Chapitre 5
- Pourquoi es-tu de si mauvaise humeur ? demanda Mu à son ami alors qu'ils étaient dans le rayon des guirlandes lumineuses.
- Il va passer Noel ici ! râla l'acteur en lisant une étiquette. Dix mètres, pas assez long !
Mu savait qui était ce "il" en question et soupira. Il n'arriverait jamais à faire entendre raison à cette tête de mule qu'était son ami, que Dohko était juste le meilleur ami de son aîné.
- Tu veux illuminer l'extérieur de la maison ? Je sais que Kilian et Shion ont décidé d'acheter le plus beau et le plus haut sapin de noël mais il y a des limites non ?
- Mu tu viens d'avoir une idée de génie ! Viens allons dans les rayons des lumières d'extérieur !
Le musicien fut tiré en avant, en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, ils se retrouvèrent dans le rayon en question.
- Faut que ce Noel soit magique ! décida finalement Mu.
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- Vous avez dévalisé la boutique ? demanda Camus qui était resté à la maison pour réviser en les voyants revenir.
- Oui ! On a même dû faire appel au service livraison ! fit Mu en pouffant.
- Allez viens que je te prépare un chocolat chaud, tu as l'air exténué.
C'est main dans la main qu'ils entrèrent dans la cuisine.
- Tu as pu réviser un peu ?
- J'ai bien avancé !
Camus tira la chaise et Mu y prit place. Il lui servit une grande tasse de chocolat fumant avec un petit cake à la vanille.
- Je vais avoir dû mal à te laisser partir ! avoua Mu sans s'en rendre compte.
Camus lui se statufia, que répondre à ça ? Aussi préféra-t-il simplement faire comme si Mu n'avait rien dit, il était clair qu'il avait pensé tout haut.
- Et gnagnagna, gnagnagna ! râla Lorcan en entrant tout en prenant place sur la chaise voisine de Mu.
- Que t'arrive-t-il ? demanda Camus tout en posant une tasse de chocolat chaud devant l'acteur.
- Ce type me pourrit la vie ! Il ne pouvait pas rentrer chez lui direct ? Ou mieux, se trouver quelqu'un !?
- Ce type ? demanda le français sans comprendre.
- Dohko, traduisit Mu.
- Rien, laisse tomber ! continua l'acteur en voyant le regard interrogateur de Camus. Il attaqua son chocolat. Et moi, je n'ai pas droit à une petite douceur ? dit-il voyant que Mu mangeait un morceau de cake.
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Plus tard dans la journée alors qu'ils décoraient le sapin, ils se rendirent compte qu'ils avaient oublié d'acheter des guirlandes. Mais au lieu de retourner au magasin Mu eut une idée et alla faire cuire du pop-corn. Même si une partie des grains de maïs éclatés finissaient dans les estomacs, ils s'amusèrent grandement. Ensuite, Kilian l'aida à enfiler les autres à l'aide de fil pour en faire des guirlandes.
- Oncle Mu ? demanda l'enfant.
- Oui ?
- Est-ce que tu pourrais m'aider à trouver une carte postale avec un timbre, s'il te plaît ?
- Bien sûr ! Il faut juste qu'on aille en ville pour la carte postale. Tu veux écrire à un ami ?
- Oui, à Shiryu, c'est un grand, il a quitté l'orphelinat il y a deux ans parce qu'il venait d'avoir dix-huit ans. Mais il vient tous les jours me voir, pour m'aider à faire mes devoirs. Quand il était là il me racontait toujours des histoires, quand je faisais un mauvais rêve ou si j'étais triste, il me laissait dormir avec lui. C'est un peu un grand frère pour moi et je voudrai bien lui donner des nouvelles. Je n'ai pas eu le temps de lui dire au revoir... se peina l'enfant.
- J'ai une meilleure idée, on va lui téléphoner !
- Mais je...
- Fais pas ton timide Kilian, on utilise tous le téléphone, même pour l'étranger ! Viens on va dans la bibliothèque, tu seras plus tranquille. Juste une petite chose quand tu as fini, tu voudras bien me le passer s'il te plaît ?
- D'accord ! Je ne serai pas long ! promit l'enfant avec un grand sourire que ressentit Mu.
