Bonjour !
Après le chapitre un peu plat de la semaine dernière qui servait de charnière à l'histoire, nous revoilà dans l'action avec nos deux sorciers qui se retrouvent.
Bonne lecture !
Merci à Whimsikal.
Vacances et discussions
13 juillet 2015
« Hugo, donne la main à ta sœur et ne vous éloignez pas, clama Hermione par-dessus le bourdonnement constant de la zone de transit où leur porte-au-loin les avait menés.
– Bonjour, puis-je voir vos papiers d'identité ? demanda une sorcière derrière le poste de contrôle que la famille avait atteint.
Hermione lui tendit tout et se délecta un instant de la réaction toujours exagérée des gens qui lisaient son nom.
– Je vous prie de bien vouloir me suivre, Madame la ministre. »
En quelques minutes, ils étaient sortis de l'immense bâtiment où tous les voyageurs arrivant et partant d'Australie devaient se rendre. Comme Ginny le lui avait conseillé, Hermione avait réussi à justifier son déplacement par plusieurs raisons professionnelles et elle était bien contente de pouvoir souffler un peu. Enfin, souffler était un bien grand mot puisque sur la semaine qu'elle avait prise, elle allait passer trois jours entiers en conférences et réunions au Parlement magique d'Australie.
Pendant le trajet jusqu'à chez ses parents, la jeune femme ne cessait de penser à Drago et au fait que Harry lui avait assuré qu'il avait engagé toute la procédure pour déménager. Il y avait donc peu de chances qu'elle le voie puisqu'un déménagement sorcier était en réalité assez rapide, surtout quand il était supervisé par des employés du Ministère. Et effectivement, quand elle descendit du taxi alors que ses enfants se jetaient contre la porte de leurs grands-parents en sonnant à tout va, elle constata que le jardin et la maison d'à côté étaient vraisemblablement vides.
Tom et Michelle les accueillirent avec joie et ils rentrèrent se mettre à l'abri du lourd soleil d'été. La journée du dimanche se déroula calmement et Hermione la passa quasiment entièrement dans le jardin, allongée en paréo sur une chaise longue, à lire. Parfois, elle s'asseyait dans l'herbe et jouait avec Hugo, faisant voler ses figurines de dragon et courir ses centaures, ou bien elle relisait les devoirs d'été de Rose qui s'acharnait après sa réussite scolaire.
Parfois, simplement, elle fermait les yeux derrière ses lunettes de soleil, profitant de la chaleur et du repos que le quartier tranquille lui offrait. Alors que sa mère lui apportait un verre de thé glacé, elle jeta un œil vers l'habitation voisine. Les jardins des deux maisons n'étaient séparés que par un petit sentier en dalles, aussi, elle avait la vue sur l'ensemble de la bâtisse.
La grande façade grise était percée de multiples fenêtres dont les rideaux blancs à l'intérieur reflétaient fortement la lumière. La grande allée devant était encadrée par des haies parfaitement taillées avec de petites fleurs blanches à leurs pieds. Tout paraissait si calme, silencieux. Si vide. Hermione se disait qu'à chaque fois qu'elle était venue rendre visite à ses parents, elle avait toujours vu cette maison ainsi. Jamais elle n'aurait pu se douter que Drago y avait vécu si longtemps.
Un des rideaux bougea soudainement et la brune crut voir passer une ombre. Elle se redressa brusquement et tira ses lunettes de soleil sur son nez pour observer plus attentivement, mais rien ne semblait s'être passé. Elle avait dû le rêver, mais profondément dans son esprit, elle comprenait qu'elle aurait aimé le voir et lui parler pour éclaircir les choses. En réalité, leur dernière entrevue brutale lui laissait un sentiment doux-amer. Elle se souvenait de cette colère terrible qui l'avait envahie, mais regrettait en fin de compte d'avoir rompu le peu de choses qu'ils avaient partagées en quelques semaines.
Le lendemain matin, Hermione passa de longues heures dans le bureau de son père pour relire une énième fois les dossiers qu'elle avait apportés avec elle et préparer au mieux l'entrevue avec le dirigeant magique australien du jour suivant. Elle rectifia de nombreux points dans le discours qu'elle ferait devant le Parlement magique le mercredi, souhaitant être irréprochable. Elle laissa son regard voguer par la fenêtre le temps d'un instant et ouvrit de grands yeux.
