Note de l'autrice : probablement un peu OOC.

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Il s'agit d'une traduction de "Raxe" écrite en espagnol. J'ai eu l'autorisation de l'autrice pour la traduire, donc la voici, parce que je l'ai vraiment beaucoup aimé, et qu'il n'y a pas assez de Bokuro dans ce monde. Pour ma part je ne trouve pas que ça soit si OOC que ça, mais ma foi je ne connais le fandom que depuis peu.

Note importante : Comme vous le verrez dans quelques phrases (je n'aime pas mettre des notes de bas de page, toujours chiant d'aller tout en bas pour remonter), j'ai choisi l'expression "bakeneko" pour traduire le surnom "garçon-chat-flippant" (chico-gato-espeluznante), qui sonnait vraiment moche en français. Le Bakeneko est un démon chat japonais qui peut prendre une apparence humaine. Et donc oui par conséquent il fait un peu peur.


Flechas mal dibujadas

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Kuroo rencontra son âme sœur au premier camp d'entraînement auquel il participa en tant que membre du club de volley-ball du lycée Nekoma, alors qu'il y était en deuxième année.

Le gymnase était empli du couinement aigu des chaussures de sport glissant sur le sol, de cris d'encouragement et du bruit des ballons tombant de l'autre côté du filet. Nekoma au complet ouvrit la porte et l'entraîneur allait commencer à dire quelque chose, mais il fut interrompu avant même de dire un mot.

Il vit la marque presque instantanément ; noire et petite, en forme de flèche mal dessinée, à moitié cachée par la manche courte du t-shirt de sport.

Il ne la remarqua pas parce qu'une force mystique attira son regard ou parce qu'il avait sentit le besoin impérieux de regarder à cet endroit précisément, mais parce que le garçon criait HEY HEY HEY de toute la force de ses poumons en courant vers eux. Il lui fit penser à une tornade, avec des cheveux blancs et noirs et des grands yeux brillants, qui bouleversait tout en un clin d'œil.

« Qui sont les bloqueurs ?! »

Avant que quiconque ne puisse bouger, le garçon fut traîné de retour sur le terrain et réprimandé par celui qui, à ce moment-là, était le capitaine. L'entraîneur de Fukurodani s'approcha alors, leur souhaitant la bienvenue tout en s'excusant.

Ils s'organisèrent en groupe et jouèrent toute l'après-midi, débordant d'excitation. Quand Kuroo finit face à face avec le garçon – Bokuto, l'avait appelé son passeur – seulement séparé par le filet, il pensa à lui dire.

Nous sommes âmes-sœurs.

Mais il ne le fit pas.

Bokuto sourit et regarda Kuroo à travers les mailles du filet.

« Je savais que c'était toi. » Pendant une seconde Kuroo sentit son cœur s'arrêter. Il l'a découvert, pensa-t-il. Il ne savait comment mais il savait, sans voir sa marque. « Tu allais avancer quand j'ai demandé. »

Il comprit alors à quoi il faisait référence et il sentit un mélange tumultueux de déception et d'envie. Cependant, il se recomposa vite et sourit avec défi.

« Alors, content ? »

Les yeux de Bokuto brillèrent.

« Tu ne vas pas contrer un seul de mes smash, Bakeneko ! »

Kuroo cligna des yeux devant le surnom. A ses côtés, Kenma toussa, signe sans équivoque qu'il l'avait entendu et que ça l'amusait.

« Tu es sûr ? Moi je crois que je peux les contrer, tête de hibou. »

Et il ne mentit pas. Bien qu'il n'arrêta pas toutes ses attaques, il réussit à en bloquer la majorité. Et c'était définitivement plus que ce que Bokuto espérait.

« C'était évident qu'il les arrêterait, Bokuto-san, c'est un bon bloqueur. » Dit le passeur de Fukurodani.

« Akaashi ! » Pleurnicha Bokuto, assit par terre, en pleine représentation dramatique d'un véritable caprice.

Quand l'entraînement libre commença, Bokuto alla chercher Kuroo et le prévint que cette fois il réussirait à briser tous ses contres. Et Kuroo accepta le défi. Comment ils finirent par cacher la boisson énergisante de Yaku et traîner Kenma et Akaashi, c'était un secret d'Etat.

Pourquoi il ne lui dit pas qu'ils étaient âmes-soeurs, c'était un secret de Kuroo.


Des années passèrent depuis leur première rencontre – deux en fait, mais il avait l'impression que ça faisait bien plus longtemps. Entre Kuroo et Bokuto se tissa une amitié mêlée de rivalité ; une amitié absurdement brillante, pour reprendre les mots de Kenma. Ils se traitaient comme le faisaient les enfants : en se disputant, en se taquinant, toujours en compétition l'un contre l'autre, se pardonnant et jouant à nouveau ensemble ; en riant des bêtises dont ils parlaient et en complotant les meilleurs coups fourrés du siècle.

Mais Kuroo ne lui avait pas dit ce qu'ils étaient ; la vérité derrière tous les plans qu'il orchestrait pour ne jamais avoir à partager les vestiaires durant les entraînements, la raison pour laquelle il ne retirait jamais son haut devant lui, malgré que ce soit chose courante entre sportifs. Seul Kenma savait le pourquoi de son comportement et il ne dirait jamais rien à personne parce que, hey s'il-vous-plait, c'était Kenma.

Et c'était justement parce que c'était Kenma qu'il avait cette conversation.

« Bokuto ne va pas faire ça, Kuroo.

_ Ca tu n'en sais rien.

_ Si, je le sais. Et toi aussi. »

Kuroo se tourna dans le futon que la mère de Kenma préparait à chaque fois qu'il restait dormir.

« Je ne sais pas pourquoi on parle de ça encore une fois. »

Kuroo pouvait imaginer Kenma levant les yeux de sa console. De sa position, assis au pied du futon, il pouvait probablement voir Kuroo parfaitement, allongé sur le ventre, le menton sur l'oreiller et les bras étendus, remuant les doigts sur l'écran de son téléphone.