- Parles autant que tu veux !
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- Camus ? appela Mu.
- Oui ? fit ce dernier levant le nez de ses cours.
- Tu veux bien m'aider à faire une surprise à Kilian ? J'en ai déjà parlé à Shion et il est d'accord.
- A quoi donc ?
- Réserver un billet d'avion pour le grand frère de cœur de Kilian. On pense que ça lui fera du bien d'avoir un visage connu alors qu'il est tout chamboulé par les changements qu'il a subis ces derniers jours.
- Ce n'est pas une mauvaise idée, mais le grand frère en question est-il disponible ?
- Oui, il est étudiant et la boutique où il travaille est fermée pour quinze jours. Donc, il a la possibilité de venir.
Pendant ce temps, Lorcan était dans la chambre en train d'interpréter une histoire de pirates pour Kilian, avant qu'il ne s'endorme. Mais au lieu de le calmer, cela le faisait rire aux éclats.
Shion assis sur un fauteuil à côté du lit de son fils profitait aussi du spectacle.
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La nuit avait finalement enveloppé la maison. Tout le monde s'était endormi du sommeil du juste après cette journée passée en décorations pour les fêtes prochaines. Tout le monde ? Non ? Shion, lui, ne dormait pas. Installé dans son lit, il réfléchissait à cette première journée avec son fils.
Finalement, cela s'était bien mieux passé qu'il ne l'avait imaginé. Kilian semblait avoir pris son parti de la situation et avait été heureux de trouver enfin une famille qui l'accueillait de la sorte. Que ce soit Mu, Lorcan ou même Camus, tous semblaient avoir déjà adopté l'enfant et c'était visiblement réciproque. Dohko était reparti pour ses affaires mais les rejoindrait pour le jour du réveillon. Mu allait bien mieux, Camus était égal à lui-même et de ce côté, Shion avait peu de recul. Restait Lorcan. Le jeune ami de son cadet semblait de plus en plus nostalgique par moment, même s'il le cachait très bien et les paroles de Mu avaient de nouveau ressurgi dans la mémoire de Shion.
Il avait loupé quelque chose d'important, il en était certain. Mais quoi ? Telle était la question qu'il se posait en faisant le tour de sa maisonnée. Parce qu'il était comme ça Shion, il avait besoin de voir les gens autour de lui heureux. L'accident de Mu avait été pour lui un vrai calvaire. Maintenant que son cadet recommence à sourire à la vie était sans doute une des plus magnifiques récompenses de cette fin d'année. L'arrivée inattendue de Kilian était sans aucun doute son plus beau cadeau. Il ne lui restait qu'à découvrir pourquoi Lorcan était si triste par moment.
L'idée de Mu de faire venir l'ami de Kilian était une excellente imitative. Déjà ça lui permettait d'en apprendre un peu plus sur son fils et puis, il pourrait remercier ce jeune homme d'avoir été si présent pour lui alors qu'il était si seul. Dohko, mis au courant du projet, s'était déjà proposé de passer prendre Shiryu à l'aéroport à son arrivée le jour du réveillon quand il reviendrait ici. Donc Kilian ne se douterait de rien jusqu'au dernier moment.
Trop énervé pour dormir, il se leva pour descendre sans bruit à la cuisine. Snow en l'entendant, vint voir se qui se passait, il le rassura d'une caresse. Pris d'une inspiration subite, il poussa la porte de Lorcan et découvrit le jeune homme endormi. La lumière du couloir éclairait juste la tête de lit, il remarqua que les yeux du jeune homme étaient gonflés, comme s'il avait pleuré. Tout aussi discrètement, il quitta la chambre pour ne pas le réveiller, encore plus inquiet que quelques minutes auparavant. Il ne pouvait pas le laisser ainsi pour les fêtes de noël ! Foi de Shion, il découvrirait son secret !
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24 décembre
Shiryu frissonna en descendant sur le tarmac. Le sol avait été dégagé mais la neige s'étendait à perte de vue au-delà des pistes. Il avait sur lui le manteau le plus chaud qu'il possédait mais ça risquait d'être un peu juste. Tant pis, il ferait en sorte que ça aille pour le peu de temps où il serait dehors. Kilian valait bien ce petit sacrifice. Il avait été touché par cette invitation et comme il n'avait personne avec qui passer ces fêtes de fin d'année, hormis les orphelins, il n'avait été long à l'accepter.
