Bonsoir !
Non, je ne vous avais pas oublié.e.s même si ce chapitre arrive tard. On approche dangereusement de la fin : il reste trois chapitres (celui-là compris) et un épilogue. Je vous donne encore un peu de nostalgie avant que les décisions définitives soient prises et que chacun fasse des choix. Mais je n'en dis pas plus.
Merci à Whimsikal.
Bonne lecture !
Vacances sur les îles infernales de la solitude
Durant les premiers temps, Hermione avait vite cédé au mécontentement. Irritée et irritable très facilement, elle ruminait la puérilité de l'attitude de Drago contre qui elle rejetait l'entière faute de leur froid. Elle anéantissait toutes les tentatives désespérées de Blaise de les faire se voir autour d'un café, au hasard d'une rue, dans leur quartier. Profondément affectée par la distance du blond, elle l'accusait mentalement de ne faire aucun effort pour eux.
Elle avait langui que Ron se remette pour qu'elle puisse s'extirper de son quotidien, repensant à chaque fois qu'elle le regardait qu'il était la cause principale de ses tourments. Mais une fois sa tranquillité retrouvée, son appartement vide lui hurlait sa solitude. Drago lui manquait. Les soirées qu'ils passaient dans leur cocon lui manquaient. Le silence était peut-être la pire des épreuves, même si elle avait refusé catégoriquement de voir Drago au début parce qu'elle lui en voulait.
Elle lui en voulait de ne pas être revenu la voir pour s'excuser de ce qu'il avait fait. De ne pas avoir réalisé qu'il n'avait pas le droit de lui demander de choisir entre lui et Ron. Elle lui en voulait d'avoir disparu de sa vie aussi facilement qu'il y était entré à nouveau ; de ne pas s'être battu pour elle.
Et Hermione se rendait compte après d'innombrables tentatives de contact infructueuses que son silence la détruisait. La brune se disait même quelques fois qu'elle aurait préféré qu'il apparaisse enragé et qu'il lui hurle dessus. Tout, n'importe quoi. Pourvu qu'il lui parle. Mais rien ne lui parvenait à part les hiboux qui revenaient à vide, les excuses piteuses des elfes lui refusant l'entrée, l'incapacité de transplaner.
Avec le désarroi le plus total, les sorciers qui entouraient le couple déchiré assistaient à la fracture dans leur groupe. Ni le blond ni la brune ne se joignaient à eux lors des rares soirées qu'ils faisaient en commun. Ils déclinaient systématiquement les propositions de sorties, même en petit comité, de peur de devoir faire appel à des sujets houleux, à des souvenirs douloureux.
Jusqu'à ce que le printemps touche à sa fin et que les vacances approchent, Hermione s'acharna dans son malheur au travail, suant eau et sang au-dessus de son bureau. Elle croisait Blaise de plus en plus souvent dans les couloirs du Ministère et si elle ignorait pourquoi, elle profitait de leurs quelques échanges pour prendre des nouvelles de Drago à travers lui. Quand les enfants n'étaient pas sous sa garde, elle enchaînait les heures supplémentaires. Quand ils étaient là, ils étaient son échappatoire. Sa bouée de sauvetage dans la tempête qu'était devenue sa vie.
Parfois, elle repensait aux paroles de Pansy. L'orgueil, l'ego et la jalousie. Si seulement Drago lui avait parlé de tout cela. S'il seulement il l'avait compris pour lui-même. Encore aujourd'hui, elle déplorait que ces sentiments aient été si forts qu'ils avaient rompu leur équilibre. Mais quel équilibre ? Quand la jeune femme repensait à sa relation avec Drago, elle ne pouvait faire autrement que souligner l'absence d'équilibre qui la caractérisait. Depuis les débuts où elle s'était surprise à s'abandonner au corps et qu'elle avait compris que la chaire était faible jusqu'aux échanges impossibles liés à des mariages torturés.
Parfois, elle repensait aux paroles d'Astoria. Peut-être que Drago allait se lasser et se détourner définitivement. Il allait se rendre compte qu'elle n'était pas mieux qu'une autre et que si elle persistait à garder ses contacts avec Ron, il n'avait plus rien à faire avec elle. Peut-être qu'il était déjà en train de se réconforter auprès d'une autre comme il s'était réconforté auprès d'elle au début. Une larme acide s'échappa du regard d'Hermione qui la sentit tracer sa route le long de sa joue. Balançant contre sa peau un instant, la goutte se détacha d'elle et s'échoua sur le sol.