« Parce que tu es encore à regarder des forums sur les âmes-soeurs. »

Kuroo lâcha un geignement de bébé – un bébé adulte. Il regardait le forum d'une application qui trouvait les âmes-soeurs, oui. Peut-être que quelqu'un d'autre avait créé un topic qui parlerait du putaindefoutuennuyant problème que Kuroo se trainait depuis qu'il avait entendu pour la première fois le fameux HEY HEY HEY.

Mais il n'avait pas de chance.

« "J'ai rencontré mon âme-soeur et maintenant nous sommes très heureux." » Lut-il à haute voix. « "...J'espère que tout le monde trouve la sienne." »

Et une multitude de commentaires racontant leur expérience. Soupir. Il laissa le téléphone sous l'oreiller et se redressa.

Il observa Kenma, consciencieusement. Depuis qu'il était entré à l'université, il ne le voyait plus aussi souvent. Les examens le tenaient collé à sa chaise pendant une grande partie de la journée et le reste du temps, il s'investissait dans le maintien de sa place de titulaire dans l'équipe de volley-ball. Kenma avait changé : il était plus ouvert – pas beaucoup, mais plus ; il construisait des phrases plus longues et il n'angoissait plus autant quand un inconnu venait lui parler. Il avait grandi en l'absence de Kuroo.

Il se demanda si lui aussi avait changé. Il ne se sentait pas le moins du monde différent

Soudainement, la marque brûla et il commença à se sentir anxieux. Ça arrivait souvent dernièrement. Parfois quelques âmes-sœurs, au travers leur marque, pouvaient sentir les émotions de l'autre. Mais celles qui pouvaient le faire, comme Kuroo l'avait conclu depuis longtemps, devaient savoir qui était leur autre moitié, alors pour le moment c'était unilatéral. Bokuto ne pouvait pas sentir Kuroo. Et c'était mieux comme ça. S'il pouvait, il aurait probablement déjà noté comment son cœur sautait quand il était près de lui.

Il sortit son téléphone de sous l'oreiller.

"Pourquoi on est jamais monté sur une balançoire, l'un assit et l'autre debout sur ses épaules ? On deviendrait viral si on l'envoyait sur Internet" texta-t-il.

Il toucha sa marque, juste sur sa hanche, presque à sa ceinture et la dessina du doigt, sans la voir. Il sentit Bokuto de plus en plus bouleversé, puis sa poitrine se serra. Quelques secondes après, la tension diminua drastiquement, pile au moment où les mots en train d'écrire apparurent sur son écran.

"Oya ? C'est parce qu'on s'est pas vu depuis des mois !" Reçu-t-il.

"On peut arranger ça".


Sa main brûla quand il bloqua. De l'autre côté du terrain s'entendit un grognement mécontent. Kuroo afficha un sourire tordu un peu sordide, et Bokuto fit une grimace. Ils faisaient ça, Akaashi passant, Bokuto attaquant et Kuroo bloquant, depuis quelques jours. Depuis qu'ils avaient réussi à s'arranger pour se voir durant leur temps libre durant les vacances. Parfois Kenma les rejoignait, traîné par Kuroo, mais aujourd'hui ils étaient seulement eux trois.

Kuroo avait apprécié s'entraîner avec eux, faire les bêtises d'autrefois, faire des blagues à n'importe laquelle de leur connaissance, rire aux conneries que Bokuto disait et le suivre dans ses jeux stupides.

Même si en ce moment il n'y avait pas beaucoup de jeux et de conneries à suivre.

Depuis la dernière fois, Bokuto n'avait pas eu beaucoup d'importantes baisses de morales. Mais il lui semblait qu'aujourd'hui était un jour où il était particulièrement déconcentré. La preuve irréfutable était que Kuroo arrêtait toutes ses attaques. Toutes. Ce qui n'était pas arrivé une seule fois auparavant. Jamais. Et encore plus étrange, il ne faisait pas de caprice.

Il demanda une pause. Bokuto ne se plaignit pas et rejoignit le banc, attrapa sa boisson énergisante et son téléphone. Bokuto . ne . se . plaignit . PAS.

Kuroo s'approche d'Akaashi. Le passeur semblait tout aussi confus.

« Tu… Tu n'as rien remarqué ? N'importe quoi ? »

Akaashi secoua la tête.

« Il est comme ça depuis hier. » Kuroo pouvait en témoigner, il avait senti un picotement irrité l'après-midi dernier. « Mais je n'ai pas réussi à lui faire cracher pourquoi. »

Kuroo croisa les bras. Il était tellement habitué à ce que Bokuto emplisse le terrain avec ses cris et sa présence qu'il se sentait froid et découragé quand il jouait avec lui alors qu'il n'avait aucun entrain.

« On devrait peut-être arrêter là pour aujourd'hui. »

Akaashi fut d'accord avec lui.

Kuroo les invita tous les deux à voir un film et se laver, mais Akaashi déclina l'invitation, arguant un engagement, et se sépara d'eux à mi-chemin. Bokuto, de son côté, avait commencé à retrouver sa bonne humeur après être sorti du terrain et commença à jacasser après que Kuroo l'ait taquiné sur deux pâtés de maisons.

Ils allaient bientôt arriver au parc qui se trouvait sur leur route quand Kuroo se plaignit de la quantité illégale d'examens que ses professeurs leur mettait en une seule semaine – en toute complicité ; et il décrivit sa vie étudiante où il courait de classe en classe.

Bokuto aussi parla de sa vie universitaire, d'à quel point c'était étrange de ne plus être à Fukurodani. Qu'Akaashi était un bon capitaine. Qu'il avait pour objectif de devenir l'as de sa nouvelle équipe. Et Kuroo lui répondit qu'il devait devenir titulaire le plus vite possible pour que lui-même qui – toussotement – l'était déjà puisse lui botter le cul.

« Mais bro ! Le capitaine a dit que je devais être plus mûr ! Qu'est-ce que ça veut bien vouloir dire ? Je ne suis pas un fruit ! »

Et ici était la raison de sa déprime.