Une fois la douane passée, il alluma son portable pour regarder la photo de l'homme qui devait l'attendre. Il finit par le repérer dans la foule assez nombreuse pour un pays du bout du monde. Sa petite valise derrière lui, il vint au-devant de lui :
- Mr Libra ?
- Shiryu ? fit Dohko en posant son regard sur lui pour la première fois.
- Oui. Enchanté de vous rencontrer Mr Libra.
- Moi de même, mais je t'en prie, je suis Dohko et tu peux me tutoyer ! Tu n'as que ça ? demanda-t-il en regardant sa petite valise.
- Oui…
- Viens alors, on va faire un arrêt par un magasin pour t'acheter un manteau digne de ce nom.
- Ce n'est…
- Si, c'est la peine et ne t'inquiète pas, ce sera ton cadeau de noël pour avoir accepté de venir t'enfermer ici pour les fêtes.
- Je n'avais rien de prévu de toute façon et Kilian est un peu comme mon petit frère.
Tout en marchant, Dohko observait le jeune homme. Il avait eu comme un coup au cœur quand il l'avait abordé, quelque chose qu'il n'avait plus ressenti depuis une éternité…
Une heure plus tard, un manteau tout neuf, des bottes fourrées et quelques affaires supplémentaires s'entassèrent tant bien que mal dans la petite valise du jeune homme. Même s'il était affreusement gêné, Shiryu devait reconnaître qu'il était bien plus au chaud avec ces vêtements.
- C'est loin ? demanda-t-il alors qu'ils s'installaient dans la voiture.
- Un peu plus d'une heure, on va avoir tout le temps de faire un peu mieux connaissance, sourit l'homme d'affaire.
Shiryu détourna le regard pour ne pas qu'il le voit rougir. Dohko était tout simplement splendide, qu'un homme comme lui ait simplement envie de mieux le connaître le troublait au plus haut point.
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Dans la maison
- Coucou ! fit Mu en entrant dans le bureau où Shion et Kilian étaient.
Shion vérifiait ses mails pendant que Kilian dessinait non loin de son père.
- Qu'y a-t-il ? s'inquiéta aussitôt Shion.
- Je viens vous inviter à un petit concert ultra privé ! annonça Mu.
- Un concert ? Où ça ? fit Kilian les yeux tout illuminés.
- Dans la salle de musique au premier étage, ça vous dit ?
- On peut y aller ? S'il te plait, s'il te plait !
- Allons-y ! accorda Shion en se levant.
Ils avançaient dans le couloir. Kilian sautillait de joie, Shion, lui, avait un petit sourire mais se demandait bien ce que son frère avait pu inventer. Ils furent introduits dans la pièce par la douce mélodie que jouait Camus au piano. Shion retient une expression de surprise, voyant le guzheng de Mu juste à côté. Ils s'installèrent sur le divan où Lorcan était déjà.
- Tu savais ? lui murmura Shion.
Lorcan secoua négativement la tête, les yeux toujours rivés sur Camus.
Mu lui s'installa et gratta quelques cordes sans que ça ne perturbe le français qui lui aussi changea la donne. Ils jouaient ainsi à tour de rôles.
Ils se mirent ensuite à jouer en concert "River Flows in you" de Yiruma.
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Pendant ce temps, sur la route,
L'heure de route passa plus vite que Shiryu ne l'aurait pensé. Ils parlaient de tout et de rien. Shiryu appris que Dohko était un PDG et ce dernier lui, appris que Shiryu étudiait afin de devenir professeur de mathématiques, que lui aussi était orphelin. On l'avait déposé aux portes de l'orphelinat, à peine né, emmitouflé dans une petite couverture avec un carton où était écris son prénom, sa date de naissance ainsi qu'un seul mot "Pardon". Il avoua aussi à Dohko qu'il gardait ses deux choses précieusement.
- Oh ! fit soudain Shiryu.
- Qu'y a-t-il ? s'inquiéta Dohko. Tu veux que je m'arrête ? Tu as du mal avec les longs trajets en voiture ?
