Bonjour,
ahem. Voilà la suite. Bon(ne) courage... heu, lecture.
Merci Whimsikal
Tant pis
9 avril 2017
Le dimanche soir, quand Ron fut autorisé à quitter Sainte-Mangouste, Hermione n'avait pas encore réussi à lui parler. À chaque fois qu'elle avait tenté d'aborder le sujet, le rouquin s'était arrangé pour que la discussion avorte le plus vite possible. Ce soir-là, alors qu'ils étaient dans son salon, Hermione décida qu'il fallait attaquer de but en blanc pour que le problème soit mis sur la table. Elle attendit qu'ils finissent de manger pour aller chercher les potions que Ron devait continuer à prendre pendant la semaine suivante.
« Il faut qu'on parle de ce qu'il s'est passé, lâcha la jeune femme en posant les deux fioles sur la table basse.
Ron leva les yeux vers elle. Il était décoiffé et son bras droit dans une écharpe lui donnait un air maladif. Il était minuit passé et comme la brune, il avait très peu dormi pendant ce week-end. Son regard était exténué et malheureux.
– J'ai parlé avec les médicomages, ajouta Hermione.
Elle savait que ce n'était pas dans la nature d'un Weasley de s'épandre sur ses émotions alors elle adopta un ton doux et rassurant pour poursuivre.
– Je suis désolée de ne pas m'être rendue compte que tu n'allais pas bien.
– Non, rétorqua Ron après avoir avalé sa potion. Ne dis pas que tu es désolée.
Hermione s'assit près de lui sur le canapé en retenant difficilement un bâillement.
– Alors explique-moi pourquoi tu es arrivé en morceaux dans mon salon, pria la sorcière d'une voix murmurante.
Ron baissa les yeux qu'il ferma quelques secondes en inspirant.
– Si tu savais comme j'ai honte de moi, finit-il par avouer d'un ton affligé. J'ai honte de m'être laissé aller et d'avoir agi ainsi alors qu'il y avait les enfants. D'avoir ouvert une bouteille un soir et de l'avoir finie le lendemain pour mieux recommencer.
Il marqua une pause et frotta son visage fatigué d'une main gauche maladroite.
– Mais je dormais enfin…, reprit-il dans un souffle. Sans penser à ce que j'étais devenu. À ce que cette famille était devenue. Sans penser à toi.
Hermione sentit son cœur se serrer. Une voix dans sa tête qui ressemblait étrangement à celle de Drago lui hurla de le stopper là, de l'empêcher d'aller plus loin dans les confessions difficiles. Mais elle ne put ouvrir la bouche, car Ron reprenait et qu'elle n'en avait pas la force.
– Ça me tue, Mione, de te voir avec lui. Ça me tuerait de te voir avec n'importe qui d'autre, mais Malfoy avant tous. Et tous les jours, je m'en veux un peu plus de t'avoir laissée partir.
– Tu ne…, voulut intervenir la brune avant d'être coupée.
– Je t'aime, Hermione, lâcha Ron comme une bombe.
Le silence qui suivit fut de plomb.
– Je n'ai jamais cessé de t'aimer, ajouta le jeune homme.
Hermione sentait son ventre se tordre douloureusement. Il fallait qu'elle se reprenne. Voir Ron dans cet état l'attristait tant qu'elle avait du mal à mettre des idées en ordre.
– Je suis partie parce que j'en avais besoin, répondit-elle finalement. Je sais que c'est dur, mais il faut que tu acceptes que notre histoire soit terminée.
La sorcière hésita un instant.
– Je suis heureuse avec Drago et je te souhaite autant de bonheur.
– Je sais. J'ai espéré un moment que ça se passe mal, avoua-t-il, penaud. J'ai simplement l'impression que je ne vais jamais réussir à vivre sans t'avoir à mes côtés.
– Je suis certaine que si, sourit Hermione avec un regard réconfortant.
