Se choisir soi

14 janvier 2017

La rentrée générale le second jour de janvier avait été une épreuve difficile pour tout le monde. La plupart des sorciers avait à peine décuvé de leur Nouvel An et devaient se remettre efficacement au travail. Le Ministère avait donc stratégiquement attendu deux semaines pour organiser le pot pour les vœux de la nouvelle année. D'une part, pour que chacun ait le temps de se remettre sur pieds avant de recommencer les consommations excessives, d'autre part parce qu'une loi particulièrement importante devait être votée le seize du mois par le Magenmagot.

Hermione savait pertinemment depuis qu'elle avait intégré l'institution que l'issue des lois se décidait généralement en amont lors de discussions informelles entre membres du conseil. Profiter de la soirée des vœux pour insuffler dans l'esprit des politiques le pourquoi du comment ils devaient absolument voter favorablement à la loi était primordial. Après son discours, la brune s'attela à faire du fayotage extensif à travers tout l'Atrium. « Votre costume vous va à ravir, M. Walsh. » par-ci, « Ne trouvez-vous pas que la dernière réforme américaine est vraiment trop conservatrice, M. Miller ? » par-là.

« Les sorciers d'Angleterre ont besoin de voir que leur gouvernement tend à la modernité et au changement. Le projet de loi de la semaine prochaine sur la condition des créatures magiques ne serait-il pas le meilleur moyen pour le leur prouver ? ». Hermione avait dû répéter cette phrase une bonne quinzaine de fois tout au long de la soirée, envoyant ses subordonnés faire de même auprès de tous les membres du Magenmagot présents ce soir-là.

Déjà épuisée, la brune avait à peine adressé la parole à ses amis et s'octroya quelques instants pour souffler. Elle retrouva Harry, Ginny et Ron près de la fontaine et se détendit instantanément en leur présence.

« Bientôt deux ans, Madame la Ministre, remarqua la rouquine.

– Tout passe si vite, s'étonna la concernée.

À quelques mètres d'eux, Drago et Astoria discutaient avec deux hauts fonctionnaires et Hermione salua le blond d'un discret signe de main. Ils ne s'étaient pas revus depuis le Nouvel An.

– Hermione ? appela Ron qui l'observait du coin de l'œil. Tu as oublié ton parapluie et un gilet chez Bill. Je les ai chez moi.

– Ah ! Merci, sourit la brune. Quand est-ce que je peux passer ?

– Quand tu veux, répondit le rouquin avec un petit sourire. »

Hermione posa une main douce sur son épaule et s'excusa auprès de ses amis. Elle passa près de Drago et lui fit un léger signe de tête pour l'inciter à la suivre. Arrivée près des ascenseurs, elle jeta un œil derrière elle pour constater heureusement qu'il l'avait rejointe. Ils disparurent en silence derrière les grilles dorées, le sourire aux lèvres.

« Ce n'est pas M. Malfoy qui s'en va avec la Ministre ? interpella l'un des hommes près d'Astoria.

La brune tourna vivement la tête pour voir son mari s'évaporer dans l'ascenseur. Une rage sourde l'envahit comme un ouragan. Comme osait-il lui faire si honte ici, au milieu de tout ce monde ? S'afficher si ouvertement avec une autre, qui plus est la Ministre, alors qu'elle se retrouvait seule à faire des courbettes à de vieux politicards.

– Mon cher Drago a proposé son conseil à Madame Granger sur une affaire financière, justifia-t-elle auprès des deux hommes pour ne pas perdre la face. Il me semble me souvenir qu'elle devait lui transmettre le dossier ce soir. »

Aucun des deux autres sorciers ne parut trouver l'excuse douteuse et ils changèrent rapidement de sujet. Astoria expira faiblement, soulagée d'avoir couvert l'écart de son mari, mais toujours aussi furieuse.

« Tu as passé une bonne fin de vacances ? demanda Drago une fois dans le couloir du département de Justice magique.

– Très bonne, s'enjoua Hermione. L'air marin est vraiment revigorant.

– Tu étais avec Weasley ?