- Non, non rien de tout ça. Merci de t'inquiéter, c'est juste que Kilian avait raison, c'est un vrai décor de carte postale !
Shiryu, les yeux brillants, retourna à la contemplation du paysage.
Arrivés près de la maison, ils durent usés de plusieurs stratagèmes pour entrer sans se faire repérer par Snow à qui rien n'échappait.
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Dans la salle de musique
Le petit concert privé se terminait quand Lorcan eut tout juste le réflexe d'attraper le chien de Mu qui venait d'entendre du bruit.
Shion et Lorcan eurent du mal à retenir leurs larmes tandis que Kilian lui sauta sur ses jambes et applaudit bien fort, vite suivi par les deux adultes.
- C'était super ! Je n'ai jamais rien entendu d'aussi beau ! fit Kilian.
- Merci mon grand ! firent les deux musiciens en cœur.
- Et si on allait au salon prendre le goûter ? Jouer m'a donné un petit creux ! fit Mu.
La petite troupe se mit en route vers le salon sous la pluie de compliment de Kilian. Ce dernier ouvrit ensuite la porte du salon et resta quelques instants interdit.
- Shiryu ! s'écria l'enfant avant de s'élancer dans les bras du jeune homme.
Kilian serrait Shiryu contre lui mais n'arrivait toujours pas à en croire ses yeux.
- Tu es vraiment là ? Mais comment ?
- Grâce à ta famille… ils m'ont gentiment invité et ont payé tout mes frais de voyage.
Kilian jeta un regard vers son père qui rectifia :
- J'ai donné mon accord et payé les frais certes, mais l'idée vient de Mu ! Il a pensé que ça te ferait plaisir d'avoir un visage connu pour noël. Et puis si Shiryu est ton frère de cœur alors, il est de la famille non ?
- Merci, fit l'enfant ému jusqu'aux larmes.
- Bon, on le prend ce goûter ? J'ai faim moi ! s'écria Mu la voix enrouée par l'émotion lui aussi.
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Cette soirée de réveillon s'annonçait bien. Aidé de Dohko, Shion préparait le repas du soir alors que les plus jeunes préparaient la table de fêtes et organisait le déroulement de la soirée. Les deux amis dans la cuisine en profitaient pour discuter tout en confectionnant petits fours, entrées de fruit de mers et petites bûches de noël individuelles à différents parfums. Dohko se débrouillait plutôt bien mais était loin de valoir son ami de toujours qui cuisinait à merveille. Il avait d'ailleurs longtemps travaillé dans un restaurant le soir quand il était encore étudiant alors que son ami et lui n'avaient pas encore les moyens qui étaient les leurs aujourd'hui.
Dans le four dorait un chapon qui serait accompagné de petites pommes de terre et haricots verts en fagots. Pour l'arrivée de Kilian et son premier noël parmi eux ainsi qu'en l'honneur de Camus, Shion avait opté pour de la cuisine à consonance française.
- Il a l'air très gentil ce Shiryu, remarqua Shion en lançant un regard inquisiteur à son ami de toujours.
- Quoi ? s'énerva ce dernier d'être si vite démasqué.
- Rien, j'ai vu ton regard, c'est tout. Un regard que je n'avais plus vu depuis bien longtemps.
- Ouais… ben tu ferais mieux de t'occuper de toi plutôt que de moi !
- Oh… alors j'ai vu juste.
- Je ne sais pas… c'est juste que ça m'a fait un truc à l'aéroport, c'est tout. Et toi alors ?
- Quoi moi ? Je ne vois pas de quoi tu parles…
- Purée ! Mais t'es aveugle ou quoi ?
- Aveugle ? Mu m'a déjà dit un truc du genre… je n'ai pas compris alors et je ne comprends toujours pas ce que je n'ai pas vu.
- Regarde donc plus attentivement autour de toi, c'est tout ce que je peux faire pour t'aider.
- Alors c'est prêt ? demanda Kilian en entrant dans la cuisine. Oh… ça sent drôlement bon !
- Voilà les petits fours ! Je t'aide, fit Dohko en lui tendant un plat tout en le suivant avec deux autres dans le salon qu'ils avaient transformé en salle à manger pour la soirée.
