Bonnnnnnnsoiirrrrrr. Bienvenue. Ceci est un OS tiré d'un fanart que j'ai crayonné vite fait et j'ai eu envie d'en faire un écrit :) Alors bonne lecture.


La nuit était tombée depuis quelques heures et le ciel sombre n'affichait aucune étoile, masquées par les nuages omniprésents. Malgré le froid mordant d'un hiver bien en place, les rues étaient plutôt animées. Normal, soir de jour de congé pour la plupart des badauds, ils profitaient de cette courte liberté offerte pour batifoler à travers les animations de la ville enluminée. De jeunes femmes riaient aux éclats devant un stand tenu par un homme de la quarantaine, résolu à participer à cette liesse tardive. Ce n'était d'ailleurs pas le seul, nombreux étaient les commerçants qui avaient établi un stand devant leur boutique, créant ainsi des allées droites mais légèrement désordonnées, ce qui fait tout de même le charme de ces moments de fête commune.

Parmi les gentlemen et les ladies parés de costumes et robes de sorties, un homme foulait les pavés de la ville de lumière. Il marchait plus vite que la moyenne des autres passants mais ne se pressait pas. Sa démarche était droite mais nonchalante, passant d'un stand à un autre, s'intéressant sans vraiment s'intéresser. Plusieurs femmes se retournaient à son passage, n'ayant le temps d'admirer que ses fines boucles brunes ainsi que son dos vêtu d'un long manteau plutôt chaud, indispensable en ce temps plus que frais. Il croisa son regard avec un autre groupe de demoiselles. Il leur offrit un sourire charmeur avant de passer à côté d'elles et de continuer son chemin, ce qui eut comme conséquence de faire glousser la petite tribu.

Sa déambulation s'allongeait de plus en plus. Cela faisait peut être deux heures qu'il vagabondait à travers les rues plus ou moins étroites de sa commune. Ces rues ne désemplissaient pas mais son public avait changé. La barre des 23 heures était passée, elle accueillait à présent les artistes de nuit se rendant à leur lieu de représentation, les grands hommes qui se réunissaient dans un appartement chic pour refaire le monde, les dames d'un certain âge profitant de leur liberté récemment acquise pour profiter simplement d'une ambiance qu'elles ne connaissaient pas encore très bien, et autres jeunes couples fraîchement formés. Lui se promenait simplement. Il n'avait pas vraiment de destination, il espérait simplement tomber sur quelque chose de divertissant durant sa balade nocturne. Peut être finirait-il dans un bar simple, peu occupé mais calme et proposant de la bonne musique. Ou peut être bien dans un cabaret où il pourrait trouver une jeune femme avec qui passer la nuit, accompagné de verres d'alcool multiples et peu chers. L'hypothèse de rentrer bredouille était également envisagée mais il n'était pas là pour ne rien faire. Quitte à sortir, autant changer ses habitudes.

Finalement il ne changea pas de ses habitudes. Ses pas le menèrent jusqu'à la petite entrée d'un théâtre. Enfin "théâtre", l'entrée reculée évoquait plus un bar clandestin qu'un lieu dédié à la poésie tragique et comique mais cela ne le fit pas reculer. Il s'engagea à travers l'encadrure éclairée par de faibles lanternes et descendit quelques marches pour arriver dans une salle souterraine qu'il pensait sur le coup, beaucoup plus petite et moins bondée. Il y avait des tables par ci par là occupées par des spectateurs regardant la prestation actuelle. Ils discutaient entre deux répliques et sirotaient des boissons venants tout droit du petit bar basé au coin de la pièce. Le grand brun se posa contre le mur près de l'entrée et porta son attention sur la scène surélevée en bois, éclairée par de fortes lumières permettant de mettre en valeur les deux comédiens présents sur scène. Un homme et une femme à première vue.

-"Que puis-je faire pour vous convaincre?"

-"Vous n'avez rien à faire, le choix me revient. Restez ici en ce lieu couvert et protégé, c'est là votre seul droit".

Le nouvel arrivant se prit vite à la scène, tentant de prendre le récit en cours de route. Il passa son regard noisette sur les deux protagonistes ainsi que sur les décors simples mais n'ayant manifestement pas besoin de plus de détails. Il détailla l'homme debout, affublé d'un costume rappelant certaines tenues nobles occidentales du siècle dernier. Un grand brun bien bâtit, aux cheveux courts noirs et à la barbe chargée. Il portait une épée à la ceinture et arborait une attitude ambiguë envers le deuxième comédien, ou plutôt comédienne. Il s'adressait de haut à une femme assise sur un amas de draps paraissant luxueux. Elle était vêtue telles les femmes asiatiques tout à l'est du monde. Le spectateur connaissait bien ce genre de style, après tout il venait de là bas. La belle comédienne arborait un yukata de valeur, de couleurs chaudes et agrémenté de parures fines, relevant une peau clair sans imperfections. Ces couleurs chatoyantes allaient à la perfection avec ses cheveux roux qui encadraient son visage de manière incisive, donnant l'impression qu'elle était emprisonnée par son propre être. Elle était vraiment magnifique. Ce qui finit de brusquer le brun, ce fut la vision de ces yeux bleus lagons, en tout cas c'est ce qu'il perçut sous cette lumière vive. La beauté de cette femme l'eblouissait vraiment, lui qui était si difficile à déstabiliser à l'accoutumée.

