Passer à autre chose

Hermione ouvrit péniblement les yeux, cherchant à identifier le petit bruit qui l'avait réveillée. Elle saisit le minuscule réveil qui chantait et s'assit quelques instants, souffrant d'un mal de crâne terrible. Il était sept heures trente et elle prit conscience de l'espace qui l'entourait. Peu à peu, elle se remémorait la veille, essayant de déterminer pourquoi elle se réveillait sur un canapé qui n'était pas le sien.

Sur la table basse, elle trouva une potion contre la gueule de bois, un grand verre d'eau, un verre de lait et une tartine de ce qui devait probablement être de la confiture de cassis. Tout était parfaitement ordonné à côté d'un petit mot : « Ne sois pas en retard. », posé sur un tailleur gris sombre parfaitement plié. Bien qu'elle aurait souhaité encore dormir de longues heures, Hermione fut reconnaissante à son hôte d'avoir pris l'initiative de mettre un réveil ainsi que de lui avoir préparé des vêtements. Elle ne pouvait décemment pas se présenter au Ministère en robe de soirée et n'avait aucune envie d'aller à l'appartement récupérer des affaires.

Elle engloutit rapidement le petit-déjeuner malgré son estomac noué et se dirigea silencieusement vers la salle de bain. Faisant face au miroir, elle soupira en constatant l'état peu gracieux dans lequel elle se trouvait. Elle se doucha rapidement et regretta que le tailleur soit composé d'une veste et d'une jupe qui s'arrêtait au-dessus de ses genoux. D'un coup de baguette, elle réordonna ses cheveux et en quelques instants, elle avait complètement fait disparaître les écarts de la veille.

Sortant de la salle de bain, elle s'arrêta une seconde dans le couloir, tendant l'oreille. Il était tôt et elle supposa que Drago dormait toujours, mais elle aurait bien aimé le voir ce matin. Au dos du parchemin, elle inscrivit quelques mots et sortit sans plus attendre. Une fois dans la rue, elle trouva rapidement son chemin.

Quelques instants plus tard, le jeune homme sortit de sa chambre. Il vérifia que la brune était bien partie comme il avait attendu qu'elle le fasse et il se laissa tomber sur le canapé. Il vit sa fine écriture sur le parchemin, « Merci pour tout, H. », le plia en quatre et le mit dans sa poche. Drago savait d'ailleurs qu'il avait besoin d'une cafetière entière avant de se sentir enfin prêt à commencer la journée. Il sirotait sa deuxième tasse de café quand un magnifique hibou vint frapper contre la fenêtre du salon. Le blond détacha la lettre et ses muscles se tendirent alors qu'il déchirait le cachet.

Drago,

J'attendais de tes nouvelles il y a déjà plusieurs jours alors je commence à m'inquiéter. Est-ce que tout se passe bien ? Nous avons appris pour les élections; j'avoue avoir des doutes sur ce que cette femme sera capable de faire. Je pense que l'Angleterre se décrédibilise aux yeux des autres nations en élisant une née-moldue. Enfin, la politique n'est pas le sujet de ma lettre. Comptes-tu rentrer d'ici la fin du mois ? Cette affaire prend bien plus de temps que ce que tu m'avais dit et je n'aime pas te savoir loin de moi. Réponds-moi rapidement, s'il te plaît.

Mes amitiés à Lucius,

Astoria.

Drago serra le papier entre ses doigts crispés. Elle s'inquiétait ? Foutaises, elle voulait juste savoir combien de temps encore elle aurait à attendre pour voir la couleur de ses gallions. Elle et sa jalousie maladive ne supportaient pas de l'imaginer là où elle ne pouvait pas garder un œil sur lui, là où il pouvait s'offrir une partie de jambes en l'air quand il voulait. Quand aux élections, Drago se sentait presque soulagé qu'Hermione ait été élue; il aurait une raison de plus de faire comprendre à sa femme que leurs deux visions du monde différaient en bien des points. Il ricana en imaginant la tête de son père quand il lui passerait ses amitiés, ce qu'il ne manquerait certainement pas de faire.

Il saisit de quoi répondre et se fit expéditif : tout se passait bien et prenait le temps qu'il fallait. Il serait de retour le lendemain.