Des cris de joies et d'impatiences accueillirent leur arrivée, Shion se dépêcha de finir ce qu'il avait à faire pour les rejoindre en se disant en lui-même :
Ainsi toi aussi tu avais remarqué Dohko ? Il n'y avait vraiment que moi qui n'avait rien vu alors... Ou plutôt qui n'avait rien voulu voir serait plus exact.
Il soupira en songeant à sa nuit de veille quand Kilian était arrivé ici, quand il avait découvert que Lorcan avait pleuré avant de s'endormir, quand il avait longuement réfléchi dans la cuisine en buvant un thé et qu'il avait commencé à entrevoir ce qui arrivait au jeune suédois... Il ne lui avait pas fallu plus d'une journée pour être quasiment certain qu'il avait raison.
Une heure plus tard, chacun savourait le repas et attendait impatiemment l'arrivée des cadeaux. Comme de tradition, le Père Noël ne passerait pas avant minuit et Shion, même si Kilian ne croyait plus à cette tradition depuis bien longtemps, avait décidé de lui redonner un peu de cette magie qui lui avait été ôté bien trop tôt. Pendant que Mu et Lorcan l'occuperait avec Shiryu et Camus, Dohko et lui installerait les nombreux cadeaux au pied du sapin. Il y en avait un que Shion avait tout particulièrement choisi avec attention cette année et il surveillerait du coin de l'œil celui à qui il était destiné. Un recueil original de toutes les pièces de Molière qu'il avait cherché pendant très longtemps après avoir entendu Lorcan en parler avec passion avec Mu. Il avait fini par en découvrir un exemplaire dans une petite boutique parisienne lors d'un de ses derniers voyages dans la capitale parisienne pour remettre un de ses travaux. Il l'avait alors acheté sans réfléchir plus que cela au prix élevé de l'édition rare et avait décidé de la lui offrir pour une grande occasion. Mais ne l'avait-il pas acheté sans se poser plus de questions parce que lui aussi tenait déjà au jeune homme plus qu'il ne le croyait ? Il espérait bien avoir la réponse ce soir.
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- Lorcan ? appela Mu.
- Oui ?
- Tu as bien ton permis de conduire n'est-ce pas ?
- Au cas où tu l'aurais oublié, mon cher Mu, nous l'avons passé le même jour. Et au cas où tu l'aurais oublié aussi nous avons tous les deux réussi, mais pour faire court oui, j'ai mon permis de conduire.
Tout le monde à table pouffait de rire.
- Pourquoi cette question ? voulut savoir le suédois.
- Et bien Camus m'a raconté, qu'au village, sur la place, ils y avaient installé une patinoire, et j'aimerai beaucoup y aller après manger.
- Bonne idée ! approuva Shion sautant sur l'occasion. Allez-y, Dohko et moi on vous rejoint dès qu'on aura tout mis dans le lave-vaisselle.
- C'est une idée très tentante ! fit l'acteur. Ça vous dit ?
- Oh oui ! Ça a l'air très amusant ! fit Kilian. Tu viens n'est-ce pas Shiryu ? Et toi aussi Camus ?
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Au village
- Tu as eu une merveilleuse idée ! dit soudain Camus alors qu'il tenait Mu contre lui sur la patinoire.
- Merci, je savoure pleinement aussi !
- Shiryu ! Dohko ! vous devez vous embrasser ! fit Kilian.
- Pourquoi ? demanda Mu voulant savoir ce qu'il se passait.
- Ils sont tous les deux sous le gui ! C'est la tradition ! répondit l'enfant.
- On ne peut pas s'opposer à la tradition dans ce cas, approuva Dohko en enlaçant le jeune homme qui souriait de bon cœur. Tu ne m'en voudras pas j'espère, ajouta le PDG à voix basse juste avant de poser ses lèvres sur celles de Shiryu pour un doux et chaste baiser.
Ce dernier se tendit un peu mais finalement trouva la sensation plus qu'agréable.
- Waouh ! cria Kilian en applaudissant.
- Oh mais tu ne vas pas y couper non plus ! s'écria Shiryu en l'attrapant pour lui coller un baiser sonore sur le front sous les éclats de rire.