-"Vous savez que je peux vous être d'une aide précieuse. Je saurai convaincre vos ennemis de vous céder leurs droits".

-"Ce n'est pas suffisant, je ne peux pas me permettre de vous emmener avec moi dans cette guerre immonde. Vous ne méritez pas d'être salie comme cela".

-"Si vous saviez à quelle point cela a déjà était fait... Alors quoi? Vous allez laisser vos hommes mourir? Vous aller les laisser partir au combat, s'engageant vers une mort certaine contre d'autres hommes tous aussi malheureux de devoir user de leur dextérité pour exécuter? Ma vie vaut-elle ce prix là? Vaut-elle le prix de 100 000 hommes armés, doués et prêts au combat et qui ont pour la plupart une famille qui tient à eux? Vaut-elle ce prix là ?!"

Son ton s'était haussé. Elle était toujours à genoux, dans des draps nobles et propres, aux pieds de cette homme qu'elle désirait aider plus que tout. Elle était clairement en position de soumission et pourtant, elle avait l'air infiniment plus digne et forte que lui. Ce dernier justement, s'accroupit à hauteur de la demoiselle et la prit doucement dans ses bras, comme si elle était sur le point de se briser. Le brun fut soufflé de voir qu'un jeu d'acteur qui n'avait pourtant rien de décadent, d'original, le portait si loin. Il était juste époustouflé par cette personne. Le comédien se détacha de ce petit corps et se releva. Il détacha une des plumes de son chapeau militaire et la plaça sans un mot dans la paume de main de la jeune femme. Il se retourna alors et s'éloigna. Il prononça avant de partir pour de bon ses dernières paroles avant un long moment.

-"Oui... Votre vie vaut toutes celles du monde à mes yeux, voilà pourquoi je préfère perdre cette guerre que de risquer de vous perdre vous. Je vous offre une part de moi et de cet affrontement dérisoire. Je pars aujourd'hui en égoïste, espérant revenir assez fier pour un jour vous faire face à nouveau. Ce n'est qu'un au revoir, my lady..."

Puis il partit hors champ, délaissant sa bien aimée à son sort. Et le rideau bordeaux tomba sur les planches sombres. Spectateurs et spectatrices applaudirent suite à cette fin de scène poignante. Le grand brun mit un temps à sortir de cette bulle théâtrale. Il applaudit à la suite des autres avec tout de même un petit laps de retard. Il avait un peu de mal à revenir à la réalité après cette prestation. La lumière était revenue dans la salle et les personnes par-ci par-là se remirent à discuter, certaines de ce qu'elles venaient de voir, d'autres d'anecdotes brèves. D'autres encore se rapprochèrent du bar pour recommander quelque chose. Il les suivit vers le temple de l'alcool et s'installa sur un des tabourets qui offraient toujours une vision parfaite sur la scène puis commanda un verre de whisky. Le barman ne tarda pas pour lui apporter son dû, et alors qu'il entamait doucement son verre, une présence se fit sentir à ses côtés. Le brun le reconnu brièvement, il était debout non loin de lui quand il observait la représentation. Il prit alors la parole.

-"J'ai vu votre réaction lors de la prestation, c'est votre première fois ici?"

-"Oui je n'étais jamais venu, je ne savais même pas que ce lieu existait. Je suis heureux d'avoir eu tord".

Cela fit rire l'autre homme. Un léger silence s'installa entre les deux mais ce fut le grand brun qui reprit.

-"Cette femme... Elle était éblouissante, qui est-elle?"

Son vis à vis parut dubitatif. Il réfléchit un mince instant ce qui interrogea également le premier qui se demanda s'il n'avait pas dit quelque chose de travers.

-"Vous devez parler de Monsieur Nakahara, la "belle rousse" comme vous avez dû vous dire".

Le brun fut alors naturellement surpris et baissa la tête, souriant tout de même face à sa bourde légendaire.

-"Vous m'envoyez désolé, j'étais pourtant certain de mes avances, ses traits sont si féminins, enfin dans ce rôle là tout du moins, c'est très perturbant".

-"Ne vous excusez pas, Nakahara est très connu pour ses rôles androgynes en plus de son jeu d'acteur impeccable. Il profite de cette versatilité pour jouer un maximum de rôle et tester plein de jeux différents, c'est un vrai artiste".

-"Je n'en doute pas. Il joue souvent ici?"

-"Plutôt oui. Cela fait quelques années qu'il performe ici. Il fait parti d'une troupe qui joue dans de nombreuses villes autour d'ici mais ce coin est un de leurs préférés. C'est un endroit un peu caché et connu des initiés, ils savent qu'ils peuvent jouer ici ce qui ne passe pas avec la société".

-"Il vient également de l'étranger non? Son nom ne sonne pas vraiment anglais".

-"En effet, il vient du Japon à ce qu'on raconte. Il serait venu ici pour des études de théâtre. Enfin ce ne sont que les spéculations qui courent ici vous savez, une tonne de comédiens passent ici par mois et chacun a droit à son lot de rumeurs plus ou moins farfelues".