« Bokuto…

_ Je sais, je sais, c'est juste que… » Il remua les mains, essayant d'englober quelque chose qui n'était pas présent. « Je n'arrive pas à rester motivé dans un match qu'on perd. C'est plutôt merdique. »

Bokuto paraissait abattu. Un ballon dégonflé. C'était si rare de le voir inquiet… Kuroo s'était souvent rencontré face à ça dernièrement. Tout le monde autour de lui changeait. Leurs soucis, certains traits de leur personnalité, la façon qu'ils avaient de sourire et de s'amuser. Kuroo avait l'impression qu'ils avançaient et qu'ils le laissaient derrière.

« Allez, tu dois seulement… » Il hésita. Qu'est-ce qu'il pouvait lui dire quand il ne savait même pas lui-même comment s'améliorer ? « Eh, te trouver. Oui, ça. Évacuer ta frustration en dehors du terrain. La garder et la libérer ensuite. Ou quelque chose comme ça. Tu peux te trouver un chat et le caresser, ça a un effet relaxant. »

Prix du meilleur conseil décerné à Kuroo Tetsuro.

Le téléphone de Bokuto sonna. Une notification, à en juger par la seule et unique tonalité. Bokuto amorça un geste pour mettre la main dans sa poche mais changea d'avis.

« Kuroo. » Dit-il. C'était sérieux quand il remplaçait le "bro" par "Kuroo", surtout de la façon dont il le disait, semblant caresser son nom de sa langue. « Tu crois que… ? »

Et il le perdit. Kuroo vit le moment exact où une idée illumina les yeux ambre. Bokuto le regarda avec un sourire jusqu'aux oreilles, sautillant d'une jambe à l'autre en essayant de contenir son enthousiasme.

Il l'attrapa par le bras et les fit courir sur les derniers mètres qui les séparait du parc.

Il n'y avait pas grand chose à voir ici, quelques bancs, des poubelles à la peinture délavée, de l'herbe qui oscillait entre le vert et le jaune, et quelques jeux pour enfants.

Oh.

Des jeux pour enfants.

Bokuto s'assit sur la balançoire et Kuroo s'arrangea comme il put pour monter sur ses épaules.

« Assuré, bro ! » Annonça-t-il quand il s'accrocha aux chaînes attachées à la structure métallique et au siège sur lequel ils étaient.

Il ne pouvait pas le voir depuis sa position, mais il était sûr que Bokuto souriait béatement comme un gosse devant un bonbon. Ils commencèrent à se balancer. Le vent lui fouettait le visage et les HEY HEY HEY et rires de Bokuto emplissaient ses oreilles.

« J'y vais ! » Cria Bokuto quand la balançoire commença de plus en plus à se rapprocher d'une position horizontale.

« On a pas mis de caméra ! » Dit Kuroo. Sa voix se noya un peu dans le vent, mais elle restait encore audible.

« Ah ! Notre moment de gloire ! »

Toutefois, aucun d'eux ne bougea pour résoudre le problème. Ils restèrent à parler de leur prochain affrontement sur le terrain – "Je vais t'aplatir bro." "Tu rêves."

Kuroo allait lui dire qu'il serait maintenant temps de s'arrêter, parce que ses bras tremblaient et que les épaules et le dos de Bokuto allaient probablement souffrir s'il le portait trop longtemps. En fait, il avait eu une brusque illumination – la voix de la raison comme disait l'adage – et il ne pouvait pas arrêter de penser aux dommages qu'il avait déjà dû subir à maintenir son poids aussi longtemps.

« Kuroo ! » Et elle était à nouveau là, la caresse. Kuroo désirait presque que Bokuto l'appelle par son prénom, et plus par son nom ni par le "bro" qu'il utilisait si souvent. Il se demandait comment il dirait les lettres, si le ton de sa voix changerait. « Je voulais te demander quelque chose ! » Continua Bokuto.

« Envoi !

_ A quel point tu penses que c'est difficile de trouver son âme-soeur ?! »

Kuroo sentit la nervosité s'emparer de lui dans la seconde. Son estomac se serra et il eut l'instinct de rire. Sa voix sortie tremblante quand il lui demanda :

« Pourquoi tu veux savoir ça ?

_ Je veux trouver la mienne ! »

Ce qui se passa juste après n'était pas prévu. Il fut éjecté de la balançoire et atterrit douloureusement sur son côté gauche.


Ça faisait mal. Il avait l'épaule enflammée et il avait mal au niveau des côtes. Il était presque certain qu'il aurait un bleu de la taille du Canada.

Sa mère avait envoyé Bokuto chercher de la glace dans la cuisine pendant qu'elle montait chercher la trousse de premiers secours pour désinfecter les petites coupures que les cailloux du parc de jeux lui avaient faites. On aurait dit que son épaule avait été sous une fine pluie pourpre.

Bokuto avait couru vers lui et Kuroo l'avait déjà à ses côtés trois secondes après avoir touché le sol, après avoir découvert que non, il n'était pas un oiseau. Il avait essayé de le prendre sur le ton de l'humour en disant à quel point c'était une honte pour Nekoma, regarde je ne retombe pas sur mes pieds et de ne pas faire honneur à leur surnom général. Mais ça n'avait pas amusé Bokuto. Il l'avait aidé à se relever et s'était maintenu à deux pas de lui durant le reste du chemin jusqu'à la maison de Kuroo.

Et il était revenu avec la glace avant même le retour de sa mère.

Kuroo n'avait pas besoin d'avoir recours à la marque pour savoir qu'il était inquiet. Il lui suffisait juste de le voir bouger à côté de lui, à lui demander toutes les six secondes s'il se sentait bien.

Sa mère descendit avec la trousse entre les mains. Elle s'assit en silence sur le canapé à côté de Kuroo et lui demanda d'enlever son haut pour qu'il ne la gène pas.

Son haut. Devant Bokuto. Il verrait sa marque. NONNONNONNONNON.

Pourquoi diable Bokuto avait-il mis une chemise à manches courtes ce jour-là, putain !

« Je peux le faire moi-même maman. »

Et couvrir délibérément sa marque. Oui. Ca.

« Tetsuro. »

Ou il pouvait essayer de la couvrir délibérément pendant que sa mère le désinfectait. Ca ne pouvait pas être si difficile, Bokuto regarderait son épaule, il n'avait aucune raison de regarder ailleurs.