Ron le lui rendit et cela fit plaisir à la jeune femme. Elle le prit dans ses bras et s'écarta rapidement quand il gémit sourdement.
– En attendant, je vais m'occuper de toi, assura la brune. Je vois mal comment tu vas t'en sortir avec ta main gauche, rit-elle.
– Les médicomages ont dit que ça irait mieux d'ici une dizaine de jours, je peux me débrouiller, objecta Ron.
– Justement, pour une dizaine de jours seulement, je peux bien t'aider un peu.
Hermione bailla profondément, ce qui poussa le rouquin à faire de même. La nuit avancée pesait sur leurs paupières et le manque de sommeil des derniers jours aussi.
– Je vais aller te chercher des couvertures, fit la Ministre en disparaissant un moment.
Une fois que le sorcier fut emmitouflé sur le canapé, il se tourna et se retourna dans tous les sens pendant une dizaine de minutes. Hermione l'entendait gémir alors qu'elle ordonnait un peu son appartement. Au bout d'un temps, elle revint vers lui et tira sur les draps.
– Allez, lève-toi et viens dormir dans mon lit, ordonna-t-elle. »
Le rouquin protesta quelque peu, mais la douleur le força à s'exécuter. Alors qu'il prenait place dans la chambre, la jeune femme sortit du parchemin et s'installa sur son écritoire. Une note à Dorine pour lui indiquer qu'elle n'arriverait pas avant neuf heures et demie le lendemain matin. Une lettre à Drago pour lui expliquer que Ron était sorti de l'hôpital et qu'elle serait ravie qu'il passe boire un café avant qu'elle n'aille au Ministère s'il le souhaitait. Après avoir envoyé cela, elle se glissa dans un pyjama et s'endormit dans son lit.
10 avril 2017
La douce odeur de viennoiseries chaudes vint chatouiller les narines de Drago alors qu'il marchait sur le Chemin de Traverse. Il était passé dans la boulangerie préférée d'Hermione pour lui acheter des croissants au beurre typiquement français qu'elle affectionnait particulièrement dans l'idée de lui offrir un petit-déjeuner au lit improvisé. Il savait qu'elle se levait à sept heures et demie pour être au Ministère une heure plus tard et il était tout juste sept heures et quart quand il transplana dans son entrée.
Le blond jeta un coup d'oeil à la cuisine, mais renonça à lancer un café pour le moment. Il se faufila dans le couloir à pas de loup en tendant l'oreille. Pas un bruit ne s'élevait de tout l'appartement. Il poussa délicatement la porte de la chambre et entra en silence. La pièce était plongée dans une pénombre grise à travers laquelle la faible lumière extérieure filtrait.
Trois pieds. Il y avait trois pieds qui dépassaient du lit. Trois pieds c'était trop. C'était plus que deux, les deux qu'il voulait chatouiller pour faire rire ou qu'il voulait réchauffer pour faire plaisir. Trois pieds c'était trop et Drago savait que son idée de petit-déjeuner au lit improvisé n'avait pas été la plus brillante du mois. Il tenta de se rassurer : Hermione avait peut-être eu pitié d'un unijambiste qui faisait la manche devant chez elle. Il se gifla intérieurement et l'animosité remplaça l'humour dans son esprit.
Il se tourna et appuya avec force sur l'interrupteur de la chambre. La lumière inonda la pièce et l'éblouit un instant. Après avoir cligné plusieurs fois des yeux, il les reposa sur le lit où les deux occupants se réveillaient en grimaçant. Avaient-ils… ? Par Merlin, cette pensée fulgurante le heurta comme un coup de poignard. Hermione plaqua une main sur son visage en plissant les yeux. Son regard perdu parcourut la pièce à la recherche de l'origine du désagrément.
« Drago ? s'exclama-t-elle. Mais… quelle heure est-il ?
