"Le regret est une seconde erreur", R. Latarjet
9 août 2015
Hermione déposa les deux tartes qu'elle avait préparées sur la table de la terrasse et rejoignit Harry dans la cuisine. Il faisait un temps magnifique et ils finirent de mettre la table, enjoignant tous les enfants à venir les y rejoindre. Ginny se chargea de servir tout le monde et ils déjeunèrent dans la joie et la bonne humeur. À la fin du repas, Harry s'en alla s'asseoir dans le jardin pour expliquer les règles de la bataille explosive aux garçons qui trépignaient d'avoir une nouvelle raison de se chamailler. Rose et Lily étaient occupées dans le petit carré de terre battue de cette dernière, rempotant quelques fleurs dont un plant de géranium dentu offert par Neville pour son anniversaire.
« Je ne sais vraiment pas ce qu'on va faire de cette plante, se plaignit Ginny en les regardant faire. Tant qu'il est petit, il est inoffensif, mais dès qu'il va se mettre à nous mordre, on va devoir le ramener à Neville.
– Ce n'est pas le cas pour l'instant, la rassura Hermione, le plant est vraiment tout petit. Avec un peu de chance, il ne sera vraiment agressif que quand elle partira à Poudlard donc elle pourra le lui rendre elle-même et le regarder grandir dans les serres.
La brune se servit un verre d'eau et laissa son regard se perdre dans le ciel derrière ses lunettes de soleil.
– Gin', reprit-elle après un long moment d'hésitation, je peux te poser une question ?
La rouquine hocha la tête.
– Tu as déjà couché avec un homme et regretté après ?
Un large sourire s'étira sur le visage de Ginny dont l'excitation était montée en flèche.
– Raconte-moi tout ! s'exclama-t-elle. Qui, quand, comment ?
– Je crois qu'il vaudrait mieux qu'on rentre, souffla Hermione.
– Oh Merlin, quelque chose de secret. J'adore !
Ginny entra en trottinant dans le salon, trépignant de curiosité.
– Allez, raconte ! dit-elle en se laissant tomber sur le canapé. Et pour répondre à ta question, non je n'ai jamais regretté, que ce soit avec Dean ou avec Harry évidemment.
Hermione s'assit à côté d'elle, cherchant les mots appropriés.
– Eh bien…, commença-t-elle avant de s'arrêter.
– Hermione ? fit sa meilleure amie en inclinant sa mine interrogatrice en avant.
– J'ai couché avec un homme et je regrette, voilà.
– Jusque là j'avais compris. Pourquoi est-ce que tu regrettes ?
– Je ne sais pas vraiment, je me sens coupable vis-à-vis de Ron et de sa femme, surtout par…
– Attends, coupa la rouquine, il est marié ?
Hermione hocha la tête, penaude.
– Eh bien, Madame la Ministre, je vois que tu te dévergondes, se moqua gentiment Ginny.
– Justement, je ne suis pas comme ça ! s'exclama Hermione pour se défendre. C'est horrible… J'ai reproché à Ron ce que j'ai fait ensuite, c'est horrible, répéta-t-elle en enfermant son visage dans ses mains.
– Mione, ce n'est pas horrible, rétorqua Ginny. Les deux situations sont différentes. Ron t'a trompée plusieurs fois et maintenant vous n'êtes plus ensemble. Tu as peut-être couché avec un homme marié, mais je suis certaine que tu ne l'as pas fait juste comme ça.
Hermione soupira, se passant une main fébrile dans les cheveux.
– Si tu savais, Ginny…
– Qui c'est ? demanda la rousse.
Sa meilleure amie lui lança un regard désespéré, apeurée d'avouer le nom de celui qui hantait son esprit. Ginny lui adressa un regard appuyé de curiosité. Elle pouvait le lui dire, après tout, elles se disaient toujours tout depuis qu'elles se connaissaient.
– C'est Drago, murmura-t-elle si doucement que la rouquine eut du mal à entendre distinctement.
– Drago Malfoy ? répéta-t-elle en ouvrant de grands yeux.
Ginny pouffa en se levant.
– Je n'y crois pas, gloussa-t-elle. Pour être marié, ça il l'est ! Avec la femme la plus cocue de Londres. Je te l'avais bien dit qu'il couchait à droite à gauche, ajouta-t-elle, un doigt pointé vers son amie.
– Ginny, s'il te plaît, arrête de faire la mégère. Je suis déjà suffisamment mal comme ça.
– Mais pourquoi exactement ? demanda la rousse en se rasseyant sur le canapé.
– Parce que c'est la pire des choses à faire !
