Bonjour !
Petit chapitre aujourd'hui, mais nécessaire pour que les choses progressent.
RRA :
Elena : Drago fera le premier pas quand il se retrouvera acculé. Mais il le fera. Merci pour la review, je suis contente que l'histoire te plaise autant.
Merci à Whimsikal.
Bonne lecture !
Retrouvailles pluvieuses
19 septembre 2016
L'orage qui grondait depuis plusieurs heures commença à libérer sa pluie sur les rues lourdes de Londres. L'eau poisseuse se mêla à la poussière de la ville et la fit coller au pavé sur lequel les gens se pressaient pour rentrer à l'abri. Parmi eux se trouvait Hermione qui accéléra le pas pour atteindre un restaurant dans le quartier moldu limitrophe au Chemin de Traverse. Elle pénétra dans le hall et fut accueillie par un serveur poli qui lui indiqua la table qu'elle avait réservée.
Elle fut rejointe rapidement par Harry et Ginny qui s'installèrent près d'elle.
« Ron n'a pas voulu venir ? demanda la rousse.
Hermione fit non de la tête.
– Il ne m'a pas reparlé depuis qu'on a définitivement divorcé, expliqua-t-elle. J'aurais aimé que les choses soient moins difficiles.
– Tu sais comment il est, renchérit Harry. Il lui faudra du temps pour s'y faire et puis ça passera.
– On se retrouve tous les trois, c'est un peu tristounet comme soirée d'anniversaire, remarqua Ginny. On s'était quand même bien amusés l'année dernière.
Hermione sourit, mais une ombre passa dans ses yeux. Sa meilleure amie fronça les sourcils, mais l'arrivée du serveur interrompit son questionnement silencieux. Les trois amis prirent l'apéritif, discutant de la mauvaise météo, des derniers matchs nationaux, de leurs enfants.
– Dans un peu moins d'un an, ce sera le grand saut pour Rose et Albus, fit Harry alors que l'entrée leur était servie.
Et Scorpius, pensa Hermione.
– On va se retrouver plutôt nombreux sur le quai de King's Cross, déclara Ginny. Il me semble bien qu'il y aura Olivier, Neville et Hannah, Parvati certainement.
Et Drago, pensa Hermione.
– Je croyais que le fils d'Olivier était rentré cette année, rétorqua le Survivant.
– Les Dubois ont deux fils, rectifia distraitement la Ministre.
Elle picora son carpaccio de saumon avec peu d'entrain et croisa le regard suspicieux de la rouquine en face d'elle. Pour se soustraire à son attention, Hermione les resservit tous les trois en vin, feignant la nonchalance avec difficulté.
– Pourquoi est-ce que tu as refusé qu'on fête ton anniversaire comme l'année dernière ? attaqua Ginny sans retenue.
La brune posa des gros yeux sur elle.
– C'est vrai que c'était bien, approuva Harry.
Il la regardait maintenant avec curiosité, souhaitant aussi avoir une réponse.
– C'est à cause de Drago ? demanda encore Ginny.
Hermione écarquilla davantage les yeux, faisant cogner son poing sur la table.
– C'est pas vrai, Gin' ! s'exclama-t-elle avec agacement.
– On en a déjà parlé tous les deux, l'informa le brun à côté d'elle. Enfin, je sais que Ginny ne m'a pas tout raconté parce qu'elle garde bien tes secrets, mais j'avais des questions sur vos relations alors je lui ai demandé quelques précisions.
– Alors ? insista son épouse.
– Oui, répondit Hermione légèrement irritée par l'interrogatoire. Je fais en sorte de sortir Drago de ma vie parce que nos rapports doivent changer. Qu'est-ce que vous vous êtes dit ?
– Je lui ai expliqué que vous vous étiez rapprochés depuis quelques temps, déclara Ginny. Déjà avant ton anniversaire. Mais que vos situations respectives rendaient les choses compliquées et que vous ne cessiez de vous tourner autour en vous torturant l'esprit.