– C'est l'heure où tu te lèves pour aller au Ministère, répondit sèchement le blond. Enfin, d'habitude. Alors tu vois, je suis passé boire le café. Je sors trois tasses ? On partage les croissants ? attaqua-t-il alors que Ron se redressait à son tour et croisait son regard venimeux.
– Non… Je…, bredouilla Hermione en s'extirpant du lit.
Elle se maudit terriblement de ne pas avoir précisé à Drago qu'elle commençait une heure plus tard ce matin-là. Elle se maudit d'avoir proposé à Ron de partager son lit. Elle se maudit pour des dizaines de choses, mais elle eut l'horrible impression de lire dans les traits haineux du blond que si le chaudron était plein, ce matin-là était peut-être bien la goutte de trop.
– Je commence à neuf heures trente seulement, expliqua la brune en trottinant, affolée, derrière Drago qui tournait les talons.
– Tu m'as dit que Weasley était sorti de l'hôpital, je crois que tu as omis de dire qu'il était rentré avec toi.
– Je suis désolée, Drago, s'excusa Hermione. Il n'est pas entièrement guéri et il a besoin de moi pendant quelques temps.
– Mais pourquoi ? s'exclama le sorcier. Pourquoi toi ? Il a suffisamment de famille pour demander à quelqu'un d'autre.
Hermione voyait bien que Drago était affecté de les avoir trouvés ainsi, peut-être plus qu'il n'était en colère, mais ses remarques l'agaçaient et elle n'avait vraiment pas envie de parlementer des heures sur un sujet qui entraînait des réactions largement excessives, à son avis.
– Ron ne m'a rien demandé, répliqua-t-elle. Je lui ai proposé mon aide pendant sa rémission parce que je trouvais cela normal. Les enfants ont envie de pouvoir passer du temps avec lui et si je peux être là pour l'épauler, c'est la moindre des choses.
Les mots traversèrent Drago comme une rafale et il eut un mouvement de recul à peine perceptible. S'il lisait entre les lignes, il comprenait des choses qui le dévastaient. Alors comme ça elle décidait de recommencer à vivre avec lui ? Avec leurs enfants ? L'idée même que cette famille se reconstruise d'une manière ou d'une autre lui était insupportable.
– Pourquoi est-ce que tu nous fais ça ? gronda le blond.
– Drago…
– Non, trancha-t-il. J'en ai marre de devoir te partager avec le monde entier. Je sais que ça semble égoïste et je suis navré si ça te déplaît. Mais c'est ce que je pense.
Hermione ne sut pas quoi dire pendant un instant.
– Je ne comprends pas bien, admit-elle doucement.
– J'étais prêt à tout pour toi ! s'emporta Drago. J'ai mis du temps, mais j'ai tout fait pour t'avoir avec moi parce que je t'aime. Mais toi, tu persistes à lui ouvrir les bras à chaque fois qu'il pose un pied chez toi !
– Mais je ne vais pas l'envoyer promener ! rétorqua Hermione, incrédule. Il fait partie de ma famille.
– Ta famille ? Après ce qu'il a fait ?
– On ne peut pas effacer dix ans de mariage et presque autant d'amitié ! Je ne l'effacerai pas, soutint Hermione. Mais cela n'a rien à voir avec le fait que je t'aime aussi et que je veux vivre avec toi.
– Ça a tout à voir, pourtant, répondit Drago d'une voix froide. Je ne veux pas vivre de cette façon. Pas s'il plane ainsi sur ta vie.
Hermione encaissa ses paroles comme un choc. Elle refusait de comprendre ce qu'il lui demandait bien que l'évidence soit flagrante. Ron, qui était resté caché dans la chambre jusque-là, choisit ce moment pour sortir et la brune lui en voulut.
– Je ne continuerai pas de cette façon, asséna Drago.
La jeune femme écarquilla les yeux.
– Non, s'il-te-plaît, gémit-elle.