Le brun acquiesça en silence et un nouveau silence tomba. Chacun buvait son verre, reposant quelques fois son regard sur la salle animée. Le deuxième homme allait s'éloigner, ayant fini sa collation mais le brun l'interpella juste avant.

-"Dites moi à tout hasard, y aurait-il un moyen d'aller parler à Monsieur Nakahara?"

L'habitué afficha une mine surprise puis lui offrit un sourire désolé.

-"Il doit être actuellement dans les loges mais un des hommes de salle garde l'accès pour ne pas que les comédiens soient dérangés".

Il s'éloigna à la suite après un signe de main. Le brun reporta son attention sur son verre de whisky quasi fini. Il avala d'une traite ce qui lui restait et se leva de sa place après avoir déposé un billet sur le comptoir. Il allait parler à ce Nakahara, très vite.

Finalement ce n'était pas bien compliqué de passer, l'homme était plutôt frivole à son poste, allant parler à n'importe quelle belle femme qui passait près de lui, se contentant de glisser quelques regards pour vérifier que personne n'entrait par la porte qu'il était censé garder. Facile de passer à travers. Grâce à ça, le brun eût finalement accès aux couloirs des loges, scrutant à présent le nom recherché. Il n'eût pas vraiment de mal à trouver vu qu'il n'y avait que quelques salles dans cette branche du large sous sol. Il se posa devant la porte du comédien et frappa deux fois. Après quelques secondes, une fois ferme lui intima d'entrer. Il s'exécuta, poussant la porte en bois et entrant sans ménage dans la petite pièce. Avant de détailler l'architecture de la pièce, il n'eût que de choix de reporter son attention sur le rouquin assis devant son miroir, ôtant parures et maquillage qu'il portait lors de la représentation. Il était encore vêtu de son Yukata clair, accordé avec ses cheveux flamboyants. Il ne l'avait pas encore remarqué alors le grand brun s'avança en diagonale de lui où était présent un lit ainsi qu'une bibliothèque de l'autre côté. Il remarqua également une porte entrouverte qui devait mener à une mince salle d'eau servant à se rafraîchir.

Nakahara releva son regard de ses occupations et par le biais du miroir, vit l'intrus qui scannait calmement la bibliothèque fournie. Il paniqua vite, posa ses outils et affaires et se retourna vers l'étranger.

-"Je peux savoir qui vous êtes?!"

Le concerné se tourna vers sa convoitise et lui offrit un petit sourire.

-"Je suis un nouveau fan".

-"C'est fort aimable de votre part mais cette loge est pour ce soir à moi et relève de la sphère privée, je vais devoir vous demander de partir".

-"Celui qui s'occupe de monter la garde devant vos quartiers n'est pas vraiment compétent si je puis me permettre".

-"Je vous demande pardon?!"

-"Je dis juste que si j'étais vous, je ne me sentirais pas en sécurité. Après tout, si un individu tel que moi a réussi à passer, c'est que c'est une véritable passoire votre homme!"

-"Non mais je rêve! Vous vous permettez de rentrer ici sans permission de personne et même d'être passé en catimini et vous osez en plus vous moquer de lui?"

-"Je ne fais qu'évoquer des faits".

-"Là n'est pas le problème".

Le silence suivit cette réplique, englobant les deux qui se dévisageait sagement. Le brun était debout souriant, l'autre assis et plutôt énervé. Ce dernier ne savait pas quoi dire. Il était certain que peut importe ce qu'il disait, l'autre resterait et trouverait un moyen de revenir, pour sûr. Il s'apprêtait à répliquer plus doucement quand il se coupa de lui en même en voyant le brun s'approcher, s'asseyant en face de lui, au bord du lit. Il releva son regard noisette vers lui et Nakahara en fut perturbé.

-"Votre prestation m'a vraiment touchée vous savez, et pourtant j'ai l'habitude de tomber par hasard sur des bars théâtres étonnants et poétiques mais la vision que j'ai eu de vous en arrivant n'a pas de prix. C'est comme si je revoyais mon enfance et ses coutumes sous mes yeux mais avec la sagesse et l'expérience que j'ai maintenant. Mais il n'y avait pas que ça. C'est très bateau de dire ça j'en suis conscient, mais votre beauté m'a époustouflée. Pour dire, je vous ai même pris pour une belle et fraîche jeune femme au début", rigola t-il. Il laissa une petite pause, reposant ses yeux autres part qu'à travers ceux ceruléens du beau rouquin. "J'ai dû avoir l'air bien rustre à accourir dans votre loge sans demande préalable, et je m'en excuse, mais je voulais vraiment vous remercier de votre présence ici ce soir alors que j'y passait également."

La tirade laissa Nakahara sans voix. Il observait à présent le brun, l'air toujours vague et absent. Ce dernier se releva du bord du lit sous le mutisme de l'autre et s'apprêtait à se diriger vers la porte de la chambre mais le rouquin l'interrompit.

-"Comment vous appelez vous?"

Le grand brun parut surpris d'une telle demande après des paroles et un ton virulent mais justifié. Il se retourna tout de même et offrit son sourire le plus franc au beau jeune homme.

-"Osamu Dazai".

