Mauvaise presse

Drago transplana en fin de journée dans l'allée centrale qui menait au manoir Malfoy. Bien moins lugubre qu'à une époque, la bâtisse s'élevait, toujours aussi majestueuse. Il venait là presque tous les jours depuis qu'il était revenu en Angleterre et ce n'était malheureusement pas pour profiter du jardin luxuriant ou des nombreuses pièces richement décorées qui se trouvaient sous ce toit.

Faisant son chemin jusqu'au grand salon après avoir débarrassé ses affaires auprès d'un elfe de maison, le jeune homme trouva son père assis comme à son habitude dans son grand fauteuil noir. Lucius avait perdu toutes les couleurs de son visage déjà bien pâle et ses yeux s'étaient creusés autant que ses joues. Il était une ombre, tenant à peine sur ses pieds.

« Bonjour, Père, salua Drago en s'avançant.

– Bonjour, Drago. As-tu la suite du dossier ? demanda l'aîné de but en blanc.

Il fut pris d'une quinte de toux qu'il cacha derrière un mouchoir en tissu satiné, le tâchant de quelques gouttes de sang. Drago ne chercha pas à camoufler son soupir et s'installa sur le canapé près de lui.

– J'ai apporté les parchemins. Le Magenmagot traitera le dossier une fois entièrement constitué, répondit-il gravement.

– Je ne comprends toujours pas ce que ces clowns en ont à faire, grogna Lucius. Ce ne sont pas leurs affaires.

Il toussa encore alors qu'un elfe apparaissait avec un verre d'eau et une fiole de potion verte peu appétissante qu'il posa sur la table basse. L'aîné attrapa la fiole et congédia l'elfe d'un ordre sec.

– Le Ministère a un droit de regard sur toutes les successions compliquées, éluda Drago.

– Ne te fourvoie pas, mon fils. Le Ministère est constitué de gens incompétents qui font semblant de contrôler tout ce qui touche de près ou de loin aux anciennes activités des Mangemorts.

Il eut un silence pendant lequel Lucius posa un regard sévère sur son fils avant de reprendre.

– Ce que tu as fais en quittant l'Angleterre me déplaît fortement, accusa-t-il. Nous n'en serions pas là si tu étais resté. Ta mère…

– Arrêtez ça, Père, coupa Drago sèchement. Il est hors de question que nous reparlions de ça. Et vous me peinez beaucoup en me désignant responsable du décès de ma mère. Je ne le suis pas plus que vous ne l'êtes vous-même.

Les deux hommes aux visages fermés et graves se lorgnèrent du coin de l'œil. Leurs relations n'avaient pas été cordiales depuis de longues années et la maladie qui avait emporté Narcissa bien trop tôt n'avait rien arrangé. Parfois, Drago se disait que si son père n'était pas tombé malade à son tour, il ne serait jamais revenu en Angleterre, ou du moins pas avant un bon moment.

– Je vous laisse remplir ces parchemins, déclara-t-il finalement. »

Il se leva et se dirigea vers les escaliers, entendant derrière lui son père se déchirer les poumons en toussant. Drago serra les poings et monta les marches deux par deux. Il n'avait pas été là un seul moment au chevet de sa mère à cause de cette foutue histoire d'exatriation et maintenant qu'il devait veiller son père, il se rendait compte qu'il aurait été incapable de la voir dans cet état. Pourquoi ses parents devaient-ils mourir si tôt ? Le jeune homme se disait parfois qu'il y avait une part de justice pour les méfaits qu'ils avaient faits, mais si son père avait mal agi tout au long de sa vie, sa mère ne méritait pas ça. Elle avait subi les choses à bien des égards.

Allongé sur son lit, les jambes croisées et les mains derrière la tête, Drago se disait que tout cela n'avait rien de juste en réalité. Il allait hériter de toutes les propriétés de ses parents, du manoir dans le Wiltshire et de toute la fortune des Malfoy. Et après ? À quoi cela rimait-il s'il était contraint à vivre en Australie toute sa vie ? Il avait déjà compromis toutes les conditions de son expatriation en revenant cette année pour s'occuper de son père et de la succession. Il se rendait compte, maintenant qu'il s'autorisait à sortir la tête dehors, que Londres lui manquait et ses amis lui manquaient.

Lorsque l'elfe vint frapper à sa porte pour le faire descendre, il soupira. Dans le salon, il retrouva son père qui lui tendit les papiers qu'il avait signés.