Drago resta de marbre. Le visage du rouquin derrière Hermione lui donnait des pensées violentes et la colère dans ses poings serrés faisait blanchir ses phalanges.
– Je ne choisirai pas, Drago, souffla la brune. Parce qu'il n'y a pas de choix qui tienne.
Le blond déporta ses yeux de Ron pour les poser sur Hermione et pour la première fois depuis le début de leur échange houleux, il parut triste. Il relâcha ses mains et laissa ses épaules se baisser doucement. Sa tête se pencha très légèrement sur la droite alors qu'il prenait une respiration difficile.
– J'ai fait le mien, dit-il finalement avant de transplaner. »
Hermione resta muette et figée quelques secondes. Que venait-il de se passer exactement ? Non, Drago allait revenir. Ils allaient discuter encore, il allait se raisonner et comprendre que sa réaction était démesurée. Elle fut soudain envahie par un sentiment d'agacement profond alors que ses yeux devenaient troubles. La première dispute qu'elle avait avec Drago avait-elle réellement été causée par une si stupide raison ? Les hommes n'étaient-ils pas capables de se contenir et de ne pas faire les coqs constamment ?
Ron eut la bonne idée de ramasser ses affaires et de rentrer chez lui. Hermione s'habilla rapidement et s'en alla au Ministère sans prendre la peine de boire ou manger. Elle était désormais d'une humeur exécrable et ruminait son réveil prématuré succédé par sa discussion avec Drago. Elle n'attendait qu'une chose, pouvoir le voir le soir-même et mettre les choses au clair. Il était hors de question qu'ils en restent là. Ils ne pouvaient pas en rester là.
Drago envoya valser les sachets de viennoiseries sur sa table à manger. Il était secoué par la rage et sentait ses muscles se contracter sans cesse. Son cerveau était sous pression ; il ne cessait de s'imaginer des centaines de choses qui l'énervaient encore plus. Hermione aurait dû faire un choix. Il l'avait choisie elle alors elle devait le choisir lui. En quelques secondes, le blond parvint à se convaincre de choses absurdes qui lui faisaient bien du mal.
S'il n'avait pas été si emporté par la colère, il aurait certainement remarqué quelques minutes plus tôt que Ron avait dormi habillé et que ses spéculations de tromperies n'avaient pas lieu d'être. S'il avait pris la peine de se concentrer un peu, il aurait compris en voyant le bras droit de Ron dans une écharpe qu'il ne pouvait effectivement pas se débrouiller seul. S'il avait attendu, Hermione lui aurait certainement dit que cela ne durerait pas. Qu'elle n'avait pas envie de revivre avec Ron, qu'elle ne ressentait rien pour lui. Mais Drago était parti et maintenant, il enrageait pour ne pas se rendre compte qu'au fond, il souffrait davantage.
Le soir-même, Hermione rangea son bureau fébrilement. « On ne peut pas en rester là », s'était-elle répétée toute la journée. Et l'irritation qui avait rythmé sa matinée s'était peu à peu dissipée. Ils ne pouvaient pas en rester là, mais le doute s'était installé. Et si Drago avait réellement décidé de ne pas continuer sa relation avec elle parce qu'elle persistait à être aussi proche de Ron ? À l'heure de quitter le travail, la brune sentit la peur s'insinuer dans son esprit. Elle se rendait compte qu'elle était peut-être sur le point de perdre Drago. Mais pour si peu ? Elle trouvait cela tellement… gâché.
Elle se rendait compte aussi qu'elle ne connaissait pas encore assez bien Drago pour pouvoir se rassurer et se dire qu'il ne serait pas aussi extrême. Les paroles de Pansy lors de leur dernière sortie refaisaient surface. La jalousie allait-elle vraiment détruire leur relation ? Elle en était arrivée là quand elle frappa contre la porte de l'appartement du blond. Aucune réponse ne parvint de l'autre côté alors elle réitéra le geste. Résolue à voir le jeune homme, elle transplana dans la grande allée menant au manoir.