-"Ce n'est pas un nom d'ici".

-"Non en effet. Le vôtre non plus à priori. Je ne connais pas votre nom entier d'ailleurs, je n'ai pas eu l'occasion d'en savoir plus à votre sujet à l'extérieur".

-"Ne dites pas cela, on pourrait vous prendre pour un dégénéré".

-"Soit".

Dazai fixait à présent doucement le rouquin, attendant qu'il lui intime plus de libertés. Celui ci se retourna brièvement, rangeant son matériel et autres choses éparses se trouvant sur son petit bureau, dans un tiroir adjacent. Il se leva, repositionnant correctement son Yukata sur ses épaules partiellement dénudées et s'adressa au personnage désormais identifié.

-"Chūya, je m'appelle Nakahara Chūya".

Une présentation brève mais claire. L'intrus ne réagit pas tout de suite, se contentant de regarder simplement le comédien. Ce fut ce dernier qui continua, allant se poser près de la grande fenêtre que possédait la petite chambre.

-"Pourquoi ne resteriez vous pas un peu ici? C'était ma dernière prestation pour cette nuit et je n'ai rien demain matin, nous pourrions discuter un peu, qu'est ce que vous en dites?"

Dazai fut surpris d'une telle demande, il accepta cependant. Pourquoi refuserait-il alors que c'était la raison pour laquelle il était venu?

-"Je ne vais pas dire non, c'est la raison de ma présence ici après tout".

Il rejoint le comédien à la fenêtre préalablement ouverte et tous deux s'engagèrent sur le petit balcon. La vue qui s'offrait à eux était modeste, ils étaient au bord d'un minuscule jardin d'intérieur, enclavé de bâtiments sombres et vétustes. Après réflexion, il se rappela qu'ils étaient censés être en sous sol et qu'il était donc normal qu'ils n'aient pas une vue étendue sur les rues enluminées. Malgré cela le jardin était loin d'être glauque. Plusieurs guirlandes étaient accrochées d'arbres en arbres, quelques parterres de fleurs offraient des couleurs chatoyantes au lieu et un banc trouvait naturellement sa place au milieu de tout ça. Ce jardin devait appartenir à une des maisons adjacentes.

-"Comment trouvez vous ce lieu?"

La voix de Chūya le sortit de ses pensées et il reporta son attention sur le petit roux qui commençait à sortir un long boîtier d'une de ses manches larges.

-"Le théâtre ou ce jardin?"

-"Les deux".

-"C'est la première fois que je venais ici et que j'assistais à une performance. À vrai dire je pensais qu'il y avait moins de monde, que ce serait plus entre habitués. En fin de compte il n'y a que des habitués mais il y en a beaucoup, c'est plutôt agréable, on sent que c'est une autre atmosphère, d'initiés".

-"C'est ce que j'aime également. On n'est pas exposé aux critiques globales et basées sur des références dépassées. On peut se permettre de proposer des pièces qui sortent de l'ordinaire ou même des totalement classiques que l'on fait par pur plaisir mais qui serait détruites par des badauds trop critiques pour ce qu'ils savent".

-"C'est un mode de pensée qui se justifie. On m'a dit que vous performiez ici depuis quelques années, vous devez y avoir vos marques depuis le temps".

-"En effet, j'habitais avant au Japon mais je suis venu en Europe pour développer mes connaissances sur le milieu du théâtre et passer mes études ici. J'aime énormément cette ville, on y trouve tout ce que l'on souhaite peut importe ce que l'on veut ou ce que l'on ressent. Ce jardin en est un parfait exemple. Il est au milieu de rien, de bâtiments tous plus abîmés les uns que les autres et pourtant quelqu'un y a dressé des décorations et y a instauré un vrai petit paradis. C'est un véritable apaisement de venir ici après une prestation".

Le brun buvait les paroles de son interlocuteur, ne détachant à aucun moment son regard de l'autre. Les faibles lumières du jardin devant eux et de la chambre derrière, lui offrait un contraste fantastique qui le dissimulait en ce temps si sombre. Pourtant, il dégageait une telle clarté que Dazai aurait pu jurer que même aveugle, il aurait aperçu le beau rouquin. Cette pensée le fit vomir de candeur et il décida de détourner son regard de sa convoitise.

-"Et vous, que faites vous ici? En Angleterre je parle".

-"J'étais venu pour études également, et finalement je ne suis jamais reparti. C'est une ville très agréable et elle m'offre tout ce dont j'ai envie. Je ne ressens pas vraiment le besoin de rentrer dans mon pays, et puis ici ils ont de très bons théâtres de ce que j'ai pu voir".

Il ponctua sa phrase d'un franc sourire ce qui fit légèrement rougir le petit Chūya. Celui ci posa son long boîtier sur la rembarde et s'apprêta à rentrer dans la chambre.

-"Un verre d'alcool vous tenterait-il? Il est tard et la saison n'est pas chaude, ce serait un bon remontant".

-"Qu'avez vous à me proposer?"

-"Je ne sais pas, tout dépend ce que le directeur m'a laissé tout à l'heure".

