Bonjour !

Voilà un très long chapitre avec de gros chamboulements ! J'espère que ça va vous plaire.

Aussi, je me suis rendue compte que je ne mettais pas de titre à mes chapitres ici contrairement à ma publication sur AO3 et je pense que je vais y remédier pour que ce soit plus simple pour s'y retrouver.

Merci à Whimsikal.


Dix ans de mariage

14 avril 2015

Hermione transplana toute excitée dans le salon de l'appartement. Elle avait organisé une soirée parfaite pour son anniversaire de mariage avec Ron. Les quelques jours qui avaient suivi l'élection avaient été plus merveilleux les uns que les autres, malgré toute la pression médiatique et la réalité qu'impliquait ce poste de Ministre. La jeune femme se sentait accomplie, entourée et était si fière.

Pour l'occasion, elle s'était achetée une toute nouvelle robe dans laquelle elle se sentait belle. Le long tissu noir et élégant tombait largement contre ses jambes relevées par de jolis escarpins et le bustier gracieux soulignait sa poitrine en s'élevant en une unique et large bretelle. La douceur du mois d'avril avançant vers le printemps rendait la fraîcheur de la soirée agréable.

La réservation qu'elle avait faite dans le plus réputé des restaurants du Londres sorcier était pour vingt heures. Elle avait prévu plus d'une heure d'avance pour faire la surprise à son mari quand il rentrerait, espérant pouvoir passer un peu de temps dans l'intimité de leur appartement anciennement commun. Alors qu'elle progressait dans l'appartement le sourire aux lèvres et les yeux brillants, elle fronça peu à peu les sourcils.

Ron n'était censé être de retour que dans une quinzaine de minutes et pourtant, des bruits s'élevaient du couloir. Les bruits qui s'apparentaient plutôt à de faibles murmures et gémissements s'intensifiaient plus Hermione avançait vers la chambre. Imaginant trop clairement ce qu'elle pouvait trouver derrière la porte, la jeune femme se figea la main sur la poignée et le visage tordu, parcourue par des tremblements sur tout le corps. Elle avait si froid tout à coup.

Elle se sentait ridicule dans sa robe de soirée trop moulante pour son corps de trentenaire, ridicule d'avoir fait des efforts pour recoller les morceaux d'une histoire dissoute il y avait trop longtemps. Mais à cet instant précis, alors que les jérémiades d'elle ne savait quelle femme s'échappaient de cette même chambre à coucher qui avait vu sa famille se concevoir, elle n'était peut-être pas la plus ridicule. Une colère sourde naquit en elle, amère et pleine de déception. De tristesse aussi.

Hermione poussa la porte et son ventre se tordit. C'était si dur de prendre conscience de la réalité, si dur de ne plus pouvoir espérer se tromper. Non, le corps couvert de sueur de son époux bestialement chevauché par une grande brune dans une position lubrique ne laissait nullement place au doute. Hermione ne la connaissait même pas et elle n'arrivait pas à savoir si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Les mains de Ron agrippées à ses fesses et les larges coups de rein qu'il lui assénait lui donnaient envie de vomir le repas qu'elle ne mangerait pas.

Alertés par sa présence, les deux amants bondirent dans un mélange de fluide écœurant. La grande brune couvrant son corps sans défaut par le drap qu'elle tira du lit se réfugia contre un mur, attendant la sentence. Ron, lui, devint encore plus rouge que ce que l'effort l'avait rendu, cuisant dans la honte de sa propre erreur. Il balbutia quelques sons inaudibles, mais Hermione le coupa.

« Non, Ron, ne me dis surtout pas que ce n'est pas ce que je crois, claqua-t-elle sèchement. Qu'est-ce que je crois d'ailleurs ? Ça paraît évident, mais après dix ans de mariage, je n'aurais jamais pensé que tu puisses faire ça.

Le roux baissa les yeux, son corps nu tout entier sembla s'affaisser sous la gêne.