« Le maître est absent, indiqua le petit elfe qui vint lui ouvrir.
– Est-ce que vous pourriez m'indiquer où je peux le voir, s'il-vous-plaît ? demanda gentiment Hermione.
– Le maître ne souhaite pas être dérangé, répondit l'elfe de sa voix aiguë. »
Se résignant à ne pas obtenir des réponses ici, Hermione resta un moment dans l'allée devant la grande porte pour réfléchir. Finalement, elle transplana dans une allée semblable quoiqu' un peu moins sinistre. En quelques enjambées, elle se trouvait devant une autre porte contre laquelle elle cogna. Un majordome vint lui ouvrir et la conduisit dans le salon.
« Hermione ! s'exclama Blaise en souriant. Ça me fait bien plaisir que tu viennes ici.
– Salut, Blaise, sourit-elle à son tour en lui posant une bise sur la joue.
– Que me vaut le plaisir ? s'enquit le métis. Je te sers quelque chose à boire ?
– Non, c'est gentil, remercia la brune. En fait… je cherche Drago.
Blaise fronça les sourcils.
– Quelque chose ne va pas ? demanda-t-il en pensant immédiatement à sa dernière conversation avec son meilleur ami.
Hermione soupira.
– On s'est disputés ce matin… je crois, dit-elle en secouant la tête.
– Viens par-là, fit Blaise en l'installant près de lui sur un canapé.
– J'ai dit à Drago de passer chez-moi ce matin parce qu'on ne s'était pas vus du week-end, expliqua la sorcière. Mais il est arrivé très tôt alors que je dormais encore et hier soir, Ron est resté dormir chez moi parce qu'on est rentrés tard de l'hôpital. Drago s'est emporté, il m'a dit que je n'avais pas à m'occuper de Ron et qu'il ne voulait pas continuer notre relation s'il devait être dans les parages. Mais c'est absurde ! s'exclama Hermione.
– Qu'est-ce que tu lui as dit ?
– Que je n'avais pas à choisir entre lui et Ron, évidemment ! s'agaça la jeune femme. J'ai proposé mon aide à Ron pour qu'il puisse passer du temps avec les enfants, mais ça ne change rien à ce que je veux avec Drago.
Blaise était pensif. Il ne lui dit rien, mais le blond était venu chez lui le matin-même pour défouler ses hargnes contre le rouquin et ils avaient eu une conversation semblable à celle qu'il avait maintenant avec la Ministre. Avoir les deux points de vue l'aidait néanmoins à comprendre la tournure des événements.
– Drago a du mal à accepter que tes relations soient aussi bonnes avec Ron, souligna le métis.
– Mais qu'est-ce qu'il en sait ? répliqua Hermione avec contrariété. Pourquoi est-ce qu'il faut qu'il continue à se comporter comme un égoïste sous prétexte que son mariage à lui s'est mal terminé ?
– Parce qu'il est comme ça et qu'il se sent en danger. Tant que Weasley ne sera pas écarté, il pensera que tu ne seras pas entièrement à lui, façon de parler.
– Mais…
Hermione serra les dents et poussa un grognement exaspéré. Elle voulait s'arracher les cheveux. Pourquoi avait-il fallu qu'elle tombe sur un ex-mari dépressif et un petit-ami maladivement jaloux ?
– Je dois parler avec Drago, affirma-t-elle avec irritation. Il est hors de question qu'on en reste-là et que les choses se passent ainsi. Est-ce que tu sais où il est ?
Blaise hésita un instant.
– Il m'a dit qu'il passait la nuit au manoir, mais je ne sais pas s'il y est déjà.