Trois hommes en uniforme du Ministère faisaient des aller-retours devant la maison mitoyenne. Elle les observa pendant un moment jusqu'à ce que l'un deux s'arrête près de la porte d'entrée. La fenêtre du bureau ne lui permettait pas de la voir entièrement, mais elle put discerner la porte qui s'ouvrait et une silhouette sur le palier qui serrait la main de l'homme qui se tenait-là. Ce dernier rejoignit ses collègues et ils disparurent dans la rue.
Peut-être que Drago n'avait pas encore déménagé, ou peut-être qu'il était justement en train de le faire. S'il était là, Hermione devait le voir. Elle sentit son cœur s'accélérer en terminant fébrilement son travail pour le lendemain. Lorsqu'enfin, elle rangea ses parchemins, elle descendit les escaliers rapidement. Attrapant son chapeau en passant, elle sortit et traversa les jardins jusqu'à arriver dans l'allée. Pas un bruit ne s'élevait de la maison vers laquelle elle marchait, pas un mouvement. Un instant, elle se dit qu'elle avait tout imaginé.
Elle frappa trois coups secs contre la porte, attendant nerveusement. Au bout d'un temps qu'elle trouva interminable, la porte s'ouvrit et l'estomac de la jeune femme tomba dans ses sandales. Muette, elle posa son regard sur le petit garçon qui se tenait droit devant elle. Il n'y avait aucun doute possible, cet enfant était un Malfoy. Parfaitement habillé d'une chemise immaculée et d'un pantalon sombre, ses cheveux blond pâle rangés en arrière et ses yeux gris; Hermione avait l'impression de voir Drago à une autre époque. Elle fit alors le rapprochement avec la photographie dans le dossier qu'avait Harry; c'était Scorpius.
« Bonjour, Madame, fit-il poliment.
Sa posture droite, ses mains croisées dans son dos, la brune était déroutée par son attitude si peu commune à un enfant de moins de dix ans.
– Bonjour, répondit-elle enfin, est-ce que tes parents sont à la maison ?
– Mère, s'exclama Scorpius en se retournant, il y a une dame pour vous.
Quelques instants plus tard, une grande brune arriva derrière l'enfant. Elle portait une robe fourreau bleu nuit qui enserrait sa taille de guêpe et des chaussures à talons aiguilles vertigineux. Son regard azur perçant détailla sans retenue l'intruse. Hermione se sentit gênée par son observation; son haut d'été et son short en lin détonaient avec les vêtements à trois cent gallions de cette famille.
– Va attendre dans le salon, Scorpius, ordonna sa mère d'une voix ferme et douce en même temps. Bonjour, Madame la Ministre. Votre visite était loin d'être attendue. Astoria Malfoy, ajouta-t-elle, que puis-je pour vous ?
Hermione sentit son cœur se serrer. Elle trouvait sa présence désormais bien ridicule.
– Bonjour. J'aurais souhaité parler à Drago Malfoy, répondit-elle avec une assurance feinte.
– J'espère sincèrement que cela n'a pas de rapport avec le déménagement. Nous devons partir aujourd'hui et c'en est assez des procédures administratives du Ministère, pesta Astoria en pinçant les lèvres dans une hatitude d'agacement et de supériorité. »
Hermione pensa qu'elle avait la même tête que toutes les aristocrates imbues qu'elle avait croisées dans sa vie. Elle la suivit et alors qu'Astoria lui demandait de patienter dans un petit salon vide, la Ministre se demandait si elle était née avec des talons vissés aux pieds tant sa démarche était calculée. Il avait fallu de nombreux mois pour qu'Hermione commence à se sentir à l'aise dans ses escarpins de travail dont les talons étaient bien plus courts.
Attendant là où la maîtresse de maison l'avait laissée, la jeune femme fit le tour de la pièce d'un coup d'œil. Tout, de l'écritoire en acajou au tapis en passant par le divan, respirait le luxe. L'ameublement était étonnamment moderne et assez monotone puisque les camaïeux de couleurs restaient dans les gris et bleus où qu'elle posât les yeux.
« Qu'est-ce que tu fais ici, Granger ? cracha Drago en arrivant derrière elle.
Hermione se retourna pour faire face à son regard orageux et sévère. Non, elle ne supportait définitivement pas qu'il la regarde comme cela. Elle avait l'impression que tous les efforts de bonne entente avaient été vains et que c'était à moitié sa faute.