« Maman… Tu pleures ? »
1er juillet 2017
Drago finit de donner les dernières instructions pour leurs affaires et s'en alla avec Scorpius rejoindre le petit groupe qui s'était formé plus loin. Quelques minutes plus tard, ils quittaient le Londres nuageux par Portoloin pour la Martinique ensoleillée. Ce n'était certainement pas la meilleure période de l'année pour visiter les Caraïbes, mais si le temps était clément, ils allaient très certainement passer un excellent séjour.
Pansy en tête de cortège, les six sorciers se frayèrent un chemin sous le ciel azur jusqu'au quai d'embarquement. Une masse de touristes en sueur attendaient de pouvoir monter sur le pont du gigantesque paquebot. Les contournant, la blonde se présenta sous le petit chapiteau réservé aux membres « premium ».
« Bienvenue chez Oceania Magic, fit l'hôtesse dans son uniforme turquoise.
– Bonjour, nous avons réservé trois suites aux noms de Parkinson, Zabini et Malfoy, dit Pansy.
L'hôtesse laissa couler son regard sur les voyageurs avant de baisser les yeux sur son registre. Trois lignes s'illuminèrent et elle releva les yeux.
– Je vais vous demander vos passeports magiques et une pièce d'identité, s'il-vous-plaît.
Drago leva les yeux au ciel alors qu'il se joignait aux autres pour fouiller dans ses poches. Franchement, comme s'il devait décliner son identité. Il posa les papiers requis sur le comptoir et invita Scorpius à faire de même.
– C'est parfait, chantonna l'hôtesse. Voilà vos cartes magnétiques : suites numéro douze, quatorze et seize. Je vous en prie, vous trouverez un guide sur le pont, indiqua-t-elle en montrant la grande rampe d'embarquement. »
Les sorciers quittèrent l'ombre du chapiteau et s'engagèrent sous le soleil dans leur ascension. Une fois en haut, une autre hôtesse se présenta à eux et les conduisit à travers les méandres de couloirs. Toujours plus haut dans cet immeuble flottant.
Drago entra dans sa suite avec Scorpius qui s'extasia en sautant sur le lit. Il était aux anges pour sa première croisière et cela eut le don d'adoucir l'humeur maussade de son père. Ce dernier fit rapidement le tour des lieux : salle de bain avec baignoire, bureau, canapé, balcon. Il referma la grande baie vitrée après avoir constaté que Blaise avait eu le même réflexe et se trouvait à quelques mètres sur sa gauche, humant l'air marin. D'un coup de baguette, le blond défit leurs valises. Autant s'installer, ils s'apprêtaient à passer dix-huit jours sur ce bateau.
« Santé ! À notre première soirée de croisière, fit Théo alors qu'ils étaient attablés au restaurant sur le pont du paquebot. »
Les autres firent tinter leurs verres contre le sien et s'engagèrent dans une discussion décontractée sous le ciel étoilé.
« Lâche-moi, Blaise, gronda Drago en soupirant. Je ne suis pas venu pour entendre tes reproches.
– Alors pourquoi est-ce que tu es venu, hein ? s'emporta le métis alors que la conversation durait déjà depuis de longues et pénibles minutes. Pour passer le temps ? Pour que je te soutienne dans ta connerie ? Tu sais très bien que c'est toi qui a tort dans cette histoire !
– Parce que tu trouves ça normal, toi ? Tu trouves ça normal qu'après tout ce qu'il s'est passé, après tout ce que Weasmoche a fait, Hermione continue de le couver et décide même d'aller chez lui pour s'occuper de lui ? s'écria le blond, extériorisant ce qu'il se répétait sans cesse depuis des jours et des jours.
« Non », pensa Blaise. Il ne trouvait pas cela normal. Hermione en avait bavé dans son mariage sur la fin et il sentait que les choses étaient loin d'être réglées avec Ron. Mais là où la plupart aurait tourné le dos au passé et aux déboires, la jeune femme pardonnait et tendait la main. Parce qu'elle était comme ça.
– Elle n'a rien fait pour que les choses continuent, lâcha Drago avec froideur.
– Tu n'as rien fait non plus ! Tu ne peux pas juste tout lui reprocher !
Drago se prit la tête entre les mains.
– Si tu l'aimes, reprit Blaise avec plus de douceur, pourquoi est-ce que tu ne vas pas lui parler ?
– Bien sûr que je l'aime ! rétorqua le blond en redressant la tête vivement. Mais je t'assure qu'avoir Weasley dans les pattes, c'est atroce. Hermione l'a choisi, je préfère m'effacer plutôt que de les supporter à nouveau tous les deux.
Blaise soupira.
– Elle ne l'a pas choisi, tenta-t-il encore une fois.
– Elle ne m'a pas choisi, c'est pareil.