– Ramasse tes habits et va-t-en, cracha Hermione en direction de la jeune femme qui essayait de ne surtout pas attirer son attention. Si je te revois un jour, supplie Merlin que je sois loin de ma baguette.

Sans perdre une seconde, la concernée s'avança à la recherche de ses vêtements éparpillés au sol, lâchant le drap et dévoilant encore une fois son corps lisse et sans imperfection avant de finalement transplaner. À cet instant où ils se retrouvèrent tous les deux seuls, Hermione ne tint plus.

– Tu me dégoûtes, Ron ! hurla-t-elle.

– Mione, écoute…

– Non ! Tu me répugnes. Je sais que je n'ai pas été présente ces derniers temps, mais j'ai toujours fait des efforts pour que les choses fonctionnent ! Je suis venue tous les soirs et tous les matins, je me suis expliquée concernant cet article de la Gazette, je suis venue déjeuner avec toi plus souvent.

– Mais Hermione, tu ne vis même plus ici ! C'est toi qui es partie, répondit le rouquin.

– Et alors ? s'écria la brune. Je ne suis pas partie parce que je voulais qu'on divorce, je suis partie parce que je ne supportais plus qu'on se dispute autant devant les enfants !

Le silence s'imposa quelques instants. Hermione avait envie de pleurer, de se rouler en boule dans un coin et d'oublier que son mariage était définitivement ruiné. Elle se rendait compte en parcourant des yeux le corps nu de Ron qu'il lui manquait. Cela faisait des mois qu'elle n'avait pas pu se réfugier entre ces bras épais et protecteurs, contre ce torse musclé et réconfortant. C'était pour cela qu'elle avait été si bien avec lui après la guerre, parce que toutes ses peurs s'évaporaient quand il était près d'elle. Maintenant, elle voulait juste pleurer toutes ces émotions qu'elle devait abandonner parce qu'il avait préféré une autre. Elle était dévastée.

– Je voulais que tout s'arrange ce soir, murmura-t-elle finalement. Pourquoi a-t-il fallu que tu choisisses ce soir pour tout gâcher ?

– Je pensais que tu avais oublié ou que tu ne voulais rien faire de particulier, répondit Ron.

– Qui est-ce ?

Ron fronça les sourcils, prenant quelques secondes pour comprendre la question.

– Une indic qui travaille pour le Bureau. Je l'ai rencontrée il y a environ un mois. C'est elle qui est venue ici la première fois.

Hermione plissa les yeux.

– La première fois ? demanda-t-elle froidement.

– Mais j'ai refusé toutes ses avances ! s'exclama le roux, prenant conscience de ce qu'il venait de dire. Je lui ai dit que je ne voulais rien avoir à faire avec elle parce que j'étais marié alors on a juste bu un café. Mais quand la Gazette est arrivée, j'ai lu cet article sur toi et Malfoy et ça m'a mis hors de moi, j'ai…

– Attends, coupa la brune. Elle était là ? articula-t-elle avec horreur.

La mine déconfite de son mari suffit à lui répondre et elle eut un haut-le-cœur.

– Elle était ici quand je suis venue ce matin-là ! hurla Hermione. Elle était dans la chambre et vous étiez en train de coucher ensemble alors que je culpabilisais pour ce foutu article !

La jeune femme était hors d'elle, une rage profonde traversait tout son corps dans un mélange d'écœurement et de dépit.

– Combien de fois est-ce que tu l'as vue ?

Ron savait qu'il ne lui servait à rien de mentir, tout était bien au-delà de ça.

– Trois fois, répondit-il penaud. Mais à chaque fois, je m'en suis voulu terriblement. Quand je te voyais au ministère, je voulais t'en parler pour tout arranger, mais je ne savais jamais où tu étais. Tu travaillais tout le temps.

– Oh Merlin, que je suis médisante ! ricana Hermione, mauvaise. Je suis désolée, Ron, de ne pas avoir été là quand tu voulais me parler, c'est complètement de ma faute si tu as recommencé trois putains de fois ! finit-elle par crier.