Il accorda à son comparse un petit rire avant de s'éloigner à l'intérieur. Le brun porta en attendant son attention sur le boîtier posté près de lui. De part sa forme, il se dit que c'était peut être une pipe, bien que la boîte soit très longue pour que ce soit ça. Peut être y avait-il quelque chose en plus dedans? Peut être était-ce juste une boîte à bijoux.

-"Un verre de Petrus vous irait-il?"

La voix de Nakahara le sortit de ses réflexions et prit le verre d'alcool tendu.

-"Ce n'est pas ce que je bois d'ordinaire mais je ne dis pas non".

Ils avalèrent quelques volumes de liquide et posèrent tout deux leur verre sur la rembarde. Chūya récupéra le mystérieux boîtier sous le regard attentif du brun. Il l'ouvrit délicatement et en sortit une pipe à opium. Quelle surprise, mais la présence de cet accessoire classique ne contrastait pas tant que ça avec la vision qu'il avait du comédien à ce moment là. L'objet classieux se mariait à la perfection avec ce Yukata qui plus le temps avançait, plus il s'échappait de ses épaules, les laissant dénudées de tout vêtement. Il alluma la longue tige, laissant la dose d'opium brûler avant de s'étendre le long du tuyau, rejoignant bien vite les poumons de son porteur. Un mince filet de fumée s'échappait de ses lèvres, fugitif rejoignant l'ambiance alentour.

-"Ce n'est pas dangereux de mélanger alcool et opium?"

-"Tout dépend de la quantité".

-"Vous flirtez avec le danger et vous le savez".

-"C'est pour ça que je n'ai qu'un verre et que je n'en prendrai pas un deuxième".

Dazai laissa échapper un ricanement. Cet homme était remarquablement versatile.

-"Vous me fascinez vous savez? La première impression que j'ai eu de vous, c'etait celle d'une grande jeune femme pure, fine mais au charisme débordant, s'affirmant sans réelle conviction tellement sa présence naturelle suffisait. J'ai ensuite été très surpris de découvrir un petit homme virulent près à mettre à la porte un de ses fans de la nouvelle heure".

-"Je passe sur la critique de la taille".

-"Ce n'était qu'une remarque. Et puis que vois-je à présent? Un être presque céleste fumant de quoi l'emporter au delà du septième ciel, dansant avec la limite de ce que son corps pourrait bien supporter. À moins que vous n'ayez une résistance aux drogues en globalité ?"

-"Vos mots sont bien éparses. Suis-je à ce point là une créature exceptionnelle à vos yeux?"

-"Vous n'avez pas idée. La jeune demoiselle qui partage votre quotidien doit être bien comblée".

-"Tant mieux pour elle, elle n'existe pas encore".

-"Vraiment?"

-"Si je vous le dis".

Le rouquin n'avait pas changé sa position de toute la conversation. Il restait droit, regard posé dans le vide de ce jardin extraordinaire, toujours la baguette en main.

-"Je n'ai pas pensé à vous le demander mais... fumez vous? L'idée de partager ne m'est pas passée à l'esprit excusez moi".

-"Ne vous excusez pas, je ne fume pas d'ordinaire mais ne disons nous pas que celui qui ne sort pas de ses banalités finit par mourir dans l'ignorance ?"

Chūya rit légèrement sous le proverbe faussement arrangé de son partenaire.

-"Je ne sais pas si ça se dit, mais c'est bien vrai en tous cas, approchez vous".

Dazai s'exécuta et le rouquin lui offrit la tige de fumage. Il la prit maladroitement dans ses mains, tentant de trouver une position maleable.

-"Je vous conseille de la tenir comme ça, vous allez vous brûler sinon".

Il s'exécuta, plaçant sa main de sorte à bien maintenir le tuyau. Il inspira ensuite et laissa la fumée parvenir à sa gorge, se faufilant dans ses poumons et jusqu'à son cerveau, lui offrant immédiatement une sensation de bien être. Deux autres fins filets de fumée sortirent de ses narines et allèrent rejoindre celui du roux précédemment libéré.

-"Ce n'est pas désagréable. Je pensais que ce serait plus agressif".

-"C'est plutôt doux en effet, tout dépend comment on dose. L'autre avantage c'est que les effets arrivent très rapidement, c'est idéal en fin de soirée".

-"Je vois ça".

La tranquilité sonore retomba un moment. L'instrument passa naturellement de mains en mains entre les deux. Quand l'un fumait, l'autre buvait une ou deux gorgées de son verre et inversement. La nuit courait toujours, se préparant dans peu de temps à laisser sa place à l'éblouissant soleil. Chūya faisait tourner son verre, balotant le liquide présent avant de le faire glisser le long de sa gorge. Il avait finalement prit un verre de plus. Sa consommation faisait maintenant effet, accompagnant le comédien dans sa longue soirée. Il reposa son regard ceruléen sur le grand brun qui venait de prendre une bouffée d'opium.

-"Et vous, qu'avez vous à m'apprendre?"

Le concerné releva la tête, interrogeant du regard le petit éméché.

-"Comment ça ?"

-"Et bien je vous ai fait découvrir ce moyen de fumage que vous pensiez pourtant bien plus négatif. Vous n'avez pas de quoi éclaircir mon esprit à votre tour?"

