Dehors la tempête gronde. Des éclairs zèbrent le ciel et l'on peut voir par les fenêtres des torrents d'eau s'abattre sur la ville. Dans la cheminé, les flemmes des petites bougies dansent, leurs ombres mouvantes se reflétant dans la pièce.

Les restes d'une pizza se trouvent sur la petite table basse devant le canapé. Un classeur jaune grand ouvert est posé à côté. Les feuilles sont remplies d'une jolie écriture fluide par ce qui semble être des cours de droit.

Blottie dans un plaid sur le canapé, Laurel somnole à moitié, une tasse de thé à la main et une feuille de cours dans l'autre. Elle papillonne doucement de yeux pour tenter de rester éveillée. La jeune femme relit pour la quatrième fois la même phrase sans pour autant la comprendre.

Laurel étouffe un bâillement et reprend une gorge de thé. La fatigue la gagne de plus en plus mais elle ne veut pas y céder.

Elle a trop peur. Trop peur de ce qu'elle pourrait voir dans ses rêves. Cela fait maintenant quatre ans que les événements se sont déroulés.

Mais, toujours à l'approche de cette sombre date, ses nuits sont entrecoupées de rêves et cauchemars atroces. Alors, la seule technique qu'elle a trouvé pour palier à cela est de ne pas dormir.

L'année précédente, cela avait plutôt bien fonctionné si l'on oublie sa fatigue les jour suivant en cours. L'étudiante en droit à donc décidé de réitérer son idée. Un bâillement lui échappe. Laurel soupire en basculant sa tête en arrière contre le dossier du fauteuil et en laissant sont corps s'enfoncer un peu plus dans les cousins de son canapé.

Ne pas s'endormir.

Elle se redresse d'un coup en étirant ses épaules vers l'arrière, comme si cette action pouvait chasser sa fatigue. Laurel inspire profondément, laissant ses yeux balayer la pièce du regard. Ils s'arrêtent soudainement sur l'un des ses nombreux cadres photo posés sur la petite table.

Elle ferme fortement les yeux et se mord la lèvre inférieure pour tenter d'endiguer les larmes qui lui montent aux yeux au souvenir de cette journée, au souvenir des personnes immortalisées sur ce petit bout de papier.

Laurel se souvient de cette journée et elle s'en souviendrait toujours comme si c'était hier.

Au début elle n'était pas vraiment partante, mais Oliver et Sara avait su la convaincre. Tommy aussi était de la partie et tous les quatre, ils avaient passés une journée mémorable. Tommy et Ollie les avaient bien entendu fait rire avec leurs blagues et leurs idioties à tout bout de champs. Et puis, Laurel avait même pu passer un moment rien qu'avec sa sœur, Sara. Avec ses cours à la fac, les deux sœurs n'avaient pas beaucoup de moments juste à elles. Laurel avait été tellement heureuse d'avoir accepté de venir.

Cette journée avait sûrement été la dernière qu'ils passaient tous les quatre comme ça, heureux et insouciants des malheurs du monde.

Peu de temps après, Oliver, son petit, avait emmené Sara, sa petite sœur, sur le bateau de son père, le Queen Gambit. Bien sûr, aucun des deux ne lui avait dit que Sara montait sur ce foutu bateau avec son putain de petit-ami !

Sa sœur avec son petit-ami.

Elle avait mis du temps à le réaliser après les événements. En même temps qui pourrait penser que son petit-petit-ami pouvait vous tromper avec votre propre sœur ? Personne !

En tout cas, sa sœur était monté sur ce bateau avec Oliver Queen sur les quais des Starling City. Et elle n'en était jamais redescendue.

Laurel se souvenait parfaitement du moment où elle avait appris que le yacht de la famille Queen avait coulé, apportant avec lui dans la mort tous ses passagers.

Elle était rentrée depuis une heure un peu près de sa longue et éreintante journée de cours à la fac de droit où elle étudiait. Sa mère n'était pas encore là, elle était donc seule avec son père, Quentin. Ils finissaient de faire la vaisselle tout en discutant joyeusement. Le petit poste télé était allumé mais le son n'était pas mis trop fort, juste assez fort si on prenait la peine d'écouter.

Et puis d'un coup, Laurel s'était figée. La plat qu'elle était en train d'essuyer lui glissa des mains pour venir se fracasser au sol dans un bruit qui alerta de suite son père.

La nouvelle était tombée d'un coup, sans prévenir.

Le Queen Gambit, le bateau sur lequel son petit-ami se trouvait -à ce moment là, elle ne savait pas encore que sa sœur y était- valait de faire naufrage.

Personne n'a encore été retrouvé. Avait annoncé la journaliste dans le petit poste télé.

Oui.

Oui, c'est à ce moment là exactement que la vie de Laurel s'est effondrée, qu'elle a été anéantie.

Quelques jours plus tard, elle avait appris que sa sœur, Sara, sa petite sœur adorée, était aussi sur ce bateau, qu'elle aussi faisait parti des disparus… Cela l'avait anéantie un peu plus qu'elle ne l'était déjà.

Ce n'était pas possible ! Non !

Et maintenant cela faisait quatre ans. Quatre ans qu'une partie de sa vie a été réduite en poussières.

Quatre ans qu'elle tente par tous les moyens de garder la tête hors de l'eau.

Quatre ans qu'elle sombre toujours un peu plus.

Quatre ans qu'elle essaye de garder son père avec elle, lui qui tombe chaque jour un peu plus dans la bouteille depuis qu'on lui a annoncé que ça fille ne reviendrait pas.

Quatre ans.

Quatre ans qu'elle est a bout de souffle.

Alors elle craque.

Sa tasse, vide depuis longtemps maintenant, tombe mollement sur le cousin de son canapé. Dans ce qui semble être un élan de rage pour retenir ses larmes, elle froisse avec force sa feuille et jette cette petite boule de papier sur la table.

Laurel porte sa main à sa bouche pour étouffer le sanglot qui lui vient. Ses épaules tremblent de plus en plus et sa respiration se fait laborieuse. Son visage est tordu par la douleur et la peine incommensurable qu'elle ressent.

Et puis le silence de son salon est rompu par un sanglot bientôt suivi par un autre, et encore un…

Toute ses barrières tombent et elle se retrouve là, assise dans ce canapé dans son appartement à une heure tardive de la nuit à pleurer.

Gémir.

Sangloter.

Crier.

Hurler sa peine.

Cette peine immense qui la bouffe depuis des années.

Cette peine d'avoir perdu son petit-ami et sa petite sœur.

Cette peine d'être en train de perdre son père.

Cette peine d'être en train de se perdre elle-même.

Voili voilouuuu

Première FF que je poste sur ce site après en avoir lu encore et encore :)

Petit Os qui m'est venu lors d'une nuit d'orage...