilège accordé par son poste.
- Vous allez attendre ici le début de la cérémonie. Pas plus de vingt minutes maintenant. Je viendrai pour vous y emmener. Les sorts de dissimulation ne marchant plus du tout, je viendrai au tout dernier moment, quand il n'y aura plus personne aux alentours. Harry tu iras directement à l'estrade pour parler. Je n'ai pas eu le droit de relire ton discours mais disons que je te fais confiance. Ais-je raison ?
- Oui je vous promets qu'il n'y aura rien qui posera problème.
- Bien. Puis ce sera à moi de parler et Severus tu pourras entrer en scène. Tu auras quelques mots à dire et ce sera tout, vous pourrez profiter du buffet.
Les deux hommes acquiescèrent dans un même ensemble. Et Kinglsey s'éclipsa. Severus alla se servir du Whisky Pur-Feu qui trônait sur le bureau avec deux verres. Il en proposa à son compagnon qui déclina. Et il pesta de nouveau en portant le liquide à ses lèvres :
- Je n'en reviens que tu m'aies convaincu de faire ça.
- C'est le mieux à faire pour nous deux, tu le sais donc tu le fais. Même si tu persistes à faire croire que non et que tu ne fais tout ça que par bonté de cœur.
- Sale gamin.
- Si tu le dis. Enfin au moins j'ai une bonne occasion de te voir en robe de cérémonie. Ce ne serait pas la même tenue que tu portais au bal de Noël pendant le Tournoi des Trois Sorciers ?
- Si en effet. Tu as une bonne mémoire.
- Je rêve surtout de te l'enlever là.
Une lueur s'alluma dans les yeux de son ainé qui se demanda s'ils avaient le temps ou non. Peut-être.
En revenant à son bureau seulement quinze minutes plus tard Kinglsey ne sut jamais s'il s'était passé quelque chose ou non. Il ne put noter qu'un léger essoufflement chez le Gyffondor ainsi qu'une légère rougeur au niveau des joues. Severus était égal à lui-même.
Il guida les deux hommes jusqu'à la salle de réception. Ils étaient à l'arrière, la porte donnant directement sur l'estrade. Le bruit des conversations traversait le panneau en bois. Là Kinglsey fit signe au potionniste d'attendre et ouvrit la porte, invitant Harry à passer devant. Le Gryffondor prit une grande inspiration et pénétra dans la pièce la tête haute. Les discussions s'arrêtèrent net à son entrée. La salle était grande et plutôt remplie. Harry pesta intérieurement. Ce devait une cérémonie en petit comité. Clairement il n'avait pas les mêmes notions de petit comité que les membres du Ministère. Enfin il règlerait ça plus tard. Il repéra Ron et Hermione parmi les invités. Ainsi que les membres de la famille Weasley, Arthur et Molly en tête. Il aperçu aussi la tête blonde de son ancien ennemi. Il y avait quelques journalistes au fond de la salle, leurs plumes à papote dressées sur des parchemins en lévitation. Harry mit quelques secondes à se rendre compte qu'on l'applaudissait. Il se reprit et se dirigea vers le pupitre où il posa les notes qu'il avait sorties de sa tenue de cérémonie. On lui lança un sort Sonorus qu'il sentit vibrer au niveau de ses cordes vocales. Puis il se lança, essayant d'oublier tous les regards braqués sur lui :
- Bonjour à tous et à toutes. Je vous remercie d'être ici, présents pour célébrer ainsi avec moi et les membres du Ministère la réhabilitation de nombreuses personnes condamnées injustement au moment de la guerre. Que ce soit à cause de manipulation, d'incompréhension ou de jeux secrets au service de la paix. Je prendrais comme premier exemple mon parrain, Sirius, qui a été condamné à Azkaban pour un crime qu'il n'avait pas commis et dont les charges ont été levées après sa mort. Mais il en existe d'autres, comme Draco Malfoy, qui est présent parmi nous ce soir. Lui qui, même si nous n'avons jamais été amis, n'a pas hésité à mentir à sa tante, me permettant de survivre. Des exemples comme ceux-ci j'en aurais beaucoup. La liste est longue. Et le Ministère est prompt à juger mais pas à écouter ni à pardonner.
Plusieurs murmures se firent entendre dans la salle, les journalistes se délectèrent de l'instant. Et Kinglsey fronça les sourcils. Cependant Harry resta imperturbable et poursuivit :
- Nous devons espérer en revanche que ceci est derrière nous et que le nouveau Ministère et ses membres sauront se montrer plus efficaces. J'ai foi en eux et c'est pour cela que je me tiens devant vous aujourd'hui.
Kinglsey se détendit et poussa un soupir de soulagement.
- Nous avons travaillé conjointement et je peux maintenant vous affirmer que toutes les erreurs passées seront oubliées pour la justice sorcière. Il s'agit de ne pas juger des actes qui ont été nécessaires, pris à contre-cœur la plupart du temps. Sans ces personnes rien n'aurait pu être possible. Enfin je tiens à parler d'une personne en particulier car il s'agit de celle qui a le plus œuvré en secret. C'était un espion à notre service et il a pris tous les risques, étant devenu un proche du Mage Noir. Je parle bien sûr de notre ancien professeur des Potions, Severus Snape. Je veux que nous levions notre verre, tous, pour cet homme merveilleux et qui a très certainement plus contribué au retour à la paix que moi.