Ron commença une réponse, mais sa femme le coupa d'un ton glacial.

– Ne réponds rien. Si jamais tu t'enfonçais plus, j'aurais peur de m'énerver trop fort. Je m'en vais de toute façon, je n'arrive plus à te regarder dans les yeux tellement ça me donne mal au ventre. »

Elle quitta l'appartement sans un mot de plus. Durant de longues minutes, elle erra avec désespoir sur le Chemin de Traverse parmi les nombreuses allées et venues des sorciers qui la félicitaient et l'observaient avec de grands yeux admiratifs. Finalement, elle transplana à la limite du Londres moldu, fatiguée par toute cette attention, et partit en direction de la maison de ses parents. Après une longue marche, elle arriva devant la pelouse et observa le jeu d'ombres qui valsaient derrière les rideaux clairs. Rose et Hugo passèrent en courant derrière la fenêtre de la cuisine, riant aux éclats alors que ses parents s'installaient à table.

Hermione fut soudain gênée de vouloir s'imposer dans la bonne humeur de ses proches alors qu'elle était déchirée par la colère et la douleur. Tellement de choses se bousculaient dans sa tête, comme expliquer aux enfants ce qu'il s'était passé, affronter le regard des gens. Affronter Ron chaque fois qu'ils se verraient au travail ou dans leurs réunions de famille. La jeune femme finit par faire demi-tour et se retrouva à nouveau sur le Chemin de Traverse. Elle allait rentrer vers sa chambre d'hôtel quand on l'interpella.

« Salut, Granger.

Elle tourna ses yeux qui jusque-là rasaient le sol et vit Drago Malfoy accompagné d'un grand métis à la carrure imposante.

– Salut, Malfoy, souffla-t-elle.

La brune posa ses yeux sur l'inconnu.

– Blaise Zabini, se présenta-t-il, enchanté Madame la Ministre.

Hermione haussa les sourcils en serrant sa main puissante.

– Je crois bien que j'avais oublié tous les Serpentards qui ont partagé ma scolarité, déclara-t-elle, observant le grand homme qu'elle n'avait plus revu depuis de nombreuses années. Et ne m'appelle pas comme ça, c'est beaucoup trop formel.

– Comme tu voudras, sourit Blaise. Bon, Drago, c'était super de te voir ce soir, passe chez moi quand tu veux !

Il donna une franche accolade à son ami.

– Hermione, salua-t-il en tournant les talons, à la prochaine !

– Eh bien, sourit Drago en lui jetant une œillade de la tête aux pieds, tu t'es apprêtée pour une occasion particulière?

La jeune femme sourit tristement.

– J'ai effectivement passé une soirée particulière, mais l'occasion est ratée.

Un courant d'air froid traversa la rue et la fit frissonner.

– C'était ce soir ? Un problème avec Weasley ? demanda le blond en quittant sa veste de costume.

Il la posa délicatement sur les épaules nues de la jeune femme qui semblait réellement frigorifiée. Elle le regarda de travers, mais la chaleur du tissu la dissuada de l'envoyer promener.

– Oui, c'était ce soir et il n'y a plus rien à fêter maintenant.

– Allez, Granger, ne soit pas si fataliste, tout n'est certainement pas fichu.

– Je suis fataliste, Malfoy, parce que tout est fichu justement ! s'exclama-t-elle en plantant son regard humide dans le sien. Je ne vois pas comment la situation pourrait être pire, alors je vais rentrer dans ma chambre et attendre demain en espérant que quelqu'un aura réglé mes problèmes miraculeusement dans la nuit.

Elle quitta la veste de Drago et la lui rendit alors que son ventre gargouillait doucement.

– Ne dis pas de bêtises, rétorqua le jeune homme en lui remettant la veste sur les épaules. »

Il lui tendit le bras pour qu'elle s'y accroche et en quelques instants, ils avaient transplané. Le salon dans lequel elle se trouvait désormais était seulement éclairé par les grandes flammes de la cheminée jusqu'à ce que Drago allume la lumière d'un coup de baguette. Hermione soupira bruyamment. Elle était dépitée, triste, en colère et elle n'arrivait même pas à éprouver de l'aversion pour la présence de Malfoy près d'elle qui semblait prendre tout cela beaucoup trop à la légère.