Hermione parcourait des yeux la liste qu'elle avait établie quelques minutes plus tôt. Elle s'arrêtait sur chaque nom et pesait le pour et le contre. Il fallait qu'elle désigne son remplaçant à la tête du département et elle hésitait. Finalement, joignant son cœur à sa raison, elle fit convoquer dans son bureau qu'elle n'occupait déjà plus la personne de son choix. Une jeune femme aux cheveux mi-longs d'un noir de jais entra timidement. Les lunettes ovales qu'elle portait sur l'avant de son nez lui donnaient un air de bibliothécaire qu'Hermione affectionnait particulièrement.

« Asseyez-vous, Dorine, lui dit gentiment la brune. Je voulais d'abord pour remercier pour l'investissement dont vous avez fait preuve durant la campagne et l'excellent travail que vous avez fourni. Vous m'avez été d'une grande aide.

– Oh, euh… c'était avec plaisir, bafouilla l'employée.

– Je suis très sincère, reprit Hermione. Vous avez toujours été impliquée et votre travail est irréprochable depuis bien des années. C'est pour cela que j'aimerais que vous preniez ma place à la tête du département de la Justice magique. Je suis certaine que vous êtes hautement qualifiée pour ce poste.

Le visage de Dorine passa du blanc pâle au rouge écarlate en quelques secondes.

– Je… C'est vraiment trop, Madame la Ministre, bredouilla-t-elle impressionnée.

– Écoutez, déclara Hermione d'un ton grave, si j'ai fais appel à vous pour me seconder pendant ce dernier mois et si je vous convoque aujourd'hui c'est que je suis convaincue que vous êtes de taille. Vous avez de l'ambition et avez largement les capacités de vous imposer dans ce Ministère. Je vous laisse réfléchir, mais j'espère pouvoir compter sur vous.

Sur sa chaise, Dorine se redressa et inspira un grand coup, remontant ses lunettes sur son nez.

– C'est un honneur que vous me faites, dit-elle enfin. Et je ne vous décevrai pas. »

Hermione sourit franchement et se leva, contournant le bureau pour serrer avec entrain la main de la jeune femme. Elle la félicita et l'invita à la retrouver l'après-midi dans son nouveau bureau pour faire le point sur son rôle. Quand elle fut enfin seule, Hermione finit d'empaqueter ses dossiers et ses effets personnels et quitta la pièce pour la dernière fois. Assise sur son nouveau fauteuil, elle voyait le bureau du Ministre bien plus grand. Elle était souvent venue là, surtout ces dernières semaines, mais s'asseoir à cette place lui donnait réellement conscience de sa nouvelle position.

La fin de matinée lui accorda un peu de répit et la sorcière s'attela à son plus gros problème : trouver un appartement le plus rapidement possible. Elle lista les critères qui comptaient le plus pour elle et contacta les deux agences immobilières les plus réputées du Chemin de Traverse. Son nom aurait suffit à lui obtenir une résidence sur la lune et on se plia en quatre pour lui proposer les meilleurs logements sur le marché.

Les deux agences lui envoyèrent immédiatement leurs propositions et Hermione les étala sur son bureau, cherchant à faire un premier tri. Quelqu'un toqua à la porte et la jeune femme sursauta, surprise par la voix qui semblait s'élever directement du bois sombre et qui annonça « Harry Potter ». Elle se souvint alors que Kingsley lui avait parlé de cette petite spécificité du bureau.

Elle invita le visiteur à entrer et se dit qu'elle était finalement heureuse de le voir. Le brun s'avança pour l'embrasser et la saluer.

« Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il en pointant les dossiers immobiliers.

Hermione soupira. Elle avait essayé de reléguer les événements de la veille le plus longtemps possible, mais il fallait qu'elle en parle à Harry. Il fallait qu'elle vide son sac.

– C'est fini avec Ron, finit-elle par soupirer en l'invitant à s'asseoir près d'elle.

– Vous vous êtes encore disputés ? Peut-être que vous pouvez arranger ça, tenta le sorcier.

– Non, Harry. Je sais que ça te peine aussi qu'on en soit arrivés là, mais il n'y a plus rien à arranger maintenant.

La brune se passa une main sur le visage, cherchant du courage.

– Ron m'a trompée hier soir alors qu'on devait fêter nos dix ans, articula-t-elle, la gorge nouée.

Son meilleur ami resta coi un instant, trop surpris et choqué par ce qu'il venait d'entendre.