« Je ramène ça au Ministère et dès qu'ils l'auront validé, je récupère le reste, déclara Drago.

Il feuilleta les parchemins et fronça les sourcils.

– Vous ne souhaitez pas conserver l'usufruit du manoir ? demanda-t-il.

– J'ose espérer que tu me ne mettras pas dehors pour le temps qu'il me reste, répondit Lucius avec une pointe d'humour à peine décelable. Cette avance sur héritage représente beaucoup.

– Je ne ferai jamais une chose pareil, Père, vous le savez. Mais vous comprenez bien que Madame attend après ça, répondit son fils avec un sourire moqueur.

Lucius pinça les lèvres d'agacement.

– Ne me dis pas que cette femme…

– Allons, Père, vous allez être médisant, coupa Drago narquoisement. Vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous-même sur ce coup-là. Mais rassurez-vous, je ne vous en veux qu'un petit peu. »

L'aîné lui jeta un regard sec et lui fit comprendre que la discussion était close. Drago ricana ouvertement. Il s'amusait beaucoup de voir son père exprimer quelques regrets pour certaines de ses décisions concernant la vie de son fils. Le jeune homme se disait que dans ces moments-là, son père avait peut-être essayé de faire au mieux pour lui. Lucius se plia en deux, la poitrine transpercée par la douleur. Quand sa toux s'arrêta au bout d'un temps trop long, Drago posa une main sur l'épaule de son père qui se redressait. Il serait de retour bientôt et lui intima de prendre ses potions régulièrement.

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Le temps fila à une vitesse ahurissante. Presque tous les jours, Hermione voyait Drago au Ministère, soit en train de parler d'elle ne savait quoi à Harry, soit en train de marcher dans les couloirs le visage concentré. Il arrivait qu'ils prennent le thé ensemble, mais rarement seuls tous les deux car la présence de l'autre était source chez chacun d'eux d'une gêne pleine de souvenirs.

La brune recevait tous les matins les résultats des sondages et elle était en tête de plusieurs points. La campagne commençait bien finalement et le peu de temps qu'elle passait avec Ron quand elle allait s'occuper des enfants était bien plus calme désormais. Leur anniversaire de mariage approchait au début du mois suivant et la jeune femme espérait pouvoir arranger les choses d'ici là. Dormir à l'hôtel ne la dérangeait pas vraiment, mais devoir jongler entre l'appartement, le bureau et la maison de ses parents n'était pas de tout repos.

Un soir alors qu'elle traversait le hall de l'hôtel pour monter dans sa chambre, une femme aux cheveux blond vénitien que la lumière rendait cuivrés l'aborda.

« Madame Granger-Weasley ! Quelle surprise de vous trouver ici ! s'exclama-t-elle avec un sourire hypocrite.

– Bonsoir, répondit poliment la concernée, je ne crois pas vous connaître.

– Mon identité n'est pas importante, contrairement à la raison de votre venue dans cet hôtel. Comment se passe votre campagne ? Comment vont vos enfants ?

Elle avait une lueur espiègle dans le regard, une forme de curiosité excessive qui dérangea la brune.

– Je ne pense pas que tout cela vous regarde. Et la moindre des choses quand on s'adresse à quelqu'un, c'est de se présenter, claqua Hermione en s'engageant dans l'escalier. »

La femme derrière elle sourit vicieusement, fière de ce qu'elle allait écrire pour le numéro de la Gazette du lendemain matin.

17 mars 2015

Hermione tourna rageusement les pages du journal ou torchon qui lui était parvenu le matin même. L'article qu'elle avait sous les yeux faisait monter la colère en elle.

GRANGER/WEASLEY : mauvaise campagne !

Que ne découvrions-nous pas hier soir ! Hermione Granger, directrice du département de la Justice magique et candidate aux élections ministérielles semble en proie à des problèmes de couple. Madame Granger-Weasley loue actuellement une chambre dans le très cossu hôtel Grand Park. C'est le signe évident d'une séparation alors que nous avions tous suivis son mariage avec Ron Weasley, deux fameux membres du Trio d'Or avec Harry Potter. Mais alors cette campagne serait-elle néfaste au couple idyllique ? La candidate n'a pas souhaité répondre à nos questions, visiblement très affectée par sa situation précaire. Nous comprenons que mêler la vie professionnelle à la vie de mère n'est pas chose facile. Qu'adviendra-t-il des deux enfants, Rose et Hugo, âgés respectivement de neuf et sept ans ? Le couple va-t-il survivre à cette campagne ou allons-nous assister à un divorce explosif ? Le portrait d'Hermione Granger est à retrouver dès maintenant dans la rubrique des cœurs à prendre. Nous vous informerons très prochainement de la suite de cette affaire.