Dazai réfléchit, portant son regard sur un point invisible, comme si ce point pouvait lui donner une réponse.

-"Je ne sais pas. Peux être en vous posant d'avantage de questions, je pourrai m'orienter".

-"Et bien je vous en prie".

-"Vous me prenez de court. Il y a deux heures j'aurai eu un millier de questions, mais là je n'ai plus rien".

-"Faites un effort, je suis sûr que votre esprit peut encore s'en rappeler".

-"Je ne sais vraiment pas mais disons... Vous m'avez dit tout à l'heure que personne ne partagez votre vie actuellement. Peut être vos précédentes expériences peuvent-elles être intéressantes à déblatérer ?"

-"Ce n'est pas très poli de demander ça à quelqu'un vous savez. Mais pour tout vous dire, c'est assez plat. Je n'ai rencontré que deux jeunes femmes et chacune d'elle a fini par se lasser de moi. Peut être était-ce à cause de mes études? Je passe probablement trop de temps sur les planches, préférant aimer le théâtre qu'une demoiselle de chair".

-"Cela sonne bien triste".

-"Vous n'avez pas idée".

-"Mais n'avez vous jamais tenté autre chose?"

-"Comment ça?"

-"Je ne sais pas, d'autres âges, d'autres classes sociales, d'autres genres ?"

-"Non pas vraiment. Je suis toujours resté sur la ligne de la jeune femme de mon âge, fraîche et gentille qui n'est pas vraiment adepte du théâtre mais qui sait apprécier une pièce. Peut être avec quelqu'un de plus âgé ce serait différent".

-"Et vous ne vous êtes jamais intéressé aux beaux jeunes hommes?"

-"Pas vraiment. Pas que ça me rebute ou autre, je n'en ai juste pas eu l'occasion. Je me doute que je pourrais tenter quelque chose avec des camarades comédiens mais je n'ai pas envie que ça vienne détruire une entente entre nous. Après tout, elle est indispensable sur scène".

-"Et vous ne voudriez pas tester quelque chose ce soir?"

Chūya reporta vivement son attention sur le brun qui tirait innocemment sur la pipe à opium.

-"Je-Je ne sais pas", bafouilla t-il. "Je ne suis pas sûr que ce soit très intéressant pour vous".

-"La question n'est pas sur moi mais sur vous. Si vous n'êtes pas à l'aise, laissez moi mener la danse. Vous êtes tout aussi bien en droit de refuser mes avances bien entendu. Mais pour tout vous dire je fais ça de manière totalement égoïste, j'ai très envie de vous ce soir".

Le rouquin rougit vivement aux paroles du plus grand, se cachant derrière ses larges manches. Dazai s'en amusa et détourna son regard pour éviter de l'embarasser encore plus. Chūya ne savait pas si c'était à cause de l'ambiance actuelle et du petit jardin, des douces drogues ingérées peu de temps avant, ou du contre coup de la fatigue de la journée, mais sur le coup, il ne put penser à décliner sa demande.

-"Qu'allez vous faire si j'accepte?"

-"Je ne vais pas tout vous dévoiler évidemment, ce serait gâcher un tel plaisir. Je peux peut être commencer avec quelque chose qui vous est familier".

Sur ces paroles, il s'approcha du comédien, posta une de ses mains dans son dos et le rapprocha doucement de lui. Par réflexe, le rouquin posa ses mains sur le torse du grand brun. Leurs visages n'étaient qu'à une dizaine de centimètres l'un de l'autre. Leurs yeux ne se lâchaient pas. Chacun cherchait dans le regard de l'autre quelque chose d'indescriptible. Peut être une accroche, peut être quelque chose de reposant, de réconfortant. Dazai tourna légèrement la tête et tira longuement sur le tuyau de fumage. Il se retourna vers le rouquin et posa ses lèvres sur les siennes, lui offrant grande dose d'opium par la même occasion. Le baiser était chaste et laissait échapper une grande partie de fumée fugitive. Ce premier échange ne dura pas longtemps et chacun se détacha. Le petit roux avait le feu aux joues et détourna par réflexe son regard de l'autre. Ce dernier sourit face à l'air extrêmement gêné du plus petit. Il reposa la longue tige de bois sur le rebord du balconnet et envoya sa main libre rejoindre sa consœur. Chūya fuyait toujours son regard mais ne chercha pas à s'évader de sa prison de bras. Il ne savait pas s'il avait apprécié mais se retrouver en position de faiblesse face à quelqu'un qui faisait une tête de plus que lui n'était pas quelque chose dont il avait l'habitude.

-"Vous êtes plus petit que ce que je pensais, c'est plutôt compliqué pour se baisser à ce point", plaisanta t-il.