La brune fronça imperceptiblement les sourcils en entendant le ton tendu du jeune homme.

– Oui, répondit-elle. Chez son frère aîné.

Drago ne se laissa pas perturber par le regard inquisiteur d'Hermione et décida de changer de sujet. Il aurait voulu passer le reste de ses vacances avec elle et pas la regarder partir le lendemain du Nouvel An.

– Tu m'avais parlé d'une loi qui passait cette semaine ?

– Oui ! s'exclama la jeune femme alors qu'ils entraient dans son bureau. Si tu veux y jeter un œil.

Elle lui tendit une pochette de parchemins et le blond les parcourut des yeux pendant un moment de silence.

– Limiter le nombre d'elfes de maison, marmonna-t-il. Durcir les contrôles sur le trafic… Si les sorciers n'ont plus qu'un elfe pour tout, tu n'as pas peur qu'ils les exténuent de travail ?

– J'y ai pensé, c'est pour ça qu'il ne faut plus d'elfes du tout ! maugréa la Ministre. Les sorciers ont deux bras et deux jambes, ils peuvent bien apprendre à se bouger d'eux-mêmes.

– Je ne voudrais pas te choquer en disant ça, mais est-ce que tu penses vraiment que les elfes désirent ne plus travailler ? interrogea Drago. La servitude est dans leur nature et beaucoup sont même offusqués d'être payé.

– Mais c'est justement parce qu'on considère que leur servitude est acquise que les choses ne changent pas ! répliqua la Ministre. Si seulement ils pouvaient s'en rendre compte d'eux-mêmes et vouloir des conditions de vie meilleures.

Drago esquissa un sourire amusé.

– On ne peut pas forcer des êtres à changer radicalement, dit-il. Pas alors qu'ils vivent littéralement pour ça depuis des siècles. Tu as pensé à la quantité d'elfes qui se retrouveraient sans maison ni travail ?

– Est-ce que tu peux parler aux membres du Magenmagot que tu connais d'ici lundi ? S'il-te-plaît, demanda Hermione.

– Je verrai ce que je peux faire, assura le blond.

La brune sembla soulagée un instant. Si cette loi passait, elle pensait pouvoir enchaîner avec de nouveaux projets plus radicaux encore. Quant à l'interdiction totale de l'utilisation des elfes… elle y réfléchirait.

– Bon, on ferait mieux d'y retourner, dit-elle.

– On peut se voir chez toi dans la semaine ? proposa Drago.

– Ça devrait pouvoir se faire, répondit Hermione après une courte réflexion. Je n'ai pas les enfants, mais je dois passer chez Ron et je ne sais pas encore quand.

– Pourquoi ? interrogea le sorcier un peu sèchement.

– Parce qu'il doit me rendre des affaires. »

Hermione lança un regard en biais au jeune homme avant de sortir dans le couloir. Ils rejoignirent l'Atrium et se séparèrent. La soirée dura encore plusieurs heures avant que le Ministère ne ferme ses portes. Drago finit par quitter les lieux, Astoria à son bras, regrettant de ne pas avoir pu parler à Hermione une dernière fois. Arrivé dans le hall du manoir, il se débarrassa de sa veste, souriant en se souvenant que ses elfes étaient en congé ce jour.

« Tu veux aller chercher Scorpius demain ou j'y vais ? demanda le blond à sa femme.

– Comment peux-tu seulement continuer à me parler ? s'écria Astoria.

Elle fulminait et Drago fut surprit l'espace d'une seconde par sa réaction.

– Déjà au Nouvel An, renchérit la brune, et maintenant lors d'une apparition publique ! Combien de temps encore vas-tu m'humilier ?

– Arrête un peu d'exagérer, grinça Drago avec lassitude.

– Tu me reproches d'exagérer ? explosa sa compagne. Tu te pâmes aux pieds de Granger comme si c'était Morgane ! Tu baves à chaque fois qu'elle ouvre la bouche ! Si tu pouvais lui sauter dessus, tu le ferais à chacun de ses gestes ! gronda-t-elle.