Lauren Skeeter-Skively.

Hermione referma l'édition matinale de la Gazette du Sorcier avec hargne. Cette pétasse aux airs supérieurs allait le lui payer, elle et son grotesque mari. Elle parcourut les couloirs du département à la hâte et toqua nerveusement à une porte avant de rentrer.

« Comment peut-elle écrire ça ? s'exclama la brune devant Kingsley. Elle ne devrait pas avoir le droit de couvrir la campagne parce qu'elle n'est pas objective. Ils font bien la paire avec son stupide mari, ricana-t-elle, mauvaise.

– Malheureusement, on ne peut rien faire contre ça, déclara le Ministre. Elle ne parle pas à proprement parler de l'élection, mais de toi.

– Je vous avais prévenu, je ne veux aucune couverture médiatique sur ma famille et encore moi sur mes enfants ! Tout ça alors que je dois aller à ce fichu gala samedi. Je vais passer pour une désespérée, ragea-t-elle en faisant les cent pas dans le bureau.

– Il faut absolument minimiser les répercussions de cet article sur les sondages, surtout si elle s'accroche et pond d'autres idioties de ce genre.

– Qu'est-ce qu'on peut bien y faire si les sorciers sont suffisamment bêtes pour lire ses torchons ?

Kingsley réfléchit un instant.

– Il faut montrer à la population que ce qu'elle dit est faux. Tu devrais aller à ce gala avec Ron, comme ça ton image est préservée.

Hermione ouvrit de grands yeux.

– Je me fiche pas mal de mon image, je ne vais pas aller me pavaner au bras de Ron. Même pour lui, c'est totalement irrespectueux ! rétorqua la brune. Pourquoi est-ce que je ne peux pas être une femme indépendante qui, comme beaucoup de gens au passage, traverse simplement des problèmes de couple ?

– Je ne sais pas, c'est risqué quand même. »

Ils débattirent encore quelques minutes avant que la sorcière ne quitte le bureau. Si elle recroisait cette satanée blonde, elle allait lui expliquer sa vision des choses. Elle eut soudain une idée pour le gala. Il était hors de question qu'elle demande à Ron de l'accompagner, déjà parce qu'elle n'avait pas vraiment envie d'y aller avec lui et d'autre part parce qu'elle trouvait cela complètement déplacé de se tourner vers lui pour redorer sa campagne.

Elle toqua deux coups secs à la porte du bureau de Harry et rentra sans attendre, s'arrêtant net sur le seuil.

« Mais dites donc, c'est une marotte de vous retrouver tous les jours ! s'exclama Hermione en trouvant son meilleur ami en train de discuter avec Drago Malfoy.

Elle ne cacha pas sa déception de trouver son ancien ennemi là, souhaitant parler avec Harry seul à seule.

– Oh, salut Mione ! sourit le brun. On parlait justement de toi.

– Je ne te permet pas de parler de moi avec cette sale fouine, ronchonna Hermione d'un air bougon.

– Eh ! On va se calmer avec les insultes, clama ladite fouine en croisant les bras.

La jeune femme balaya sa remarque d'un revers de main en soupirant. Elle darda l'édition matinale de la Gazette sur le bureau et lança un regard suspicieux aux deux hommes.

– On parlait du gala en fait, rattrapa Harry, Drago s'y rend aussi.

– Je vais vous laisser d'ailleurs, fit le blond avant de les saluer en quittant le bureau.

– Harry, il faut absolument qu'on aille à se gala ensemble, enchaîna Hermione une fois seule avec lui. Tu as lu l'article, il ne faut pas que je perde la face.

– L'idéal pour contrecarrer ces propos serait d'y aller avec Ron. Mais je suppose que si tu me demandes ça, c'est que tu y as déjà pensé.

La sorcière hocha la tête, dépitée.