Le rouquin réagit à cette pique en se tournant vers lui et croisa immédiatement le regard noisette du grand brun. Son regard était chaleureux, à l'image de ce qu'il ressentait actuellement au creux de ses bras. Sans réfléchir il se mit sur la pointe des pieds et le réembrassa, posant ses mains de part et d'autres de son cou. Dazai en fut surpris mais répondit instantanément à l'action entreprise. Ce nouvel échange fut plus violent, plus passionné. Chacun s'essouflait à cause du rythme infernal qui régnait naturellement. Le brun plaça une de ses mains derrière le crâne de son vis à vis, approfondissant le baiser frénétique. Cette action était comme la conclusion d'un jeu de recherche ayant duré toute la soirée, l'apothéose de ressentiments ayant conduit à une proximité certaine. Le roux était fou dans les bras de son partenaire, il n'avait jamais vécu ça et ne pensais pas y goûter un jour avec une connaissance de quelques heures. Malgré tout cela, il apprécia beaucoup trop ce moment, s'offrant tout entier au grand brun. Ce dernier était aux anges. La créature qu'il avait perçue au début de la soirée était à présent dans ses bras, l'embrassant pleine bouche, avec passion et alcool se mélangeant. Ce moment lui parut comme divin, toute notion de temps écartée, et comme seuls protagonistes au monde, lui et le petit comédien. La main qui se trouvait dans le dos de ce dernier resserra toujours plus sa prise, n'ayant comme aperçu de sa taille que l'épaisseur que voulait bien lui offrir le Yukata. L'autre main de Dazai se promenait entre la joue, le cou et le torse du plus petit, le faisant frémir à cause du vêtement descendu de ses épaules, laissant à l'air libre et frais de l'hiver, accès gratuit à l'épiderme de Chūya. Ils se séparèrent finalement au bout de quelques temps qu'ils ne surent définir et restèrent à se fixer pendant de longues secondes. Le petit rouquin avait les joues rosies, lèvres entrouvertes, à bout de souffle. L'autre n'était pas mieux, lui aussi essoufflé, il gardait sa main englobant les joues chaudes de son partenaire. Il repositionna ses lèvres tout près des siennes, ne faisant que les effleurer et remit par la même occasion le vêtement de Nakahara en place sur ces épaules.

-"Tu vas attraper froid à force de rester comme ça", murmura t-il dans un souffle se répercutant entre eux. "Rentrons si tu le veux bien".

Chūya ne nota pas l'utilisation du tutoiement, trop perturbé pour le faire remarquer et s'exécuta, rentrant en premier dans la chambre toujours allumée. Dazai se força à détacher son regard de la silhouette filante et récupéra ce qui trainait sur le bord du balconnet, à savoir deux verres vides et la boîte de la pipe à opium. Il rentra à son tour et déposa ses affaires sur une table adjacente à la fenêtre qu'il ferma au passage. Il s'asseya au bord du lit et porta son attention sur Chūya qui s'était assis sur le tabouret en face de sa coiffeuse. Le brun se questionna sur le comportement du petit roux. N'avait-il finalement pas apprécié? Regrettait-il? Il laissa son dos heurter le matelas confortable et tourna sa tête toujours dans la même direction, ne l'admirant que derrière. Il le vit se lever, récupérant son verre et se servant une autre coulée de vin. Il alloua son attention au brun, lui demandant s'il désirait de même. Celui ci déclina gentiment. Chūya finit d'une traite son verre puis le reposa avant de se rapprocher un peu plus de l'autre. Enfin, il restait tout de même collé à la fenêtre, admirant les rayons de lune. Dazai l'observait toujours, encore, se posant mille et une questions.

-"Est-ce le fait que je vous ai tutoyé qui vous ai mis dans cette état?"

-"Non... Je n'avais même pas remarqué, vraiment, mais... ça ne me dérange pas."

Dazai fut un peu rassuré malgré une impression étrange chez l'autre.

-"Cela vous a t-il plu?"

Le rouquin restait silencieux, se contentant de se dissimuler en se tournant toujours plus vers la fenêtre. Le silence était présent et englobait les deux protagonistes. L'ambiance était lourde, aucun des deux ne parlaient. Il dut s'écouler quelques minutes avant que Chūya reprenne la parole.

-"Oui... ça m'a plu. Peut être même bien trop..." Il se retourna vers le brun et affichait une mine presque triste. "Dites moi pourquoi je me sens si bien après vous avoir embrassé ?"

-"Ce n'est pas moi qui peut vous donner une réponse. Après tout il n'y en a pas. Cela vous a plu, tout simplement, j'en suis plutôt honoré d'ailleurs, que votre premier baiser avec quelqu'un d'autre que vos habitudes soit avec moi".

Il lui offrit à la suite de sa réponse un large sourire, se voulant réconfortant. Cela eût l'air de fonctionner car Chūya sourit à son tour. Il avait l'air d'avantage apaisé. Il s'approcha cette fois de Dazai qui s'était redressé entre temps et vint se placer devant lui. Ils se dévisagèrent en silence, sachant tous les deux très bien ce qu'ils voulaient. Chūya fit glisser à nouveau son Yukata sur ses épaules, de manière volontaire cette fois, dévoilant un torse clair et désirable. Le brun se retint de faire une remarque et ouvrit légèrement les bras, l'invitant à venir s'asseoir. Il s'exécuta et vint se placer sur les cuisses du précédent inconnu, se calant au plus près de lui. Grâce à cette position, il avait maintenant quelques centimètres de plus, imposant un regard légèrement plus haut à son partenaire.

-"Je vous avais dit que le tutoiement ne me dérangeait pas. Appelez moi par mon prénom... c'est un privilège rare que j'offre, prenez le".