Ils restèrent à la patinoire pendant plus de deux heures, certain allant par moment se reposer sur les bancs que les organisateurs avaient installés autour. Le seul qui ne quitta jamais la glace fut Lorcan. Il était là dans son élément. Petit, il avait souvent fait du patin comme cela dans son pays et il s'en donnait à cœur joie. Un peu en retrait, Dohko et Shion patinaient côte à côte surveillant Kilian qui ne semblait pas non plus vouloir se lasser s'amusant sans cesse à poursuivre Shiryu, un peu moins doué que lui. Camus et Mu ne se quittaient pas, le français guidait le musicien sur la glace avec une patience infinie.
- C'était un aveu tout à l'heure ? demanda Shion à son vieil ami.
- Qui sait ? sourit Dohko alors que ses yeux suivaient les mouvements du frère de Kilian.
Shion, lui observait Lorcan dont la silhouette élancée semblait danser sur la glace, tant par sa grâce naturelle que par sa maîtrise de la discipline. Ses longs cheveux flottant au vent derrière lui. Il était magnifique.
- Et toi, tu vas te décider ?
- Qui sait ? répondit de la même façon son ami.
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Il était un peu plus de minuit quand ils regagnèrent tous la maison. Dès que les lumières s'allumèrent dans le salon, Kilian cria aussi bien d'étonnement que de joie. Ce n'était pas tant les cadeaux qu'il savait trouver à son retour au pied du sapin mais l'abondance de ceux-ci. Il y en avait partout ! De sa vie, il n'en avait jamais vu autant. Shiryu aussi était tout étonné d'en voir tant, sa vie d'orphelin ne l'ayant pas particulièrement habitué à ce genre de choses.
- Kilian, dit Shion en attrapant son fils, tu vas faire la distribution, tu veux bien ?
- Oui !
- Alors choisi un paquet pour chacun d'entre nous qu'on ait tous un joli cadeau de noël à ouvrir.
Ainsi fit donc l'enfant, il se faufila parmi les paquets colorés et en choisit un pour chacune des personnes présentes dans la pièce. Il en trouva même un pour Snow, ce qui l'amusa beaucoup.
- Ben quoi ? fit Lorcan, c'est noël pour les chiens aussi non ?
Chacun poussait de cris de joie en découvrant ce que contenait le paquet et Kilian se prit au jeu en continuant à distribuer les paquets colorés à chacun.
Shiryu découvrit en ouvrant l'un des siens à sa plus grande surprise, un tout nouvel équipement de kendo qu'il rêvait de pouvoir s'offrir. Il leva les yeux, étonné, croisant le regard malicieux de Kilian qui avait dû révéler à ses hôtes qu'il pratiquait ce sport. Il trouva la carte de Dohko glissée dans le paquet et regarda ce dernier qui déballait un petit paquet contenant une montre dernier cri d'un grand designer. Leurs regards se croisèrent un instant, Shiryu sourit de tout son cœur à l'homme d'affaire.
Mu trouva des nouvelles partitions en braille ainsi que des livres également en braille que Camus avait choisi avec beaucoup de soin pour lui.
Shion découvrit un recueil d'un très vieux langage quasiment introuvable à ce jour mais que son plus vieil ami avait su dénicher pour lui.
Camus trouva lui, une tablette/ordinateur dernier cri qui lui serait très utiles dans ses études.
Kilian, lui, s'extasiait à chaque nouveau paquet, outre les jouets, le livres, les vêtements, il découvrit une gourmette portant son prénom de la part de son papa qu'il alla embrasser avec émotion.
C'était comme un jeu, chaque cadeau donnait lieu à de nombreuses manifestations de joie et tout le monde était heureux d'être là ce soir.
Quand il prit le paquet qu'il avait choisi pour Lorcan, Shion le regarda le déballer en retenant presque son souffle. Le suédois ouvrit la bouche de surprise mais aucun son n'en sortit. La carte que Shion avait mise avec glissa alors et il l'attrapa pour la lire. Aussitôt après ses yeux cherchèrent ceux de Shion qui lui sourit et bougea les lèvres pour articuler « Joyeux Noël à toi ».
Lorcan ne lâcha pas une seconde le recueil, il le regardait souvent, n'osant croire que cette petite perle était à lui. N'y tenant plus il se leva et se posta devant Shion avant de le prendre dans ses bras et le serrer fort contre lui.