– Je ne comptais pas y aller au début, mais si je peux te rendre service ça sera avec plaisir, la rassura Harry. »

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21 mars 2015

Le jour du gala arriva et Hermione passa à l'appartement pour récupérer une tenue de soirée pour l'occasion. Après un vague coup d'œil à sa penderie, elle opta pour une longue robe bordeaux et des escarpins noirs. Avec son pardessus, c'était tout à fait suffisant. Elle resta avec Ron une petite heure pour ne pas trop s'éloigner de lui. Après tout, dans seulement trois semaines il y aurait les élections et peu après, leur anniversaire de mariage.

Si tout se passait bien, ils pourraient reprendre le cours de leur vie et si chacun faisait un effort, leur couple aurait droit à une seconde chance. Mais pendant tout le temps qu'ils passèrent ensemble cet après-midi-là, le rouquin sembla distant. Il esquivait son regard, paraissait gêné quand elle évoquait leur famille, leur couple. Les discussions étaient lourdes de longs silences et Hermione décida de mettre cela sur le compte de l'article des jours passés.

Elle retrouva Harry une demie-heure avant l'ouverture du gala, souhaitant arriver un peu en avance pour la forme. Rapidement entourés de journalistes, ils se frayèrent un chemin jusqu'au hall d'entrée de l'immeuble accueillant les bureaux de la fondation Gaïa, hôtesse de la soirée. Tout le gratin politique était présent. Il y avait évidemment Rufus Fudge et Harold Skively ainsi que des grands noms de la finance et de nombreux employés du Ministère. La brune aperçut au loin une chevelure blonde presque blanche caractéristique alors qu'une autre tête encore plus détestable se pointait devant elle.

« Madame Granger-Weasley ! J'espère que vous avez apprécié le petit article que j'ai concocté, susurra Lauren Skeeter-Skively avec un sourire hypocrite alors qu'elle posait une main faussement amicale dans son dos.

Hermione fit un écart brusque et eut envie de sortir sa baguette pour lui faire comprendre sa vision des choses, mais elle savait qu'elle ne devait absolument pas faire de scène ici comme le lui rappelait bien Harry en lui faisant des gros yeux en s'éloignant.

– Je vois en tous cas d'où vous tenez vos talents de journaliste, répondit-elle tout aussi hypocrite et amère, quoique, les termes de talent et de journalisme ne siéent guère aux Skeeter.

La blonde fit une mine outrée, mais un nouveau sourire se dessinait sur son visage.

– J'avais vu juste néanmoins. Il ne me semble pas voir Monsieur à votre bras ce soir, répliqua-t-elle. Le Trio d'Or a toujours été un duo en fait, vous et Monsieur Potter formez un binôme très… fusionnel.

Alors que la brune s'apprêtait à perdre sa retenue face à cette allusion profondément choquante, une tierce personne arriva à son secours.

– Madame Granger-Weasley, aurais-je la possibilité de vous parler en privé ?

Hermione tourna la tête vers Drago, déconcertée comme à chaque fois par la façon qu'il avait maintenant de s'adresser à elle. Cette politesse débordante qui convenait aux occasions mondaines détonnait largement avec les « Granger » auxquels elle s'était habituée, ou encore les « sale Sang-de-Bourbe » du passé. Au lieu de tout cela, il posa une main élégante dans le creux de ses reins dans un geste tout à fait aristocratique.

– Je vous suis, Monsieur Malfoy, répondit la jeune femme avant de s'adresser à la journaliste. Tâchez de ne pas écrire de trop mauvais papiers. Le temps se réchauffe, les gens arrêtent d'allumer le feu dans leur cheminée. Que vont-ils faire du journal s'ils ne peuvent plus l'y jeter ? »

Et Hermione s'éloigna à la suite de Drago, laissant derrière elle la nièce de Rita Skeeter en furie.

« Je la déteste ! s'exclama la brune une fois qu'ils furent suffisamment loin. Comment ose-t-elle ? C'est bien une Skeeter !

– Elle ne vaut rien pour rien, laisse tomber, Granger, répondit Drago, nonchalamment appuyé contre un mur. Tu as pris une sacrée répartie depuis le temps, je dois dire que tes piques sont efficaces.

Il ricana en la voyant piquer un fard. Elle ronchonna peu gracieusement, lui faisant comprendre qu'il l'agaçait.

– Qu'est-ce que tu voulais me dire ? demanda-t-elle finalement.

– Rien, j'ai juste pensé que tu devais en avoir marre de cette cruche.