Kuroo s'assit bien droit et tourna le torse, l'aidant à cacher son côté droit avec le dossier du canapé. Bokuto était toujours proche, mais Kuroo su qu'il n'avait pas vu la flèche. Bien.

La partie désinfection fut rapide. Bokuto regarda son épaule avec une grimace qui oscillait entre culpabilité et découragement. Ensuite il fut distrait en regardant ses bras et son torse. Kuroo lutta contre son instinct pour ne pas bouger. Il ne savait pas pourquoi, mais Bokuto le regardait avec une telle intensité qu'il commençait à se sentir fiévreux. Il aurait voulu que sa mère ne soit pas là. Parce qu'il n'aurait plus répondu de ses actes.

Mais il se contint. Il mit son regard sur le compte de la curiosité, la même qu'il aurait lui-même sentit avec n'importe quelle personne qui montrait plus de peau qu'habituellement. Certainement pas la même envie qui avait obscurci son regard la première fois qu'il avait vu Bokuto torse nu.


Alors qu'ils montaient les marches pour aller dans sa chambre, Kuroo ne put supporter plus longtemps cette incertitude qui allait le faire mourir d'angoisse.

« Pourquoi tu veux trouver ton âme-sœur ? »

Depuis sa position deux marches plus bas, il vit Bokuto se tendre puis s'apaiser.

« Je ne peux pas te le dire maintenant, je dois la trouver avant. » Répondit-il. Il accéléra ensuite le pas avant de lui donner la possibilité d'insister.

Une fois bien installés sur le lit de Kuroo, Bokuto se souvint qu'il devait se procurer quelque chose d'essentiel et vital, bro. Il alla jusqu'au supermarché le plus proche pendant que Kuroo choisissait un film. Il ne lui avait pas dit ce qu'il ramenait, mais que ce serait génial. Avec lui il fallait s'attendre à tout, alors il s'était auto-convaincu de ne pas se mettre à courir s'il le voyait arriver avec un rhinocéros.

Il hésitait entre le monde de Dory et Cars 3 quand la tornade qu'était son âme-sœur ouvrit la porte avec un sourire trop grand pour ses joues.

« Akaashi t'a félicité pour quelque chose ? »

Le passeur avait souvent cet effet.

« Non. J'ai acheté des ballons et un marqueur. »

Il attendit qu'il dise quelque chose de plus, mais Bokuto était trop occupé à monter sur le lit et à ouvrir un paquet de ballons. Kuroo haussa un sourcil.

« Fait moi rêver. »

Bokuto sourit encore plus. Il lui donna le sac en plastique rempli de ballons blancs, et sortit de sa poche deux autres ballons, un rouge et un gris. Il commença à gonfler les ballons sans rien dire, et Kuroo l'imita. Rapidement ils eurent assez de ballons pour faire leur propre équipe de volley, avec manager et remplaçants compris.

« Maintenant… » Bokuto fit une pause. « Regarde. »

Il fit sauter le bouchon du marqueur et commença à tracer des lignes sur un ballon rouge. Ensuite il lui montra son œuvre.

« C'est toi. » Précisa-t-il en voyant que Kuroo ne disait rien. « Le gris c'est Akaashi et les blancs c'est le reste de Fukurodani. »

Bokuto avait acheté des ballons pour Fukurodani, son équipe, ses compagnons.

Et pour lui.

Il s'humidifia les lèvres avant de parler.

« Pourquoi ?

_ Parce qu'ils me manquent. »

Bien. Bien.

Pas bien en fait.

« Alors j'ai pensé à les avoir avec moi. » Continua Bokuto. « Peut-être que comme ça… uh… Je vais arrêter d'avoir l'impression que le monde va trop vite. »

Il se frapperait la tête contre le mur si Bokuto n'était pas là.

Il ne pouvait pas se sentir plus coupable. Quel type d'odieux meilleur ami il était, putain. Lui, si égocentrique, croyant qu'il était laissé derrière et se lamentant sur lui-même à cause de ça, sans remarquer qu'autour de lui les autres avaient les mêmes insécurités que les siennes… Mais même en sachant tout ça, quelque chose le retenait, et il ne pouvait pas complètement mettre un mot dessus. Un dernier mur.

« L'âge t'a rendu tellement sentimental, bro. » Il tenta d'alléger l'atmosphère. Il espérait que le ton de sa voix ne traduise pas tout ce qui lui passait par la tête.

Bokuto ricana.

Ils regardèrent Cars 3. Ensuite une série populaire qui lui plaisait et l'ennuyait à parts égales : tout était bien jusqu'à la partie romance. Il était très beaucoup ennuyé – tout à fait, il le disait deux fois parce qu'il était sérieusement ennuyéfâchéputain – que le déclenchement de la relation amoureuse soit la découverte de l'âme-soeur. "Oh, Rodrick, nous nous haïssions à mort à peine une minute auparavant, mais maintenant que je sais que nous sommes âmes-soeurs je t'aime plus que ma vie." "Rimendia, je ressens la même chose." C'était faux. Ça n'allait nulle part. Ça ne finirait pas bien.

Kuroo avait grandi en espérant que son âme-sœur soit quelqu'un qu'il connaisse. Il avait imaginé qu'un jour il serait avec quelqu'un qu'il aimait, et qu'il verrait par hasard sa marque. Et s'il tombait amoureux, ce n'était pas à cause de ce qu'ils étaient l'un pour l'autre.

Mais ensuite il avait connu Bokuto et il avait su dès son premier regard que c'était lui. Heureusement, Bokuto non. Kuroo avait pu se comporter avec lui comme il le faisait avec n'importe qui d'autre.

Et tout avait été super jusqu'à ce qu'il tombe amoureux. Il était devenu paranoïaque. Bokuto le verrait-il un jour de cette manière ? Kuroo l'aimait-il vraiment ou c'était parce qu'ils étaient âmes-soeurs ?

Si un jour il comptait lui dire, il n'en savait rien.

« HEY HEY HEY ! Redescend sur terre ! » Bokuto le secoua par le bras. « Aide-moi avec le visage du reste de l'équipe ! »

Un jour, peut-être que Bokuto tomberait amoureux de Kuroo. Et quand il aurait la certitude qu'il l'aimait vraiment, il lui dirait.