Kinglsey s'approcha du Gryffondor et lui tendit une coupe de champagne. Puis le Ministre s'adressa à son tour à la foule :
- Je me joins à Monsieur Potter pour vous demander de saluer cet homme. Mais auparavant il me faut parler un peu plus de lui. En effet au moment de la grande bataille de Poudlard il y a plus de deux ans, le professeur Snape a pris d'énormes risques et nous avons dû le faire passer pour mort.
Cette fois ce ne fut plus un murmure. Plusieurs voix s'élevèrent, des cris fusèrent. Draco avait blêmi. Molly avait étouffé un cri pendant que les frères Weasley exprimèrent leur joie manifeste. Ron avait depuis longtemps dit la vérité sur les actions de leur ancien professeur à toute sa famille.
La porte par laquelle était venu Harry s'ouvrit en grand et Severus entra, droit et fier. Il semblait immense et le Gryffondor sentit une énorme bouffée d'amour l'envahir. Il aurait voulu se jeter dans ses bras de suite. Kinglsey attendit que son ancien collègue de l'Ordre le rejoigne avant de continuer :
- Il s'agissait d'agir pour sa propre sécurité. Cependant les choses ont changé à présent et suite à la volonté de réhabilitation de Monsieur Potter, il nous a semblé impossible de faire croire à cette mort plus longtemps. Monsieur Snape, quelques mots ?
- Je vous remercie, membre du Ministère et Monsieur Potter pour cette confiance et pour me permettre de revenir parmi la communauté sorcière la tête haute.
Puis il se tut. Kinglsey voulut le pousser mais Severus le défia du regard. On avait parlé de son courage après tout, pas de son bon caractère. Cela sembla en tout cas suffire à l'assemblée qui applaudit. Il y eut même des sifflements.
- Bien, finit par conclure le Ministre. Avez-vous des questions ?
Bien sûr qu'il y avait des questions. En tout cas c'était fini pour Harry et son compagnon qui purent descendre de l'estrade. Severus alla directement parler à Draco pendant que le trio d'or de Gryffondor se reforma une nouvelle fois.
Le reste de la soirée fut agréable pour Harry. Il profita du buffet, discuta avec ses amis, la famille Weasley et réussit à discuter avec des membres du Ministère qu'il ne trouva pas trop désagréables. De son côté Severus fut vite pris d'assaut par les journalistes auxquels il accorda quelques réponses laconiques avant de les faire fuir. Enfin ils n'insistèrent pas trop et partir vite rejoindre leurs rédactions pour sortir le scoop du mois. Les deux compagnons ne purent se rejoindre avant que la soirée ne soit bien entamée.
- J'espère que tu es satisfait.
- Très. Mais maintenant que la première bombe est lâchée, avec la nouvelle de ta résurrection, je me demande quel effet aura la deuxième.
- La deuxième ? Qu'est-ce que tu mijotes ?
- Moi rien….
- Harry… Tu ne joues pas très bien les innocents tu le sais quand même ?
- C'est pas faute de m'entrainer pourtant. Mais il va bien falloir qu'ils apprennent pour nous deux. Je pense que la presse s'en donnera à cœur joie.
- Ils ne sont pas obligés de l'apprendre de suite non plus. Même jamais ce serait bien.
- Voyons, si nous nous marions la presse sera forcément au courant.
Des années plus tard Harry se vantera encore de cet instant où il avait réussi à déstabiliser la terreur des cachots de l'école. Celui-ci tourna le regard, gêné.
- Ne raconte pas de bêtises voyons. Comme si un mariage était possible.
- Est-ce que c'est un non ?
- Ce n'est rien du tout car nous ne sommes pas en train de discuter d'un mariage hypothétique.
Puis il tourna les talons, se cherchant une nouvelle coupe de champagne. Harry sourit en buvant une gorgée de sa coupe. Il se demanda quelle serait la vraie réponse s'il sortait la boite qu'il avait actuellement au fond de sa poche et qui contenait un bel anneau en guise d'alliance. Il avait hésité à lui faire sa demande directement devant tout le monde, sur la tribune mais il savait très bien que cela aurait mal fini. Cela attendrait qu'ils soient rentrés. Le jardin était bien entretenu et ferait un magnifique cadre.
Il avait hâte de rentrer.
Il aurait été surpris de savoir que Severus avait exactement la même boite au fond de sa propre poche.
Et voilà !
Alors vos impressions ?
Certains diront sûrement qu'il manque l'engueulade mais je n'avais pas envie d'écrire ça. Et en me relisant je trouve que ça fait presque syndrome de Stockholm mais bon tant pis ^^.
J'avais envie d'écrire cette histoire depuis longtemps et j'avais besoin d'écrire quelque chose de plus court que d'habitude pour me remettre en jambe.
Je travaille actuellement sur un nouveau Snarry qui sera plus long mais qui n'arrivera donc pas de suite.
A bientôt