– Et alors ? s'exclama le blond d'une voix forte. Je suis encore marié à toi à ce qu'il me semble !

– Depuis des années ! Des années que tu me traînes dans la boue en accumulant les maîtresses ! hurla Astoria.

– Alors pourquoi est-ce que tu m'emmerdes aujourd'hui ? vociféra le jeune homme.

« Parce que tu l'aimes et que je sais que tu vas finir par me quitter pour elle », aurait voulu répondre la cadette Greengrass. Mais elle n'en fit rien. Dire ces mots aurait rendu les choses réelles et elle voulait les faire disparaître de son esprit. Elle voulait que rien de tout cela ne se soit passé. Elle voulait qu'Hermione Granger n'existe pas et que les Malfoy vivent encore en Australie, loin de tous.

– Tu me détruis, Drago, s'étrangla-t-elle finalement. »

Elle s'échappa à l'étage au bord des larmes. Pourquoi craquait-elle maintenant alors que cela faisait des lustres que son mari avait piétiné sa dignité ? Pourquoi avec cette femme et pas les autres avant ? Parce qu'elle sentait bien que sa place était réellement en jeu maintenant. Elle se souvenait parfaitement qu'à cette même époque l'année passée, Drago avait recommencé à s'absenter, mais qu'il rentrait toujours passer la nuit au manoir. Elle se souvenait des échanges silencieux qu'il avait eus avec cette satanée Granger. Il la regardait comme jamais il ne l'avait regardée elle.

Il fallait qu'elle trouve une solution rapidement pour remédier à ce problème. Elle connaissait Drago. Elle savait qu'il n'était pas très friand de bousculer ses habitudes et jusque là, elle aurait parié sa fortune sur le fait que jamais il ne divorcerait. Mais maintenant, elle n'en était plus si certaine. Il était hors de question qu'elle vive un divorce, qu'elle perde autant. Il fallait qu'elle fasse quelque chose.

20 janvier 2017

« La loi est passée ! s'exclama Hermione en ouvrant la porte à Drago.

– Je sais, rit-il.

Il lui tendit une bouteille de mousseux apportée pour fêter l'occasion.

– Il va falloir que je me prépare, reprit-il. Bientôt, je vais être obligé de faire ma vaisselle tout seul.

Hermione lui tira la langue dans une grimace puérile, mais rit doucement à son tour.

– Désolée pour mardi dernier, fit-elle. J'étais chez Ron pour récupérer mes affaires et je suis restée manger avec les enfants et lui.

Le jeune homme haussa les épaules sans broncher. Il laissa son regard couler sur la sorcière qui marchait dans l'appartement. Son chignon de travail était légèrement défait ; des mèches valsaient contre ses joues et elle était magnifique à ses yeux. La jeune femme sortit deux verres et rejoignit Drago sur le canapé. Il les servit en silence, observant avec attrait le visage qui se trouvait près du sien.

– Bravo ! fit Drago. À tes réformes qui auront la peau des plus conservateurs.

– J'espère bien ! »

Ils trinquèrent et sirotèrent leur boisson un instant. Plus il la regardait et sentait son odeur si près de lui, plus Drago avait envie d'embrasser sa voisine. Après tout, pourquoi pas. Ils avaient échangé un baiser au Nouvel An et plusieurs avant sans que rien de plus ne se passe. À ce moment d'ailleurs, le blond aurait tout donné pour qu'il se passe bien plus. Il profita qu'Hermione pose son verre sur la table basse pour se rapprocher d'elle. Il posa une main sur sa cuisse et se pencha délicatement. À un cheveu de ses lèvres, il sentit la brune plaquer ses mains sur son torse pour le stopper et l'écarter d'elle. Elle lui adressa un petit sourire gêné et ouvrit la bouche pour expliquer son geste quand quelqu'un toqua à la porte.

Hermione se leva et marcha vers la porte en expirant tout l'air qu'elle avait retenu les secondes précédentes. Elle savait pourquoi elle avait arrêté le baiser, mais elle en avait tellement envie. Une fois la porte ouverte, elle reste muette un instant.