– Je… commença-t-elle en faisant un pas vers le sorcier.
Drago ferma la porte du salon pour que leur discussion ne s'ébruite pas.
– Pourquoi, Granger ? Pourquoi est-ce que tu m'emmerdes constamment ? Tu es incapable de passer au-delà de tes préjugés arriérés, de voir que tout n'est pas comme tu l'as toujours imaginé. Incapable d'admettre que tu te trompes.
Hermione encaissa les reproches.
– Tu as exigé que je sorte de ta vie et comme tu le vois, ce n'est pas très difficile, reprit Drago. Alors sors d'ici et oublie le reste.
La jeune femme se redressa et planta son regard dans le sien.
– Non, lâcha-t-elle sèchement. Je ne partirai pas avant de t'avoir parlé et je ne vais certainement pas oublier ce qu'il s'est passé.
Drago la regarda durement, mais ne dit rien de plus.
– Écoute, reprit Hermione, ce n'est pas la première fois que je te juge mal et j'en suis encore désolée. Mais il faut que tu comprennes que j'ai été très mécontente d'apprendre tout si tard et que ma réaction était à la hauteur de mes craintes.
– Mais encore une fois, rétorqua le blond, tu t'es méprise et tu m'as accusé des pires choses.
– Je sais, soupira la sorcière en comprenant son allusion aux rangs de Voldemort. C'était injuste de ma part et déplacé.
Drago l'observa avouer ses torts, se demandant s'ils étaient condamnés à se disputer et à s'excuser constamment. Ne pouvaient-ils pas simplement avoir une relation cordiale ?
– Tu rentres en Angleterre ? demanda Hermione doucement.
– Oui, le porte-au-loin part dans une heure.
– Vous allez emménager dans ton appartement ?
– Non, au manoir.
Le silence dura quelques instants. Le blond voyait dans les yeux de la jeune femme la lueur caractéristique qui signifiait qu'elle avait encore envie de poser des questions. Drago se disait aussi qu'elle ressemblait à une touriste égarée avec son short beige et ses lunettes de soleil à la main. C'était bien différent des jours où elle portait ses tailleurs stricts. Il la trouvait plus naturelle, plus sereine peut-être, comme la veille quand elle se reposait sur la chaise longue dans le jardin.
– Pourquoi est-ce que tu ne m'as jamais dit que tu avais un fils ?
Drago lui sourit, pour la première fois depuis qu'ils s'étaient quittés avec perte et fracas dans le bureau de Harry.
– Tu aurais aimé le savoir ?
– Je ne sais pas, souffla Hermione. Je crois que je ne t'ai jamais imaginé avec un enfant. Je ne te voyais même pas marié. Ça faisait partie du mystère.
Elle sourit en ajoutant :
– Et j'aime bien le mystère : il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir.
Drago sourit également.
– Tu sais que tu es une vraie casse-pieds à mener des interrogatoires tout le temps, lança-t-il. Blaise n'arrête pas de me bassiner comme quoi il faut que tu sortes plus souvent avec nous, mais il ne se rend pas compte de ce que c'est que te fréquenter.
– Arrête, je ne suis pas si pénible ! pouffa Hermione en lui poussant doucement le bras.
– Bien sûr que si ! Et c'est bien pire quand tu as bu, s'exclama Drago en ricanant.
– Oh ! Tu exagères ! râla la brune en croisant les bras. »
Ils rirent tous les deux, soulagés de réussir à se parler sans se crier dessus. Pendant de longues minutes, ils restèrent là sans un mot, à se regarder simplement. Aucun des deux ne l'aurait avoué, mais ils s'étaient en quelque sorte attachés aux moments qu'ils passaient tous les deux. Pour chacun, il s'agissait de respirer quelques minutes autour d'un déjeuner ou d'un thé, sortir de la routine quotidienne et de la pénibilité de leurs situations maritales respectives.
Ils se retournèrent comme un seul quand ils entendirent toquer à la porte, brisant l'instant. Drago s'en alla ouvrir et soupira.
« Nous ferions mieux de nous préparer à partir, conseilla Astoria, le porte-au-loin part dans moins d'une demi-heure.
– J'arrive, répondit le blond en lui faisant signe de l'attendre plus loin.
Il se détourna et se rapprocha d'Hermione qui attendait plus loin dans le salon.
– Crois-tu qu'on pourra se fréquenter sans se trouver des excuses pour se détester ? demanda-t-il en plantant son regard gris dans celui de la jeune femme.