« Fais comme chez toi, lui dit-il simplement alors qu'il s'affairait dans la cuisine.

La brune se laissa tomber peu gracieusement sur le large canapé dont le degré de confort dépassait tous les canapés qu'elle avait jamais connus. Elle quitta ses escarpins et massa ses pieds endoloris alors que le blond revenait avec deux verres de vin. La jeune femme détailla son hôte, son pantalon de costume noir assorti avec la veste qu'elle portait sur les épaules, sa chemise blanche qui épousait son torse masculin et le moindre de ses mouvements, ses cheveux presque aussi blancs qui tombaient négligemment sur son front. Ses yeux gris d'une profondeur impénétrable.

– Merci, souffla-t-elle quand il lui tendit le verre. Et dire que j'avais une réservation au Dinner ce soir, voilà que je me retrouve chez toi à la place.

– C'est bien dommage, les places sont rares, ironisa Drago, surtout pour une dispute de couple qui sera réglée demain matin.

– Je ne sais pas, Malfoy, si découvrir son mari en train de coucher avec une autre femme le soir de son anniversaire de mariage est une dispute qui se règle en vingt-quatre heures, répondit la brune froidement.

Elle but son verre cul-sec et laissa tomber sa tête sur le dossier du canapé. Drago ne répondit rien, prenant conscience de sa maladresse et de la réalité de la situation. Il remplit le verre de vin à nouveau et observa les yeux de la jeune femme fixant le plafond, perdus dans un vide glacial. Et puis silencieusement, ils se voilèrent d'eau et de fines larmes coulèrent le long de ses joues roses, dévalant sa peau jusque dans son cou. Dans le silence du salon, le blond posa une main sur sa cuisse et la pressa doucement il n'y avait rien à dire. Le contact sembla réveiller Hermione qui éclata en sanglots. Elle se redressa et se prit le visage entre les mains, courbant son dos et posant ses coudes sur ses cuisses. Tout son corps était secoué par les pleurs et Drago remonta sa veste sur ses épaules, l'entourant d'un bras de réconfort.

– Je ne sais pas si ce qui me détruit le plus c'est de les avoir vus faire ou d'avoir l'impression que je suis la seule responsable, déclara-t-elle dans un hoquet.

– Granger, ne soit pas stupide, s'il a décidé de le faire c'était son choix.

Hermione haussa les épaules, se calmant difficilement. Elle n'arrêtait pas de se dire que tout aurait été différent si elle n'avait pas décidé de faire cette campagne. Elle vida son verre une deuxième fois, essuyant ses yeux d'un revers de main.

– Ce mariage est foutu, Ron est un abruti, déplora la jeune femme quand elle parvint enfin à arrêter de pleurer.

– Je peux te poser une question ? demanda Drago.

Elle hocha la tête.

– Pourquoi est-ce que vous vous êtes mariés ?

Hermione plongea son regard dans le sien, cherchant la réponse qui serait la plus juste bien qu'elle ne trouvât plus vraiment de raison ce soir à ce mariage ruiné.

– J'étais amoureuse de Ron depuis presque deux ans quand la guerre s'est terminée, expliqua la brune. On a commencé à sortir ensemble et cela semblait évident qu'on finirait nos jours tous les deux. Malgré tout, Ron a mis très longtemps à me demander en mariage. Le déclic a été la naissance du premier fils de Harry et Ginny. Pour moi ce mariage avait un sens, il concrétisait tout ce que j'avais espéré. J'aimais Ron et je me sentais protégée, loin des horreurs qu'on avait vécues. On construisait notre cocon, il me faisait rire et oublier tout le reste.

Les yeux d'Hermione se perdirent à nouveau dans le vide, à la recherche de souvenirs réconfortants.