Ensuite il pourrait profiter de tous les moments qu'il passait avec lui. Il n'aurait pas à se retenir, comme maintenant, de lever la main pour toucher sa joue ; de résister à l'envie de l'embrasser et de le serrer contre lui.

Il n'aurait pas à cacher l'expression d'amoureux transit – d'idiot transit – qu'il retint quand Bokuto se leva, prit les ballons et commença à dessiner des visages en lui disant où il mettrait chacun d'entre eux.

« Le tien ira dans ma chambre. Il va me rappeler de t'appeler pour m'assurer que tu n'as pas perdu ton poste de titulaire pour avoir effrayé ton adversaire, Bakeneko. »


« Je n'arrive toujours pas à croire que tu aies dessiné sur mon lit.

_ C'était nécessaire.

_ Non ça ne l'était pas.

_ C'est pour que tu penses à moi ! Moi j'ai un ballon, toi un dessin !

_ Ce n'est pas toi qui va te faire engueuler par ma mère !

_ C'est un hibou très mignon, elle va adorer. »

L'arrêt du bus était bondé. Ils devaient demander pardon à chaque mètre, puisqu'ils bousculaient quelqu'un dès qu'ils faisaient un pas. Si un jour dans leur vie ils avaient souhaité être petits, c'était sans aucun doute à ce moment précis. Bien qu'il y avait aussi le risque d'être écrasé par la foule… La taille c'était bien aussi après tout.

« Ne t'endors pas en chemin. » Conseilla Kuroo.

« Oui oui.

_ Et ne va pas t'entraîner dans la soirée. C'est dangereux.

_ Oui oui.

_ Et devient titulaire une bonne fois pour toute.

_ Ca c'était bas, traître.

_ C'est pour le savon que va me passer ma mère. »

Le bus arriva et Kuroo le taquina jusqu'à ce que ce soit à Bokuto de monter dedans.

Quand le bus s'éloigna, il sentit pendant un instant comme sa gorge et sa poitrine se serraient, comme s'il n'arrivait plus à inspirer suffisamment d'oxygène. De ce que Kuroo en savait, c'était normal. L'âme-sœur, selon les histoires, venait combler cette partie incomplète de toi, celle dont tu n'avais même pas conscience avant de la rencontrer ; et, quand elle s'en allait, tu en venais à regretter cette plénitude. Ce n'était pas impossible de vivre sans elle, mais Kuroo comprenait très bien pourquoi tout le monde préférait garder son âme-soeur proche. Très proche.

Parce qu'alors c'était si facile de se dire qu'on était vraiment amoureux.


"Je crois que ça ne fonctionne pas", disait le message de Bokuto à huit heures du matin, six jours après avoir vu Cars 3.

Il prit son temps pour lui répondre. "Le jour où tu auras besoin de plus de sommeil sera si magnifique à mes yeux. Qu'est-ce qui ne marche pas ?"

"L'application que j'ai téléchargé pour trouver mon âme-soeur."

« Ne me fais pas me sentir coupable, putain. »


« Je suis une personne horrible, Kenma. » Kuroo roula sur le côté avant de plonger sa tête dans l'oreiller de son lit, pour ne pas voir le dessin que Bokuto avait fait.

« Tu es un idiot, oui. »

Kenma s'obstinait à ne pas le laisser oublier à quel point il était idiot depuis qu'il lui avait dit que Bokuto le cherchait.

« Ne sois pas comme ça, tu sais que je ne peux pas lui dire.

_ Je sais pourquoi tu ne veux pas lui dire. » Kenma parlait posément, comme s'il essayait de faire comprendre quelque chose de très compliqué à quelqu'un de vraiment stupide. « Ce qui est arrivé à tes parents, Kuroo, il n'y a pas de raisons que ça t'arrive… » Kenma parla un peu plus doucement, laissant l'idée en suspens. « C'est si compliqué. » Il soupira. Ensuite, il releva les yeux de son jeu vidéo les quelques secondes dont il eut besoin pour lui lancer un regard contrarié. « Et arrête de t'apitoyer sur ton sort. »

Kuroo allait toucher sa marque, mais l'image fugace de ses parents le retint. Ils avaient commencé comme ça. Amour en se reconnaissant l'un l'autre. Et ça avait mal fini.


Il toqua trois fois à la porte, ignorant la douleur qui parcouru son épaule quand il le fit.

« Oya ?

_ Hey. »

Bokuto ouvrit plus grand la porte de son appartement et Kuroo entra.

Tout était calme à l'intérieur, et les volets bleus foncés étaient fermés. Kuroo reconnu l'ombre des sièges et de la télé. Le couloir à sa gauche menait à la chambre de Bokuto, dont la porte était ouverte, laissant filtrer un peu de lumière.

« Je t'ai réveillé ? »

Il était déjà onze heures du matin. Kuroo n'avait même pas pensé à la possibilité qu'il soit encore en train de dormir.

« Non, j'allais me motiver à me lever.

_ Hum…

_ Je croyais qu'on allait s'entraîner cette après-midi. » Bokuto l'examinait attentivement, comme s'il allait deviner rien que dans sa posture la raison qui l'avait conduit à apparaître sans avertissement.

Peut-être que ce n'était pas si impossible à deviner. Kuroo était conscient de la rigidité avec laquelle il bougeait alors qu'ils se dirigeaient vers la chambre de Bokuto. Son corps lui pesait et il n'avait pas envie de parler ou même d'exister de manière générale, mais il ne voulait pas être seul. Alors il avait été chez Bokuto, qui avait toujours été compréhensif vis à vis des changements d'humeurs que Kuroo subissait chaque fois que son beau-père revenait à la maison.

L'homme n'avait rien fait de mal. Il était sympathique et il aimait la mère de Kuroo, mais il n'avait jamais pu totalement s'habituer à sa présence. Il préférait saisir n'importe quelle opportunité qui se présentait à lui pour sortir quand il était là.

Ainsi il ne se rappelait pas trop de son père.

« Kuroo ? »

Quelque part dans ses divagations, il s'était assis sur la chaise de bureau de Bokuto et avait commencé à osciller de gauche à droite sans y penser.