« Salut ! Désolé de te déranger, mais Rose avait besoin d'un livre pour les devoirs et Hugo a insisté pour qu'on vienne le chercher tous les trois, s'excusa Ron depuis le palier.

– Ce n'est pas grave, finit par répondre Hermione. Un bisou, vous deux ?

Les deux enfants vinrent plaquer un bisou sur la joue de leur mère avant de se faufiler dans l'appartement.

– Bonsoir, Monsieur Drago Malfoy, s'enjoua Hugo en arrivant dans le salon.

– Bonsoir, Hugo.

Drago s'était levé et se tenait rigidement droit à côté du canapé. Ron s'approcha à la suite d'Hermione et avisa d'un œil mauvais les deux verres de mousseux et la bouteille sur la table basse.

– Qu'est-ce qu'il fait là ? demanda-t-il durement.

– Quand on est poli, Weasley, on salue les gens, rétorqua Drago.

– Drago est venu boire un verre et je ne vois pas où est le problème, déclara Hermione. Maintenant, vous allez arrêter de vous parler comme ça.

Les deux hommes se toisèrent en silence.

– Je vais rentrer, annonça le blond.

Hermione se retrouva coincée entre son désir profond qu'il reste avec elle encore et le regard en biais que lui lançait Ron, souhaitant voir l'autre disparaître.

– Merci d'être passé, finit-elle par dire. On se revoit vite.

Drago fit un vague hochement de tête et transplana sans un mot de plus.

– Tu l'as autorisé au transplanage dans ton appartement ? s'exclama Ron avec stupéfaction. Tu ne l'as pas fait pour moi alors que je suis… moi !

Hermione leva les yeux au ciel et sortit sa baguette.

– Voilà ! C'est bon pour toi aussi. Tu vas arrêter de bouder ? demanda-t-elle avec agacement.

– Et ça, renchérit Ron en montrant les deux verres du doigt. C'est un autre privilège que tu accordes à Malfoy ?

– Il est venu me féliciter pour la nouvelle loi que le Ministère a faite passer lundi dernier ! Je n'arrive pas à croire que tu en fasses tout un plat.

– Vous êtes ensemble ? interrogea le sorcier.

– Mais c'est pas vrai, Ron ! Vas-tu arrêter ? se braqua la brune.

Le retour de Rose et Hugo dans le salon coupa court à l'argumentation.

– Au-revoir, maman ! sourirent-ils.

– À bientôt, mes chéris.

– Désolé, marmonna Ron en sortant. »

Hermione haussa les épaules et referma la porte. Seule dans son appartement, elle posa ses yeux sur la table basse. Qui savait ce que Ron aurait trouvé en arrivant si elle avait cédé au baiser de Drago ?

Enfermé dans sa salle de bain, ce dernier ruminait sombrement devant sa glace. Pourquoi Hermione l'avait-elle repoussé ? Ses sentiments avaient-ils changé ? Avait-elle jamais eu de sentiments à son égard ? Alors qu'il s'emmêlait le cerveau autour de problèmes qu'il se fabriquait tout seul, Drago avait l'impression de perdre pied. En boucle, il ne cessait de se demandait pourquoi, par Merlin, l'avait-elle repoussé ? Peut-être qu'elle pensait à recommencer les choses avec Weasmoche. Après tout, le blond avait l'impression -à tort- qu'elle parlait de lui tout le temps et qu'elle allait chez lui tous les deux jours.

Cette pensée embrasa en lui un sentiment qu'il n'avait pas éprouvé depuis bien longtemps. Le jeune homme se demandait même s'il l'avait déjà ressenti aussi fortement auparavant. Ce sentiment ressemblait beaucoup à de la jalousie, mais ce n'était pas de la jalousie. Évidemment, parce que Drago Malfoy n'était pas jaloux. De personne et de rien. Mais en se regardant dans le miroir, il sentait bien que sa situation avec Hermione avait besoin d'être éclaircie, plus que jamais. Quelle était-elle d'ailleurs ? En y réfléchissant, Drago se rendait compte qu'il ne savait pas quelle était sa relation avec la brune. Il se rendait compte qu'il n'en avait jamais eu aucune idée. Depuis le début.