– Il pleuvait le jour de notre mariage, ajouta-t-elle, et tout le monde ne cessait de répéter « mariage pluvieux, mariage heureux ». Quelles conneries.

Plus elle repensait à ce qu'elle avait tant chéri, plus elle se rendait compte que maintenant, plus rien de tout cela n'avait de sens.

– Et toi ? demanda-t-elle à Drago en sirotant son vin. Pourquoi est-ce que tu t'es marié ?

Le blond laissa son regard se balader dans son salon.

– Parce que c'était ce qu'il fallait que je fasse, répondit-il simplement.

Ils étaient entrés dans un instant de confidence, aussi étrange que cela pouvait leur paraître.

– Je savais que je devais épouser Astoria bien avant que la guerre soit terminée. Les choses étaient ainsi, voilà tout.

Hermione sembla perdue entre la stupeur et la mélancolie.

– Tu ne t'es pas marié par amour ? interrogea-t-elle.

Il fit non de la tête, conscient que c'était une chose difficile à comprendre.

– Et tu n'as jamais voulu vivre ta vie avec une personne à qui tu tenais vraiment ? Tu n'as jamais rencontré de femme que tu as aimée ?

Pour Hermione, c'était si tragique. Elle qui avait toujours idéalisé le mariage comme la consécration d'une relation amoureuse, le lien ultime entre deux êtres aimés.

– À l'époque, ça ne comptait pas vraiment, finit par répondre Drago. Je voulais juste quitter ce pays et tout ce que j'avais vécu. Et si mes parents avaient décidé que je me marierai avec telle ou telle femme, qu'il en soit ainsi.

– Eh bien, s'exclama Hermione, toi qui me traitais de fataliste tout à l'heure, je vois que tu te défends pas mal non plus !

Ils ricanèrent quand quelqu'un toqua soudainement à la porte. Drago se leva du canapé et quitta le champ de vision de la jeune femme. Elle entendit quelques échanges de voix, la porte se referma et le blond revint avec un grand sac en papier dans les bras et une autre bouteille de vin à la main.

– J'ai commandé asiatique, j'espère que tu aimes ça.

Hermione écarquilla les yeux, ses joues se teintant de rouge.

– Malfoy, c'est… Enfin je ne vais pas rester manger ici, je ferais mieux de rentrer je crois, bredouilla-t-elle.

– Granger, soupira Drago, rassieds-toi et mange ici. Je pense qu'on se supporte depuis le temps et puis tu ne vas pas rentrer te morfondre dans ta chambre d'hôtel, ça serait pathétique. Et par Morgane, enfile cette veste une bonne fois pour toutes avant de finir en glaçon, pesta le blond en ravivant le feu d'un coup de baguette. »

La brune finit par s'exécuter, trop choquée. D'un coup de poignet, elle changea en couverts les baguettes que lui tendit le blond et commença à picorer dans les boîtes en carton de leur repas livré. Elle observa Drago manger son riz avec une dextérité remarquable, maniant les deux petits bouts de bois sans le moindre problème.

Il les resservit une nouvelle fois en vin et engagea la conversation sur le nouveau poste de la jeune femme. Quand elle parlait de son travail au ministère ou de politique en général, le blond remarqua qu'elle plissait les yeux avec sérieux alors que quand leurs échanges s'en allaient vers ses proches et sa famille, son visage s'illuminait d'une étincelle de douceur. Plus la soirée avançait, plus ses pupilles se dilataient sous l'effet de l'alcool et son regard noisette anciennement ravagé par les larmes brillait d'une lueur guillerette.

« Drago, excuse-moi, commença Hermione en se levant, mais il faut que j'utilise tes toilettes.