« Kuroo… »

Combien de temps resterait son beau-père ? Il ne restait jamais longtemps, puisqu'il voyageait beaucoup. Il était en vacances ? Si c'était ça, il irait peut-être visiter un quelconque endroit romantique avec sa mère, qui était elle-même dans sa propre période de vacances. Qu'est-ce qu'il se passerait s'il disait la vérité à Bokuto sur sa marque ? Tout serait-il plus facile ? Peut-être que Bokuto ne réagirait pas comme il le craignait. Peut-être qu'il ne s'énerverait pas de le lui avoir caché si Kuroo lui expliquait ses raisons.

Sans faire attention, il porta une main à l'endroit où sa marque se trouvait. Retraçant sa forme par-dessus le tissu.

« Kuroo ! » S'exclama Bokuto, qui le regardait avec une expression contrariée. Il sursauta. « Qu'est-ce qui se passe ? Tu te sens bien ? »

Kuroo s'obligea à éloigner sa main de sa taille.

« Oui. Oui, désolé. J'étais seulement…

_ Il est revenu ? »

Bokuto touchait toujours juste avec cette question.

« Oui. Il est arrivé hier. » Il soupira à nouveau. « On peut ne pas en parler ?

_ Bien. On va manger. Mes parents travaillent aujourd'hui, alors je vais cuisiner. »

Il se souvenait encore de la première fois où il avait entendu Bokuto dire ça. Il avait été vraiment surpris d'apprendre qu'il savait cuisiner. Mais ensuite il s'était rappelé que Bokuto était un tel désastre à lui seul que s'il n'était pas encore mort, c'est qu'il pouvait évidemment survivre. Il sourit.

« Je vais me contenter de m'asseoir et rester loin des casseroles chaudes.

_ Ce sera suffisant. »

Avant de sortir de la chambre, Kuroo réussit à voir le ballon rouge avec son visage dessiné dessus, et son cœur s'accéléra.

Bokuto était plutôt bon pour faire à manger. Kuroo utilisa sa sagesse universitaire pour rester éloigné des dangers de la cuisine. Ils avaient continué de parler durant tout le processus et ça avait eu l'effet escompté : Kuroo commençait à retrouver sa bonne humeur habituelle.

« Je te l'ai déjà dit : je serais le meilleur as que cette université n'aura jamais. Et le capitaine a dit qu'il acceptait ma détermination et qu'il me gardait à l'épreuve avant de décider si je peux devenir titulaire ou pas.

_ Juste parce que tu lui as dis ça ? Qu'est-il arrivé aux crises de colère ? »

Bokuto le regarda les yeux mi-clos. Traître, semblaient-ils dire.

« Surmontés, évidemment.

_ …

_ Diminués. Et ce n'était pas des crises de colère.

_ Ouuiii…

_ Bref. Tiens. Mange et tais-toi. »

Kuroo sourit avec moquerie avant d'obéir.


La salle de l'hôpital sentait les médicaments. Elle était illuminée d'une puissante lumière blanche, celles qui rendaient tout si pâle que même les gens en bonne santé semblaient malades.

Kuroo était sur le point de se lever de la table d'auscultation et récupérer sa chemise qu'il avait dû enlever quand la voix de Bokuto interrompit le silence dans lequel ils étaient confortablement plongés, suivi de la sensation réconfortante de son âme-soeur qui se rapprochait un peu plus à chaque seconde.

« Kuroo ! »

La porte claqua violemment contre le mur et Kuroo aurait fait un bond, le même que le docteur avait fait, s'il n'était pas habitué aux explosions de Bokuto.

Il haletait rapidement et semblait en sueur. Il regarda Kuroo de ses yeux ambre grands ouverts et remplis de préoccupation, comme s'il n'était pas ici juste pour écarter la possibilité d'une fracture à l'épaule, à cause de la douleur qui n'avait pas encore complètement disparue.

« Kuroo ! Kenma m'a dit que tu étais à l'hôpital et…- Une seconde ! » Bokuto croisa les bras et le regarda de la tête au pied. « Pourquoi tu n'es pas dans une salle d'opération ? »

Le docteur toussa. Il s'assit très droit derrière son bureau, essayant d'imposer son autorité.

« Donc, Kuroo-san, tout va bien, la douleur disparaîtra d'elle-même. Et, jeune homme. » Dit-il en regardant Bokuto, et il durcit la voix. « Ne faites pas autant de bruit dans un hôpital. Sortez, s'il-vous-plaît. »

Mais Bokuto ne prêtait pas la moindre attention aux mots du docteur. Ses yeux étaient fixés sur Kuroo, plus précisément sur la marque qu'il n'avait pas eu le temps de cacher.

Merde.

Merde.

Merdemerdemerdemerde.

« Kuroo… » La voix de Bokuto était devenue plus rauque. « Je crois que je t'aime. »


Kuroo voulait vomir. Trois fois. Il était surpris de ne pas l'avoir encore fait.

Le chemin pour sortir de l'hôpital fut silencieux et tendu. Bokuto resta à ses côtés comme une ombre, mais Kuroo ne pouvait pas dire s'il était en colère ou confus. Et ça le rendait tellement nerveux que son tensiomètre allait éclater. A n'importe quel instant, quoi que Kuroo dise ou fasse, ça déclencherait une émotion chez Bokuto. Et ce n'était pas bon pour lui.

« Pourquoi tu t'es retrouvé avec Kenma ? » Demanda-t-il doucement.

Bokuto répondit presque mécaniquement :

« Je te cherchais. »

Il fronça les sourcils. Il aurait aimé avoir recours à la marque, pour savoir ce que ressentait Bokuto avec exactitude. Il ne l'avait jamais fait intentionnellement, mais ça devait être possible, n'est-ce pas ?

« Pourquoi ?

_ On devait s'entraîner aujourd'hui.

_ J'ai prévenu que je ne pourrais pas. »

Bokuto cligna des yeux en le regardant.

« Tu ne l'as pas fait.

_ Si. J'ai envoyé un message.

_ Si tu avais fait ç- Oh, il est là. »

Bokuto remit son téléphone dans la poche de son pantalon. Ils ne parlèrent plus durant quelques pâtés de maisons supplémentaires.