– Peut-être bien, sourit-elle en posant une main sur son bras. Je l'espère sincèrement, Drago.
Il attrapa sa main avec ses doigts fins et froids et Hermione sentit le frisson de son contact remonter son bras. Il approcha sa main de sa bouche et y déposa ses lèvres avec raffinement, embrasant la peau de la brune qui rougit légèrement.
– Alors à bientôt à Londres, lui dit-il avec un sourire sincère. »
Il la raccompagna à la porte et une fois qu'elle fut loin, il fit face au regard plein de reproches de sa femme. Il savait qu'elle avait dû compter les minutes pendant lesquelles il était resté enfermé avec Hermione dans le salon, trépignant de ne pas pouvoir s'assurer qu'ils ne faisaient que parler. Drago trouvait la jalousie attirante chez certaines femmes qui lui exprimaient une réelle affection, mais chez Astoria, c'était une jalousie maladive qui pesait beaucoup sur sa patience.
« Que pouvait-elle bien te vouloir ? finit-elle par grincer en attrapant son sac à main.
– Rien qui puisse te concerner, rétorqua Drago, peu surpris qu'elle n'ait pas pu se retenir plus longtemps.
– Alors cette Lauren Skeeter avait raison, tu n'en avais pas assez avec les autres et te voilà avec la Ministre, rien de moins.
Astoria le regarda en pinçant les lèvres, le fusillant avec ses yeux bleus.
– Tu n'as vraiment rien de mieux à faire que croire les âneries de la Gazette, cingla le blond agacé. Et bien que cela ne soit pas tes affaires, la relation que j'entretiens avec la Ministre est purement professionnelle.
– Ce sont mes affaires parce que je suis ta femme ! s'exclama Astoria piquée à vif.
Derrière eux, Scorpius arriva timidement.
– Père, je suis prêt à partir, dit-il alors que sa mère embaumait la colère.
– Viens par-là, mon bonhomme, sourit Drago en se détournant complètement d'elle.
Il s'agenouilla près de son fils et lissa le col de sa chemise avec fierté. S'il y avait une unique chose pour laquelle il était reconnaissant envers Astoria, c'était de lui avoir donné cet enfant parfait. Il aurait tout donné pour lui, tout fait.
– Allons-y. »
Il se releva et quitta la maison, Scorpius à sa suite. Derrière eux, Astoria laissa tomber le masque. Elle jeta un dernier regard au jardin dans lequel elle voyait la famille Granger se préparer à déjeuner. C'était réellement dur de se savoir trompée à chaque occasion et dur de savoir que le monde sorcier entier était au courant. Quand elle avait rejoint Drago après la guerre, la grande brune avait espéré que son mariage pourrait être heureux, ou au moins supportable.
Mais elle s'était vite rendue à l'évidence que les déceptions ne feraient que s'enchaîner. Drago avait déménagé en Australie, l'obligeant à faire de même, à se couper du monde et de sa famille. Ils s'étaient mariés rapidement et Astoria avait compris que l'amour ne serait pas de la partie. Elle-même n'était pas amoureuse de Drago, mais elle était attachée à lui parce qu'ils avaient grandi en se fréquentant régulièrement. Elle n'était pas insensible à son charisme et l'idée d'entrer dans la lignée Malfoy suffisait à rendre la chose moins pénible.
En réalité, elle avait cessé d'espérer avoir son affection bien avant de tomber enceinte de Scorpius. Mais au moins, il ne couchait qu'avec elle à ce moment-là. Désormais lorsqu'il la touchait, ce qui devenait de plus en plus rare, elle ne pouvait s'empêcher de penser aux autres femmes avec qui il avait eu les mêmes gestes, les mêmes paroles. Elle devenait une femme quelconque dans ses bras qu'il pouvait comparer avec son tableau des conquêtes éphémères.
Astoria s'efforça de lever le menton en redressant son buste. Elle pinça les lèvres et planta son regard dans l'horizon. S'il ne voulait plus d'elle comme amante, elle restait tout de même sa femme et n'était pas prête à laisser sa place. Elle aurait son mot à dire quo qu'il fasse et ne se laisserait pas marcher sur les pieds. Ils rentraient tous les trois en Angleterre et elle allait enfin pouvoir s'imposer dans l'aristocratie. Parmi les grands, où se trouvait sa place de Madame Malfoy.