Hermione leva les yeux au ciel. C'était facile pour elle de présenter les choses de cette façon. Mais rien dans cette histoire n'était aussi simple.
– Quoi qu'il en soit, reprit la brune, je ne l'ai pas vu depuis presque trois mois et je ne m'en plains pas. Je préfère largement passer la soirée de mon anniversaire avec vous deux.
Ginny posa des yeux perçants sur elle. Elle n'était pas dupe. L'assurance dont faisait preuve Hermione n'était pas naturelle.
– Qu'en est-il vraiment ? interrogea Ginny.
Hermione posa d'abord un regard impassible sur son amie, s'accrochant quelque peu à sa feinte. Puis elle craqua et laissa tomber le masque en se passant une main tremblante sur le visage.
– Je n'en peux plus, couina-t-elle. Je n'arrête pas de penser à lui. J'avais réussi à me changer les idées à la fin de l'été, mais maintenant que je suis certaine qu'il est rentré à Londres, je ne peux pas m'en empêcher.
– Qu'est-ce qu'il s'est passé au juste ?
Hermione soupira. Où commencer exactement ?
– Quand j'ai pris la décision d'acter le divorce avec Ron, commença-t-elle, j'avais Drago dans un coin de la tête, je suppose. Je lui ai dit que dès que les choses seraient officielles, je serai libre de commencer une nouvelle vie. Je pensais qu'il comprendrait que d'une certaine façon, je parlais de lui.
– Et après ?
– L'évidence était que lui ne voyait pas les choses sous cet angle, répondit la brune. J'aurais dû m'en douter. Au fond, même si nos deux situations se ressemblent, elles ne sont pas pareilles et Drago n'est clairement pas enclin au divorce. Un soir, il est venu chez moi pour me dire qu'il partait deux mois en vacances en famille. Je n'arrive pas à croire que je sois tombée dans cette affaire, gémit Hermione.
– Je ne suis pas sûr que tu prennes les choses dans le bon sens, tenta Harry avec un air pensif.
– Je ne vois pas dans quel autre sens je pourrais les prendre.
Un serveur vint débarrasser leurs assiettes, coupant la conversation.
– Je pense qu'il faut que tu essaies de reprendre cette histoire à sa base, fit le brun. Effectivement, vos deux situations ont évolué dans des directions différentes et si elles se sont ressemblées à un moment, ce n'est plus le cas maintenant. Je ne suis pas dans vos têtes et je n'ai aucune idée de la propension de Drago au changement. À mon avis, il faut que tu réfléchisses aux chemins qui s'offrent à toi et surtout que tu décides ce que tu veux vraiment. Est-ce que tu veux vivre ta vie avec Drago et lui demander de divorcer ? Est-ce que tu veux te laisser détruire par cette relation si elle ne va pas dans ce sens ?
– Je l'aime, avoua Hermione dans un murmure, et bien plus que je ne veux l'admettre. Mais ça m'épuise tellement de devoir batailler tous les jours contre son image dans ma tête et contre mes souvenirs. Je n'ose même pas imaginer si je devais le revoir régulièrement. Je ne comprends vraiment pas comment j'ai pu me laisser emprisonner comme ça. Depuis le début, on n'était rien de moins que deux personnes mariées et diamétralement opposées. »
Les plats arrivèrent, laissant en suspens ses paroles. Les trois amis parlèrent encore de Drago quelques minutes puis dévièrent la conversation sur un sujet moins désagréable pour Hermione. Après avoir dégusté d'excellents desserts accompagnés d'une bouteille d'un champagne d'exception, ils se séparèrent.
Il pleuvait encore sur Londres, mais l'orage était passé et les pavés étaient ruisselants d'eau claire. Hermione décida qu'elle rentrerait à pied malgré le temps. Elle avait besoin de se changer les idées et de prendre l'air. Elle ne fit pas vingt mètres que ses habits se couvrirent d'eau et que ses cheveux gonflèrent démesurément. La jeune femme s'engouffra dans la rue de son appartement au pas de course et soupira en pénétrant dans le hall de l'immeuble. Elle observa son reflet translucide dans la baie vitrée : elle avait une mine terrible avec son visage fatigué et sa touffe brune décoiffée. Peu importait.