– Mais Ron ne ferait jamais…

– Je l'ai vu, coupa Hermione le visage déchiré par la douleur de ses souvenirs. On s'est disputés, je suis partie. Je pense que ça fais longtemps qu'il ne m'aime plus et il est temps qu'on arrête le tir. Je ne veux pas que Rose et Hugo subissent tout cela. »

Harry n'osa rien répondre, posant une main réconfortante sur l'épaule de la jeune femme. À nouveau, quelqu'un toqua et la voix de la porte brisa le silence. Hermione se leva d'un bond en entendant le nom de Ron, la colère montante. Il toqua une deuxième fois comme aucune réponse n'était parvenue depuis plusieurs minutes. La brune se dit qu'il allait bien falloir qu'ils aient une dernière discussion et le plus vite serait le mieux.

« Entre ! cria-t-elle à travers la pièce.

Quand elle vit son visage à quelques mètres d'elle, Hermione sentit la haine l'envahir. La haine et la déception. Son regard penaud la dégoûtait, ses épaules affaissées lui donnaient envie de le frapper. Le rouquin s'avança alors qu'Harry se levait.

– Je ferais mieux de vous laisser, souffla-t-il.

– Non, Harry, reste, dit Hermione fermement, Ron ne sera pas long.

Le brun se fit petit dans un coin alors que Ron arrivait près du bureau.

– Hermione, commença-t-il avec hésitation. Je suis désolé , un millier de fois désolé. Je n'aurais jamais dû te faire ça, nous faire ça. Je n'essaie pas de me trouver des excuses, mais ces derniers temps, notre relation n'a pas été très heureuse et j'ai été faible de trouver du réconfort ailleurs. Je t'en supplie, pardonne-moi et reviens, j'étais mort d'inquiétude toute la nuit. Reviens à la maison, c'est ce que tu comptais faire, non ?

La brune sentit son cœur se serrer. C'était si difficile de ressentir autant de rage contre quelqu'un qu'elle croyait aimer aussi fort.

– Ron, j'aimerais que tu réfléchisses à ce que tu viens de dire et à ce que tu me demandes, répondit-elle. Comment veux-tu que je revienne vivre avec toi après ça ? À quel moment est-ce que tu peux t'imaginer que je réussirai à dormir dans ce lit à nouveau ? Je n'arrive même plus à te regarder sans avoir envie de vomir ! s'écria-t-elle en craquant complètement.

Le roux était réellement affecté par cette dispute dont l'issue semblait inévitable. Plus il regardait le visage triste et furieux de son interlocutrice, plus il se sentait envahi par l'horreur et le désespoir. Il se dégoûtait lui-même.

– Je suis désolé.

– Est-ce que tu te rends compte de ce que ça fait ? interrogea Hermione la voix brisée. Comment pourrais-je seulement savoir que tu ne vas pas recommencer si je reviens ?

– Je ne recommencerai jamais ! s'exclama le roux en relevant la tête.

– Mais tu n'aurais même jamais dû y penser ! hurla Hermione. Et pourtant tu l'as fais, trois fois !

La jeune femme saisit le premier objet à portée de sa main et le lança avec force dans la direction de son mari. Ron évita de justesse le presse papier en laiton qui s'écrasa contre la porte.

– Trois fois, Ron ! Dans notre appartement, dans notre chambre et où sais-je encore ! Tu me dégoûtes.

La jeune femme bouillonnait et elle dût prendre quelques grandes respirations pour se calmer un peu.

– Je vais déménager dans le week-end, asséna-t-elle froidement. Jusqu'à ce que j'ai récupéré toutes mes affaires, je resterai chez mes parents. On mettra en place une garde alternée pour les enfants. Je ne veux plus te voir.

– Hermione… murmura le rouquin en déglutissant difficilement.

– Je veux que tu sortes de mon bureau et je ne veux plus te voir. Le jour où tu auras pleinement pris conscience de ce que tu as fais et que tu auras suffisamment réfléchi, on pourra peut-être en reparler.

C'était brutal, mais Hermione n'arrivait pas à envisager les choses différemment.

– Adieu, Ron, conclut-elle alors que les larmes lui montaient aux yeux. »

Elle se détourna pour lui signifiait qu'il fallait qu'il parte. Ron chercha le visage de Harry mais il ne trouva pas de réconfort ou de soutien dans le regard de son meilleur ami ce matin-là, et il comprit que son erreur avait été bien pire que tout.

Quand le rouquin eut refermé la porte derrière lui, Hermione éclata en sanglots. Elle se laissa tomber sur son fauteuil alors qu'Harry accourait pour la serrer dans ses bras. Le brun ne cessait de se repasser la dispute à laquelle il venait d'assister, ne pouvant croire que le désastre avait été si total. Il ne pouvait pas croire que Ron avait été jusqu'à commettre une telle faute, faisant souffrir sa meilleure amie et endommageant à jamais les liens qui les unissaient tous, eux trois et toute la famille Granger-Weasley.