– Hermione, essaie de remettre les choses à leur place. Si tu culpabilises vis-à-vis de Ron, je pense que tu te fais du mal pour rien. Vous êtes séparés depuis près de quatre mois et tu ne lui dois rien. Si tu culpabilises vis-à-vis d'Astoria, je suis certaine que tout n'est pas juste blanc ou noir. Si Malfoy se comporte comme il le fait c'est qu'il ne doit certainement pas nager dans le bonheur chez lui. Ce n'est peut-être pas une excuse pour tromper sa femme, mais c'est une raison atténuante qui est présente dans bien d'autres couples.
Hermione soupira une nouvelle fois. Elle était soulagée d'en avoir parlé avec sa meilleure amie, elle comprenait aussi le raisonnement qu'elle venait de tenir, mais il allait lui falloir du temps pour accepter ce qu'elle avait fait. Si elle l'acceptait un jour.
– Et sinon, reprit Ginny avec un sourire malicieux, c'était bien ?
La brune la regarda de travers en rougissant.
– C'était trop bien, avoua Hermione comme si c'était une faute. Trop dans le mauvais sens du terme. C'était meilleur que tout ce que j'ai connu. Je l'ai même comparé avec Ron ! Je suis une horrible personne.
– Par Morgane, Hermione ! geignit Ginny. Arrête de te faire des nœuds au cerveau ! Tu n'es certainement pas une horrible personne parce que tu as eu du plaisir avec un homme qui n'était pas ton petit-ami. Mais si vous recommencez, tu me raconteras, pas vrai ?
Hermione lui lança un regard offusqué alors que Ginny riait en se relevant.
– Allez, viens, on ferait mieux d'aller voir si Harry n'a pas grillé les sourcils de nos enfants avec ses jeux de cartes. »
La Ministre la suivit dehors et pendant toute l'après-midi qu'elle passa chez les Potter, elle réussit finalement à ne plus penser à ce qu'il s'était passé deux jours plus tôt et fut reconnaissante à Ginny de ne pas lui en reparler.
29 août 2015
Pendant toute la fin du mois d'août, Hermione s'était attelée avec persévérance à préparer la rentrée de septembre. Peu à peu, les employés rentraient de vacances; il fallait reprendre les dossiers les plus importants, remettre toute la machine en marche. La Ministre mettait un point d'honneur pour que tout soit irréprochable et que l'Angleterre magique soit un exemple d'efficacité.
Elle avait reçu une lettre de Ron, deux semaines plus tôt, qui lui demandait la permission d'amener les enfants en vacances sur sa semaine également. Elle s'était donc dévouée à son travail pendant ces quinze jours de solitude. La brune n'avait quasiment vu personne, excepté les Potter évidement avec qui elle dînait de temps à autre, mais cette sorte d'isolement lui avait aussi permis de digérer ce qu'il s'était passé avec Drago.
Hermione ne l'avait plus revu, pas plus qu'elle ne lui avait parlé. Et malgré tout ce qu'elle s'évertuait à penser, elle se rendait bien compte qu'elle déplorait que les choses se soient passées comme ça. Elle ne serait pas allée jusqu'à dire qu'elle était triste, mais… si, en fait, elle était un peu triste de ne plus pouvoir simplement lui envoyer un parchemin pour l'inviter boire un verre, de ne plus pouvoir envisager le revoir sans arrière pensée.
Elle était peut-être un peu triste aussi à l'idée que l'étincelle de bonheur et de plaisir à laquelle elle avait goûté était un fruit défendu. La jeune femme laissa son regard se perdre dans le vide de son bureau, regrettant la situation dans laquelle elle se trouvait. Rien n'était anodin et ce qui l'affectait le plus était l'impression d'avoir gâché leur amitié. Elle savait pertinemment qu'elle était incapable, juste comme ça, de se dévoiler aux yeux de quelqu'un sans avoir une profonde confiance.
Elle savait que si elle avait été capable de coucher avec Drago, c'était uniquement parce qu'avec lui, elle se sentait bien. Il la faisait se sentir légère, vraie et belle. Et elle regrettait de devoir renoncer à ça. Mais elle s'était persuadée que maintenant, ils ne pourraient plus se voir de la même façon, alors autant ne plus se voir du tout.
On toqua à la porte et la voix annonça Théodore Nott. Hermione se redressa sur son fauteuil et l'invita à entrer.
« Salut, Théo ! Qu'est-ce qui t'amène ? Tu veux enfin rejoindre nos rangs ? Demanda-t-elle d'une traite.
– Salut, Hermione, répondit-il avec un sourire amusé. Non, pas encore, mais j'avais quelques questions d'ordre gouvernemental.
– Pas encore ? répéta la brune avec un sourire en coin. Je vois que tu penches doucement. Qu'est-ce que tu veux me demander ?