- Merci infiniment ! Merci, merci, merci... susurra-t-il à l'oreille de celui qui le lui avait offert.
Camus déballa lui aussi un de ses cadeaux et découvrit une feuille de partition mais celle-ci était vide.
- Mu ?
- Oui ? fit ce dernier avec un grand sourire.
- Je te remercie pour cette magnifique feuille de partition blanche ! Je vais devoir me mettre à la composition...
Mu éclata de rire, il s'attendait à une réaction de ce genre de la part du français.
-Ne sois pas bête Camus, ce n'est que la partie visible, pour toi, de ton cadeau.
-Partie... C'est à ce moment précis que Camus compris. Il passa ses doigts sur la feuille et sous sa pulpe, il sentit les notes. Il fit glisser ses doigts tout en haut et découvrit le titre : "Moonlight sonata" de Beethoven.
Le français ne comprenait pas vraiment, mais Mu se mit au petit piano droit qu'il y avait dans la pièce. Le musicien se mit en place et tâtonna un peu avant de trouver ses marques et commença à jouer. Il ne fallut pas plus de quelques notes pour que les larmes montent aux yeux de Camus. C'était une chanson que sa mère jouait souvent, rien que pour lui. C'était sa chanson magique, celle qui le faisait dormir, celle qui le faisait sentir mieux quand il était malade, celle qui faisait passer les gros chagrins, celle qui le rendait heureux, celle avec qui il apprit à jouer du piano. C'était la chanson qui le raccrochait à tous les plus beaux souvenirs qu'il avait avec sa mère. Mu s'arrêta et prit Camus dans ses bras. Lui, il avait entendu les larmes silencieuses de Camus.
- De cette façon tu pourras la jouer quand tu veux et personne ne pourra deviner ce qu'il y a dessus, expliqua Mu
- Comment tu as fait pour deviner ?
- Il y a certains moments où tu fredonnes tout bas.
Camus fronça les sourcils, il ne savait pas qu'il faisait ce genre de chose. Lorcan voyant Camus tout perdu vient à son aide.
- Foutu musicien à l'oreille absolue ! Marmonnez trois ou quatre notes et il sait quelle chanson c'est !
- C'est vrai ? demanda Kilian.
- Met-moi au défi ! proposa Mu.
Pendant un peu plus d'une heure, ils jouèrent ainsi, chacun leur tour mettant au défi Mu, qui ne se trompa que deux fois.
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Shion finissait de ranger le salon maintenant silencieux. Il était très tard, ou très tôt pour être plus exact et tout le monde avait fini par regagner son lit après cette soirée de réveillon qui s'était passée pour le mieux.
Lui aussi aurait dû être au lit, mais il n'était pas arrivé à s'endormir. Pas qu'il angoissait pour quoi que soit, non, Kilian semblait avoir adopté tout le monde, Mu était heureux, Camus et lui partageaient des moments qu'ils n'oublieraient pas de sitôt. Même Dohko s'était rapproché de Shiryu qui avait l'air tout aussi incrédule que ravi de se voir aussi entouré d'attentions par l'homme d'affaire qu'était son ami. Bref, tout allait pour le mieux sauf qu'il n'avait pas réussi à parler à Lorcan. Il n'en avait pas eu vraiment l'occasion tout d'abord et puis le jeune homme semblait si heureux ce soir… avait-il finalement tout imaginé ? Si c'était le cas alors c'était peut-être mieux ainsi parce qu'il n'avait cessé de réfléchir à l'éventualité d'une quelconque relation entre Lorcan et lui et cela n'avait pas été aussi concluant qu'il l'avait souhaité.
Il soupira en lançant le lave-vaisselle et mit de l'eau à chauffer, en repensant à tous ces signes qu'il avait vus. Ou crut voir…
- Tu n'dors pas encore ?
Il se retourna pour découvrir l'objet de ses pensées sur le pas de la porte de la cuisine bien éveillé lui aussi.
- Et je ne suis pas le seul visiblement. Tu veux un thé ? Je m'en faisais un justement.
- Oui, je veux bien… insomnie ? demanda le suédois en prenant place à la table.
- Contrariété plutôt et toi ?