Une semaine passa. Une semaine pendant laquelle le sorcier se mura dans un silence de plomb envers tout autre personne que son fils. Il avait besoin de réfléchir et passait ses journées enfermé dans son bureau. En plus de sa paperasse habituelle sur la gestion des comptes et des actions qu'il avait deçà-delà, il prenait des heures à éplucher ses dossiers personnels. Un soir, il relut son contrat de mariage avec Astoria. C'était un contrat assez banal en apparence, mais il avait été quasiment exclusivement rédigé par son père au préalable. Ce dernier avait pris un soin particulier à préserver la richesse des Malfoy du côté de son fils.

Si à l'époque, Drago avait trouvé cela un peu exagéré, il avait impression aujourd'hui que son père avait senti que si divorce il y avait un jour, alors il ne fallait absolument pas que Drago perde une mornille. En parcourant des yeux le contrat, le blond se demandait comment Astoria avait fait pour signer ce papier qui lui accordait à peine une pension moyenne en cas de rupture du contrat. Il n'y avait jamais pensé jusque là, car il n'avait jamais été question de songer à ce cas de figure, mais maintenant que l'idée lui trottait dans la tête, il savait que les choses ne pouvaient pas être ainsi.

Mais avant d'envisager quoi que ce soit dans ce sens, il fallait que les choses se délient avec Hermione et que les questions obtiennent des réponses. Quand Drago transplana sur le palier de l'appartement de la jeune femme, il était presque stressé. Il s'était imaginé les pires choses, les pires retournements, et la crainte qu'ils aient un fondement de vérité l'envahissait. Il finit par abattre son poing trois fois sur la porte et attendit qu'elle s'ouvre.

« Salut ! fit Hermione.

– Salut, je ne te dérange pas ?

– Bien sûr que non, entre ! s'exclama Hermione, enjouée.

Il la suivit à l'intérieur et découvrit Rose et Hugo en train de travailler pour la première et dessiner pour le second.

– Bonjour, Monsieur Drago Malfoy, sourit Hugo.

– Bonjour, Hugo. Tu peux m'appeler simplement Drago.

L'enfant parut accepter la proposition et s'en retourna à son coloriage.

– Bonjour, marmonna Rose en levant à peine ses yeux concentrés de son parchemin d'école.

– Qu'est-ce qui t'amène ? demanda Hermione avec un sourire. Désolée pour la dernière fois, je n'avais aucune idée que Ron allait passer.

– Ce n'est pas grave, fit Drago avant de planter ses yeux sérieux dans ceux de la brune. J'aimerais qu'on parle, tous les deux.

Hermione se sentit faiblir face à la gravité de la voix du blond.

– Rose, Hugo, appela-t-elle. Est-ce que vous pouvez aller dans votre chambre ?

– Maman ! s'écria sa fille désespérée. Je ne vais pas pouvoir travailler, Hugo fait trop de bruit en jouant avec ses figurines !

– C'est pas vrai ! Je fais pas de bruit ! s'écria Hugo visiblement outré de cette accusation totalement vraie. Et je peux aussi dessiner et pas faire de bruit, ajouta le petit en baissant la voix.

– Rose, tu peux aller dans mon bureau sans rien déplacer, entendu ? Et Hugo, tu peux faire ce que tu veux, mais dans ta chambre.

Les deux enfants hochèrent docilement la tête et s'éclipsèrent rapidement. Hermione reporta son attention sur le blond qui ne disait rien.

– Je t'écoute, dit-elle avec curiosité et souci.

Par où commencer ? Drago chercha ses mots un instant. Il fallait être honnête et direct ; tourner autour du pot ne servirait à rien.

– Pourquoi est-ce que tu m'as repoussé ? lâcha-t-il d'un souffle.

Prise au dépourvu, Hermione resta muette une seconde. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il lui parle de ça, mais elle savait tout autant que le sujet devait être posé sur la table.