Soupir encore. Le métis n'insista pas. Ils avaient déjà eu cette conversation des dizaines de fois avant la croisière lorsque Drago et lui se voyaient. Il déplorait que les choses fussent ainsi. Pourquoi Drago s'obstinait-il à croire qu'Hermione préférait son amitié avec Ron à son amour pour lui ? Pourquoi Hermione ne combattait pas ce caprice en prouvant au blond à quel point elle tenait à lui ?
– Tu ne voulais pas me dire quelque chose, toi ? demanda Drago en se souvenant que c'était d'abord parce que Blaise voulait lui parler qu'ils étaient allés s'isoler dans un coin.
Blaise réfléchit un instant.
– Ce n'est pas si important, finit-il par dire.
En réalité, il doutait que ses propres affaires de sentiments soient un sujet d'intérêt avec Drago. Il aurait tout le loisir de lui en parler plus tard et prendrait ce temps en plus pour bien réfléchir à ce qu'il voulait vraiment.
– J'y retourne, alors, dit finalement Drago. »
Il s'en alla rejoindre la table avec les autres et pendant les longues minutes qui suivirent, Drago resta muet à observer son environnement. Scorpius s'amusait avec le petit parasol brillant qui agrémentait son cocktail sans alcool, les gens autour d'eux étaient joyeux. Lui ne l'était pas. Il était content de passer du temps avec ses amis, dans une perspective de détente et de découverte, mais il n'était pas heureux. Son bonheur était resté à Londres quelques semaines plus tôt, accroché à des cheveux épais et bruns aux senteurs de lavande.
Ce soir-là, il s'endormit sur cette pensée, tardivement et cruellement seul. Les lunettes de soleil vissées sur ses yeux et les mains dans les poches de son short en lin, Drago quitta sa cabine le lendemain matin avec son fils pour rejoindre les plages cristallines des Caraïbes. Il savait que Blaise avait prévu quelques activités très… typiquement Blaisiennes et que ce premier jour de vacance allait certainement être le seul sans excès.
À moitié allongé sur une serviette verte et protégé par un large parasol, Drago surveillait du coin de l'œil Scorpius et Sam qui nageaient dans l'eau limpide. Il profita que Blaise, Pansy et Théo les aient rejoints pour sortir une enveloppe de son sac de plage. Il hésita un instant avant d'en tirer un petit paquet de parchemins. Il se trouvait assez stupide maintenant qu'il faisait les gestes, mais une partie de lui était rassurée d'avoir cette enveloppe avec lui. Même à l'autre bout du monde.
Les mots tracés fébrilement défilaient sous ses yeux, des mots suppliants, désolés. Des mots qui cherchaient le contact, la réponse. Il n'avait jamais eu le courage de répondre, mais il continuait de lire et relire les lettres envoyées par Hermione. Parfois quelques mots le priant de passer la voir au Ministère, parfois de longues phrases cherchant l'entente et la réconciliation. Le silence avait été plus simple, plus lâche aurait dit Blaise. Il arrivait au blond de songer à renoncer à sa demande exagérée pour retrouver les bras qu'il chérissait tant, mais le souvenir de chaque instant brisé par l'arrivée intempestive d'un certain rouquin coupait court à ses réflexions.
Il fallait qu'il fasse un peu de vide dans sa tête pendant les jours à venir. Au moins pour pouvoir profiter un peu de son séjour dépaysant. Le soir venu, accoudé à la rambarde sur le pont alors que le bateau quittait le port pour d'autres horizons, Drago ferma brièvement les yeux pour profiter de l'air doux de la nuit. Son meilleur ami au loin flirtait avec une belle jeune femme : regard charmeur et beau discours. Le blond eut un sourire en coin en le voyant faire. Il comptait sur lui pour s'amuser pour deux.
Une autre personne avait décidé de profiter du pont et s'interposa dans le champ de vision de Drago. Il la regarda un instant. Longue robe, cheveux noirs comme le charbon qui tombaient en de lourdes boucles, yeux perçants qu'elle posa sur lui d'un air aguicheur à peine dissimulé. Le sorcier détourna son attention avec une moue blasée et quitta le pont. Il flâna dans les couloirs, croisant des couples élégants se rendant certainement à la soirée concert du pont numéro deux.
Il finit par rejoindre sa suite dans laquelle il trouva Sam et Scorpius en train de jouer aux cartes sur son lit.
« Maman et papa te demandent si ça ne te dérange pas d'aller dormir dans la suite de Blaise pour que je reste ici avec Scorp', débita Samantha en voyant Drago entrer.
La voyant déjà en pyjama et largement installée, le blond ne douta pas une seule seconde du réel choix qu'il avait.
– Je vous laisse, fit-il en récupérant quelques affaires de toilette.