- Insomnie.
- Ça t'arrive souvent en ce moment non ? C'est à cause de moi ? fit Shion en posant sa tasse de thé devant lui en décidant de jouer franc jeu.
- Com… comment ça à cause de toi ? hésita Lorcan.
- A cause de ce que tu ressens pour moi ?
- Je…
- Je ne suis pas aveugle comme veulent bien le croire Mu, ou même Dohko. J'ai remarqué ta tristesse et c'est vrai que je n'ai compris de suite. Mais peut-être aussi ne voulais-je pas croire que tu étais si sérieux avec ça. Bref, peu à peu, moi aussi je me suis beaucoup attaché à toi mais je ne me sentais pas le droit d'avoir ce genre de sentiments pour toi. Tu es avant tout l'ami le plus cher de Mu, imagine qu'on se dispute tous le deux… et Mu dans tout ça, il a déjà tant souffert. Je t'aime beaucoup Lorcan et même plus que cela… j'en suis certain aujourd'hui. Mais je ne veux pas que Mu, et maintenant Kilian aient à souffrir de mes choix. Tu es jeune, ce n'est peut-être qu'une passade pour toi, un sentiment qui s'éteindra quand tu auras retrouvé ta vie. Et moi alors, que deviendrais-je ? Mu te comprendras j'en suis certain. Moi je finirais par m'en remettre un jour, mais Kilian ? Il a déjà perdu sa mère… Je ne me sens pas le droit de lui imposer un tel risque tu comprends ?
Lorcan ouvrit la bouche mais Shion posa son doigt dessus pour le faire taire.
- Non, dit-il en se levant tout en l'enlaçant par derrière tendrement et posant sa tête contre la sienne. Ne répond pas de suite. Réfléchis à tout ce que je viens de dire. Je ne suis pas le meilleur parti pour toi, j'ai un enfant, un petit frère hautement talentueux mais tout aussi hautement capricieux avec un travail exigeant et que j'aime. Toi, tu es jeune, en pleine ascension sans oublier que tu es magnifiquement beau. Alors oui, je t'aime plus que je ne le devrais. Oui, j'aimerais pouvoir te dire que notre vie à deux sera des plus heureuses mais je ne le puis… pas avec Mu. Pas avec Kilian. Et ils ont tous deux besoin de moi.
Quand il se tut, Lorcan tourna sa tête vers lui. Shion lui souriait presque tristement et tout doucement ses lèvres vinrent caresser les siennes pour un chaste baiser.
- Bonne nuit Lorcan… murmura Shion en quittant la cuisine les larmes aux yeux.
Il savait qu'il allait lui faire de la peine mais à quoi bon commencer cette relation si elle n'avait aucune chance de réussite ? Lorcan était encore jeune, il s'en remettrait. Pour lui par contre, ce serait tout autre chose…
Lorcan lui était dans tous ses états. Mais il savait une chose, c'est que s'il le laissait partir maintenant il le perdait à tout jamais. Et ça pour le suédois c'était hors de question.
Il rattrapa Shion avant que celui-ci ne passe la porte de la cuisine, Lorcan le bloqua de son corps contre le battant en bois ne laissant aucune échappatoire au tibétain et planta son regard dans celui de Shion.
-Tu te cherches des excuses Shion, annonça simplement Lorcan. L'accident de Mu, l'arrivée de Kilian, ton boulot, ... Je suis conscient de tout ça, et ça ne me fait pas peur.
Des disputes, nous en aurons sûrement. Comme tout le monde, ton frère sait faire la part des choses, dans le pire des cas, si ça ne collait pas entre nous, il ne nous perdrait pas. Il est mon meilleur ami pour la vie et bien au-delà. Je reconnais que pour Kilian ça va être plus délicat, donc, on se montrera très discret pour le moment.
Ton boulot, tout comme le mien, sont des plaies ! Ils nous prennent beaucoup de temps mais nous aimons ce que nous faisons et nous nous en accommoderons comme la plupart des gens. Tu n'es pas qu'une passade Shion. Jamais ! Tu es trop important pour moi pour que je te laisse filer de la sorte. Je t'aime Shion, je t'aime vraiment !
Sur ce il l'embrassa fougueusement.
A suivre…