Elle monta lentement les escaliers plongés dans la pénombre. Hermione appréciait laisser glisser ses doigts le long des aspérités du papier-peint du mur sans allumer la lumière en comptant les marches dans sa tête. Elle passa le premier étage en silence, puis le second alors qu'en levant les yeux, elle s'apercevait que le palier du troisième était éclairé. Quand elle arriva en vue de sa porte, elle s'arrêta en fronçant les sourcils. Son cœur commença à battre plus fort dans sa poitrine et elle se força à ne laisser rien paraître, gardant son calme comme elle pouvait.
Drago, qui était assis par terre devant son appartement, leva les yeux vers elle. Il décolla son dos du mur et se redressa. Une fois qu'il fut droit devant elle, il ne sut plus quoi lui dire. Il avait attendu qu'elle rentre pendant un temps qu'il ne définissait plus, ressassant leur dernière entrevue et ce qu'il lui avait dit. Hermione se tint à la même place, sans bouger ni parler. Elle se contentait d'observer le blond, s'interrogeant sur sa présence, sur ses intentions. Pourquoi avait-il choisi ce jour-là pour venir la voir ?
« Bon anniversaire, dit finalement Drago après un long silence.
– Merci, répondit la brune avec un sourire poli.
Le sorcier fit deux pas de côté pour dégager l'espace devant la porte d'entrée. Hermione s'avança alors et fit un moulinet avec sa baguette. Pendant un instant, Drago crut qu'elle allait simplement rentrer chez elle et refermer la porte, le laissant seul et ignoré. La jeune femme rentra en effet et se retourna.
– J'imagine que tu n'es pas simplement venu me souhaiter bon anniversaire, déclara-t-elle comme une évidence.
Le blond fit non de la tête et Hermione s'engouffra dans son appartement en laissant la porte ouverte. Drago soupira imperceptiblement. Peut-être qu'il pouvait éliminer les pires scénarios qu'il avait tricotés toute l'après-midi.
– Pourquoi es-tu là alors ? entendit-il à travers la pièce.
Hermione avait disparu dans sa salle de bain pour tenter tant bien que mal de réarranger ses cheveux et son air terni. Elle se disait que c'était stupide, qu'elle n'avait pas besoin de faire des efforts parce que Drago était là. Mais une partie d'elle ne pouvait se retenir de vouloir être plus présentable à ses yeux.
– J'avais besoin de te parler, admit le blond alors qu'elle le retrouvait dans le salon.
En la voyant avec son chignon approximatif, son chemisier clair et son air où se mêlaient curiosité et désarroi, Drago ne put faire taire son esprit qui lui susurrait qu'Hermione lui avait manqué terriblement. Il ne put contredire son cœur qui lui disait qu'elle était plus belle encore qu'avant l'été.
– Je suis désolé. C'est la première chose que je voulais te dire.
Hermione arrêta de farfouiller sur sa table basse et s'assit sur l'accoudoir du fauteuil, toute ouïe pour la suite.
– Désolé de ne pas avoir répondu à tes paroles plus honnêtement, de ne pas t'avoir dit tout ce que je voulais dire, de t'avoir fait du mal. Désolé d'être parti malgré tout.
– Tu ne m'as pas fait de mal, mentit Hermione. J'ai simplement été déçue. De toi, de moi aussi.
– Je suis désolé de t'avoir déçu, soupira Drago. Je sais que ce soir n'était peut-être pas le meilleur choix, mais je ne pouvais pas continuer à aller dans mon appartement sans venir te voir. Je ne peux pas... ne pas te voir.
Hermione sentit son cœur se gonfler d'émotions. Drago savait qu'il ne pouvait pas faire de déclaration enflammée ce soir. Pas après tout ce temps. Il n'en était peut-être même pas capable. Les mots tournaient dans sa tête, s'entremêlant sans ordre juste.