– À demain, papa ! s'exclama Scorpius.
– À demain, bonhomme. »
Drago se doutait bien que Pansy et Théo auraient besoin de moments d'intimité pendant le séjour et que partager la suite avec une adolescente n'était pas le meilleur moyen pour avoir ce genre d'échange. Il ne se doutait pas cependant que Blaise aurait conquis quiconque après seulement une journée et demie à bord. Le blond avait malheureusement l'habitude d'ouvrir des portes et de tomber sur son meilleur ami en plein ébats depuis leurs années Poudlard et ce soir-là n'était pas une exception.
Condamné donc à errer sur le paquebot, Drago se retrouva accoudé à un bar sur lequel il était tombé par relatif hasard. Il comptait encore une demi-heure environ avant de retourner chez Blaise, espérant pouvoir trouver un peu de repos sur son canapé.
« Drago Malfoy sur ce bateau donc, entendit ledit personnage alors qu'il sirotait une caïpirinha parfaitement dosée.
Le concerné pivota et dévisagea la jeune femme qui lui faisait face. Même robe, même cheveux, même air que sur le pont plus tôt.
– Lui-même, répondit le blond. Et vous êtes ?
– Salma Shafiq, sourit la jeune femme.
Le sorcier fronça les sourcils. Il connaissait ce nom et ce visage lui semblait soudain familier.
– Amir Shafiq, mon père, de la London South Bank, précisa Salma.
Ah oui, c'était ça. Drago se souvenait maintenant de cette famille qu'il voyait souvent aux dîners mondains et ce fameux Amir, PDG d'une banque d'investissement directement concurrente à celle de Théo.
– Permettez que je me joigne à vous, fit la brune en se hissant sur un tabouret aux côtés du jeune homme. Un Black Jack, commanda-t-elle au serveur qui s'approchait. Sec.
Drago la regardait du coin de l'œil, se demandant si elle avait compris que sa présence à ses côtés était loin d'être requise.
– Je suis contente de retrouver des sorciers londoniens sur ce bateau, soupira-t-elle. Vous restez jusqu'à Antigua ?
Hésitant entre finir son verre cul sec pour s'en aller et supporter un peu de discuter avec cette quasi-inconnue, Drago finit par répondre à sa question. La demi-heure qu'il avait prévu d'attendre passa comme une minute. La fille Shafiq avait de la conversation, bien qu'un peu pincée comme d'autres femmes de son rang.
– Vous serez au brunch du pont numéro deux, demain ? demanda-t-elle. J'y vais avec une amie qui m'accompagne pendant la croisière. L'accès est réservé aux passagers du dernier étage, ajouta la brune avec un œil suffisant.
– Je ne sais pas, répondit honnêtement Drago qui ignorait jusque-là la tenue de cet événement sélectif.
– Ça serait un grand plaisir, vraiment, de vous y voir et d'apprendre à mieux vous connaître, susurra Salma en posant une main entreprenante sur la cuisse du blond.
Elle lui lança un regard qui voulait dire « Je sais que tu es divorcé, viens donc dans ma suite pour qu'on fasse connaissance ». Drago planta son regard dans le sien en posant sa main sur la sienne.
– Mademoiselle Shafiq, dit-il en la retirant de sa cuisse, je me souviens maintenant avoir des obligations pour demain.
Ce qui signifiait clairement qu'il n'était pas intéressé, ni demain ni un autre jour. Il se leva sous l'air offensé de la jeune femme.
– Je vous souhaite un bon séjour, conclut-il en s'éloignant. »
Il fut soulagé de trouver la suite de Blaise vide et impeccable. Croisant les mains derrière sa tête, il resta allongé sur le canapé de longues minutes à fixer le plafond. Il aurait certainement passé sa nuit dans une suite qui n'était pas celle-là s'il s'était comporté comme avant. Avant Hermione, avant le divorce, avant. L'idée même d'une partie de jambes en l'air avec une autre lui donnait l'impression de tromper Hermione. Elle lui avait donné une morale, elle lui avait pris son cœur et ne lui avait jamais rendu. Tant pis. Il était prêt à finir seul, père gâteux pour son fils unique, plutôt que de finir avec une autre. Il vieillirait froid et taciturne, dans son grand manoir trop vide et trop grand pour lui.
Cette nuit-là, Drago ne ferma presque pas l'œil. Il eut le loisir de voir Blaise rentrer à moitié débraillé et largement saoul, une expression contrariée sur le visage ; celui d'observer le ciel brillant par le balcon ; celui d'imaginer quels moments merveilleux il aurait pu passer avec Hermione si elle avait été à bord. S'ils s'étaient mariés un jour, il aurait voulu une lune de miel fantastique pour elle et lui.