– Au fond du couloir. Et ne fouine pas dans mon appartement. »

Elle lui sourit pour signifier qu'elle n'oserait pas et ôta sa veste tout en s'excusant. Cela faisait plusieurs minutes déjà que les nombreux verres de vin lui étaient montés à la tête et avaient très efficacement réchauffé son corps. Ou était-ce le feu dans la cheminée ? Elle s'éloigna en titubant légèrement, le regard du blond posé sur son dos, ou plutôt sur le creux de ses reins finement dessinés dans sa robe noire. Ses cheveux relevés en une coiffure sophistiquée laissaient échapper quelques mèches contre sa nuque. Il remarqua même qu'elle portait une broche parmi ses boucles dont la pierre noire était traversée par des reflets argentés.

Une fois qu'elle fut hors de sa vue, Drago s'enfonça dans le canapé, croisant ses pieds sur la table basse recouverte d'emballages. Il ferma les yeux et inspira profondément. Quand il les rouvrit plusieurs minutes plus tard, Hermione se tenait près de la cheminée, le regardant avec ses yeux noisettes. Elle parcourut finalement les cadres qui étaient accrochés là, glissant ses doigts contre la pierre froide de l'âtre.

Il y avait une photo de Drago vers quinze ans dans un costume trop chic pour son jeune âge, une autre à côté du blond entouré de ses deux parents. Il y avait de nombreuses photos de Drago entouré de ses amis qu'Hermione reconnut comme étant Blaise Zabini, Pansy Parkinson et Théodore Nott. Toutes les photographies dataient d'au moins quinze ans, quand ils étaient encore à Poudlard.

Et puis il y avait un triptyque avec un magnifique cadre en argent dans lequel se trouvaient trois photos de Narcissa Malfoy. Celle de gauche était la plus ancienne en noir et blanc, elle y était toute jeune. Sur celle du milieu, elle portait fièrement sa robe de mariée immaculée avec un léger voile relevé sur ses cheveux blonds. Celle de droite enfin la montrait telle qu'Hermione l'avait connue, bien plus âgée, avec un visage strict et froid.

Elle repensa à ce jour où Drago lui avait dit qu'elle était décédée. Elle-même redoutait tant le moment où ses parents disparaîtraient. Mais ce qu'Hermione remarqua également, c'est qu'il n'y avait aucune photo de la femme de Drago, Astoria. Elle eut beau observer avec attention toute la pièce, elle n'en vit pas une seule. Drago la regardait scanner son salon sans rien dire. Il trouvait cela amusant, imaginant très bien les rouages de son cerveau s'activer pour résoudre les mystères qu'elle se posait à elle-même.

La brune déambula jusqu'à un mini-bar qu'elle venait juste d'apercevoir. Elle lança un regard malicieux à Drago qui haussa les épaules, lui signifiant qu'elle pouvait fouiller dans ses boissons. Elle fit l'inventaire de ce qu'elle trouva malgré l'horloge qui indiquait plus de minuit, sortant de temps à autre une bouteille qui l'intéressait. Puis elle en souleva une sans étiquette en fronçant les sourcils et se tourna vers son hôte.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-elle en agitant le liquide cuivré.

– De la liqueur de genièvre. C'est très bon, mais assez traître quand on en abuse.

– Ça sent le vécu, ricana la sorcière.

Elle revint vers la table basse avec quatre bouteilles, bien décidée à goûter chacune d'elle.

– Je te revaudrai ça un jour, dit-elle en leur servant un premier verre.

Le liquide rose très odorant lui indiqua qu'il s'agissait certainement de rhum aromatisé à la framboise.

– À la tienne, lança Hermione, faisant tinter leurs deux verres en regardant Drago dans les yeux.

– À la tienne, Hermione, sourit le blond.

La jeune femme laissa échapper un râle de plaisir qui fit rire le sorcier à ses côtés. Elle adorait vraiment la framboise. Elle débouchonna ensuite la liqueur de genièvre et les servit encore. Elle huma le parfum de cet alcool qui lui donnait envie.

– Cul-sec, conseilla Drago, c'est bien meilleur. »

Hermione le regarda avec un œil rieur et s'exécuta, sentant le liquide descendre dans son œsophage. Elle ouvrit de grands yeux, découvrant avec surprise que c'était bien plus sucré que ce à quoi elle s'était attendue. Et effectivement très bon.