Où ils allaient de toute façon ? Kuroo avait inconsciemment pris le chemin pour retourner chez lui, mais il ne savait pas si c'était le meilleur endroit pour parler. Ou s'ils devaient mettre les choses au clair maintenant ou plus tard.

Je crois que je t'aime.

Ugh.

« Tu ne m'as pas dit que tu avais toujours mal.

_ Je suis désolé.

_ Et ton message ne disait pas que tu allais à l'hôpital.

_ Hum…

_ Tu ne m'as pas dit non plus que tu étais mon âme-soeur. »

Rage silencieuse alors. Un nouveau level. Avant, à chaque fois qu'ils se disputaient, Bokuto lui coupait la parole ou lui criait ses quatre vérités en face, jusqu'à ce qu'ils se réconcilient et que tout redevienne normal. Mais maintenant Bokuto était furieux, mais il lui donnait le temps de tout lui expliquer, ce qui pouvait se traduire comme : j'espère que ce n'est pas quelque chose de complètement stupide.

Et pour Kuroo, le temps pour réfléchir remettait en question toutes ses décisions. Elles lui avaient paru très raisonnables et logiques toute sa vie, mais maintenant il doutait que ce soit suffisant pour Bokuto. C'était difficile de savoir comment réagirait l'autre côté de la pièce, mais c'était inévitable qu'une décision de l'une des deux faces les entraîne tous les deux. Et Kuroo avait pris les décisions pour eux sans le consulter, et ce depuis qu'ils se connaissaient.


« Alors ? » Demanda Bokuto.

La maison de Kuroo était plongée dans le noir, ce qui était une bonne chose, parce qu'il ne voulait répondre à aucune question.

Il hésita avant de répondre. Comment il était censé tout expliquer sans que Bokuto ne s'énerve encore plus ?

« Je ne voulais pas que tu m'aimes seulement parce que nous sommes âmes-soeurs. »

Il alluma la lumière.

« Quoi ?

_ Tu sais, tomber amoureux. C'est très fréquent que les âmes-soeurs tombent amoureux quand elles se rencontrent. Parce qu'elles se rencontrent. »

Bokuto semblait confus. Et impatient. Kuroo ne pouvait pas ignorer la manière dont ses mains bougeaient contre sa jambe.

« Et alors ?

_ Ca finit mal ! Les couples qui commencent comme ça finissent toujours mal !

_ Tu pars du principe qu'on va se mettre ensemble ! » Bokuto s'approcha jusqu'à être à deux pas de lui. Et il ne savait pas si c'était son imagination ou pas, mais ce qu'il venait de voir, ça venait vraiment de se passer ? Les yeux de Bokuto venaient de briller… « Il y a quelque chose que tu ne me dis pas. »

Ugh. Depuis quand Bokuto était si perspicace ? Ou c'était Kuroo qui était trop facile à lire ? Il recula de deux pas.

« Kuroo ! » Bokuto lui attrapa le bras, et il essaya de se libérer. « Parle.

_ C'est parce que je t'aime, putain ! » Sa voix sonna plus puissante que ce qu'il voulait. "Je l'ai cassé." pensa-t-il. "Le mur qui m'empêchait de lui faire face". « Mais je ne sais pas si c'est parce que nous sommes âmes-soeurs, ou si c'est parce que tu me plais vraiment ! » Bokuto le regarda les yeux brillants et insondables. Kuroo ne pouvait pas dire s'il se sentait bien ou non face à son aveu, ou s'il allait le frapper. Peut-être un peu de tout. « C'est ça le problème, Bokuto.

_ Tu m'aimes ? »

Maudit soit-il.

« Oui, putain.

_ Et tu ne sais pas si c'est réel ?

_ Oui.

_ Parce que nous sommes âmes-soeurs.

_ Tu vas répéter tout ce que j'ai dis pour que je dise oui à tout ce que j'ai déjà dit ?

_ Je ne comprends pas. C'est important si je te plais pour telle ou telle raison ? Le point, c'est que tu m'aimes non ? »

Kuroo secoua à nouveau son bras. Cette fois-ci Bokuto accepta de le lâcher.

Tout était en train de se passer exactement comme Kenma lui avait dit.

« Le problème, Bokuto, c'est que je ne veux pas que… » Il agita les bras en essayant de pointer quelque chose d'inexistant. «ça ce soit parce que le destin ou quoique ce soit dans le même genre le dicte. Tu comprends ? Tu as commencé à me plaire- » Ah, putain, il n'était pas du genre à se sentir embarassé si facilement, mais répéter "tumeplais" et "jet'aime" commençait à le faire rougir. « Après que j'ai su que nous étions âmes-soeurs. Et je ne sais pas si ça vient de moi ou si c'est à cause des tatouages. Et je ne veux pas que ce soit à cause des tatouages. »

Il fit une petite pause avant de reprendre.

« Je ne veux pas que ce soit la même chose qui est arrivé à mes parents, qui sont tombés amoureux parce qu'ils étaient âmes-soeurs et que des années plus tard ils décident qu'en fait ils ne s'aimaient pas. Ils se sont séparés en bons termes, mais au final ils en sont venus à se disputer pour tout et rien, à se jeter des choses au visage à chaque fois qu'ils se voyaient. Et un jour papa est mort et il n'y avait plus moyen qu'ils redeviennent amis.

_ Ca n'a pas à être comme tes parents, et ça n'a rien à voir avec les tatouages Kuroo. Moi je t'aime et j'en ai rien à faire si c'est à cause de notre âme ou pas. Ce n'est pas suffisant ? »

Si. Non.

« Tu as dis que tu m'aimais seulement après avoir vu ma marque !

_ Pourquoi tu dois toujours tout compliquer ?! » Bokuto prononçait ces mots comme s'il était l'idiot le plus idiot qu'il n'avait jamais vu. « Ce n'est pas suffisant qu'on s'aime ? Si ça peut te rendre heureux, je cherchais mon âme-soeur parce qu-

_ Et si en réalité je ne t'aime pas ? » Dit-il la voix chargée de chagrin.

« Tu viens de dire le contraire.