– Je t'ai apporté quelque chose, finit-il par dire. Mais je comprends que tu le refuses.
Il sortit une boîte fine de la poche intérieure de sa veste. Hermione saisit l'objet avec réticence. Que Drago ait fait l'effort de lui apporter un cadeau la touchait beaucoup, mais elle doutait que cela simplifie leurs rapports. Elle ne savait toujours pas, à cet instant, si elle était prête à tout oublier. La brune ouvrit finalement la boite et découvrit une plume blanche agrémentée d'un alliage doré gravé avec son nom, « Hermione Granger ». Elle parcourut du bout des doigts les motifs floraux sculptés dans le métal avec stupéfaction.
– Elle est… magnifique, murmura-t-elle.
– Je suis content qu'elle te plaise. Ne pense pas que j'essaie de me racheter juste comme ça.
– Je ne le pense pas, sourit Hermione. À vrai dire, j'ai aussi quelque chose pour toi.
Drago sembla étonné et la jeune femme se dirigea vers son écritoire. Elle y posa la plume avec précaution et sortit une autre boîte d'un tiroir.
– Je voulais te la donner le soir de ton anniversaire, mais je n'y ai plus pensé, expliqua la sorcière en tendant le cadeau. Il me semble qu'il fallait que tu en achètes une nouvelle, j'espère que tu ne l'as pas déjà fait.
Drago ouvrit la boîte et trouva à l'intérieur une très belle montre sur un bracelet en cuir noir. Fixée sur un coussin argenté, elle était d'un style épuré et classieux.
– Merci, souffla-t-il. Tu n'aurais pas dû.
– Non, en effet, je n'aurais sûrement pas dû, admit Hermione. Mais ce n'est pas bien grave.
La sorcière sortit la montre de son socle et attrapa le poignet de Drago. Le blond se laissa faire et admira un instant les aiguilles tourner.
– Tu m'as manqué, Hermione, fit-il alors dans un murmure.
La brune leva les yeux vers lui. Il lui avait tellement manqué aussi. Son odeur, son visage, sa présence près d'elle.
– Toi aussi, murmura-t-elle en réponse. »
Ils échangèrent un sourire et Drago annonça son départ. Il n'était pas question de reprendre le cours des choses comme si de rien n'était. Le blond passa la porte, un air soulagé sur le visage. Le temps ferait son œuvre et il espérait qu'il trouverait les mots pour combler la distance tragique qui s'était creusée entre eux.
Il fallut plusieurs visites et plusieurs sorties pour que Drago et Hermione retrouvent une certaine complicité. Plus les semaines passaient, plus la jeune femme se rendait compte que pendant l'été, elle ne s'était pas seulement éloignée de Drago, mais de tout ce qui avait un rapport à lui. Ses amis également. Elle apprit que Blaise et Marilyn s'étaient séparés, que Théo avait été promu responsable de l'unité commerciale de Sanderson & Co. à Londres. Plus elle passait du temps avec eux, plus elle comprenait que ces personnes faisaient partie de son entourage en formant un socle autour d'elle et Drago.
Ce dernier se murait dans son quotidien, cherchant un moyen de rattraper le temps perdu. Il se pliait à sa routine, mais rien ne semblait plus difficile que continuer à partager le lit d'Astoria en fréquentant Hermione régulièrement. Elle et ses cheveux ébouriffés quand elle ne travaillait pas, elle et ses expressions douces, ses gestes tendres. Plus les semaines passaient, plus le blond se surprenait à imaginer sa vie à ses côtés. Les matins sous la même couverture, les repas à la même table, tous les jours. Il s'éloigna de sa femme sans pour autant pouvoir se rapprocher de la Ministre, se condamnant à ruminer constamment.
Les deux sorciers ne reparlèrent pas de leurs sentiments respectifs, trop craintifs des répercussions aléatoires qu'ils engendraient toujours. Ils prirent soin d'éviter les contacts trop longs et les tête-à-tête prolongés. Ils furent attentifs à tout cela, jusqu'à un soir particulier où l'allégresse encouragea les dérapages.