– Merci, répondit Hermione. Et si tu le vois, parle-lui, s'il-te-plaît. Et dis-lui que je le cherche. »
La jeune femme sortit à la hâte du manoir de Blaise pour transplaner à nouveau dans l'allée du manoir Malfoy. Elle arriva rapidement à la porte et aperçut la silhouette de Drago par l'une des larges fenêtres. L'elfe lui avait à peine ouvert qu'elle appela le sorcier à travers le hall.
« Hermione ?
– Ah ! s'exclama-t-elle en trouvant enfin le blond. Drago, il faut qu'on parle de ce qu'il s'est passé ce matin.
– Donc tu as décidé ? demanda le sorcier en gardant un visage neutre.
– Quoi ? Non, je n'ai rien décidé parce que je n'ai pas à le faire, rétorqua Hermione qui sentait que la conversation allait tourner rapidement à la répétition. Je pensais au contraire que tu aurais compris que ce que tu me demandes n'a pas de sens.
– Je ne te demande pas grand-chose, répondit Drago en croisant les bras. Je te demande simplement de faire en sorte qu'on puisse être ensemble pour de bon sans pâtir des autres autour qui nous parasitent.
– La seule chose qui parasite notre relation c'est ton acharnement à entretenir ta rancœur ! répliqua Hermione.
– La seule cause de rancœur en moi c'est de voir qu'après tout ce temps, quand on peut enfin profiter l'un de l'autre, tu persistes à garder Weasley entre nous deux ! s'emporta Drago. Ce n'est pas normal qu'il reste accroché à toi comme ça alors que votre histoire est terminée depuis longtemps !
– Pourquoi est-ce que tu t'obstines à te refermer sur toi-même alors qu'on avait réussi à faire fonctionner les choses entre nous ? déplora la brune en agitant les bras, exaspérée.
– Si tu veux que les choses marchent, tu n'as qu'à t'éloigner de ce Weasley de malheur !
– Non ! s'écria Hermione. Je ne couperai pas les ponts avec Ron parce que tu ne le supportes pas !
– Eh bien tant pis ! gronda Drago.
– Tant pis ! répéta la jeune femme en transplanant hors du manoir en même temps que Drago tournait les talons. »
Elle apparut dans son salon et resta abasourdie un moment. Elle avait si chaud. La douceur de la nuit d'un été approchant envahissait la pièce. Les bouffées de chaleur la rendaient haletante. Où était-ce la colère ? Le frisson qui traversa son corps n'avait rien de lié avec la température. La voix forte et envenimée de Drago résonnait dans sa tête en écho à la sienne. Pourquoi s'était-elle emportée ? Elle aurait dû calmer les choses, trouver une solution à leur problème. Un consensus. Il fallait trouver une issue.
La jeune femme redressa la tête et ferma les yeux, se concentrant sur le hall du manoir. Sur le visage de Drago qu'elle voulait retrouver moins énervé et plus aimant. Elle commença son transplanage, virevoltant sur elle-même, avant d'échouer à nouveau près de son canapé. De ses yeux vides, elle fixa le sol de son appartement. Ce n'était pas là qu'elle voulait être. Elle ferma les paupières et laissa se dessiner derrière elles l'endroit précis où elle voulait aller. Elle se concentra davantage, mais ne parvint pas à quitter Londres.
Alors qu'elle comprenait que Drago lui avait fermé le transplanage, elle réalisait aussi que quelque chose s'était passé ce soir-là. Peut-être étaient-ils arrivés au bout de leur idylle. À la limite de ce qu'ils pouvaient vivre ensemble. Mais pourquoi ? Pour quoi ? Les passions divergentes et terribles étaient-elles venues à bout d'eux ?
Hermione se laissa tomber sur son canapé. Vidée, elle avait l'impression d'avoir vécu une vie en quelques heures. Une vie horrible, sans exutoire autre qu'un destin fatal et cruel qui avait raison de sa joie. Elle voulait comprendre comment ils en étaient arrivés là. Ça avait été si beau, si bon. Plus rien ne semblait plus affreux que de renoncer à cet amour compliqué mais si passionné.