En peu de temps, ils avaient fait la dégustation de nombreuses boissons dans le mini-bar de Drago et les effets de l'alcool s'aggravaient fortement. Hermione regardait le blond gesticuler quand ils évoquaient leur enfance à Poudlard. Il imitait leurs anciens professeurs, se moquait gentiment de leurs anciennes querelles entre maisons. Il la faisait rire. Et plus Hermione riait, plus elle se sentait libérée du poids qu'avait été cette soirée à la tournure désastreuse.

En réalité, elle avait complètement oublié Ron, l'adultère, les disputes, tout. Elle ne pensait qu'à l'instant présent, à la chaleur diffuse dans ses joues, au crépitement du feu et à la voix de Drago qui résonnait dans ses oreilles. Elle laissa glisser son regard le long de son torse, sa chemise blanche dont les premiers boutons étaient négligemment ouverts, laissant voir sa peau pâle et imberbe. Hermione posa une main brûlante sur la cuisse du blond.

« Merci de ne pas m'avoir laissée déprimer ce soir, souffla-t-elle.

Drago posa sa main sur la sienne et la brune pensa qu'il allait repousser son geste, mais il se contenta de serrer ses doigts dans les siens. Merlin qu'il avait les mains froides. Des frissons coulèrent tout le long du dos d'Hermione. Elle n'aurait su dire si c'était ce contact enivrant, le taux excessif d'alcool dans son sang ou la fatigue qui en était à l'origine.

Les frissons convergèrent dans son ventre quand elle plongea son regard brumeux dans les yeux gris et profonds de Drago. Les idées se brouillaient dans son esprit. Elle aurait voulu qu'il dise quelque chose, qu'il bouge, qu'il la réveille de cette sorte de transe étrange dans laquelle l'océan de son regard la mettait. Et il bougea soudain, une main toujours enlacée à la sienne et l'autre montant près de son visage. Retenant sa respiration fébrile, Hermione sentit sa main contre sa joue, caressant sa peau embrasée avec son pouce. Elle ferma les yeux, se laissant envahir par cette chaleur nouvelle quand soudain il se leva d'un bond en s'excusant, brisant cet instant fiévreux et déroutant.

S'enfermant dans la salle de bain, Drago prit de profondes inspirations. Il se pencha sur le lavabo et s'observa dans le reflet du miroir. Ses pupilles dilatées, ses cheveux légèrement en désordre. Il se passa de l'eau glacée sur le visage, cherchant à retrouver ses idées. Qu'avait-il fait et qu'allait-il faire ? Depuis qu'il avait reposé les pieds en Angleterre pour régler ses affaires, il n'avait pas une seule seconde pensé en arriver là. Il baissait sa garde et c'était irresponsable. Granger n'était pas une femme quelconque avec laquelle il comblait ses soirées.

Mais il avait découvert en passant du temps avec Hermione que leurs deux situations étaient bien plus similaires qu'il ne l'aurait jamais cru. Et après ? Il s'agissait tout de même d'Hermione Granger. Il s'aspergea à nouveau avec de l'eau, frottant ses yeux douloureux. Il mit ce qu'il s'était passé sur le compte de l'alcool et se convainquit que rien de tout ce qu'il avait pu imaginer sur ce canapé ne pouvait arriver entre eux deux. C'était presque absurde.

Le jeune homme fouilla dans ses armoires de potions et trouva deux fioles contre la gueule de bois. Il en but une et consentit à sortir de la salle de bain, prêt à clarifier les choses avec la sorcière qui l'attendait. Mais quand il arriva dans le salon, il trouva Hermione allongée sur le canapé, profondément endormie. Ses cheveux détachés à présent se répandaient désordonnés sur ses épaules, barrant son front. Drago fit apparaître une couverture et recouvrit la jeune femme avec soin, déposant quelques précautions sur la table basse qu'il venait de nettoyer.