– Sanderson & Co. voudrait financer un projet international en lien avec le Ministère de la Magie bulgare, mais les sorciers de l'Europe de l'Est ont la dent dure et on est en compétition avec une banque locale qui ne veut pas lâcher l'affaire.
– Je croyais que ça t'amusait d'écraser la concurrence.
– Tu as bonne mémoire, s'amusa Théo. Effectivement en temps normal, j'aurais usé d'un petit stratagème pour les discréditer et les envoyer hors course, mais il y a trop d'enjeux. Le contact qu'on avait au Ministère bulgare à retourné sa veste ce matin et si on ne décroche pas cet investissement, on risque gros au niveau des actionnaires européens. Tu n'aurais pas des noms à me donner pour faire pencher la balance ?
Hermione mit en branle les engrenages de son cerveau, fronçant légèrement les sourcils.
– Laisse-moi regarder ça, marmonna-t-elle en sortant un épais répertoire de son bureau.
Elle nota quelques noms sur un parchemin et le montra à Théo.
– Lui, montra-t-elle en pointant le premier, c'est l'ambassadeur anglais magique en Bulgarie. Appelle-le de ma part et demande-lui de te faire un point sur les relations anglo-bulgares, peut-être que tu peux en apprendre plus sur les finances aussi. Elle, c'est la directrice des relations internationales et du commerce. Et elle, c'est la directrice de la banque nationale de Bulgarie. Si tu te la mets dans la poche, elle peut te donner n'importe quel laisser-passer dans la finance de son pays.
Théo rangea précieusement le parchemin dans sa poche, la remerciant gracieusement.
– Je ne sais pas si ça peut t'aider vraiment, répondit Hermione, mais si jamais tu as besoin d'autres choses, n'hésite pas.
Quelqu'un toqua à la porte à nouveau et la jeune femme se dit qu'elle n'avait jamais eu autant de visite en une après-midi depuis que l'été était arrivé. Ginny apparût, toute enthousiaste, et s'avança vers eux.
– Salut, Ginny ! sourit Hermione.
– Je ne vous dérange pas ? demanda la rousse en avisant l'homme installé devant le bureau.
– Non, pas du tout. Théo, Ginny, présenta la brune. Enfin, vous vous connaissez vaguement.
Ils se serrèrent la main, enchantés.
– Bon, enchaîna la rousse, je suis venue pour qu'on organise ton anniversaire.
– Mais, Gin', c'est dans presque un mois.
– Dans vingt-deux jours exactement et il est absolument nécessaire d'organiser quelque chose de super pour ton premier anniversaire en tant que Ministre.
– C'est gentil, rétorqua Hermione, mais je ne pense pas vouloir fêter ça particulièrement. On fera comme d'habitude avec Harry, juste tous les trois cette année.
Ginny sembla peu satisfaite de sa réponse, mais n'insista pas plus.
– Bon, je dois filer, mais on en reparlera une autre fois.
La rouquine salua les deux autres et quitta le bureau.
– Je vais y aller aussi, déclara Théo en se levant.
– Tiens-moi au courant pour ta banque, j'espère que je t'aurais été utile, sourit Hermione. »
Théo sortit à son tour et une fois dans le couloir, il guetta les têtes qui passaient. Il finit par en repérer une rousse bien particulière et accéléra le pas pour la rattraper.
« Ginny, attends, appela-t-il.
La concernée se retourna pour lui faire face avec un regard interrogateur.
– Ce ne sont sûrement pas vraiment mes affaires, mais j'ai peut-être une idée pour l'anniversaire d'Hermione. »
Ginny lui adressa un sourire plein de malice. Elle voulait en savoir plus; peut-être même qu'ils allaient bien s'entendre.
16 septembre 2015
Ginny était attablée en terrasse du Chemin de Traverse avec une bière-au-beurre fraîche et un long parchemin devant les yeux. Elle fut rejointe par un grand métis à la carrure athlétique qui commanda la même chose.
« Bon, tout est prêt ? demanda Blaise.
– Je pense qu'on est pas loin d'avoir une organisation parfaite, se félicita la rouquine.
– Qu'est-ce qu'il manque ?
– La confirmation du traiteur, mais il m'avait dit qu'il me l'enverrait quarante-huit heures avant l'événement. Je dois prévenir mes parents qu'ils devront aller chercher Rose et Hugo à l'école directement.
Ginny passa en revue toutes les lignes sur son parchemin, cochant mentalement toutes celles qui avaient été validées.
– Tous les invités ont répondu présents, reprit-elle en arrivant à la fin, sauf Malfoy. Tu lui en as parlé ?