_ Et si ce n'est pas le cas, Bokuto ? Et si c'est seulement parce que nous sommes âmes-soeurs, hein ? Qu'est-ce qui va se passer si un jour tu te rends compte qu'en réalité tu t'es juste laissé porter par les contes de fée avec lesquels on a grandi ? C'est toujours la même chose : et quand il rencontra son âme-soeur, il tomba amoureux et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. Et si je suis amoureux de toi à cause de ça ? »

Bokuto resta silencieux. Kuroo évita de le regarder dans les yeux. Depuis quand était-il si hésitant ? Pourquoi il ne pouvait pas juste essayer ? Il pourrait faire un pas en avant, attraper ses joues et l'embrasser jusqu'à savoir s'il l'aimait ou pas.

Mais il ne voulait simplement pas le faire pour se rendre compte que non. La possibilité qu'il puisse ne pas l'aimer l'effrayait. Il était terrifié à l'idée de blesser Bokuto, même s'il savait à quel point il était fort.

Bokuto était en colère. Furieux. Fulminant. Mais il restait pour lui donner une chance de se racheter, Kuroo le savait. Bokuto était émotif et infantile, impulsif et dévastateur. Et même si être compréhensif ne paraissait pas du tout coller à sa description, il l'était. C'est pour cette raison qu'il n'avait pas fait demi-tour pour ouvrir la porte et laisser Kuroo avec ses explications tremblantes derrière lui, jusqu'à ce qu'il le cherche lui-même pour s'excuser.

« Tu sais quoi ? Ça fait bientôt un an que l'entraîneur me rabâche les oreilles avec des choses comme les stratégies de jeu, ou le fait de trouver des solutions aux problèmes avant qu'ils deviennent énormes et qu'ils balayent l'équipe ou le match. » Dit Bokuto.

"Que quelqu'un m'explique ce qui est en train de se passer. Avec des dessins si possible."

Il n'eut pas le temps de faire plus longtemps le tour du problème, parce que Bokuto s'approcha et l'embrassa, un baiser rude et chaud. Son corps réagit avant sa tête, pressant ses lèvres avec plus de force contre les siennes, entourant son corps de ses bras. Bokuto bougea ses mains de ses joues à sa nuque et les laissa là, immobiles, comme s'il ne savait pas trop quoi faire d'autre avec maintenant. Un moment plus tard, qui aurait pu tout aussi bien être des heures comme des secondes, Bokuto lâcha un petit soupir contre ses lèvres et Kuroo décida qu'ils devaient s'arrêter.

Il s'éloigna. Bokuto avait la bouche rougie. Il ne prononça pas un mot, et ses yeux ambres étaient sombres et agités. Kuroo saisit l'occasion et prit sa main pour le tirer jusqu'à sa chambre. Il ne voulait pas que sa mère arrive brusquement et les surprenne.

Mais quand Kuroo ferma la porte de la chambre derrière eux, Bokuto s'était déjà repris.

« Ça aurait été pareil ? » Demanda-t-il.

Kuroo ne répondit pas.

« Ça aurait été pareil ? » Insista-t-il. «Si quelqu'un d'autre avait été ton âme-sœur. Tu aurais quand même répondu au baiser ?

_ Oui. » Répondit Kuroo.

Oui. Il l'aurait fait. Sans le moindre doute. Quand il l'avait embrassé, Kuroo n'avait pensé à rien d'autre qu'à lui répondre. La seule chose qu'il avait en tête était : Bokuto est en train de m'embrasser. Et c'était suffisant pour lui.


Après ça, tout se passa si bien que la peur de se confesser à Bokuto qu'il traînait depuis des années paraissait être un mensonge.

A peine Kuroo avait-il dit oui qu'il avait attrapé Bokuto pour l'embrasser à nouveau. Ils finirent par tomber dans le lit de Kuroo ils ne savaient comment, s'embrassant toujours. Alors Bokuto se recula un peu et lui murmura :

« Je cherchais mon âme-sœur parce que j'ai lu que certaines personnes pouvaient ressentir ce que l'autre ressentait. Et je voulais savoir si mon cœur s'accélérait et que mon estomac se retournait parce que je t'aimais, ou parce que c'était autre chose. »

Kuroo rit presque une demi-heure à la suite de ça, de pur soulagement, jusqu'à ce que Bokuto ne commence à se vexer. Il lui donna alors un coup dans le bras.

« Tu aurais pu le dire avant. » Dit Kuroo. « Et… En réalité oui, on peut ressentir ce que l'autre ressent. » Bokuto retint sa respiration et Kuroo apprécia de voir les engrenages tourner pour tirer des conclusions hâtives. « Mais, » Reprit-il en murmurant. « Seulement si tu sais qui est ton âme-soeur.

_ Alors tu…

_ Oui.

_ Hum. A quel point ?

_ Suffisamment pour savoir que tu as au minimum deux-cent baisse de moral à l'année. »

Bokuto plaqua ses mains contre son visage et se laissa tomber en arrière contre son oreiller.

« C'est beaucoup ! »


Deux jours après, Kuroo raconta tout à Kenma, et il se contenta simplement de lui répondre "je te l'avais dis."


note de l'autrice : c'est la première fois que j'écris sur ces personnages, la première fois que j'écris quelque chose d'aussi long et la première fois que j'aborde le sujet des âmes-soeurs, alors c'est possible que ce soit très OOC et/ou que le rythme ne soit pas très bien. Même si je crois que j'ai réussi à ne pas tout faire trop vite. Si vous avez des remarques, je suis preneuse ! Merci beaucoup de me lire !

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note de moi-même : Voilà, pareil c'est la première fois que je publie sur Haikyu, j'ai fini le manga en une semaine et je suis totalement amoureuse de Bokuto et Kuroo. J'espère que l'histoire vous a plu. Si vous souhaitez laisser un commentaire, je le traduirais pour l'autrice - et je pense que ça lui ferait vraiment plaisir, je trouve que de manière générale, les histoires espagnoles n'ont que très peu de commentaires, et c'est vraiment dommage.

Peut-être qu'on se reverra ici, si je trouve une nouvelle histoire à traduire. Merci de votre lecture !