Hermione passa plusieurs heures jeudi et vendredi soir avec des agents qui lui faisaient visiter toutes sortes d'appartements jusqu'à ce qu'elle en trouve un vraiment à son goût. Il remplissait tous ses critères; le quartier était très tranquille, à quelques pas du Chemin de Traverse et entièrement meublé. Le salon et la cuisine ouverte étaient très accueillants, toutes les pièces étaient très lumineuses et la chambre pour les enfants se trouvait juste à côté de la sienne. En plus de tout, elle se trouvait au troisième étage et la vue rasante de Londres était époustouflante, surtout le soir avec le soleil descendant.

Mais mieux que tout, elle avait une baignoire. C'était son grand regret dans l'autre appartement de ne pas pouvoir se détendre dans un bain brûlant à la fin d'une rude journée de travail. Faisant un dernier tour du lieu, elle se rendit pleinement compte qu'ici elle serait chez elle, dans son cocon, prête à tout reconstruire pour être heureuse. En quelques signatures, l'appartement était à son nom. Son nom, Hermione Granger, qu'elle allait certainement retrouver bientôt.

Elle était passée chez son avocat pour récupérer les formulaires de divorce. Elle avait rempli sa partie, mais n'arrivait pas à aller plus loin. La brune savait qu'elle avait besoin de réfléchir, de laisser passer un peu de temps pour faire les choses bien. Et elle n'avait pas du tout envie de reparler avec Ron, ni de divorce ni d'autre chose.

Hermione se promena dans la rue quelques minutes et une étrange sensation de déjà-vu s'installa en elle. Pourtant, elle était presque certaine de ne jamais être venue dans ce quartier avant. Elle haussa les épaules pour elle-même et rentra chez ses parents pour dîner. Ce soir, il allait falloir qu'elle leur explique tout.

« Oh, ma chérie, c'est vraiment terrible, déplora sa mère quand elle leur annonça ce qu'il s'était passé.

– Je suis très déçu, grogna son père. Je ne pensais pas Ron capable de te blesser à ce point. Il n'a pas intérêt à remettre les pieds ici.

– Tu as raison de te prendre un appartement. Il ne faut pas rester ensemble quand les choses ne vont plus, l'encouragea sa mère. Nos voisins en Australie sont des gens charmants, mais ils n'arrêtent pas de se disputer et depuis des années ! Je soupçonne le mari d'aller voir ailleurs aussi, mais il me semble qu'ils se sont mis d'accord ou quelque chose du genre. Mais quand même, quel exemple font-ils pour leur enfant ?

Hermione sourit faiblement. Sa mère avait toujours l'habitude de parler beaucoup pour combler le silence quand quelque chose de malheureux se produisait. Elle avait le don de changer de sujet ou de dévier la conversation pour ne plus penser au drame et la jeune femme lui en était reconnaissante.

– On se disputait déjà depuis longtemps avec Ron. Maintenant j'ai une bonne raison de partir, souffla-t-elle finalement, la voix brisée. Je ne veux pas de ça pour Rose et Hugo.

– On sera toujours là pour toi, ma chérie, la rassura son père avec un baiser sur le front.

– Je vais récupérer les enfants la semaine prochaine, expliqua Hermione. Si vous voulez rentrer en Australie, je ne veux pas vous retenir.

– Nous verrons, nous verrons, sourit sa mère en allant chercher un peu de thé. »

Les mois qui suivirent furent plutôt intenses. Le poste de Ministre offrait en réalité plus de temps à Hermione que celui de directrice puisque comme cela avait été son souhait, elle pouvait déléguer une partie de son travail. Après quelques temps aussi, elle pouvait sortir seule sur le Chemin de Traverse sans se faire envahir par des journalistes ou des passants curieux, ce qui lui changeait grandement la vie. La pression médiatique n'avait jamais été très agréable.

Ses parents rentrèrent finalement en Australie, mais Hermione se rendit compte que sa séparation avec Ron lui avait enlevé un énorme poids. Elle refusait catégoriquement de le voir et si elle s'arrangeait pour ne pas être dans la même pièce que lui au travail, cela posait souvent problème lors des repas de famille qu'elle évitait la plupart du temps. Toute cette histoire planait sur son quotidien désormais comme une ombre de nostalgie. Celle d'un temps révolu auquel il fallait tourner le dos.