– J'ai fait quelque chose de mal ? Tu m'en veux ? enchaîna le blond.

Un instant, on aurait dit un enfant.

– Drago… Viens par-là.

Hermione s'assit sur le canapé, suivie par le jeune homme. Elle prit ses mains dans les siennes et planta son regard dans le sien.

– Il y a quelques mois, je ne t'aurais sans doute jamais repoussé, expliqua-t-elle. Mais maintenant, je crois que j'en ai assez.

Drago sentit son visage se décomposer dans une expression à briser le cœur.

– Je n'en ai pas assez de toi, précisa Hermione en le voyant si touché. J'en ai assez de cette situation. Il y a un gros problème qui occupe une grande partie de mon temps depuis un moment déjà : j'ai des sentiments pour toi. De toutes sortes, pas toujours très clairs ou très agréables. Ils me rappellent à quel point la place que tu as dans mon cœur est grande. Crois-moi, il n'y a pas un moment quand on est seuls tous les deux où je ne pense pas à t'embrasser.

Drago esquissa un sourire en coin, rassuré de ce côté-là.

– Mais je ne peux pas continuer comme ça, reprit Hermione. Ça fait plus d'un an depuis cette fois dans ton appartement. Depuis, plus rien ne marche droit. C'était difficile avec Ron, avec les enfants, mais j'ai réussi à mettre ce mariage derrière moi. Je n'attends pas la même chose de toi. Je ne te demande rien, Drago, et je veux que ce soit clair entre nous. Mais je ne peux pas continuer à être dans cet entre-deux. Ce que j'éprouve est trop fort pour que je puisse me contenter de marivaudages dans des coins sombres et ça me fait du mal de languir après cette relation qui n'existe pas vraiment.

Le sorcier en face d'elle resta silencieux. Assimiler tous ces mots semblait tout à coup d'une difficulté surprenante. Tous ces mots si forts. Drago savait qu'il n'était peut-être pas capable de faire de grande déclaration, mais il savait en reconnaître une. Hermione lui disait ce qu'elle ressentait et la savoir si éprise de lui ne suffit pas à rassurer le blond. C'était un ultimatum implicite. Il comprenait ses paroles qui le confrontaient à la réalité. Il savait parfaitement que pour être avec elle et continuer à faire évoluer leur relation, il devait mettre un terme à son mariage. Évidemment, Hermione ne le lui demandait pas, il en était conscient. Elle choisissait son bien-être et pour cela, elle devait s'éloigner de lui s'il restait avec Astoria.

– Drago, murmura la brune, je comprends que ce ne soit pas simple. Je t'explique simplement pourquoi j'ai préféré te repousser la dernière fois. Quand on est seuls tous les deux et même si j'en ai très envie, je sais que les débordements me font plus de mal de que bien.

– Je comprends, articula le blond après un nouveau long silence. »

Il se leva, Hermione à sa suite. Il aurait voulu dire beaucoup de choses, mais rien ne vint. Il avait besoin de réfléchir. Longtemps. Alors Drago attrapa la main de la jeune femme près de lui. Il y déposa un baiser du bout des lèvres et la relâcha doucement. Après avoir fait un pas en arrière, il transplana. Seule dans son salon, Hermione ferma les yeux et prit une grande inspiration. Quand elle les rouvrit et expira tout l'air de ses poumons, elle avait l'impression d'être épuisée.

Ce moment devait arriver un jour ou l'autre, elle le savait depuis longtemps. Il aurait déjà dû arriver de longs mois auparavant. Cela faisait un certain moment que la brune se sentait tiraillée entre ses sentiments envers le blond et l'impasse dans laquelle ils se trouvaient. Au fond d'elle, même si elle ne le lui aurait jamais demandé directement, elle espérait qu'un jour Drago divorce. D'ici là, elle préférait prendre ses distances plutôt que continuer à subir les montagnes russes dans lesquelles elle se trouvait. Si seulement Drago pouvait faire un choix, une bonne fois pour toutes.