– Et tu as pensé que je serais plus heureuse d'avoir à te parler à toi ? ricana-t-elle à son tour.

– Allons, ce n'est quand même pas si terrible, rétorqua Drago, et ne pense pas que je sois content de voir ta tête d'épouvantail !

Hermione fit mine d'être choquée par ses paroles puis haussa les épaules.

– Je t'accorde la tête d'épouvantail seulement parce que je t'ai traité de fouine, mais que je ne t'y reprenne pas ! fit-elle en levant un doigt pas menaçant pour une mornille.

Ils ricanèrent doucement tous les deux, soulagés d'être arrivés au-delà des ignominies de jeunesse. La jeune femme avait l'impression de souffler un peu. Quand elle parlait avec Malfoy, elle n'avait pas besoin de mettre son masque de politicienne, celui de mère ou celui d'héroïne de guerre. Elle n'avait besoin d'être aucun de tous ces rôles parce qu'elle se fichait complètement de ce que le blond pouvait penser d'elle.

– Plus sérieusement, Granger, pourquoi est-ce que tu la laisses écrire sur ton mariage pour te discréditer ? reprit Drago, la sortant de ses pensées. Si ton couple ne va pas bien, mets-y un terme et ne la laisse pas ruiner ta campagne.

Hermione haussa un sourcil et son regard se durcit.

– Je peux savoir ce qui te permet de te mêler ainsi de ma vie privée ?

– Ce n'est qu'un conseil objectif, répondit le blond avec nonchalance.

– Je me fiche de tes conseils, Malfoy ! Tu n'as certainement aucune idée de ce qu'il faut pour qu'un mariage fonctionne, mais je vais t'éclairer. Il s'agit tous les jours de faire des compromis. Ce n'est pas juste une amourette de vacance, c'est la vraie vie et ce n'est pas toujours facile. Et s'il y a des enfants au milieu, alors on se plie en quatre pour que tout soit rose autour d'eux alors que tout est noir. Ne me donne pas de conseils, Malfoy, claqua-t-elle, alors que tu ne sais pas de quoi tu parles.

Ses yeux lançaient des éclairs et elle ressassait tout ce que sa vie était devenue. Dix ans de mariage pour quoi ? Elle avait l'impression que le plus terrible des échecs de sa vie avait été celui-ci.

– Je sais très bien de quoi je parle, souffla Drago d'une voix si grave qu'elle tordit le ventre d'Hermione.

La jeune femme planta son regard dans le sien. Le gris de ses yeux était sombre et ténébreux.

– Tu vois, Granger, dit-il en agitant son annulaire gauche, au final, tu n'en sais pas plus sur ma vie que j'en sais sur la tienne. Alors ne t'énerve pas comme ça, tu deviens désobligeante.

Hermione resta bouche bée quelques instants. Elle n'avait jamais suffisamment observé le Malfoy qui était revenu pour se rendre compte qu'il avait bel et bien une alliance. Une dizaine de questions surgit d'une coup dans sa tête et son cerveau se mit en marche rapide.

– Tu es marié ? demanda-t-elle abasourdie.

Sans vraiment savoir d'où cela venait, elle ressentait une pointe de nostalgie et d'amertume. Savoir que Drago Malfoy avait une vie maritale la surprenait et la déroutait en même temps.

– Oui, répondit-il simplement.

Et alors qu'elle voulait avoir plus d'informations, Harry arriva près d'eux.

– Hermione, tu devrais faire un petit bain de foule pour répondre aux journalistes et parler avec les gens, lui conseilla-t-il.

La brune hocha la tête et s'en alla, adoptant son attitude souriante et confiante de politicienne.

– Elle va finir par tout savoir, soupira Drago quand elle fut loin. Elle a commencé à me parler de mariage et d'enfants.

Harry posa son regard sur le blond, sachant combien sa vie personnelle n'était pas simple et à quel point il voulait qu'elle reste secrète.

– J'ai hâte que toute cette affaire de succession se termine pour que je puisse m'en aller d'ici. Surveille-la, Potter, elle commence à fouiner dans des histoires qui te mettront toi aussi en porte-à-faux si elles sont trop remuées. »

Cela, Harry ne le savait que trop bien. Il y avait des secrets qui devaient rester enfouis et il savait que certains d'entre eux pourraient bien lui coûter la confiance de sa meilleure amie.