-"Et vous ne souhaitez pas me tutoyer vous aussi?"

-"Je verrai bien..."

Dazai sourit. Il sentait que le rouquin était bien plus détendu qu'il y a quelques instants. Il monta ses lèvres à son oreille, chuchotant au creux de son cou.

-"Très bien alors, que souhaites tu à présent Chūya ?"

Le concerné rougit à la proximité plus poussée de l'échange. Il replongea ses yeux profondément bleus dans ceux noisette de Dazai, fondant visiblement sous ce regard si fort.

-"Fais moi voir plus... Fais moi découvrir ton univers... J'ai soif d'apprendre..."


Le soleil se levait doucement sur la ville. Il aidait ceux devant se lever aux aurores, et accompagnait les derniers couche-tard dans les bras de Morphée. Le petit théâtre sous terrain n'abritait plus grand monde à part un groupe de jeunes femmes en grande discussion depuis des heures, ainsi que quelques personnes de passage, prévoyant les prochaines performances. Ce n'était pas plus animé du côté des loges. Les quelques comédiens de la vieille dormaient encore, leur troupe n'ayant rendez vous qu'en milieu d'après midi, nul n'était nécessaire de se presser.

Un de ces comédiens dormait toujours, lové au creux des bras de son aventure d'un soir qui lui ne sommeillait plus. Ce dernier observait le petit roux, apaisé et neutre de tout sentiment, profitant simplement d'un sommeil qui fut court, notamment à cause de la longue discussion qui précéda leur mise en léthargie. Dazai jouait calmement avec quelques mèches de cheveux de l'autre, veillant avec grand soin à ne pas le réveiller. Il savait qu'il devait partir dans l'après midi pour une autre prestation, son emploi du temps était chargé, cette soirée n'était qu'une opportunité. Il se redressa de sa position allongée et se retrouva assis sur le matelas. Il passa ses mains sur son visage, faisant de son mieux pour s'éclairer l'esprit et la vision après une nuit chaleureuse à souhait. Il sentit la présence à ses côtés se rapprocher légèrement de lui, reposant innocemment un bras sur sa cuisse, visiblement toujours endormi. Cela vola un sourire au grand brun qui lui offrit en retour un léger baiser sur le front avant de s'éloigner en dehors du lit. Il ramassa ses vêtements gisant au sol depuis quelques heures et les renfila. Il balaya son regard sur la pièce tout en reboutonnant sa chemise. Il reporta à chaque nature morte de la pièce une vision de la précédente soirée, et cela le rendit heureux. Il posa un dernier regard sur la forme svelte endormie, cette vision le rassura. Il prit un bout de papier qui trainait au coin de la petite table ainsi qu'un stylo, et commença à écrire.

Bonjour cher ami.

Peut être devrais-je déjà vous demander si vous avez passé une bonne nuit, aussi courte fut-elle. Sachez que je serais très déçu si ce n'était pas le cas. J'aurai été ravi de rester plus longtemps mais je suis quémandé ailleurs. La célébrité, que voulez vous. J'ai été ravi de découvrir ce lieu ci, j'y reviendrai, pour sûr. D'abord car ils y servent un très bon whisky, et ensuite car j'espère voir plus de votre jeu d'acteur ainsi que de votre troupe. Comprenez le que c'est ici un moyen détourné de vous dire pleinement à quel point cette soirée fut inoubliable à mes yeux. J'ai éprouvé un réel plaisir à découvrir certaines parties de vous, espérant en découvrir davantage par la suite. Que ce soit lors d'un prologue mouvementé et improbable, lors de notre discussion fort développée ou bien lors de la découverte de votre corps, tout ceci a comblé un vide qui me dévorait depuis un moment. Je crois que grâce à vous l'inspiration m'est revenue. Vous avez été ma muse le temps d'une nuit et je risque de ne plus pouvoir me passer de vous et de ce que vous m'inspirez. Je ne vous laisserait pas vous échapper si facilement. Je m'excuse de m'évaporer en catimini de cette façon mais je ne me voyais pas vous réveiller juste pour m'éclipser devant vos yeux, cela aurait été cruel. Et puis je sais que vous avez des rôles à jouer aujourd'hui, je préfère vous laisser ce mot qui résumera ma pensée plutôt que de devoir partir sous vos yeux. Je ne sais pas quand nous pourrons nous revoir mais maintenant que je sais où vous vous trouvez, il me sera facile de vous rejoindre. Si le coeur vous en dit, j'ai un appartement au cœur de la ville avec deux amis écrivains. Nous vivons modestement mais dans l'oisiveté la plus totale et cela nous convient parfaitement. Seule votre présence me fera à présent défaut. Je vous laisse mon adresse sur un autre petit bout de papier, celui ci commencé à être trop petit pour m'exprimer convenablement. Je vais faire court, je vous attend. Et si vous ne venez pas, je viendrai, j'ai encore tant de choses à vous conter.

Chaleureusement, Osamu Dazai.


Ce fut long d'écrire autant dit donc. Je pense que quelques fautes ont échappé à ma vigilance mais globalement ça le fait. J'espère que ça vous a plus, n'hésitez pas à laisser un avis bref ou bien plus long :) Bisous.