– Eh bien non, avoua Blaise, je comptais le faire et puis j'ai oublié. Mais il doit me rejoindre ici donc ça sera une bonne occasion. »
La rouquine hocha la tête. Ils révisèrent toute leur organisation, le déroulement de la soirée et tout semblait effectivement parfait. Cet anniversaire surprise allait être le meilleur qu'Hermione aurait jamais connu. Quand Théodore avait soumis l'idée à Ginny un peu plus de deux semaines auparavant, la rousse avait été conquise. Ne pouvant pas l'aider à tout préparer, Théo l'avait renvoyée vers Blaise qui avait plus de temps et un goût prononcé pour la fête. Ils avaient donc tout planifié en louant un cottage sur une île d'Écosse qui s'apparentait plutôt à un manoir qu'à une petite maison rustique.
Au bout d'une grosse demi-heure de récapitulatifs, les deux sorciers furent effectivement rejoints par Drago.
« Malfoy, on fête l'anniversaire d'Hermione vendredi soir, déclara Ginny. Tu es invité et Blaise t'expliquera les détails.
– C'est bien aimable, mais je ne pense pas venir, répondit le blond en s'asseyant.
– Pourquoi ? demanda Ginny.
– Parce qu'elle m'a dit qu'elle ne voulait plus me voir.
– Oui, je sais, rétorqua la rousse en levant les yeux au ciel, mais il ne faut pas toujours faire ce qu'elle dit.
– Comment ça, tu sais ?
– Bien sûr que je sais, insista la jeune femme. Tu ne vas pas me faire croire que tu ne l'as pas raconté à Blaise.
Les deux hommes échangèrent un regard entendu. Évidemment que Drago en avait parlé à Blaise, c'était la première chose qu'il avait faite le lendemain midi en déjeunant avec lui.
– Donc tu sais pourquoi elle ne veut plus qu'on se voit et je respecterai sa décision, dit le blond.
– Mais vous ne pouvez pas arrêter tous les deux, s'exclama Ginny avec agacement. Si Hermione t'a demandé ça, ce n'est pas parce qu'elle ne veut plus te voir, c'est parce qu'elle est persuadée d'avoir fait quelque chose d'horrible. Donc tu vas venir à cet anniversaire, tu vas lui expliquer que si tu veux tromper ta femme, c'est ton problème et vous allez arrêter de vous fuir comme la dragoncelle.
Le silence s'installa entre les trois sorciers, seulement brisé par le trafic ambiant de la rue.
– Hermione mérite d'être heureuse, reprit la rouquine, mais elle n'arrive pas à arrêter de se blâmer pour la moindre petite chose qu'elle fait en dehors de sa routine. Elle a un sens moral surdéveloppé et se préoccupe des autres avant elle, même si ça la rend malheureuse. Elle t'apprécie, Malfoy, et je sais que ça lui fera plaisir que tu sois là.
– Pourquoi est-ce qu'elle pense tout ça ? demanda Blaise.
– Vous ne pouvez peut-être pas comprendre parce pour vous le sexe n'est pas si important et que vous multipliez les conquêtes, commenta Ginny, mais pour les gens qui ont un peu de tenue, cela ne va pas de soi. Mais ce n'est pas à moi de vous parler de ce que ressent Hermione, j'ai déjà été très bavarde sur des choses trop personnelles.
Les deux hommes n'insistèrent pas.
– Je vais vous laisser. Malfoy, salua la jeune femme, Blaise, on se retrouve vendredi à quinze heures au cottage. »
Elle se leva et s'éloigna, intégrant le flot de passants qui dévalait le Chemin de Traverse.
« Tu vas venir ? demanda Blaise en se tournant vers Drago.
– Je ne sais pas, soupira le blond.
– Je t'avais dit de faire gaffe si tu voulais coucher avec elle, marmonna le métis après un moment de silence.
– Tu ne vas pas me faire la morale. Je sais que ce n'était peut-être pas la meilleure des choses à faire. Mais je crois que je l'aurais fait de toute façon, ce soir-là ou un autre.
– Qu'est-ce qu'il y a entre vous exactement ?
– Je n'en sais rien. J'imagine qu'il n'y rien en réalité, juste une amitié étrange foutue en l'air par une soirée d'égarement.
– Mais elle te plaît ? demanda Blaise.
– On parle d'Hermione Granger, rétorqua Drago. Même si elle me plaisait, je vois mal quoi que ce soit s'envisager.
– Tu es conscient que si tu te décidais enfin à quitter Astoria, tu pourrais justement faire ce que bon te semble.
– Lâche-moi, Zabini, soupira le blond en se levant. On bouge d'ici et tu changes de sujet sinon je rentre chez moi.
– Je sens qu'on va bien s'amuser vendredi soir, ricana Blaise avec sarcasme. Il faudra que je pense aux pop-corn. »
Drago lui lança un regard polaire et s'engagea dans l'allée, l'enjoignant de le suivre sur-le-champ.
